Monty Alexander, génie du clavier.


Monty Alexander, pianiste jamaïquain à la déjà longue carrière, que j’ai eu le bonheur d’admirer en concert à la Nouvelle Philharmonie à La Villette, il y a de cela 3 ans, est un musicien qui possède son instrument comme peu de ses confrères jazzmen contemporains. Pour moi il est du niveau d’un Chick Corea, d’un Keith Jarrett, tant son jeu est expressif, coloré, maîtrisé, fluide. Il a expérimenté beaucoup de formules au cours de sa carrière. Dans le double disque qui nous intéresse ici, intitulé « Love you Madly : Live at Bubba’s », enregistré comme son nom l’indique au Bubba’s, restaurant-club de jazz de Fort Lauderdale en Floride, dans lequel s’est aussi produit le génial Ahmad Jamal, il est entouré d’un trio composé de Paul Berner à la basse, Duffy Jackson aux baguettes et Robert Thomas Jr. aux percussions. (lire les mini entretiens très intéressants donnés par ceux-ci sur leur expérience de travail aux côtés de Monty Alexander, dans le livret qui accompagne le doublé cd).

Le premier des 2 cd s’ouvre sur « Arthur’s theme », un joli morceau tout en souplesse avec les percussions de Robert Thomas Jr. Alexander nous régale de son style, mélange d’académisme occidental et d’école latino-jamaïquaine. Après cette introduction, on tombe sur le morceau qui donne son nom à l’album, « Love you madly », écrit par le grand Duke Ellington. Sur fond de batterie aux balais, ça swingue et Alexander promène ses mains virtuoses sur le clavier avec délectation. Puis arrive la « Samba de Orfeu », composée par le musicien brésilien Luis Bonfa, qui donne furieusement envie de danser. Les 3 derniers morceaux du disque sont l’oeuvre de Monty Alexander. « Sweet Lady », qui prend la suite, démarre de façon minimale, comme si Alexander voulait peindre un tableau, puis tour s’accélère doucement. Alexander montre toute sa palette, comme un peintre. Le swing est toujours là, omniprésent, central. On le retrouve sur « Eleuthra », sur lequel il mélange allègrement ses origines jamaïquaines et les sonorités cubaines. Un régal. Pour terminer ce premier disque il nous gratifie de « Reggae later ». Un morceau superbe, rempli de breaks au piano, de virtuosité sans jamais être excessif, pas le genre du bonhomme. Bref c’est un bonheur d’écouter ce musicien. Je ne me lasse pas.

Passons au second cd. Il démarre par « Blues for Edith », est un morceau composé en hommage à Edith Piaf par le musicien Milt Jackson. Vient ensuite ‘Fungii Mama », dû à Blue Mitchell. Un morceau qui mélange swing, bebop et moments plus free, mais là encore le maestro se et nous régale. Solo de piano, de contrebasse (Paul Berner). Superbe. Ensuite c’est un « Consider » écrit de sa main que nous joue Alexander. Tout en douceur. Volupté. Derrière, le furieux et chaotique « Montevideo », qui cavale…nous entraîne dans son tourbillon. On en vient alors à écouter sa version très personnelle de « Body and Soul », co-écrite en 1930 par Johnny Green, Edward Heyman, Robert Sour et Franck Eyton. Classique du répertoire jazz, de nombreuses fois repris depuis sa création, Alexander y apporte ici sa touche de créativité, son touché de piano exceptionnel, sa technique unique. Le tout donne un joli morceau. Ses trois compères de jeu ne sont pas en reste, ils assurent tout au long des morceaux évoqués jusqu’ici. L’avant-dernier morceau c’est un cavalant « Swamp fire ». Ça va à toute vitesse, on craint le déraillement, mais non, jamais cela ne se produit. Duffy Jackson aux baguettes assure un tempo de feu, avec de rares moments de calme. Magistral. Enfin pour terminer ce disque et du coup ce coffret « Live at Bubba’s », un morceau écrit par Milt Jackson, « SKJ ». Ça balance, swingue, c’est frais, on en redemande. Merci Monsieur Alexander. Je conseille ce disque à celles et ceux qui ont envie de découvrir ce génial pianiste-compositeur-interprète. Cette chronique est la dernière de l’année avant un repos bien mérité. Nous vous retrouverons avec plaisir à la rentrée. Bon été à vous toutes et tous, où que vous soyez, en France, à l’étranger. A bientôt.

Guillaume.
https://www.youtube.com/watch?v=U8gdVIXaFVg

https://www.youtube.com/watch?v=iimkUTYphmM https://www.youtube.com/watch?v=E5LSyUmg_Y4

Quand le Jazz se chante et joue au féminin.


On le sait, vous le savez sans doute depuis longtemps, le label français Frémeaux & Associés, basé à Vincennes en région parisienne, n’a de cesse de rendre hommage au patrimoine du jazz, a mettre en exergue son histoire, ses héros ou héroïnes oublié.e.s en ressortant des pépites, toujours avec des enregistrements de qualité, et des livrets qui ne le sont pas moins. C’est encore le cas cette fois-ci avec le coffret intitulé « Jazz Ladies : The singing pianists (1926-1961) ». Dans ce nouveau superbe coffret qui contient 3 disques s’étalant chacun sur une période (CD1 : 1926-1961; CD2 : 1930-1961 ; CD3 : 1944-1961), uniquement dédié aux femmes chanteuses et pianistes de jazz, il est possible de retrouver des noms connus tels que Nina Simone, Shirley Horn, Blossom Dearie, Aretha Franklin, et d’autres qui ont disparu des radars comme Cleo Brown, Lil Armstrong, Una Mae Carlisle, Camille Howard, ou encore Rose Murphy. Ce n’est que justice de rendre hommage à celles qui ont également écrit parmi les plus belles pages de l’histoire du Jazz. Dans un précédent coffret, Frémeaux avait rendu hommage aux femmes instrumentistes dans le jazz tout en évoquant les nombreux obstacles auxquels elles se trouvaient confrontées. Il y était notamment indiqué que si, historiquement, dès la fin du XIXème siècle, lorsque le piano, ou plutôt de petits orgues, ont fait leur apparition dans certaines familles d’anciens esclaves, les chanteuses étaient admises du fait de leur présence dans les chorales de gospel, les rares chanteuses solo acceptées dans le monde du jazz étant les pianistes. Pour les autres instrumentistes, la tâche s’avérera plus ardue. Mais revenons à notre coffret du jour.

Dans le premier cd, qui couvre les années 1926 à 1961, il est donné à re- découvrir des artistes telles que Cleo Brown, virtuose du piano, qui propose un jazz swinguant, comme sur « The stuff is here and it’s mellow » ou sur « When Hollywood goes black and tan », qui évoque un Hollywood fréquenté par beaucoup d’artistes noirs, comme Louis Armstrong. Avec LR Armstrong, on arrive sur un jazz plus enlevé, avec des cuivres bien présents. Prémices d’un futur bebop. Écoutez donc « Harlem on saturday night ». Puis vient la voix plaintive de Una Mae Carlisle, sur « Love walked in ». On peut remarquer son phrasé précis, son timbre de voix équilibré, le tout sur des orchestrations qui là encore swinguent. Julia Lee est une pianiste davantage portée sur le boogie-blues. Écoutez « Dream Lucky blues » et son jeu précis, moderne. Cela se précise avec « Comme watcha you got », qui pourrait presque être un rock. Enfin elle est l’auteur d’une belle version de « Nobody knows when you’re down and out ». Paula Watson, elle, assume un style blues évident (« Pretty papa blues »). Plus loin sur le disque, on trouve aussi Ira Mae Littlejohn, qui veux voir Jésus en mode blues, Clara Ward qui pousse la voix comme à l’église le dimanche pour chanter le gospel, enfin Aretha Franklin, qui nous indique que le sang devient chaud dans les veines (« While the blood runs warm », et qu’elle résiste à la tentation (« Yeld not to temptation »). Ce premier chapitre ouvre des horizons intéressants, Aussi le second cd, qui va de 1930 à 1961, s’annonce bien.

