Adam Lambert, nouvelle voix de la Reine.


Quand on est un groupe de rock légendaire, et que l’on perd brutalement en 1991, son charismatique chanteur Freddie Mercury, pas simple d’imaginer quelqu’un qui puisse lui succéder au micro. Occasionnellement, Roger Daltrey, chanteur des Who, est apparu sur scène aux côtés de Brian May, John Deacon et Roger Taylor. D’autres également lors d’évènements officiels, caritatifs. Autrement, pas d’intégration officielle d’un nouveau chanteur au groupe anglais. Et puis Adam Lambert est arrivé en 2011. Comme une évidence. Présence physique, voix puissante, le gaillard semble coller à priori au profil recherché par les Queen’s boys. Restait donc à passer l’épreuve du feu, celle de la scène, affronter le public qui vénérait Mercury. Rien de tel qu’une tournée pour savoir. Depuis 2011, Adam Lambert a participé à plusieurs tournées du groupe Queen. Le disque « Live around the World » sorti l’an dernier est donc le témoignage vivant de sa parfaite intégration à ce groupe mythique.

Mais qui est Adam Lambert ? D’où vient-il ? Arrêtons-nous un instant sur le profil du gaillard. 

Né en 1992, cet acteur-chanteur s’est révélé au grand public lors de la huitième saison de l’émission « American Idol ». C’est suite à ce passage qu’il rencontre pour la première fois le groupe anglais et dans la foulée signe un contrat discographique avec le label Sony Entertainement. Adam Lambert fait son coming-out, révélant ainsi son homosexualité, et  racontant avoir peser jusqu’à 110 kilos étant jeune, fait qu’il attribue  à la raison de ne pas assumer son orientation sexuelle. En 2009, il enregistre un titre pour le film « 2012 » de Roland Emmerich. La même année il publie son premier album « For your entertainment ». 3 autres albums suivront, à intervalles réguliers. En 2011, aux MTV Awards à Belfast, il joue de nouveau avec Queen, puis encore à Kiev, pour la clôture de l’Euro 2012. Là, avec le groupe, il chante 25 titres. Toujours en 2012, il sort son deuxième album « Trespassing ». En 2014, il rejoint à nouveau Queen, pour une tournée mondiale, en hommage à son prédécesseur, Freddie Mercury. Du coup, il semble que Adam Lambert soit devenu le chanteur du groupe pour les tournées, reste à voir pour une prochain album studio.

Alors penchons-nous sur le disque qui nous intéresse ici, à savoir le « Live around the World », sorti en 2020. Au delà du fait qu’il contient 20 standards du groupe, marqué du sceau et de la voix de Freddie Mercury à l’époque de leur création, il me faut reconnaître deux choses. Premièrement, je n’avais entendu parler de ce chanteur avant de l’entendre en compagnie des Queen. Deuxièmement, de façon évidente, le bonhomme possède une voix exceptionnelle, mélange de puissance et de profondeur, capable de monter haut, de tenir long des notes lorsque cela s’avère nécessaire. Un brillant vocaliste. 

Ce qui frappe d’entrée avec le morceau « Tear it up », c’est l’énergie, l’unité qui se dégage du groupe. Oui je dis bien groupe, car Adam Lambert marque immédiatement son territoire, vocalement. Puissance, aisance, il est à son affaire. A côté de lui, May Deacon et Taylor déroulent. Ca promet! La suite ne dément rien, avec « Now I’m here », morceau en version très hard, guitare incisive de May, et Lambert. se régale vocalement. Arrive « Another one bite the dust » et là, je ne peux m’empêcher de penser à la version livrée en 1986 à Wembley par Mercury et ses compères. Le regretté chanteur était alors au top, en forme, et avait assuré une prestation scénique et vocale pleine d’humour et d’intensité. Ici ce qui frappe, c’est les similarités d’intonations, de phrasé. Troubant. Mais Lambert a l’élégance de ne jamais tomber dans la parodie. Respect. Puis après un « Fat bottom girls » pour moi sans intérêt, on en vient à « Don’t stop me now »…où Adam Lambert va donner toute l’ampleur de son talent vocal, des notes basses aux aigües, qu’il sait chercher sans trop de difficultés. Une très belle version, sur laquelle on entend de plus son sens éprouvé de la scène et de lien avec le public. Ensuite viennent « I want to break free » et Somebody to love », portés magnifiquement par les quatre hommes sur scène. Puis arrive un émouvant « I was born to love you » initialement enregistré par Mercury et ses compères sur l’album « Made in Heaven », sorti en 1995, qui sera le dernier sur lequel apparaitra Freddie Mercury. Ici, Lambert s’en sort plutôt bien et c’est d’ailleurs sur ce titre à mon sens que l’on se rend compte de la similitude vocale entre Mercury et Lambert, ce qui a sans poussé May, Deacon et Taylor à l’engager pour les tournées. Il semble tellement à l’aise dans les notes hautes, dégage un sens mélodique éprouvé… Il arrive à donner une nouvelle couleur à ce morceau. Derrière May enchaine les parties de solo comme à la parade, ce qui enchante le public que l’on entend. « Under Pressure » est également une preuve des capacités étendues du frontman américain. Viennent ensuite 2 titres qui étaient marquées du talent vocal de Mercury, à savoir « Who wants to live forever », « The show must go on ». Le premier, il l’attaque de manière puissante, souple, alors que la guitare de Brian May semble plus aérienne que jamais ici. Superbe. Sur le suivant, ce véritable hymne à la vie, là aussi, Lambert n’en fait pas trop, imprimant sa marque, son empreinte vocale de jolie manière. Son chant est très lyrique, inspiré. ses envolées vocales incroyables. Après un « Love of my life » tout en douceur chanté par Brian May, joué en acoustique, rendu superbe avec la participation du public, nous avons droit à un « Bohemian Rhapsody » (là encore la version de Mercury à Wembley en 1986 est dans tous les esprits). Lambert, lui, s’en démarque fort bien, y mettant le tragique suffisant sans en rajouter, avec cette puissance vocale dont il a le secret. Enfin je terminerai par un « Crazy little thing called love », qui swingue comme jamais, donne envie de bouger, un petit bijou à savourer sans modération. Pour clore l’album live, les gars de la Reine nous offrent « We will rock you », saignant à souhait, et derrière une version de « We are the Champions », toute en envolées, puissante, qui prouve définitivement que Lambert a pleinement sa place au sein des membres de Queen. Reste plus qu’à imprimer cela sur disque.

Les nostalgiques de Mercury ne seront pas déçus par son héritier. Il remplit plus que très confortablement son rôle, et semble même être là depuis fort longtemps. Le pari est donc réussi, la greffe a pris.

Guillaume.

Il était une fois… 1989 !


Cette année-là marque le bicentenaire de la révolution française de 1789, marquant la fin de la monarchie incarnée par Louis XVI et Marie-Antoinette, qui finiront sur l’échafaud. De grandes festivités auront lieu, organisées par le ministère de la culture et dirigées par Jean-Paul Goude, à l’origine d’un défilé monumental sur les Champs-Elysées, baptisé « La Marseillaise ». La cantatrice soprano américaine Jessye Norman chantera sous l’Arc de Triomphe (photo du dessus). Mais autrement, il y a quand même eu quelques évènements marquants cette année-là : la condamnation des membres d’Action Directe à la prison à perpétuité, pour l’assassinat du PDG de Renault Georges Besse. L’inauguration le 29 mars du Grand Louvre, puis le lendemain, nouvelle inauguration de la Pyramide de Pei, enfin le 1er avril ouverture au grand public. Dans la foulée le conseil des ministre lance le projet « BNF » qui sera construite entre les ponts de Bercy et Tolbiac. Le 4 mai, le leader du FLNKS, parti indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, Jean-Marie Tjibaou, est assassiné. En juin, Roger Bambuck, ancien sportif de haut niveau (spécialiste des courses de vitesses du 100 au 400 m, médaillé aux JO de Mexico, plusieurs fois champion de France des 100 et 200m entre 1965 et 1968), devenu ministre des sports en 1988, fait passer une loi contre le dopage sportif. Juillet arrive avec son cortège de festivités fastueuses dans le cadre du bicentenaire de 1789. Outre le défilé Goude cité plus haut, il faut noter les inaugurations de l’Opéra Bastille (photo ci-dessous) le 13 juillet puis de la grande Arche de la Défense le 14. En octobre, un arrêt du Conseil d’Etat, dit arrêt « Nicolo », fait prévaloir la supériorité du droit international sur le droit national.