Ca démarre avec Martha Davis, voix douce, suave, qui enchaîne « The be bop bounce », « I’m fer it » et « Cincinatti » avec un égal bonheur. Puis vient son « Kitchen blues », lent à souhait. Nellie Lutcher nous offre « Do you or don’t you love me? », sur un tempo très rapide, tenu aux balais à la batterie. Style enjoué, un brin clownesque, elle tient la rampe. J’arrive à Rose Murphy qui nous chante « I can’t give you anything but love » de sa voix fluette, quasi minaudante. Elle se risque également sur « Honeysuckle Rose » et « I wanna be loved by you » (reprise notamment par Marilyn Monroe). La voix gorgée de blues de Frantic Fay Thomas nous susurre « I lost my sign in Salt Lake City ». La Vergne Smith chante « un blues dans la nuit », avec une ton quasi descriptif, comme sur « One of the road ». « Double trouble blues », interprété par Kansas City Kitty est un blues piano-voix efficace, entraînant. Pour clore le disque, c’est la voix de Victoria Spivey qui surgit et nous chante « That man ». Un blues au piano.

Maintenant, voyons le dernier chapitre, période 1944-1961. Tout commence avec Blossom Dearie, dont le phrasé rappelle celui de Diana Krall, la voix en moins grave, qui après un « Thou swell » attrayant, nous gratifie d’une jolie version de « plus je t’embrasse », en français dans le texte, au ton très enjoleur. Elle joue tout en douceur, et sur ce rythme là, entonne « Someone to watch over me ». Vient derrière « Let’s fall in love » (repris par Diana Krall) qui nous est donné par Jeri Southern. Un swing au balais très agréable à écouter. Audrey Morris, voix légèrement grave, s’aventure sur « Good morning heartache ». « Day in day out », signé de la très grande Shirley Horn, fleure bon le swing d’un bebop, est exécuté à mon goût de manière un peu désordonnée. Arrive le célèbre « Makin whoopee », qui me réconcilie avec cette immense pianiste et chanteuse. A la suite, c’est la talentueuse Nina Simone qui se joue du « classique » de jazz « Mood indigo »dans une très belle interprétation. Son jeu de piano autant que sa voix sont un régal à entendre. S’en viennent ensuite « Love me or leave me », puis le très beau « Black is the color of my true love’s hair », un manifeste pour l’homme qu’elle aime. On peut aussi l’écouter jouer un Boogie-woogie, intitulé « Boogie-woogie roots ». De Boogie-woogie il est encore question avec Christine Chatman (« Bootin’the boogie »), Lilette Thomas, qui joue « Boogie-woogie time down south « , Madonna Martin avec « Madonna’s boogie », enfin Kate Webster qui déroule un « Baby comme on » et « Kate Lee », que n’aurait pas renié Jerry Lee Lewis.

En résumé, ce coffret regorge de trésors à decouvrir, tant au niveau des morceaux que des artistes. Ne passez pas à côté.

Guillaume.

Pour Naissam Jalal, un autre monde est là, Demain.



« Un Autre Monde« , dernier album (même un double pour l’occasion, avec une partie studio, une autre live, avec l’Orchestre National de Bretagne, conduit par Zahia Ziouani) publié par Naissam Jalal, flûtiste traversière mais aussi chanteuse franco-syrienne, puisque née à Paris de parents syriens, toujours accompagnée de son fidèle groupe « Rhythms of Resistance », est une ode à la liberté, à la communication entre les hommes et les femmes de tous les continents, de toutes les cultures, religions. Cette jeune artiste, que j’ai déjà eu l’occasion de voir jouer à Fontenay-sous-Bois, à Musiques au Comptoir, à la Halle Roublot, à plusieurs reprises, aux côtés de Hubert Dupont dans le cadre de ses projets musicaux « Al-Joulan » auxquels elle a collaboré, est vraiment très intéressante tant sa démarche musicale est empreinte de générosité, d’humanisme, d’ouverture au Monde, tout en gardant un oeil lucide sur l’état de celui-ci, qui n’est pas toujours reluisant.

Car Naissam Jalal se refuse d’être seulement et uniquement une musicienne, une artiste qui traverse les frontières, rencontre le monde. Non elle est avant tout une citoyenne, bénéficiant qui plus est de la double culture franco-syrienne, car née à Paris en 1984 de parents syriens, bien consciente des enjeux qui pèsent aujourd’hui, comme le changement climatique, l’écologie, la natalité dans certains pays, mais aussi les droits de l’Homme non respectés loin s’en faut dans d’autres… bref elle a une acuité forte sur ce qui se passe autour d’elle.

Après avoir exploré un répertoire très intime, personnel, dans les deux disques précédents, cette fois-ci donc Naissam Jalal voulait se diriger vers quelque chose de plus ouvert, de très différent. Elle a comme beaucoup, l’impression que cette période que nous avons traversé, marque une fin de cycle sur des aspects économiques, sociaux, sociétaux même. Elle veut imaginer un monde meilleur, différent, autre, pour les générations à venir, avec un rapport au vivant, à autrui, empreint de lumière. Vous me direz, et la musique dans tout ça? J’y viens. Car chez elle, tout est intimement lié. sa façon de jouer, d’être sur scène, de se donner au public, d’offrir sa voix comme un instrument qu’elle maîtrise superbement.

A l’instar des jazzmen, Naissam Jalal compose des morceaux longs, ce qui permet aux auditeurs-auditrices de s’installer dedans, de profiter, savourer, de partir en voyage dans le sillage de la flûtiste et de ses compères. Ecoutez donc les très beaux « Buleria Sarkhat Al Ard », Un sourire au coeur », « Samaaï al Andalus », ou la jolie « promenade au bord du rêve » . Dans chacun de ces titres, la flûte traversière de Naissam Jalal nous emmène, se fait tantôt frivole, tantôt triste, le tout sur fond de percussions et de saxophones. La musique est très riche, chatoyante, nous envoie directement soit dans les contrées d’Afrique du Nord ou évidemment au Moyen-Orient. Pour couronner ce disque, elle nous donne à écouter « D’ailleurs nous sommes ici », véritable manifeste contre la différence, contre l’intolérance, le racisme, la violence qui peut découler de ces états de faits.

Le deuxième disque, enregistré avec l’Orchestre National de Bretagne, dirigé par Zahia Ziouani, nous permet de prendre conscience de l’ampleur de la musique de Naissam Jalal. Cela commence avec le très lyrique et envoutant « Paysages de notre destin », au sein duquel on entend violons, guitare électrique, batterie, qui viennent gonfler les orchestrations soyeuses de Naissam Jalal. Sa voix limpide fait des apparitions remarquées. Ensuite vient « Un sourire au coeur », qui figure déjà sur la face « studio » du disque. Là, c’est la voix, superbe, claire, expressive, qui domine le morceau, en une forme d’imploration. Le tout sur fond de violons et percussions. Superbe. Arrive « Un monde neuf ». Incontestablement, la présence de violons renforce l’aspect nostalgique du titre, le tout nous emmenant dans son sillage, tellement la musicalité est poussée à sa plus belle expression.