Au rayon des sports, plusieurs choses à retenir. Le titre de champion du monde de Formule 1 d’Alain Prost, face à son coéquipier et rival brésilien Ayrton Senna. En moto, dans les catégories 500, 250 et 125 ce sont respectivement Eddie Lawson, Sito Pons et Alex Crivillé qui l’emportent. La victoire, pour 8 petites secondes, lors de la dernière étape sur les Champs-Elysées, de Greg Lemond face à Laurent Fignon dans le Tour de France (photo ci-dessous). En rugby, la France remporte, pour la quatrième fois consécutive, le tournoi des 5 Nations.

A la rubrique des disparus célèbres, la grande faucheuse a fait une hécatombe. Jugez plutôt : Bernard Blier (« Les grandes familles » (avec Jean Gabin, Pierre Brasseur, Jean Dessailly…), « Les Misérables » (avec Jean Gabin), « Les Tontons Flingueurs » (avec Lino Ventura, Francis Blanche, Jean Lefèvre), Jean Bouise (« Coup de tête » de Jean-Jacques Annaud, avec Patrick Dewaere), Charles Vanel (« le salaire de la peur »), le réalisateur de westerns Sergio Leone ( « Il était une fois dans l’Ouest », « Le bon la brute et le truand », « Les derniers jours de Pompeï », « Le colosse de Rhodes »…), les acteurs américains Lee Van Cleef (qui joua dans les westerns de Leone avec Clint Eastwood et Eli Wallach, photo ci-dessus) et Guy Williams (Zorro), le comédien de théâtre et cinéma anglais Laurence Olivier, l’actrice américaine Bette Davis, le chef d’orchestre autrichien Herbert Von Karajan, le pianiste polonais Vladimir Horowitz, l’écrivain Georges Simenon, le dramaturge irlandais Samuel Beckett, le dirigeant politique Ferdinand Marcos, l’ex couple de dictateurs roumains Nicolas et Elena Ceaucescu, le scientifique russe Andreï Sakharov, père du programme nucléaire russe.

Place à l’histoire inventée.

Un soir de blues, sur une plage de Manille, à quelques encablures de la ville, Fabianna, 28 ans, est assise sur le sable, face à l’océan. Sa longue silhouette sportive, surmontée d’une longue chevelure brune et d’yeux en amandes ne laissent pas les passants indifférents. Mais savent-ils seulement le le mal profond qui la ronge? Non bien sûr. Un mal lointain. Lié à son déracinement. Alors qu’elle est là, plongée dans ses pensées, le regard absent, perdu dans la nuit noire vers cette mer dont elle n’entend que le ressac des vagues s’échouant sur la plage et un peu plus loin sur les rochers alentours, un couple anglais d’une quarantaine d’années, allure élégante,  résidants habituellement près de la City à Londres, vient à sa rencontre. Ils se nomment Ray et Janet. Lui est cadre dans une société côté en bourse. Elle est juriste d’affaires. Grands tous les deux, un mètre quatre-vingt-cinq et un un mètre quatre-vingt. Lui est brun, aux yeux verts, elle blonde aux yeux bleus.

Mais Fabianna, qui s’accordait un moment de repos, de quiétude dans ce paradis, ne s’attendait pas du tout à être dérangée. Ray et Janet, s’arrêtèrent donc à sa hauteur, lui demandant s’ils pouvaient s’asseoir à ses côtés pour discuter. Devant cet intérêt aussi soudain qu’intrusif, elle finit par accepter. Très vite, elle est est la cible de questions sur sa vie privée. Fabianna, bien que pudique, révèle tout de même qu’elle ne cherche pas à rencontrer un homme, qu’elle ne souhaite pas être amoureuse pour le moment, bien que ne refusant pas tout de même une présence masculine quand l’occasion se présente. Le dernier qui eut cet honneur était un banquier originaire de Santa Maria de Guadalupe.  

Pour changer les idées à cette belle inconnue qu’ils découvraient, Ray et Janet eurent l’idée de lui proposer de partir avec eux. Là encore, Fabianna, d’abord étonnée par tant d’empressement, finit par accepter la proposition. Heureux, le couple emmena donc leur nouvelle rencontre vers le rutilant véhicule garé sur le parking jouxtant la plage. Une Cadillac décapotable de couleur bleu ciel. Direction la villa du couple, située sur les hauteurs de Manille. Après une demi-heure sur des routes escarpées, le trio arrive devant une grille monumentale en fer forgé. Ray descend, ouvre la grille, puis remonte au volant de son bolide décapotable. Encore deux kilomètres à parcourir, sur un chemin bordé d’arbres locaux, eux-mêmes plantés au bord de pelouses superbement entretenues. Arrivés devant la maison fastueuse, une bâtisse de style colonial, avec escalier à double révolution en marbre à l’extérieur, et une une grande baie vitrée donnant accès à un salon garni de canapés et fauteuils en cuirs anglais. Un lustre volumineux est fixé au centre de la pièce. Ray, Janet, et Fabianna, affaires en main, pénètrent dans la maison, par ce salon. Cette dernière reste sans voix devant cet étalage de luxe, elle qui n’a jamais rien vu de semblable. Elle observe tout, avec un appétit identique. Passe au scanner chaque pièce, chaque objet qui s’y trouve. Ray et Janet, voyant les réactions de Fabianna, sont ravis, voire fiers. Janet, en excellente maitresse de maison, emmène la belle dans ses appartements. Celle-ci découvre sa chambre, avec salle de bain privative, balcon donnant sur un jardin luxuriant ou se côtoient arbustes de toutes tailles, fleurs de toutes couleurs, parfums. Un régal pour les yeux. Fabianna se croie au Paradis. 

Les premiers jours  de cette nouvelle cohabitation se passent bien, le couple appréciant cette nouvelle compagnie qui vient agrémenter leur oisiveté. Fabianna, timide au début, prend peu à peu de l’assurance. Du coup sa relation avec le couple anglais s’en ressent et se renforce, devenant un peu plus complice chaque jour qui passe. Mais elle observe aussi les yeux doux que ne manquent pas de lui faire successivement Ray et Janet, ce qui la trouble, l’intrigue. Pourquoi ce jeu ? à quelles fins ? Ray, en bon anglais qui se respecte, boit régulièrement du Whisky. Il a l’alcool mauvais et Janet le sait, c’est pourquoi elle surveille sa consommation. Parfois, lorsqu’il abuse, Ray s’emporte sans raison contre sa tendre épouse, ou même contre Fabianna, qui ne comprend pas les raisons de ces soudaines colères. 

Un soir, Ray va trop loin. Il va  même jusqu’à menacer sa femme de la supprimer, dans un délire de jurons et de paroles insensées comme seule la surconsommation d’alcool peut en générer. Janet, prenant peur, se réfugie dans la chambre conjugale, Fabianna dans sa chambre. Fou de rage, il saccage tout ce qui se trouve à portée de mains. Jusqu’à ce que colère passe. Fatigué, il finit par s’écrouler sur le canapé du salon jusqu’au petit matin. Le réveil sera brutal. Pendant quelques jours Janet et Fabianna éviteront soigneusement de le croiser, s’octroyant du bon temps ensemble, se découvrant, riant, se baignant seules loin de cet homme soudain apparu violent à leurs yeux. Ray, lui doit absolument trouver moyen de reconquérir sa femme et sa nouvelle connaissance, qu’il ne s’interdit pas de vouloir conquérir. Aussi il met sur pied un stratagème. Il veut en mettre plein la vue à sa femme, qu’il chérit, et à Fabianna, qu’il apprécie de plus en plus et convoite secrètement. L’orage passé, Janet et Fabianna revenues à de meilleurs sentiments à son égard. Aussi, après une soirée de réconciliation faite de rires, de souvenirs partagés, et bons plats cuisinés par le cuisinier personnel de la maison, tout semble revenu au beau fixe. La complicité, les gestes tendres entre Ray et Janet, mais aussi, les regards attendris de Janet envers Fabianna, qui semble les accepter, sont de mise. Devant ce bonheur reconquis, Ray jubile. Il peut passer à la phase active de son plan. il veut quand même marquer le coup. Organiser une soirée extraordinaire dans le meilleur restaurant-club de la ville, le « Belfast Child », tenu par une certaine Helen, débarquée là voilà 30 ans. Il réserve donc un table pour 3 personnes pour le vendredi suivant. A l’annonce de cette soirée à venir, Fabianna et Janet s’avouent ravies.

Le vendredi arrivé, Ray, Janet et Fabianna se préparent. Ray, costume blanc, chaussure noires en croco, Janet en robe couleur émeraude et parure de bijoux assortie, escarpins aux pieds, Fabianna, superbe robe noire ouverte sur son dos, sandales romaines aux pieds et sa longue chevelure lâchée tombant sur ses épaules. L’arrivée et l’entrée au « Belfast Child » du trio, ne passe pas inaperçue. Si l’ambiance musicale du lieu est favorablement irlandaise, Helen ne s’interdit pas de programmer aussi quelques jolies valses de Vienne, chères à Strauss. Le début de soirée est plutôt détendu entre les 3 convives, dans la connivence et les rires, agrémentés de bons plats et d’excellents vins, Ray ne tarde pas cependant à envenimer l’ambiance, s’en prenant à Janet, à qui il reproche son attirance pour Fabianna. Décontenancées, celles-ci n’en reviennent pas. Mais Ray ne s’arrête pas. Il grimpe dans une colère froide mais très forte. Janet tente de le stopper, elle qui s’ est toujours montrée très effacée à ses côtés. Elle profite d’une valse, pour essayer de détendre l’atmosphère, et incite son mari à l’inviter à danser. Mais celui-ci n’en a cure et reste sur sa colère. Janet s’en trouve vexée, désarmée, face à tant de goujaterie, de désinvolture de son époux, qui ne veut plus rien entendre, et fond en larmes. Fabianna reste en retrait de cette joute conjugale dont elle est pourtant le sujet. Devant cette colère qui ne redescend pas, ne pouvant en supporter davantage, Janet décide de quitter la table ! car elle ne veut plus être une femme enchainée à cet homme dont elle découvre la face sombre, la violence verbale au moins, qui sait ce sur quoi cela peut déboucher. Laissant face à face Ray et Fabianna, qui se dit que décidément elle n’aurait jamais dû les laisser l’approcher sur la plage. A peine sortie du club et se dirigeant vers un taxi pour la ramener chez elle, Janet s’effondre, atteinte d’une balle dans le dos. C’est Ray, accouru en furie, ne supportant pas l’affront que lui a fait sa femme au club, a perdu toute raison et décidé d’ en finir avec elle, se retrouvant ainsi seul avec Fabianna. Ce que Ray avait caché depuis longtemps, était ses sentiments pour la belle inconnue devenue une intime de son couple.

Fabianna, restée jusque-là en retrait de Janet et Ray, bien que très complice par ailleurs, malgré les avances de Ray, est restée sur sa ligne de conduite exprimée lors de leur première rencontre sur la plage. A savoir, pas d’histoire d’amour pour le moment. Ray, qui a déjà perdu sa femme sur un coup de sang, ne peut se résoudre à ce que Fabianna dont il est épris, lui « échappe ». Il le fait savoir à la belle, mais devant son refus encore répété, Ray craque de nouveau. Il sort de nouveau son arme et la tue de sang-froid d’une balle en plein cœur.

En l’espace d’une soirée qui s’annonçait pourtant très paisible et plutôt sympathique, tout aura tourné au drame par la seule faute de la jalousie maladive de Ray et d’un excès d’orgueil et de fierté masculine mal placée. Son Paradis s’est transformé en route vers l’Enfer.

Guillaume.

Chick Corea, légende du jazz, laisse son piano muet.


Ce vendredi 12 février 2021, la nouvelle est tombée. sèchement. Totalement inattendue. Elle annonçait au monde entier la disparition brutale d’une légende du jazz, emporté par le cancer, trois jours plus tôt. Chick Corea, 79 ans, ne nous régalera plus de son talent. Son allure juvénile, son regard espiègle cachée derrière d’éternelles lunettes, ne déambulera plus dans les salles de concerts ou sur les scènes des festivals de jazz du monde entier. Ses mains magiques ne parcouront plus les claviers de piano.

Lui qui pendant près de 60 ans se consacra au piano, au jazz, laisse une oeuvre immense, enregistrée entre 1968 et la sortie de « Tones for Joan’s Bones« , et « Trilogy 2 » sorti en 2019, soit plus de 90 albums, studios et live confondus, et des collaborations variées. Retour sur une carrière magistrale.

Son père trompettiste dans un orchestre dixieland, pendant les années 30 et 40, va mettre le petit Armand Anthony dit « Chick » au piano dès ses 4 ans révolus. Le gamin semble doué et apprécie ce que son père lui fait écouter découvrir : ke trompettiste Dizzy Gillespie (photo du dessous), les saxophonistes Charlie Parker (deuxième photo ci-dessous) et Lester Young, les pianistes Bud Powell et Horace Silver. Un socle de solides références pour appréhender la musique jazz, qui ça occuper toute sa vie. A 8 ans, il délaisse un temps le piano pour la batterie. Le temps d’en apprendre les rythmiques et l’aspect percussions, qui vont plus tard influencer sa manière de jouer du piano, instrument qu’il retrouve très vite pour ne plus le lâcher de toute sa carrière.

Après avoir entamé des études à New-York en 1959, il se rend un soir au fameux club de jazz « Birdland » et là c’est le choc, la révélation. Il assiste à un concert regroupant Miles Davis et John Coltrane qui jouent notamment une reprise de la chanson « Les feuilles mortes », immortalisée en France par Yves Montand. Il decide de facto de stopper ses études pour se lancer dans la musique. Son premier album sort en 1968 sous le titre « Tones for Joan’s bones », suivi la même année de « Now he sings now he sobs », enregistré avec le batteur Roy Haynes et contrebassiste Miroslav Vitous. Mais avant d’enregistrer ses 2 premiers albums, Chick Corea fera ses armes sous la direction du génial et fantasque Cab Calloway  mais aussi en côtoyant les musiciens de jazz latin comme Herbie Mann ou le percussionniste Mongo Santamaria.

Avant la décade 70 qui s’annonce, il va en 1968, remplacer Hetbie Hancock au sein du groupe de Miles Davis (photo ci-dessous). Ainsi participera t-il aux enregistrements de « Files de Kilimandjaro », « In a silent way », « Bitches Brew » au cours desquels il expérimentera des pianos électriques, des sons nouveaux pour l’époque. Il restera avec Miles Davis jusqu’en 1970, y côtoiera Keith Jarrett,  autre virtuose du piano. Dans les années 70, apres un passage par le free jazz avec le groupe Circle, il fonde en 1971 le groupe Return to Forever, dont le fond musical est un retour au jazz-rock, jazz-fusion. Il s’inscrit ainsi dans ce nouveau courant né quelques années auparavant. Ce groupe, qui existera jusqu’en 1977, aura deux formations dont les piliers seront Chick Corea et le contrebassiste Stanley Clarke.

S’il est un homme de groupe, Chick Corea ne se refuse pas à des projets solo et il existe plusieurs traces, à l’égal d’un Keith Jarrett, d’enregistrements solos du génie américain. Je citerai « piano impro »(1971), »piano impro 2″(1972), « Solo piano-Originals »(2000), « Solo piano-Standards » (2000), enfin « Solo piano-Portraits »(2014). 