Puis c’est « Samaaï al Andalus ». Etonnamment, ici nous sommes face à une structure qui opte pour le free, entre jazz pur avec soli de saxophone et l’orchestre de Bretagne derrière. Parfois déroutant, cela reste une belle pièce musicale. Pour terminer ce mini album live, « Almot Wala Almazala », s’apparente à une pièce quasi symphonique, avec des passages pour instrument solo. Ce n’est pas le plus emballant des morceaux du disque, mais il revêt un caractère presque pictural, tout en nuances et rebondissements là où on ne les attend pas nécessairement. Elle, qui, à 17 ans seulement, fit partie de la fanfare funk Tarace Boulba, en a gardé visiblement des traces dans sa manière de composer certains titres.

La musique de Naissam Jalal est remplie de plusieurs sources, moyennes-orientales, arabes, mais aussi française (écouter « D’Ailleurs nous sommes ici »), mélange savamment les rythmes, bien soutenue en cela par son groupe. C’est un vrai plaisir que d’écouter cette artiste.

Alors, faites comme moi, n’hésitez pas, plongez-vous dans ce bouillonnant bain musical et culturel proposé par Naissam Jalal.

Guillaume.

Quand Delgres rend hommage à ceux qui se lèvent tôt.



Fondé en 2016, ce trio de Hard-Blues franco-caribéen doit son nom à un citoyen guadeloupéen qui s’est battu contre l’esclavagisme aux Antilles, Louis Delgrès (portrait ci-dessous), dont la sépulture se trouve au Panthéon à Paris. Le groupe, depuis 5 ans, écume les scènes antillaises et hexagonales, de concerts en festivals, comme aux Aventuriers, à Fontenay-sous-Bois en décembre 2018, la même année où la médiathèque accueillait le concert du groupe toulousain Agathe Da Rama. La prestation de Delgres ce soir-là, avait clairement réchauffé l’ambiance. Le trio, composé d’une guitare-voix, d’une batterie et d’un soubassophone, avait fait chavirer la salle par un set énergique, plein d’engagement, tant musical, physique que dans les textes.

« 4:00 » enfanté en 2020, est donc le troisième opus du groupe après « Mo Jodi » paru en 2018 et « Mo Jodi, extended gold edition », sorti en 2019.

Donc que vaut ce « 4:00? », titré ainsi en hommage à celles et ceux qui se lèvent tôt pour aller travailler, exercer des professions difficiles et ingrates parfois, mais indispensables à la société, aux entreprises, à la vie des hommes et femmes.

Le disque démarre sur les chapeaux de roues avec « 4 Ed Maten », chanson qui évoque donc ces invisibles, qui bravent les intempéries, quand la ville dort, pour aller prendre leur travail. Le tout sur une musique énergique. « Aléas » parle du courage qu’il faut d’avancer malgré les coups durs de la vie (esclavage, misère), qu’il faut continuer à croire en l’Humanité. « Assez Assez », sur fond de blues dénonce le gâchis effectué par ceux qui nous dirigent. « Se Mola » dénonce le racisme subi dès l’enfance, à la cour d’école.

Delgres aborde comme toujours des thèmes sérieux, sur fond de musique rock. C’est très agréable à écouter, rafraîchissant. A celles et ceux qui ne n’auraient pas encore vu ce trio sur scène, si jamais il est annoncé près de chez vous, foncez, vous passerez  un excellent moment.

Guillaume.


Shemekia Copeland is back !



Cette chanteuse, que j’avais rencontré dans une autre vie (dans les années 90’s), pour un entretien, au hard-rock Café près d’Opéra à Paris, avant qu’elle ne s’y produise pour un set promotionnel, étant alors inconnue en France, a fait un sacré et bon bout de chemin depuis. Devenue une artiste plus que confirmée, une chanteuse reconnue dans le milieu du blues, portant le lourd héritage patronymique et musical de son défunt et talentueux père, le guitariste-chanteur Johnny Copeland. Une carrière jalonnée de succès, des tournées qui sont pleines, bref tout va bien. Ou pourrait aller bien. Car aux Etats-Unis, ces dernières années, pour Shemekia Copeland, comme pour nombre de ses concitoyens noirs, la vie n’a pas été des plus facile. Bavures, émeutes, chômage qui ne baisse pas, pauvreté stagnante, voire qui s’accroit, jusqu’au triste épisode du Capitole en janvier dernier. Musicienne, mais citoyenne engagée et vigilante, Shemekia Copeland n’hésite jamais à donner de la voix (qu’elle a puissante). Deux ans après « America’s child (2018), qui montrait déjà la voie, elle publie « Uncivil War« , son dernier album, sorti l’an dernier, c’est encore le cas. Elle sort les crocs.

Dès le premier titre, « Clotilda’s on fire », elle donne le ton. Vocalement et musicalement. Un blues électrique lourd, gras, et cette voix qui se fait le porte-voix des petites-gens en colère. L’album se poursuit avec le très beau « Walk until I ride » soutenu par des choeurs et des orgues hammond, façon gospel d’église, avant d’accélerer. Rafraîchissant. Dans « Uncivil war », elle traite des douleurs liées au conflit permanent entre les communautés qui déchirent régulièrement son pays. Mais elle se veut optimiste. Elle milite pour une cohabitation pacifique plutôt que pour des affrontements violents, qu’ils soient verbaux, physiques. Avec « Money makes you ugly », Shemekia Copeland dénonce le pouvoir de l’argent qui parfois rend les gens moches, du jour au lendemain. Attention à ce miroir aux alouettes dit-elle. Le tout avec une voix toujours aussi précise, investie, vindicative. Puis arrive sans crier gare une superbe reprise du stonien « Under my thumb », immortalisé par la voix de Mick Jaggersur l’album « Aftermath » en 1966 et dont la version la plus célèbre reste celle du fameux et triste concert d’Altamont en 1969. Ici c’est un travail tout en douceur, acoustique, avec guitare, tambourin, percussion, et la voix de Copeland qui se régale sur ce standard.

Puis s’en vient « Apple Pie and a .45 », blues rugissant, avec guitare saturée. « Give God the Blues », qui suit est une chanson sur la tolérance, sur le fait que Dieu aime toutes les religions, les types de pensées, philosophies, bref tout le monde, mais que ce qui se passe ici-bas sur Terre, doit filer lui le Blues. Un titre un peu simpliste, qui n’est pas mon préféré car musicalement, cela s’en ressent. Derrière, ça repart sur les chapeaux de roues, avec « She don’t wear pink ». L’histoire d’une femme mariée, qui décide de changer de vie, de plus s’habiller en rose. Elle explore alors différentes choses. Copeland exprime ici la liberté de la femme de ne pas répondre à des stéréotypes sociaux, sociétaux, de se forger, se tracer un parcours comme elle l’entend, le ressent, même si cela provoque, choque, déstabilise autrui, famille, relations, collègues, et pour finir la société dans son ensemble. Pour terminer, elle nous offre d’abord « In the dark », une chanson d’amour, sur un couple en plein doute, puis ensuite un bon blues teinté de sonorités des années 50-60, une chanson où il est question de partage de la musique (ici le blues) dans sa maison, entre amis, de passer du bon temps, à chanter des chansons d’amour d’où le titre « Love song ».

Ce « Uncivil War » est un bon album, très agréable à écouter. Et cette artiste, à la personnalité forte et riche, intéressante, vaut qu’on la découvre, si ce n’est déjà fait, et qu’on la suive.

Guillaume.

Bad Company court toujours.