Chick Corea maîtrisait aussi pleinement l’art de l’improvisation. D’ailleurs  il aimait à dire souvent que avant d’entrer sur scène, lors de concerts solo, il ne savait pas forcément ce qu’il allait jouer.  Cela, j’ai eu la chance de l’observer un soir d’août 2014 au festival de jazz de Marciac. La soirée s’annonçait belle. Chapiteau rempli de 6000 spectateurs venu admirer quatre virtuoses du jazz. En deux duos, le premier composé de Chick Corea et de son complice Stanley Clarke, puis en deuxième partie, Hetbie Hancock et Wayne Shorter. Plateau exceptionnel !
Donc, en premier, celui qui nous interesse ici, le duo Corea-Clarke. Les deux hommes, 70 ans passés, affichent belle santé. Corea s’installe à son.piano, Clarke enlace sa contrebasse. Démarre alors un dialogue musical tout en improvisation et question-réponse de très haut niveau.  Corea est dans un grand soir, ses mains virevoltent sur le clavier de son piano, il sourit, jette à peine un oeil à Clarke qui le suit , le précède ou le rattrape au gré des improvisations. Magistral! Bien sûr,  les deux compères nous gratifieront de morceaux de l’époque Return To Forever,  et Stanley Clarke jouera même une adaptation de « Waltz for Debbie » dédiée à sa femme. Un moment sublime de virtuosité,  d’émotion, sous le regard admiratif autant qu’amical de Chick Corea.
Une heure quinze durant, les deux compères musiciens avaient régalé l’auditoire par leur talent, leur générosité, leur complicité musicale nourrie de tant d’années à jouer ensemble. Je me rappelle être sorti de cette soirée chamboulé par ce que j’avais vu, entendu. Un de mes grands souvenirs de concerts.

Tout au long de sa carrière,  Chick Corea a multiplié les rencontres et les concerts avec de très grands musiciens de jazz.  Hormis ceux déjà cités, on peut noter les guitaristes Pat Metheny,  Paco de Lucia, John Mac Laughlin, Mike Stern, le batteur Steve Gadd, le percussionniste Vinnie Colaiuta, le saxophoniste Michael Brecker, le contrebassiste Avishai Cohen et j’en oublie…tellement la liste est longue. Il était curieux, voulait rencontrer, découvrir de nouveaux musiciens, explorer de nouvelles formes de composition musicale.

Si Chick Corea a consacré l’essentiel de sa vie et de sa carrière au jazz, à l’écriture, il a également, mais de manière moindre joué des morceaux du répertoire classique, sans jamais y consacrer de disque entier.

Chick Corea laisse un vide immense dans le monde du jazz, mais sa musique, son talent, sa maîtrise technique de l’instrument, resteront gravés sur tous les disques qu’il a enregistré entre 1968 et 2019. Une trace indélébile. Un témoignage sublime d’un talent hors norme d’un.musicien qui aura marqué la deuxième partie du vingtième siècle et le début du vingt-et-uniéme.

Merci pour tout Chick Corea.

Je vous laisse avec une sélection de morceaux enregistrés, joués par ce virtuose.
Par ailleurs, quelques-une de ses albums sont à retrouver à la médiathèque :
Innée Space ; The Musician ; Improvisations childrens ; Two ; The Enchantement  ; Chinese butterfly  ; Forever  ; Children of Forever.

Guillaume.

https://www.youtube.com/playlist?list=PLwaqz1wV9_eWnkQtWjMHet9hHH-fsoNSS

Ivry Gitlis laisse son violon orphelin.


Né à Haïfa en Israël en 1922, Ivry Gitlis a des origines parentales ukrainiennes. Ce qui, de fait, très tôt, va faire de lui, un citoyen du monde, et incarner ce que sera sa vie. Celle d’un home et d’un musicien, violoniste virtuose, qui ne cessera de courir les 5 continents, pour porter une parole d’apaisement, d’échanges entre les peuples, par la seule magie de la langue qu’il trimballe avec lui, la musique, mélange de tradition juive, d’origines slaves, de classique, mot qu’il déteste d’ailleurs, considérant qu’il n’existe que la musique, pas la musique dite classique, « ca c’est une affaire de marketing ! » dit-il. Ce géant de la musique du 20ème siècle est parti dans la nuit parisienne, le 24 décembre dernier. Ce mois de décembre a été fatal pour nombre d’artistes de renoms, auxquels il vient tristement s’ajouter. Revenons modestement sur son parcours.

A quatre ans seulement, le jeune Ivry reçoit un violon qu’il avait réclamé. Parents et entourages s’étant cotisés, le cadeau arrive, les premiers cours sont donnés et payés, et dès l’âge de 7 ans, il donne son premier concert. Repéré très jeune par Bronislaw Huberman, fondateur de l’orchestre de Palestine, ce dernier lui conseille alors de partir en Europe pour continuer sa formation. Le jeune Gitlis s’exécute et file pour la ville Lumière où il reçoit un enseignement au Conservatoire, avant de partit à Londres parfaire sa formation. A chaque fois ce sont des professeurs de haut vol qui lui tiennent lieu de guide musical. A Paris c’est notamment le compositeur-violoniste Georges Enesco qui se charge de lui. A Londres, il intègre une usine d’armement, puis après la guerre, entre au sein du fameux orchestre philharmonique de Londres. Ensuite, il part découvrir les Etats-Unis dans les années 50, puis grâce au plus grand imprésario de l’époque, devient le premier musicien israélien à jouer en URSS. Il marque les esprits par sa technique et par sa manière d’interpréter des concertos de grands compositeurs tels que Alban Berg, Igor Stravinsky (première photo ci-dessous) ou encore Béla Bartok (deuxième photo ci-dessous).

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Musicien génial, pédagogue infatigable, il parcourt le monde, partage son savoir, utilisant tous les moyens à sa dispositions, concerts bien entendu, cours, apparitions télévisées, pour communiquer autour du violon, de la musique classique. Dans les années 60, Ivry Gitlis décide de venir s’installer à Paris, ville qui sera son pied à terre entre ses différents séjours à l’étranger pour ses tournées et concerts de prestiges, car son talent est demandé partout dans le monde.

Il joue avec les plus grands orchestres du monde, popularisant ainsi des oeuvres du répertoire classique. Sa renommée entraine des compositeurs à écrire spécialement pour lui, ainsi Iannis Xenakis (photo ci-dessus) ou Bruno Maderna s’y attacheront- ils. C’est à cette même période, qu’il se lance dans la création d’un festival de musique, à Vence, en 1971, où son idée principale est de laisser la musique classique s’exprimer très librement; de manière moderne. En vrai curieux et défricheur et curieux de tout, il multiplie les expériences musicales, les rencontres, comme celle avec la talentueuse Martha Argerich (photo ci-dessous). Je vous disais que Gitlis était un homme de croisement des univers musicaux, la preuve en est sa rencontre avec les rockeurs Eric Clapton (deuxième photo ci-dessous), Keith Richards, Mitch Mitchell, Yoko Ono et John Lennon (excusez du peu !) au sein du groupe The Dirty Mac (troisième photo), dans le cadre du film « Rock and Roll Circus » consacré aux Rolling Stones, en 1968.

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Outre ses divers interprétations et multiples concerts ou participations à des soirées de gala, Gitlis reste un musicien multi-cartes. C’est ainsi qu’on le retrouve parfois dans des films tel que « L’Histoire d’Adèle H. » de François Truffaut avec Isabelle Adjani, ou comme interprète de la musique du concerto pour violon composée par le génial Vladimir Cosma, pour le film « La septième Cible » (avec Lino Ventura), réalisé par Claude Pinoteau, à qui l’on doit des films comme « Le silencieux » (1973), « La gifle » (1974, avec Lino Ventura et la jeune Isabelle Adjani), « Le grand escogriffe » (1976, avec Yves Montand), « La Boum » (1980), « La Boum 2 » (1982, avec Sophie Marceau, Claude Brasseur, Brigitte Fossey), « L’étudiante » (1988, avec Vincent Lindon et Sophie Marceau) ou encore « Les palmes de Monsieur Schultz » (1997, avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Philippe Noiret).

Mais revenons à Ivry Gitlis. Toujours dans le soucis de transmettre et de vulgariser la musique classique, ce génial musicien créé en 2008 une association, « inspiration(s) », justement destinée à vulgariser son apprentissage, auprès du plus grand nombre. Ayant toujours cette image de modèle et d’icône de l’instrument, Gitlis sera le sujet d’un documentaire réalisé pour Arte en 2009, intitulé « Ivry Gitlis, le violon sans frontières ». Titre qui résume parfaitement le parcours, la démarche, la vie de cet infatigable musicien. Ces dernières années, Gitlis, atteint par des soucis de santé, se faisait rare sur scène. Il s’est éteint la nuit de Noël 2020, laissant un catalogue d’interprétations d’oeuvres très riches, qui ravira les mélomanes comme celles et ceux qui le découvriraient seulement.