Bad Company, groupe phare de la scène hard-rock du début des 70’s, puisque formé en 1973 par le chanteur Paul Rodgers et le batteur Simon Kirke, tous deux anciens membres du groupe Free, auxquels se joignent le guitariste Mick Ralphs, ancien membre de Mott The Hoople, et Raymond Burell, ancien bassiste de King Crimson, a publié en 1979, un live enregistré lors d’une tournée dans le Maryland aux Etats-Unis. Le disque s’intitule « Still running« . Le groupe a enregistré 12 albums studios en 22 ans de carrière entre, 1974 et 1996, plus huit albums live bien sûr, dont celui qui nous occupe aujourd’hui.

Ce qui frappe d’entrée à l’écoute du disque, c’est la qualité plus que moyenne du son. Mais c’est souvent le cas lors des albums enregistrés en live en plein air, ce qui est le cas ici, hélas, trois fois hélas!. La voix de Paul Rodgers, pourtant puissante, semble parfois lointaine, et le son saturé des guitares  de manière permanente. Pas facile dans ces conditions de se mettre à apprécier ce groupe. Pourtant il est clair que celui-ci déploie une énergie réelle, face à une foule très nombreuse (voir photo intérieure du disque), que l’on entend en fond sonore entre les morceaux.

Alors côté musique justement. A l’égal de ce qui se faisait au début des 70’s avec Deep Purple, Led Zeppelin, Black Sabbath, et quelques autres, Bad Company propose un hard-rock efficace, ramassé, sans fioritures. Paul Rodgers dirige vocalement tout cela avec une maîtrise totale. Sur « Still running », les morceaux s’enchainent en cadence, depuis « Bad Company », jusqu’au terminal « Can’t get enough » véritable stéréotype du morceau hard de l’époque, puissant et mélodique, en passant par des perles telles que « Movin’on », les bluesy « Shooting stars », « Rhythm machine », la ballade « Feel like makin’ love », le prenant « Rock’n’roll fantasy », la belle version de « Hey Joe » de Jimi Hendrix.

Bref ce live est mal servi par sa qualité sonore qui gache vraiment le plaisir de l’écoute (quelle honte pour les producteurs-distributeurs qui l’ont ressorti en 2020, de ne pas avoir retravailler le son, dépoussiéré les bandes, de façon à rendre plus audibles les morceaux!). Mais malgré ce désagrément, il reste le plaisir tout de même d’écouter de bons morceaux d’un groupe de hard, qui s’il continue de tourner, a tout de même l’essentiel de sa carrière derrière lui.

Guillaume.

Pour Ben Harper, la saison des amoureux, c’est l’Hiver.



Benjamin Chase Harper, alias Ben Harper, né il y bientôt 52 ans ( il les aura le 29 octobre prochain) à Claremont en Californie, est un guitariste-auteur-compositeur-interprète, se produisant tantôt en solo, tantôt accompagné de groupes comme les Innocent Criminals, Blind Boys of Alabama, ou Relentless Seven. Aux confluences de divers musiques, à la manière d’un Lenny Kravitz, ou même d’un Prince auparavant, Ben Harper ne se gêne pas pour aller sur divers terrains musicaux, qu’il s’agisse du reggae, de la folk music, du blues, du gospel, du rock ou de la funk. Son spectre musical est très vaste, le gars ne s’interdit rien. Il se sent libre de tout faire, il ose tout. Sa carrière jusqu’ici jalonnée de succès jamais démentis, en témoignent ses concerts devant des salles remplies, est des plus riche artistiquement.

En 2020, en pleine période de confinement généralisé, il s’est offert de publier  » Winter is for lovers’ « . Et moi qui croyais que la saison des amours était naturellement le printemps voire l’été, voilà que ce gaillard nous assène que non, pour lui, tout se passe en hiver, au chaud des alcôves. Fidèle à ses habitudes, Ben Harper a enregistré cet album de manière très sobre, presque artisanale. Voilà vingt-huit ans que ce grand musicien trimballe sa carcasse et son sourire un peu partout dans le monde, depuis la sortie de « Pleasure and Pain » en 1992, suivi des deux albums à succès « Welcome to the cruel world » en 1994 et « Fight for your mind » dans la foulée en 1995.

Car Harper, très vite s’est identifié comme un musicien-citoyen à l’instar des Bob Dylan, Bruce Springsteen, Neil Young, Joan Baez, ou encore le légendaire Johnny Cash. Ben Harper le musicien est également un vrai conteur, parfois débarrassé des oripeaux de la star adulée qui empli les salles et les stades. Non il préfère les ambiances intimes, la proximité, la relation vraie à l’humain. C’est pourquoi aussi il fait rarement parler de lui en dehors de son activité musicale. Il sépare pleinement le professionnel et le privé.

Mais revenons au disque. Chacun des titres de cet album est une référence pour Ben Harper. Tantôt à l’enfance et aux quartiers où il a grandi avec « Inland Empire », mais aussi au désert de « Joshua Tree », pour le coté quasi hypnotique et mystique de l’endroit. Il évoque aussi évidemment un des hauts lieux du jazz de New-York, le quartier de Harlem, qui a été très important dans la renaissance de ce courant musical. Et puis bien sûr, il fait allusion à Londres, ville berceau de tant de guitaristes anglais de talents, dont le grand Jimmy Page notamment. Sur cet album d’une pureté absolue, très dépouillé musicalement, Ben Harper s’en donne à coeur joie et nous régale de son talent. Il nous fait un joli cadeau en terminant son disque avec une chanson sur Paris, ville qui pour lui signifie plus jamais le printemps, la vie, après l’hiver vécu dans le grand nord américain, new-yorkais ou canadien.

Ben Haper, tout jeune, eût la chance, grâce à son père qui tenait un magasin de guitare à Claremont, sa ville natale, le « Folk Music Center », de croiser des musiciens prestigieux tels que Ry Cooder ou Taj Mahal, qui deviendra son vrai mentor et l’emmènera même en tournée à ses débuts. Il voue d’ailleurs une reconnaissance éternelle à son mentor, sans qui rien n’aurait été possible selon Ben Harper.

« Winter is for lovers » est un projet musical que Ben Harper murissait dans sa tête depuis dix ans. Il souhaitait tant mettre en avant et mixer les cultures blues, amérindiennes, hawaïennes. Le résultat est bluffant de qualité. Je vous invite à l’écouter tant cet artiste propose ici un projet musical sans faille.

Guillaume.

Dom La Nena garde le Tempo.


Cette artiste brésilienne de son vrai nom Dominique Pinto, qui a commencé la musique en étudiant le piano dès l’âge de 5 ans, puis le violoncelle dès 8 ans, tirera son nom de scène du fait qu’elle était la plus jeune (La Niña ce qui donnera La Nena en portugais) élève de sa classe de violoncelle à Buenos Aires, dirigée par la violoncelliste Christine Walevska, qui l’avait repérée plus jeune et lui avait suggérée de venir étudier en Argentine.

Bien que violoncelliste, Dom La Nena est aussi chanteuse, que certains et certaines d’entre vous ont pu découvrir lors de sa venue en 2013 sur les planches du festival des Aventuriers à Fontenay-Sous-Bois, a l’Espace Gérard Philipe, nous a publié « Tempo » en 2018, dont elle a composé tous les titres. A seulement 32 ans, cette artiste brésilienne a su tracer son parcours de façon très singulière et méticuleuse, en allant parfois vers des collaborations inattendues comme avec des artistes comme Jane Birkin, Jeanne Moreau, Camille, ou encore Étienne Daho, puis le musicien Piers Facini, qui lui propose d’enregistrer dans son studio des Cévennes son futur album « Ela » sorti en 2013,, avant en 2014 de rencontrer Rosemary Standley (chanteuse du groupe Moriarty) et de fonder avec elle le duo Birds on a wire. Dom La Nena se frotte sans hésiter à des univers musicaux loin de sa culture initiale ou de son apprentissage classique.

Mais passons donc à « Tempo », album enregistré en 2018.