Je vous laisse avec quelques morceaux qu’il a interprété, et quelques duos superbes, à commencer par celui avec Barbara.

Guillaume.

Pour Gregory Porter, il est temps de se Lever!



Gregory Porter, colosse à la casquette vissée sur le crâne, à la voix chaude et puissante, revient avec un album qui pour moi marque un tournant dans sa discographie. Le chanteur semble s’y livrer davantage que dans ses albums précédents, parlant entre autres de sa foi en Dieu, de l’Amour, de la personne qui l’a élevé. « All Rise » sorti en 2020, qui signifie  » Tous debout », est un disque profond, touchant.

« Long list of troubles », est un morceau qui démarre sur une rythmique lourde, sur laquelle  viennent s’ajouter piano cuivres et la voix puissante du colosse à la casquette. Une voix ici empreinte de douleur, de plainte, mais combative. « Mister Holland » est une chanson en hommage à un personne qui a beaucoup compté pour Gregory Porter. Qui l’a accueilli chez lui et traité en être humain égal et dans le respect. « Modern day apprentice », accompagnée du London Symphony Orchestra, est une courte chanson sur l’apprentissage de la vie moderne et sur l’apprentissage de l’Amour. La présence de l’orchestre symphonique sur plusieurs des titres de l’album leur donnent une ampleur, un lyrisme qui est bienvenu sans être pour autant envahissant. Les orchestrations sont superbes. Le suivant, « Everything you touch is gold » nous rappelle les grands noms de la soul, Otis Redding, Marvin Gaye ou Stevie Wonder. Une ballade, un rythme léger, une trompette qui s’invite et toujours cette voix chaude, puissante de Porter.

Pour clore son album, Gregor Porter nous propose deux morceaux, d’abord le tranquille « Merry go round » et ensuite le swinguant, dansant, « Thank you », où il remercie Dieu, et révèle ainsi sa foi, sur fond d’orchestration gospel et d’orgue Hammond (à l’écoute du morceau, je repense à la scène de « Sister Act » où les soeurs finissent par se lever et danser, emballées par la chorale dirigée par  Whoopie Goldberg).

En résumé, ce « All Rise » est un très bon cru, qui mérite d’être découvert et j’espère que l’occasion se présentera d’apprécier son interprétation sur scène dans l’année qui vient.

Guillaume.

Au revoir Madame Cellier.


Alors que le monde de la culture (artistes, comédiens, metteurs en scènes, techniciens, directeurs de troupes, directeurs de théâtres…chorégraphes, danseurs, danseuses… ) se battait à la fin de l’année 2020 pour sa survie, dans le cadre des conséquences dramatiques des fermetures des théâtres cinéma et autres musées, une personnalité du monde du cinéma à tiré sa dernière révérence, discrètement, à l’âge de 75 ans. Caroline Cellier s’en est allée.

Loin d’être une enfant de la balle (un père garagiste et une maman qui s’occupera d’elle) comme le veut l’expression consacrée, elle fera du théâtre très tôt, dès ses 23 ans, en quittant Montpellier pour monter à Paris, intégrer le fameux Cours Simon. La même année, elle fera ses débuts dans « On ne peut jamais dire ». L’année qui suit, 1964, sera riche pour elle en expériences vécues : la télé ou elle joue dans « la mégère apprivoisée » de Bernard Noël avant de tourner « une fille dans la montagne » avec un certain Jacques Higelin. Revenue au théâtre, elle connaitr2 le succès a travers sa prestation dans « Du vent dans les branches de Sassafras ». Elle recevra 2 distinctions dont le prix Gérard-Philipe. Sa carrière démarre en flèche.

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En 1968, c’est vers le monde du cinéma qu’elle se tourne vraiment. D’abord Lelouch ( « La vie, l’Amour, La Mort ») puis Chabrol en 1969 dans « Quand la bête meure » où elle côtoie Jean Yanne et Michel Duchaussoy. Sa carrière au cinéma est lancée et Caroline Cellier fera alors le choix d’alterner tournages de films et pièces de théâtre. Choix judicieux qui va lui permettre, au cinéma, dans la décennie qui s’ouvre, de rencontrer et jouet pour des réalisateurs aussi divers que Édouard Molinaro pour qui elle jouera dans deux films, « Les aveux les plus doux »(1972) et « l’emmerdeur » (1973) aux côtés du duo Ventura-Brel. En 1974, c’est sous la direction de Claude Lelouch qu’elle joue dans « Mariage », avec Rufus et Bulle Ogier.


Les années 80 vont lui apporter son lot de beaux rôles, au service de réalisateurs comme Christopher Frank (« Femmes de personne », 1983 et surtout « L’année des méduses » en 1984, avec Valérie Kaprisky et Bernard Giraudeau), mais elle côtoie aussi l’immense Henri Verneuil pour « Mille milliards de dollars » (1981) où elle joue avec Patrick Dewaere. En 1984, son mari le comédien-scénariste et metteur en scène Jean Poiret la fait tourner dans « Poulet au vinaigre », une enquête policière en province, dans un style grinçant et caustique, avec une distribution de premier choix  puisqu’on y retrouve Stephan Audran, Michel Bouquet, Pauline Lafont, Lucas Belvaux et Jean Poiret dans le rôle de l’inspecteur Lavardin. Jean Poiret la reprendra pour son film « Le zèbre »(1992). Là elle fera équipe avec Annie Grégorio, Thierry Lhermitte, Philippe Khorsand. Car Caroline Cellier malgré son visage à priori sévère et fermé est une excellente actrice de comédie.

Pourtant, 2 ans après « Le zèbre », elle prend un virage à 180 degrés en intégrant la distribution du film Farinelli, réalisé par Gérard Corbeau. Ce film raconte l’histoire de ce chanteur à la voix de haute-contre (on disait Castrat à l’époque du 18ème siècle). Puis elle tourne avec Francis Giroud « Délit mineur »(1994),  en faisant équipe avec Claude Brasseur et Nils Arestrup, puis avec avec Lelouch dans « Hommes, Femmes, mode d’emploi » où elle rejoint Antoine Duléry, Alessandra Martines; Fabrice Lucchini, Agnès Soral, ou encore Pierre Arditi (1996). l’année suivante elle rejoint le « Nul » Alain Chabat sur son film « Didier », comédie loufoque dans laquelle le comédien incarne un chien.

Au théâtre, elle joue du George Bernard Shaw (« On ne peut jamais dire »), du Marivaux (« les fausses confidences »), Molière (Le misanthrope »), du Jean-Claude Carrière (« L’aide-mémoire »), du William Shakespeare (« La mégère apprivoisée »), du Tennessee Williams (« Un tramway nommé désir « ). Tout cela entre 1965 et 1999. De quoi apprécier la longévité d’une carrière menée sur 2 fronts, cinéma et théâtre, avec le même appétit, la même envie.

Caroline Cellier fait partie de ces actrices qui ont discrètement menées leur carrières, et nous laisse pléiade de beaux rôles pour s’en souvenir.

Guillaume.

Quand Jimi se fait Jazzer…


Après avoir réalisé en 2019, un album autour des compositions du regretté Prince Roger Nelson, alias Prince, chroniqué ici-même, c’est au tour d’un autre géant de la musique du 20ème siècle, du rock en particulier, le guitariste Jimi Hendrix, de subir ce passage à la machine jazz. L’album s’intitule sobrement « Hendrix in Jazz », les morceaux ont été sélectionnés par Lionel Eskenazi.