Billie Holiday, une vie de Blues pour cette Lady.


Le livre qui nous occupe ici, « Lady sing the Blues« (Editions Parenthèses, collection Eupalinos), dont le titre est une référence à l’un des titres phares du répertoire de la chanteuse, est différent de celui écrit par Philippe Broussard en 2015 aux éditions Stock, intitulé « Vivre cent jours en un« , car c’est une autobiographie, co-écrite avec l’aide de William Dufty, publiée en 1956. Ce qui change également, c’est que Billie Holiday, contemporaine d’Ella Fitzgerald, s’exprime ici à la première personne dans le livre, donc nous sommes, nous lecteurs, dès le début embarqués dans son sillage, dans ses aventures d’enfant ballotée, puis on la suit lors de son départ seule à New-York, dans le quartier de Harlem, dans un appartement de deux pièces, avec un piano droit, pensant échapper à la misère, aux sévices masculins, au racisme, bref à tout ce qu’elle a subi depuis le début de sa vie. Billie Holiday nous raconte également son arrière grand-mère, maîtresse d’un propriétaire terrien blanc, qui possédait des plantations et nombre d’esclaves. Elle nous parle des clubs interdits aux noirs, tels le fameux Cotton Club(photo ci-dessous), sauf aux musiciens et danseurs venus là pour distraire les blancs qui souhaitent s’encanailler et passer du bon temps en dépensant leur argent.

Personnage important du livre et de sa vie, sa mère, qui est tout pour elle, qui détestait la solitude et s’arrangeait toujours pour avoir la compagnie des hommes, et quand ceux-ci n’étaient pas là, dans celle de l’alcool. Cette mère à qui, bien qu’ayant très tôt quitté l’école, Billie va, par le biais de jeux scolaires, apprendre à lire et écrire. Son père disparu de la circulation très tôt dans sa vie, elle en aura des nouvelles de temps en temps par courrier, ce dernier évoquant alors sa fierté envers le devenir de sa fille. Puis un soir de 1937, tout bascule. Alors qu’elle s’apprête à rentrer en scène, un téléphone sonne et la demande. Un voix lointaine demande si elle se nomme bien Eleanore Billie Holiday, ce qu’elle confirme, et si son père s’appelle Clarence Holiday. Double confirmation. Cette voix lointaine lui annonce alors le décès de son père et demande si elle souhaite récupérer le corps. Bref, des moments très difficiles à vivre. Et puis au détour d’une anecdote, Billie Holiday évoque comment lui est venu le nom de « Lady Day ». « C’est Lester Young, mon saxophoniste, qui à côté de « Lady » a rajouté la syllabe day de mon nom, ce qui a donné « Lady Day » et c’est resté ».

Son entrée dans l’orchestre du grand Count Basie (surnommé la machine à swing de Kansas City, sa ville natale), pour gagner en expérience et se faire des sous. Mais sur ce côté là, déception, elle ne touchera que quatorze des trente-cinq dollars promis. Elle dit sans détours son aversion pour la routine des tournées, la monotonie qu’elles engendrent, et qu’elle a failli quitter le groupe avec Lester Young, lassée de cette vie et des accusations de mettre la pagaille dans la troupe en séduisant tous les musiciens, ce dont elle s’est fortement défendue. Nous révèle les vicissitudes vécues lors d’une tournée, à Detroit, en période de ségrégations raciales. Le propriétaire du théâtre où devait se produire Basie et son orchestre avec Lady Day, exigea d’elle, trop pâle à son goût, qu’elle se fonça le teint, sinon pas de concerts!!! Ulcérée, mais collégiale, Holiday finit par obtempérer. Ou la remarque d’un patron de club à Chicago, un certain Joe Glaser, qui lui demanda de maigrir si elle voulait un contrat ! Le sexisme dans toute sa splendeur!!!! Outre tous ces désagréments, Billie Holiday a retenue de son expérience avec Count Basie un bagage formidable, des rencontres humaines de qualité et surtout la somme de titres travaillés et qui désormais constituaient le répertoire du Count.

Au delà de ces faits, et de beaucoup d’autres narrés avec justesse, émotion, colère, drôlerie parfois, déception aussi, le lecteur découvre les multiples facettes de Billie Holiday. Ce récit nous retranscrit très bien tout cela, nous replonge au côté de cette grande dame du jazz, dans cette période sombre de l’Amérique, où la ségrégation régnait à plein, où les noirs, hommes ou femmes n’avaient que peu droit de cité, bref où la vie était un vrai enfer pour elles, pour eux. Le seul moyen d’en sortir, de se faire respecter des blancs, était de s’imposer dans le monde artistique, ici le jazz, verrouillé pourtant à l’époque par des hommes. La vie de cette diva qui n’aura vécu que 44 ans, tout en nous laissant des titres inoubliables comme bien sûr « Lady sing the Blues », » Strange fruit »(chanson créée en 1939, au Café Society à New-York, un des premiers clubs ne pratiquant pas de discrimination raciale), « I’m a fool to want you », « My man » et beaucoup d’autres, est ici contée sans détours, ni commisération, juste avec la bonne distance et le ton sincère d’une artiste qui se livre, en confiance.

Tout au long du livre, le lecteur se régale, car au delà des moments glaçants, il est rempli d’anecdotes drôles tendres, on la suit aussi dans sa carrière musicale, on est avec elle quand elle doute, quand elle retombe dans ses travers, quand elle chante. Bref c’est une belle évocation, très fidèle, qui prend parfois le lecteur aux tripes, car Billie Holiday s’avère être un personnage attachant, sensible, malgré ses fragilités, ses cicatrices de vie. Elle fait face, non sans mal, dans ce monde d’hommes qu’est le Jazz, le Business, aux musiciens, producteurs, agents, directeurs de clubs ou de casinos, bref à tous ceux qui pourraient avoir une position de pouvoir sur elle. Mais elle sait aussi reconnaître leur talent quand il est là, leur honnêteté, leur bienfaisance si elle est réelle. Reste que parfois, sa naïveté lui a joué de sacrés tours, tant sur le plan privé que professionnel. Cela l’emmenait alors vers des paradis artificiels que sont l’alcool et la drogue.

A celles, ceux qui ne connaitraient pas encore cet immense artiste, l’une des plus grandes voix du jazz du vingtième siècle, je conseille sans hésiter de lire ce livre, pour s’approcher au plus près de la légende, de la vie bien remplie loin d’avoir été un long fleuve tranquille (hé oui, Laurent et Carine, j’ai placé une belle référence cinématographique .. pour le plaisir..) de celle qui a tout subi, vécu, déboires, gloire, avant la déchéance et finir dans la misère, éloignée de tous, jusqu’à être enterrée dans un cimetière à l’écart de New-York, ville de ses triomphes. Comme si on voulait oublier l’immense artiste qu’elle a été. Comme un ultime affront. Heureusement nous reste ses disques, sa voix, en guise de patrimoine, de témoignage ultime.

Pour celles et ceux qui voudraient découvrir cet immense artiste, il existe plusieurs pistes :

CD :

-Solitude / Billie Holiday.

-Billie Holiday : Jazz blues collection / Editions Atlas.

-The centennial collection / Billie Holiday.

-Lady sing the Blues / Billie Holiday.

Livres :

-Lady in Satin : Billie Holiday, portrait d’une diva par ses intimes / Julia Blackburn (Editions Rivage Rouge, 2015).

-Vivre Cent jours en Un » / Philippe Broussard (Editions Stock, 2016).

-BD : Billie Holiday / Muñoz & Sampayo (Editions Casterman, 1991).

Bande dessinée Jazz :

-Billie Holiday / Claire Braud (Editions Nocturne). 2 cd + Bd de 16 pages.

-Lester Young & Billie Holiday / Jean-Charles Baty (Editions BD Music). 2cd + Bd de 24 pages.

-Count Basie / Michel Conversin (Editions Nocturne). 2 cd + Bd de 19 pages.

DVD :

-Billie Holiday, Lady Day / Philippe Koechlin.

-Le film « Lady sing the Blues », réalisé en 1972 par Sydney J.Furie,  avec la chanteuse Diana Ross dans le rôle titre. Elle sera nommée aux Oscars cette année-là pour l’Oscar de la meilleure actrice.

-Le film « Billie Holiday, une affaire d’Etat » de Lee Daniels, (sorti juin 2021), avec l’actrice Andra Day dans le rôle titre (nomination aux Oscars pour la meilleure actrice).

-Un dvd documentaire intitulé « Billie » de James Erskine (2020).

Guillaume.

Après Prince, Jimi, Bob et David, voici John Lennon version Jazz.


Dans la série « que valent le répertoire de vos idoles en mode jazz? », j’ai déjà ici donné mon point de vue sur les disques concernant Prince, Bob Marley ou Jimi Hendrix et plus récemment David Bowie. Voilà maintenant que c’est le tour de la légende John Lennon, ex-Beatles, devenu chantre de la paix et de l’amour dans le monde aux côtés de Yoko Ono dans les années 70’s, jusqu’à son assassinat le 8 décembre 1980, de « subir » cet assaut musical de jazzmen et jazzwomen pour réinterpréter son répertoire. Toujours à la baguette, le talentueux Lionel Eskenazi a rassemblé pour l’occasion des noms prestigieux tels que le saxophoniste-guitariste et chanteur Curtis Stigers, le chanteur anglais Joe Jackson, le guitariste et chanteur de blues Lucky Peterson (disparu en 2020), NGuyen Lê (déjà présent sur la version hommage à Jimi Hendrix), le guitariste Al di Meola, la chanteuse-pianiste brésilienne Tania Maria et le pianiste, compositeur et chanteur italien Stefano Bollani, pour les plus connus. Bref, du très lourd! Voyons maintenant ce que ça donne. L’album s’ouvre avec la voix plaintive et bluesy de Curtis Stigers qui chante un très beau « Jealous Guy ». Ça sent la douleur, la tristesse. Le tout accompagné d’un tres bon trio piano-batterie-contrebasse. Superbe. Ensuite c’est une fille, entendez « Girl » qui s’invite à nos oreilles, magnifiquement chantée par le vétéran de la pop anglaise Joe Jackson, dans un registre piano-voix que je ne lui connaissait pas. Bluffant. Après quoi les Pink Turtle (les Pink..Floyd étaient pas disponibles😉) revisitent le tube mondial « Imagine » en mode instrumental ambiance funk cool. Ça fonctionne. Retour au Blues avec l’immense et regretté Lucky Peterson qui chante l’évidence même « Yes Blues ». Un régal.

Puis arrive sans crier gare une voix féminine qui m’est inconnue, celle de Daria, qui interprète « Strawberry fields forever » avec délicatesse, souplesse vocale sur fond de musique indienne. Plaisir. A peine suis-je sorti de ce morceau que déboule un pianiste de jazz finlandais, IIro Rantala qui m’attrape et joue un « oh my love » tout en subtilité comme savent le faire les musiciens nordiques qui ont une sensibilité vraiment particulière. Ce titre figure sur l’album « My working class hero » qu’il avait composé en hommage à John Lennon en 2015. Je vais me dépêcher de découvrir sa discographie. Après cet amour en mode finlandais, Nguyen Lê, guitariste, nous trimballe en Inde pour un « Comme together » étonnant, sur lequel il laisse son expression se dérouler, ce qui donne une très belle couleur au titre. De plus il est accompagné de 3 chanteurs (2 hommes, 1 femme). L’aspect jazz-fusion du morceau le rend totalement neuf. Superbe. Un autre virtuose de la guitare succède à Nguyen Le, il s’agit de Al di Meola. Sa version de « Dear Prudence », sur des tonalités quasi flamencas, est très belle. Son jeu est fluide. On entend presque ses doigts courir sur le manche. Sorti de cet instant gracieux, revoilà Jen Chapin et le Rosetta trio, entendue sur l’opus dédié à David Bowie, elle y chantait « Starman ». Là c’est un « nobody told me » presque intimiste qu’elle interprète avec guitare, et une contrebasse. Magique. Je parlais plus de la Finlande. C’est maintenant les forêts norvégiennes que nous visitons grâce au piano de Stefano Bollani. Ça vous transporte. De là-haut j’entend la voix de la brésilienne Tania Maria qui nous dit « Imagine ».. Le tout sur un rythme de jazz cool… Ça groove en douceur, c’est juste beau.

Après ce très joli moment, un guitariste nommé Stephen Bennett (rien à voir avec Tony Bennett) nous gratifie d’un « Because » tout en touché et musicalité. Entendre ce morceau joué ainsi est vraiment spécial. Puis la voix lancinante et timbrée de Muriel Zoe, chanteuse allemande néée à..Hambourg (ville où les Beatles ont joué à leurs débuts hors Angleterre) donne à entendre une version toute en retenue du classique « A hard day’s night ». « Nowhere man » qui suit est joué sur un rythme très cool, de presque fin de jour, ou fin de nuit, selon votre humeur d’écoute, par un duo de jazzmen allemands, les frères Roman (piano) et Julian (trompette) Wasserfuhr. Une belle découverte. Un « Beautiful Boy » est ensuite appelé, sussuré devrais-je plutôt dire ici par la chanteuse Laura Crema. Une chanson en mode jazz cool. Avec un piano qui dialogue avec le chant de belle manière. Pour vraiment terminer ce bel hommage à John Lennon, place à un instrumental, qui parfois nous emmène dans les étoiles. Ici c’est carrément un voyage « Across the Universe » qui est suggéré par le piano aérien de Bill Anschell. Comme un dernier salut à l’artiste, mais aussi à l’ange bienveillant que se voulait être John Lennon vis à vis de ses condisciples humains.

Guillaume.

David Bowie version Jazz, qui l’eût crû ?


Après Prince, Bob Marley, et Jimi Hendrix, dont les répertoires musicaux en version jazz ont déjà été évoqués ici, voici donc venu le tour du grand David Bowie d’être passé à la moulinette de ce genre musical. Lui, enfin surtout son répertoire. Pour cela, Lionel Eskenazi, qui chapeaute chacun de ces projets, a réuni une belle brochette de talents. Jugez plutôt : le pianiste Bojan Z, le trompettiste Eric Le Lann, le guitariste Pierre Jean Gaucher, ou encore les chanteuses Laîla Biali, Cinzia Bavelloni, la française Keren Ann, parmi beaucoup d’autres. Cet album, « David Bowie In Jazz » est sorti en 2020.

Cet hommage au dandy anglais démarre par une superbe version du tube « Let’s dance ». Ça commence par une intro voix-contrebasse, puis le piano, les claviers s’installent très vite et tout s’emballe. La voix souple et chaleureuse de Laila Biali, chanteuse canadienne qui a travaillé avec Sting, et l’ambiance installée, forment une très belle entrée en matière. Nul doute que Thin White Duke eut apprécié cette version. Dans la lignée, c’est une autre chanteuse qui prend la suite, Cinzia Bavelloni. Elle s’attaque à « Lady Stardust », sur un mode smooth jazz des plus agréables à écouter. La trompette qui prend le solo (dommage que nous n’ayons pas le détail des accompagnateurs…), puis le xylophone nous transporte vers un rivage qu’on imagine calme et paisible. Bojan Z (Zulfikarpasic de son vrai nom), que j’avais découvert à l’Européen à Paris voilà 15ans, revisite en mode trio le classique « Ashes to Ashes ». Le résultat, subtil, est très beau. Bojan Z y met toute sa musicalité.