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Pour faire aboutir un tel projet, il faut un peu de folie, de la ténacité, et la réussite pour convaincre des jazzmen et jazzwomen de tous horizons de se ranger derrière la bannière Hendrix. Un morceau par artiste, parfois plusieurs comme pour Mina Agossi (passée à l’Espace Gérard Philipe en janvier 2011). Au total, ce sont 25 artistes ou groupes qui interviennent sur cet album, comme par exemple la chanteuse québécoise Terez Montcalm (photo ci-dessus), le guitariste-chanteur de blues Poppa Chubby, la chanteuse coréenne You Sun Nah (photo ci-dessus), Denis Colin Trio, ou encore le fantasque chanteur américain Willy Deville, et même la talentueuse pianiste américaine Geri Allen. Vous le voyez le plateau est riche et varié, pour faire honneur à la musique de Jimi Hendrix.

C’est donc la chanteuse canadienne Terez Montcalm qui ouvre l’album avec une superbe reprise de « Woodoo child », sur fond d’ambiance feutrée illustrée par les percussions et la guitare qui officient. Sa voix, légèrement rauque et cassée, fait parfois penser à Janis Joplin. C’est un régal. Ensuite, la chanteuse coréenne You Sun Nah prend le relais avec un titre intitulé « Drifting », lui aussi donné en version calme, tranquille. Elle nous gratifie de vocalises envoûtantes qui nous embarquent pendant que la guitare s’exprime sans tomber dans le piège du plagiat hendrixien très vite repérable. Puis vient  « All along the watchover », restitué de très belle manière par le trio du pianiste Francis Lockwood, frère du regretté talentueux violoniste Didier Lockwood.  Une ambiance de jazz-club se dégage de ce titre. Cosy. Douillet.
Puis on arrive à la version de « Hey Joe » enregistrée par le bluesman Lee Moses ( mort en 1997). Cette reprise ne date pas d’aujourd’hui car le bluesman l’a effectué en 1971. La voix presque plaintive et éraillée, le timbre assurément grave, dominre ce cover où la rythmique et la guitare sont en retrait, de manière minimale bien sûr. Superbe. Vient après « Little Wing » revu et corrigé par le subtil guitariste Nguyen Lé et son trio. Ça confine presque à du jazz fusion. 

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Puis la talentueuse vocaliste Mina Agossi (photo ci-dessus), qui chante 3 titres sur l’album (« Burning of the Midnight Lamp » ; « Spanish castle magic »; « Red house ») prend donc place pour « Burning of the Midnight Lamp » qui ne m’a guère convaincu…son interprétation de « Spanish Castle magic » est au même égard ratée,  sans aucune magie. La chanteuse semble ne pas avoir trouvée la bonne clé pour aborder l’univers du guitariste américain. Isa Sand, elle nous embarque d’entrée dans une belle interprétation de « Manic depression ». Je découvre cette chanteuse. Belle voix, expressive.

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Celui qui vient après, Joachim Kuhn, vieux routier du jazz expérimental,  nous concocte une approche très particulière de « Purple Haze » plus proche du jazz contemporain. Pas ma tasse de thé.
A retenir des morceaux qui suivent,  le très beau « gypsy eyes » joué par Louis Winsberg (ex Sixun), tout en subtilité. La chaleur flamenca-gypsy fait du bien à entendre. Geri Allen, pianiste américaine que l’on ne présente plus, joue deux morceaux,  accompagnée par les Batson Brothers, à savoir « Message to love », un brin contemporain, et « Little Wing ». Sur ce dernier titre, elle joue tout en douceur, de manière minimale. Les deux derniers morceaux de cet album en hommage à Jimi Hendrix sont signés Willy de Ville, et Poppa Chubby.

Le premier nous donne sa célèbre reprise en mode mariachi de « Hey Joe ». Pour l’avoir vu il y a très longtemps au festival de jazz « Banlieues Bleues », au Blanc-Mesnil, je peux vous assurer que sur scène cette version est géniale à voir jouer. Le second, que j’ai eu la chance de rencontrer lors de sa première venue en France, à l’époque où je sévissais  dans un fanzine musical nommé « Standards, l’aventurier multimusiques » (clin d’oeil ici à Marc Sapolin, ancien programmateur de l’Espace Gérard Philipe, initiateur du Festival des Aventuriers première mouture à la fin des années 90) et à toute l’équipe de passionnés qui a oeuvré à sa réalisation pendant 9 années, de 1992 à 2001), est un bluesman puissant, par la taille, le talent. Il joue un « Purple Haze » chaud comme la braise. Parfait pour terminer l’hommage à Hendrix.
Ce disque est une vraie réussite. Précipitez-vous dessus.

Guillaume.

Il était une fois … 1988 !



Cette année-là, en France est marquée par les candidatures successives en janvier et février, de Jacques Chirac, Raymond Barre à l’élection présidentielle, qui verra finalement la réélection en mai de François Mitterrand avec 54% des voix face à Jacques Chirac. C’est aussi une année où le Louvre fait peau neuve avec la pose de la désormais fameuse pyramide, signée de l’architecte japonais Peï. En mars, une première loi sur le financement des activités politiques verra le jour. Ce même mois, la représentante de l’ANC en France, Dulcie September est assassinée à Paris. En avril, les évènements se déplacent en Nouvelle-Calédonie où une prise d’otages à lieu à Ouvéa. Cela débouchera sur une vraie crise, l’intervention de l’armée et la morts de plusieurs indépendantistes et militaires. En mai, 3 journalises français otages au Liban de très longue durée sont libérés entre les deux tours de la présidentielle. Chirac revendiquera ce fait Plus tard dans l’année, en octobre, la culture est frappée de plein fouet avec l’attaque du cinéma Saint-Michel par des catholiques intégristes, lors de la projection du film « La dernière Tentation du Christ » de Martin Scorsese avec l’immense acteur Willem Dafoe (image ci-dessous), mais aussi Harvey Keitel et Barbara Hershey. L’affaire fera grand bruit. En décembre, le gouvernement créé le RMI (revenu minimum d’insertion), et le parlement adopte la loi sur la création d’un CSA (Conseil supérieur de l’Audiovisuel). A la rubrique nécrologique, la Grande Faucheuse a fait « bonne récolte », jugez plutôt : le syndicaliste brésilien Chico Mendès (assassiné sur ordre), l’acteur américain John Carradine, l’anglais Trevor Howard et l’allemand Gert Fröbe, la psychanaliste française Françoise Dolto (mère du chanteur Carlos), le constructeur automobile italien Enzo Ferrari, le chanteur anglais Andy Gibb (Bee Gees), la chanteuse allemande Nico, le chanteur québécois Félix Leclerc, l’artiste français Jean-Michel Basquiat, l’humoriste Pierre Desproges, les acteurs français Jean Le Poulain, Marcel Bozzuffi, Michel Auclair, Paul Mercey, et la comédienne Pauline Lafont, fille de Bernadette Lafont. Bref, une belle charrette !!!

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Place à l’histoire inventée.

Ce soir-là, la nuit est pluvieuse sur Paris. Les gouttes d’eau passent devant les lampadaires de la rue de Rivoli comme des moucherons. En grappe, mais furtivement, immédiatement chassées par les suivantes. 

Deux hommes, la soixantaine, vies bien remplies, se tiennent appuyés sous les arcades, attendant que la pluie cesse son office nocturne. Le premier s’appelle Enzo, en hommage à Ferrari. Son père, fan du cheval cabré, s’était juré que s’il avait un fils, il le prénommerait ainsi. Le second s’appelle Gert. Là aussi une histoire de transmission. Il tenait ce prénom en hommage au comédien allemand Gert Fröbe. Deux « hérédités » lourdes à porter, pour des raisons diamétralement opposées.
Les deux hommes ne se ressemblent pas, tant physiquement que dans l’allure vestimentaire. Enzo est un grand gaillard d’un mètre quatre- vingt-dix, de famille bourgeoise, à l’ossature épaisse d’un troisième ligne de rugby, au visage marqué de cicatrices et aux mains larges et fortes. Côté vêtement, il cultive le soigné italien, de la chaussure à la cravate. Gert est homme de taille moyenne, un mètre soixante-quinze, de corpulence moyenne. Seul atout, des yeux bleus à faire se pâmer ces dames. Côté sape, le gars la joue carrément francophile, honneur aux couturiers, gantiers, chapeliers dont il connaît les adresses parisiennes par coeur pour bien se fournir. Idem pour la chaussure. Sans se connaître, nos deux gaillards ont un point commun : le goût du beau, de la belle sape, de la belle chausse.
Alors que la pluie fait des claquettes sur la chaussée et les trottoirs, nos deux hommes, à l’abris, entament une discussion, à bâtons rompus. Très vite ils se racontent leur vies, échangent sur la société.  Enzo raconte sa rencontre avec sa femme Johanna, avocate trentenaire, qui lui a redonné l’espoir, la foi en la vie, en l’amour. De cette union avec celle qu’il surnomme affectueusement « ma sauveuse », il a eu deux enfants, Marylin et John, 11 et 7 ans. Deux enfants tombés du ciel pour Enzo, qui ont renforcé son amour pour sa femme, pour la vie et lui ont redonné confiance. Mais Johanna, très protectrice, ne cesse de lui répéter « Don’t worry, be happy », dès qu’elle perçoit un moment de doute chez son mari. Johanna dit souvent que « mon mec à moi, il est tout pour moi », une véritable déclaration d’amour envers Enzo qui est très heureux aujourd’hui, ses enfants grandissent bien, son couple fonctionne, et côté boulot, après de longues années passées dans l’édition, il s’apprête à passer la main en douceur. Sans regrets.