Vient ensuite une chanson écrite en hommage à Andy Warhol, ici interprétée par la chanteuse Caecilie Norby, soutenu par un trio de haute qualité. Sa voix se promène sans souci, se faisant transmetteuse de l’administration éprouvée par Bowie envers Warhol. On enchaîne ensuite avec « The Jean Genie », chanson maintes fois reprise, ici jouée façon blues avec guitare dobro et harmonica par le groupe Yelloworld, spécialiste des reprises de David Bowie. Très belle version. Puis le trompettiste Eric Le Lann, accompagné d’un solide trio, revisite « Lire on Mars ? », chanson qui résonne étrangement à l’heure des explorations de la planète rouge, de son sol, son atmosphère, en vue de futurs voyages. Mais revenons à la musique. La trompette de Le Lann joue comme chantait Bowie, dans une forme de complainte. C’est très réussi. « The man who sold the world », ici pris en voix par Miriam Aida, est joué sur un rythme flamenco et chanté en mode jazz. Le mariage des 2 vaut l’écoute. Puis arrive l’un des titres phares de la carrière de Bowie, « Space Oddity », qui démarre par ces fameux mots « Ground Control To Major Tom ». S’il est difficile, là plus que sur les autres titres déjà évoqués, de ne pas « entendre » la voix de Bowie quand la chanteuse Grazzia Giu se coltine ce titre, elle s’en sort plus que bien, remplaçant le côté dramatique initial voulu par Bowie, par une longue plainte, une douleur retenue, sentiment renforcé par cette voix qui tient sur un fil, en équilibre, celui de la vie. Superbe. S’en vient ensuite « Aladdin Sane » ici joliment rendu par le talentueux guitariste Pierre-Jean Gaucher dans une version mi jazz cool mi jazz fusion. Federica Zammarchi offre une version « club de de jazz » de « Lady grinning soul ». La voix est là, tout est en place, mais aucune émotion ne sort de cette interprétation. Gâchis. Tout l’inverse avec Jen Chapin et le Rosetta trio sur « Starman », c’est enlevé, léger, la voix est appliquée sans trop appuyer, le timbre légèrement aiguë ajoute une petite touche très agréable à ce morceau virevoltant. Puis on tombe sur une interprétation déroutante de « Heroes », par le Delta Saxophone Quartet. C’est lent, presque méconnaissable. Déroutant au possible. Heureusement arrivent les Yelloworld, spécialistes ès Bowie. Ils nous embarquent pour un « Moonage daydream » de haute tenue. Le voyage musical est réussi. Tiens revoilà Cinzia Bavelloni, sur un fond de trio jazz très swinguant, avec « DJ ». On se croirait transporté dans les 30’s.

Après avoir eu droit à la superbe version vocale par Grazzia Giu, c’est maintenant Franck Wolf, pianiste, qui nous donne son interprétation de « Space Oddity ». Tout en subtilité, en douceur. Le groupe vocal Puppini Sisters revisite « Changes » en y donnant un aspect swing assez ravissant. Pour terminer cet hommage au génial David Bowie, c’est Mike Garson  qui se colle à la tâche. Le pianiste s’amuse et ça se sent en revisitant le célébrissime « Let’s dance », déjà  chanté en ouverture du disque par Laîla Biali.

Enfin en bonus track, la belle voix de Keren Ann chante « Life on Mars » dans une orchestration à cordes superbe. De quoi très bien terminer ce bel opus qui rend hommage au talent de chanteur-compositeur-interprète de David Bowie. Quoiqu’il en soit, le résultat est bluffant par moment, surprenant à d’autres, déroutant aussi, mais la qualité des interprètes donne à ce projet une densité que n’aurait sans doute pas renié David Bowie.

Guillaume.

 

Blue Oyster Cult, toujours vivant.


Depuis 1967 (très bonne année!), année de sa création, le groupe américain Blue Oÿster Cult, qui évolue dans un style musical allant du hard-rock au rock progressif, au métal, n’a eu de cesse de se renouveler, de se réinventer autant que possible à travers les décennies, toujours dans la perspective de plaire à son public et bien sûr d’en attirer de nouveau. En 1994, le groupe publie « Cult Classic« , qui regroupe un certain nombre de titres phares de leur répertoire depuis toutes ses années d’existence. C’est d’ailleurs sur l’un d’entre eux que s’ouvre « Cult Classic ». En effet, « Don’t Fear the Reaper » a été, à l’époque de sa sortie, un vrai tube du groupe, tout comme « Godzilla », « Burnin’ for You ». Sur cet album best-of qui date donc de 1994, figure d’autres morceaux remarquables comme « E.T.I », « Astronomy », « Flaming telepaths », tous joués dans un style hard-rock ou rock progressif très maitrisé. Les orchestrations sont très belles, et la voix d’Eric Bloom, soutenue par les choeurs, fait merveille. Cela donne un hard-rock chatoyant, mélodique, aéré, totalement dans l’air de ce qui se faisait au début des 70’s, avant la double tornade venue d’Angleterre Led Zeppelin-Deep Purple. Mais là franchement, c’est un plaisir de se replonger dans leur musique. Tous les morceaux sont de haute tenue, rien ne vient perturber l’écoute ni la qualité de ce disque. Un titre comme « Cities on flame with rock’n’roll », qui figurait sur le premier album du groupe sorti en 1972, ne prend pas une ride. Incisif, guitares rageuses, voix bien placée, et ce son imuable des années 70, avec des micros parfois trop éloignés des instruments comme pour les batteries, par exemple, et une légère saturation toujours présente.. mais c’était le bon temps. Les titres qui suivent, « Harvester of eyes », « Buck’s boogie », et les deux reprises de « Don’t fear the reaper » et « Godzilla » permettent à l’auditeur qui découvrirait ce groupe de confirmer que Blue Oyster Cult est groupe à ne pas louper, et qui, s’il vient à passer un jour prochain sur une scène parisienne, vaudra assurément le détour.

Si le groupe a forgé sa solide réputation dans les années 70’s, en tournant dès 1972, après la parution de leur premier album « Blue Oÿster Cult », avec qui connaitra un joli succès populaire, avec des groupes commes Mahavishnu Orchestra, Alice Cooper ou encore lThe Byrds, c’est l’arrivée au début des années 80’s de la chaine musicale MTV en 1981, véritable robinet à clips vidéos, qui a bouleversé la donne et permis à B.O.C. de développer encore davantage son audience auprès du public.

En 1973, le groupe sort un album magistral « Tyranny and Mutation ». Sur ce disque, figurent des titres comme « The Red and the Black » ou la collaboration avec Patti Smith, « Baby Ice Dog ». Un très bon album que je conseille à celles et ceux qui voudraient découvrir le groupe à cette époque-là.. L’année suivante,

Après cette période, notamment marquée par un album live « Extraterrestrial Live! (1982) et deux albums studios que je considère comme moyens, à savoir « Club Ninja » (1985) et « Imaginos »(1988), ce qui engendrera une période de déclin inévitable, le groupe va reprendre du poil de la bête avec les 3 albums qui ont suivi « Cult Classic », à savoir « Heaven Forbid »(1998), le très réussi « Curse of hidden mirror » (2001), et enfin l’an dernier avec « The symbol remains ».