Gert, à l’écoute de ce récit plein d’enthousiasme d’Enzo, se montre admiratif sinon un brin jaloux. Car pour lui, rien ne va. Publiciste, marié depuis vingt-cinq ans à Tracy, une anglaise bon teint, à l’accent londonien et au caractère bien trempé, il est père d’une fille de vingt ans, Annabelle, partie faire ses études en Australie (autant dire qu’il ne la voit quasiment plus, sinon par skype…ou quand elle revient sur Paris voir.. ses ami.e.s). Mais son couple bat de l’aile depuis longtemps déjà, la communication ne passe plus trop, les silences sont de plus présents, lourds. Gert et Tracy font chambre à part depuis longtemps. « Desire » est un mot absent du vocabulaire du couple. Trop selon Gert, qui ne supporte pas ça et déclare autant qu’il le peut à Tracy « I don’t wanna go without you »…. comme une supplique à une non séparation qu’il sent poindre dans l’esprit de sa femme. Car de son côté, Tracy envisage de plus en plus son mari comme « just a friend of mind », sans lui avouer bien entendu, ce qui serait très dur à entendre pour Gert. Puis un jour, fatalement, Tracy en vient à annoncer la nouvelle à Gert. Sa décision, ultime, définitive, irrévocable. « Je pars Gert ». « Pour où ? répond-il interloqué… »..Devant tant d’incrédulité feinte ou réelle de celui qu’elle n’aime déjà plus depuis longtemps, elle garde un silence froid, regarde une dernière fois sa maison, ouvre la porte, prend sa valise et s’en va. Sans un mot. Gert est choqué. Estomaqué. Mais c’est la fin brutale d’une histoire de vingt-cinq avec Tracy.

Face à ce récit pour le moins sombre de son compagnon d’infortune nocturne, Enzo se dit qu’il ne peut pas le laisser repartir, une fois la pluie cessée, sans lui donner quelque avis ou conseil. Aussi, sans le prendre de haut, ni sombrer dans le patos, Enzo conseille à Gert de se montrer plus prévenant, de surprendre sa femme, de lui proposer des sorties inattendues ou des week-end romantiques, histoire de ressouder le couple, et surtout d’échanger, de dialoguer, pour essayer de comprendre ce qui ne va pas, ce qui ne va plus.

Voilà maintenant deux heures que les deux homme échangent, se confient l’un à l’autre. Une relation amicale est-elle née ce soir de pluie parisienne ? En tous cas, au moment où la pluie enfin cesse, les voilà plus complices que jamais, maintenant riant aux éclats de blagues échangées et de la circonstance qui les a réunis sur un bout de trottoir, un soir humide à Paris, rue de Rivoli. Malgré l’heure avancée de la nuit, Enzo et Gert décident de poursuivre la discussion, mais au chaud cette fois. Enzo n’habitant pas très loin, près de la Madeleine, propose à Gert de finir la soirée chez lui, devant un bon scotch, à refaire le monde. Gert accepte. Un roman d’amitié est né.

Guillaume.

Robert Hossein quitte la scène définitivement.


Bien que non issu de la bande du Conservatoire, promotion Jean-Paul Belmondo avec également  Guy Bedos, Pierre Vernier, Jean Rochefort, Michel Beaune, Françoise Fabian, Jean-Pierre Marielle, ou encore Claude Rich, Robert Hossein était de cette génération douée, qui souhaitait changer les codes, transformer la façon de  faire et jouer  au théâtre.  Il s’est envolé au Paradis des acteurs le 31 décembre 2020, à 93 ans. Cet acteur au regard sombre s’est fait connaître dans les années 60, dans la série « Angélique, Marquise des anges ». Il y jouait Joffrey de Peyrac aux côtés de Michèle Mercier (Angélique). Fils d’un compositeur azéri, André Hossein et d’une jeune comédienne, Anna Mincovschi, Robert Hossein va très très rapidement se tourner vers le théâtre, en intégrant le Cours Simon et en suivant les apprentissages de Tania Balachova. Il va connaître son premier succès dans la pièce « les voyous », à l’âge de 19 ans, en 1949.

Après quoi, il opte pour la mise en scène, d’abord au théâtre en adoptant des oeuvres de Frédéric Dard (« Docteur Jekyll et Mister Hyde »), de James Hadley Chase (« La chair de l’orchidée »), ou Francis Carco (« L’homme traqué »). Acteur, metteur en scène de théâtre, Robert Hossein sera aussi celui qui mettra en scène du théâtre à grand spectacle, avant d’insuffler la participation du public (une première en France). Il a ainsi monté « Le cuirassé Potemkine » en 1975 au Palais des Sports de Paris, lieu où il y donnera aussi « Notre-Dame de Paris » (1978). L’année suivante il met en scène son fameux « Danton et Robespierre « , écrit par Alain Decaux, au palais des Congrès de Paris. En 1980, c’est le fameux « Les Misérables » écrit par le grand Victor Hugo qui seront travaillés par cet infatigable homme de spectacle. Dans les années 80, il va continuer ses mises en scène gigantesques, en alternant spectacle de péplum (« Jules César », 1985), et ceux plus religieux, en lien avec sa croyance personnelle et des personnages importants tel que Jésus dans « Un homme nommé Jésus » (1983), et plus tard « Jésus était son nom » (1991). Il va également diriger des théâtres, à Reims d’abord, en 1970, où il inaugure une formule de mises en scènes très cinématographiques, grandioses, puis à Paris, de 2000 à 2008 où il prend la direction du célèbre Théâtre Marigny, scène sur laquelle Jean-Paul Belmondo avait fait son grand grand retour sur scène après 28 ans d’absence en 1987, dans « Keane », qui sera une véritable triomphe pour l’acteur.

A côté du théâtre auquel donc il a consacré beaucoup, Robert Hossein a été également un acteur à la carrière bien remplie. Il a débuté très tôt, en 1948, sous les ordres de deux grands noms de l’époque, Jean Delannoy (« les souvenirs ne sont à vendre ») et Sacha Guitry (« Le diable boiteux »). Puis c’est l’immense Jules Dassin (papa de Joe), qui l’enrôle dans « Du rififi chez les hommes » (1955). Le chemin est tracé. Dans les années 60, d’autres grands noms du cinéma se chargent d’aguerrir le comédien. En effet, Claude Autant-Lara (« Le meurtrier », 1963), Roger Vadim (« Le repos du guerrier, 1962 ; « Le vice et la vertu » avec Annie Girardot, 1963), Julien Duvivier (« Chair de poule », 1963), font tourner cet acteur qui semble voué à une carrière prometteuse.