Il faut noter que la formation la plus emblématique de B.O.C., celle qui a enregistré le plus de disques ensemble, fut composée de Donald « Buck Dharma »Roeser (guitare, chant), Eric Bloom (chant), Allan Lanier (claviers, guitare rythmique, choeurs), Joe Bouchard (basse, choeurs), Albert Bouchard ( batterie, percussions, choeurs). Mais au cours des années, des noms du hard-rock comme le batteur Bobby Rondinelli (membre de Rainbow, Doro, Quiet Riot, Black Sabbath) ou le bassiste Rudy Sarzo (qui a joué au sein des groupes Whitesnake, Quiet Riot, aux côtés d’Ozzy Osbourne, de Ronnie James Dio ou encore avec le groupe américain de métal progressif Queensrÿche époque Geoff Tate) ont fait partie du groupe à une époque. Il en fut de même pour le grand batteur Jimmy Wilcox, qui rejoint le groupe pour terminer l’album « Ninja », en 1985. C’est dire la popularité de B.O.C.

Dans les années 2000, plusieurs avatars perturbent la vie du groupe. Au milieu d’incessants reports de tournées, départs du groupe (Allan Lanier, Rudy Sarzo), la sortie d’un album solo de Joe Bouchard en 2013, le décès du producteur Sandy Pearlman en 2016, la maison de disques Sony Legacy avait sorti en 2012 un coffret de 17 cd, sobrement appelé « The Complete Columbia Albums Collection », qui rassemblait les versions remasterisées de « On your feet or on your knees », « Mirrors », « Cultosaurus Erectus », « Fire of unknown origin », « Extraterrestrial Live! », « The Revolution by Night », « Club Ninja », « Imaginos ». Un joli résumé de la carrière de ce grand groupe.

Mais le « Cult Classic » dont je vous ai parlé peut déjà vous mettre l’eau à la bouche.

Guillaume.

Kevin Morby, La Folk Tranquille.


« Sundowner » sorti en 2020 est le sixième album de Kevin Morby, né à Kansas City dans le Missouri (ville de Casinos pendant la période de la prohibition), depuis le tout premier intitulé « Harlem river »(2013), qui faisait référence à son séjour new-yorkais dans les années 2000. Kevin Morby, au look d’étudiant attardé, un peu à la manière des regrettés Kurt Cobain, chanteur de Nirvana disparu en 1994, et de Jeff Buckley, disparu en 1997.

La pochette de l’album le représente assis sur un lit, dans un décor de chambre, le tout au milieu d’un champs de hautes herbes sur fond de ciel orageux. Pas engageant à priori. Mais annonciateur du climat minimaliste dans lequel cet auteur-compositeur américain veut nous accueillir.

J’avoue, avant d’écouter « Sundowner », je ne connaissais pas du tout cet artiste américain, dont la voix fait irrémédiablement penser à Bob Dylan jeune, de même que ce style de folk minimaliste, qui laisse place à l’histoire, soutenue par les instruments. Cette influence dylanienne est tellement présente qu’on l’entend sur « Wander », avec l’harmonica, la voix placée de telle manière, ce phrasé légèrement trainant… bref ça sent le biberonage intensif au Zimmerman quand Morby était jeune enfant.

Les titres s’enfilent comme des perles, le disque craque même un peu, à la manière des 33 tours d’autre fois, ce qui n’est pas pour me déplaire. Chaque titre ressemble, par sa structure, à une complainte ou un cri de colère légèrement feutré. Il n’est qu’à écouter « Sundowner », Wander », « Don’t underestimate midwest american sun ». Les chansons sont très épurées, sans artifices, sans parasites qui viendraient encombrer le climat du disque. L’exigence est là. Peu mais efficace, essentiel. Il le prouve encore sur « Jamie », et l’instrumental au piano « Velvet highway » nous prouve que Kevin Morby ne contente pas de chanter, jouer de la guitare et de l’harmonica. La garçon est poly-instrumentiste avec talent.

Avec ce disque, j’ai fait une belle découverte, d’un artiste talentueux, qui va au plus simple. Le résultat est au bout.

Je vous invite à le découvrir sans attendre.

Guillaume.

No more trouble with Allman Brothers Band.




Pour célébrer les 50 ans de l’un des plus fameux groupes de blues-rock américains, Allman Brothers Band, et de la parution du premier album du groupe en 1969 « The Allman Brothers Band », au menu duquel figure le titre « Trouble no more« , la maison de disque Universal a eu l’excellente idée de ressortir des tiroirs des bandes publiées sur les deux labels sur lesquels le groupe a fait sa carrière, Capricorn et Epic. Soit 5 cd au total.

En ressortant ces archives, cela permet au jeune public de découvrir ce groupe mythique essentiel de l’histoire de la musique blues-rock américaine. Ce groupe a connu 3 grandes périodes d’activité musicale, tout d’abord de 1969 à 1976, puis ensuite de 1978 à 1982 enfin de 1989 à 2014.
Autant de chapitres d’une longue histoire pour ce genre de groupe, qui à sa naissance, n’imaginait pas être encore vivant 45 ans plus tard! un sacré bout de route.

Fondé le 26 mars 1969, par les frangins Allman, Duane (guitares) et Gregg (chant, orgue), aidés dans cette tâche par Dickey Bets (guitares, chant), Berry Oakley ( basse), Butch Tricks aux percussions et Jay Johanson (batterie), le Allman Brothers Band va développer une musique qui est un savant mélange de blues, folk, rock, country, à l’égal de ce que produit le Lynyrd Skynyrd. Ce groupe talentueux va être marqué du sceau de la tragédie puisque successivement Duane Allman (29 octobre 1971) et Berry Oakley (11 novembre 1972) vont se tuer lors d’accidents de motos. Loin de l’ d’abattre, ces deux tragédies vont souder le groupe et lui donner l’envie la force pour aller de l’avant et composer encore davantage de musique. « Brothers and Sisters » qui sort en 1973 est le témoignage d’un virage musical important, celui pris vers une  country-folk, avec deux tubes « Ramblin man » et « Jessica ». La période qui arrive, des mid seventies au début des années quatre vingt voit le groupe se déchirer, se séparer, ses membres se diriger vers des projets solos.

De 1989 à 2014, les Allman Brothers Band connaissent une période de résurrection salutaire. Dès 1989, le groupe reprend la route, renforcé des talents de Warren Haynes (guitare, chant), Johnny Neel (Claviers, harmonica), et Allen Woody (guitare basse). La tournée des festivals estivaux est un triomphe, le public revient vers eux, tout baigne comme sur des roulettes. Le claviériste Chuck Leavell a préféré rejoindre les Pierres qui Roulent en tournée, et Lamar Williams est lui terrassé par un cancer. Malgré ces avatars, Allman Brothers Band marque de son empreinte son retour et ravit ses fans, que ce soit sur scène ou sur disque. Il y aura aussi des engueulades, des guerres de contrats, bref tout ce qui fait le sel de la vie de la vie d’un groupe de rock normal.

La consécration viendra de ce le Rock and Roll Hall of Fame introduit officiellement le groupe en son antre, en 1995. Quelques années plus tard, en 2004, le live « One Way Out » remportera deux Grammy Awards.

Le coffret « Trouble No More » est un parfait résumé de la longue et riche carrière musicale de ce groupe légendaire, qui s’est illustré aussi bien dans le rock, le blues, le folk-rock, la country-folk.
Aujourd’hui, le groupe est repris par les nouveaux talents émergeants aux Etats-Unis, certains n’hésitant d’ailleurs pas à afficher un vraie filiation musicale avec ces légendes du rock américain. La reconnaissance ultime s’il en était besoin, que, 50 ans après, la musique de Allman Brothers Band perdure tout autant que son influence spirituelle sur la nouvelle scène musicale.

Guillaume.