Les 70’s, à peine marquées par son rôle dans « Le Casse » d’Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo et Omar Sharif, c’est les années 80 qui vont marquer son grand retour. En deux ans, de 1981 à 1982, il enchaine 3 films qui seront des succès publics : « Les Uns et les autres de Claude Lelouch », « Le professionnel » de Georges Lautner, où il retrouve ses amis Michel Beaune, Jean-Paul Belmondo, et « le Grand Pardon »(1982), d’Alexandre Arcady, avec Roger Hanin, Gérard Darmon, Richard Berry, Bernard Giraudeau, Jean-Louis Trintignant. Ajoutez à cela sa réalisation du film « Les Misérables » (1982), avec le trio d’acteurs Lino Ventura (Valjean)-Jean Carmet (Thénardier) et Michel Bouquet qui campe un commissaire Javert implacable et obstiné. Un grand film. En 1995, il retrouvera cette histoire, cette fois adaptée par Claude Lelouch. Entre temps il tournera dans des comédies plus ou moins réussies  comme « Lévy et Goliath »  de Gérard Oury en 1987, avec Richard Anconina, Michel Boujenah, Jean-Claude Brialy, ou « Liberté, Egalité, Choucroute » de Jean Yanne en 1984. En 1999, il joue dans le film quatre fois césarisé « Vénus Beauté (Institut) » de Toni Marshall, avec Nathalie Baye. Enfin plus près de nous, en 2009, il participe au film de Francis Huster « Un homme et son chien », premier film de Jean-Paul Belmondo après son AVC. La performance sera d’ailleurs saluée par la critique .

Robert Hossein a eu une carrière riche, en homme curieux qu’il était de toucher à tous les aspects de son métier. Nul doute que vous avez déjà vu cet acteur dans un film ou assisté à l’un de ses spectacles. 

A la médiathèque vous pourrez retrouver le film de son adaptation magistrale du roman de Victor Hugo « Les Misérables » avec une distribution royale que j’ai déjà évoqué plus haut, ainsi que la pièce théâtre « Crime et Châtiment » de Fédor Dostoïevski, qu’il avait adapté et mis en scène au théâtre Marigny, avec Francis Huster et Mélanie Thierry dans les rôles principaux.

Guillaume.

La Nuit de la lecture et la tête dans les étoiles.


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Le samedi 23 Janvier prochain, entre 14h et 17H30, la médiathèque Louis Aragon de Fontenay organise et participe à un évènement national : Il s’agit de la 5ème édition des Nuits de la lecture. Au menu, lectures de contes, observation du ciel avec un spécialiste si le temps le permet aux vergers de l’ilôt (sinon explications à la médiathèque via projection d’un stellarium sur un écran), impromptus musicaux et projections de courts-métrages vidéos. Autant de temps forts pour ravir petits et grands. Attention bien que l’entrée soit évidemment gratuite il est toutefois nécessaire de réserver auprès de la médiathèque, puisque les jauges d’accueil possibles sont très limitées, en raison des conditions sanitaires actuelles, au numéro suivant : 01.49.74.79.60. https://mediatheque.fontenay.fr/la-mediatheque/agenda/111-la-nuit-de-la-lecture

Pour accompagner cette manifestation,  nous vous avons concocté une playlist spéciale sur le thème de la nuit.
Nul doute que vous y trouverez des pépites, des surprises, des airs connus, d’autres moins, et ce quel que soit le genre musical abordé.

Bonne promenade à vous au sein de cette « nuit musicale ».

L’équipe de la médiathèque.

Peirani-Parisien, duo pour un Abrazo bienvenu.


A l’occasion de l’album « Sulamadiana » enrégistré par le percussionniste martiniquais Mino Cinelu et le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer, chroniqué ici-même il y a peu, j’évoquais la notion de dialogue, de discussion, mais aussi d’espace entre deux musiciens. C’est exactement ce que proposent Vincent Peirani (accordion) et Emile Parisien (saxophone soprano), à l’occasion de leur nouvel album « Abrazo« , publié sur le label ACT. Ces deux musiciens se sont rencontrés en 2014, autour du projet musical « Belle époque« . Depuis, c’est une aventure duo ou en trio qu’ils mènent régulièrement. Suite à « Belle époque »(2014), ils ont poursuivis avec un nouveau projet en trio avec la venue du batteur Yoann Serra pour le disque « Living being » (2015), qui sera suivi en 2018 d’un deuxième volet « Living being 2 ». 2020 marque donc le retour à leur duo avec « Abrazo » (prendre dans ses bras,faire une accolade, en espagnol). Mais ici pour les deux musiciens, qui poussent leur complicité musicale au plus haut, il s’agit « d’interagir comme des anges qui mélangeraient leurs ailes ». Le résultat est plutôt réussi.

Dès son entame avec « The Crave », les deux musiciens instaurent un dialogue superbe. Le saxophone soprano de Emile Parisien fixe le thème et Vincent Peirani fait tourner son accordion autour, comme un serpent de notes. Le tout dans des sonorités joyeuses. Sur « Temptation », c’est l’inverse, Peirani ouvre la voie et Parisien vient se greffer dessus, dans des phrases qui résonnent comme des mélopées langoureuses. Dès « Fuga y mysterio », les chevaux s’emballent, la connexion évidente entre les deux musiciens éclate aux oreilles de l’auditeur, sur fond de musique argentine, empreinte de joie et de mélancolie mélangées. « Between T », un tango superbement joué par le duo, une invitation à danser, et l’aspect dramatique très bien mis en relief. « Deus Xango » démarre par une phrase lente du saxophone, soutenue en délicatesse par l’accordion, et tout du long du morceau, dans une sorte de blues, les deux instruments se répondent, s’entrelacent. Changement d’atmosphère avec « Memento », Vincent Peirani et Emile Parisien jouent tour à tour sur des tempi très rapides, avant de ralentir, comme une pause, et repartent de plus belle. Une farandole de notes, ça danse, nous pourrions même imaginer des gens rires chanter, en tous cas ça cavale. « A bebernos los vientos », résonne comme un plainte, un cri sourd, magnifiquement interprété. « Nouchka » nous entraine dans la musique slave, sinon russe. Là aussi, l’aspect nostalgique souvent très présent dans la musique russe, et slave, est très bien rendu. On y sent même poindre un peu de désespoir, de fatalité. Sentiments qu’ont du éprouver les peuples du bloc d’Europe de l’Est jusqu’en 1989 et la chute du mur de Berlin. Pour terminer en beauté ce disque, Peirani et Parisien, nous proposent « F.T », c’est à dire un funky tango, et un « army dreamers », tout en nuances, souplesse.

Tout au long de ce disque, même si c’est parfois difficile à saisir, tant le dialogue est riche entre les deux instrumentistes, chacun laisse l’autre respirer, s’exprimer avec un bonheur palpable. Le résultat est une musique magnifique, une accolade partagée par ces deux virtuoses. Si vous aimez les ambiances à la fois légères et survoltées, si vous aimez les duos et le dialogue entre instruments, nul doute que ce disque vous ravira.

Guillaume.

Mino Cinelu & Nils-Petter Molvaer, duo en jazz majeur.


Un dialogue Nord-Sud, entre les origines glacées de l’Ile de Sula d’où arrive le trompettiste Nils Petter Molvaer, et la terre chaleureuse de la Martinique (Madiana), ici représentée par le percussionniste Mino Cinelu. Le nom de leur projet musical est donc la fusion des noms de leurs îles respectives : « Sulamadiana« . Voilà ce que nous proposent ces deux grands musiciens, chacun ayant un parcours, une « carrière » bien spécifique, mais qui donc ici, unissent leurs talents pour ce disque.

Tout commence en douceur, dans « Le monde qui change », où le dialogue s’installe doucement entre les deux instruments, les percussions de Mino Cinelu et la trompette minimaliste de Nils Petter Molvaer. Déjà la notion d’espace est présente. « Sulamadiana », qui enchaîne » est un morceau aux sonorités africaines, en hommage à Manu Dibango photo ci-dessous), saxophoniste décédé du Covid-19 en mars 2020. Des voix viennent compléter les deux instruments. Comme un chant de prière. Superbe. Ensuite, « Xingu », nous entraîne dans les confins de la forêt amazonienne, en hommage au chef Raoni, qui sillonne depuis des années la planète via ses médias et les plus hautes instances mondiales pour plaider à sa préservation et à celles des tribus qui y vivent. Mino Cinelu restitue parfaitement l’ambiance tribale, et une flûte traversière, à l’égal de celle entendue dans la musique du film Mission, signée de Ennio Morricone, vient compléter ce tableau musical. La trompette de Molvaer, quant à elle, virevolte. Arrive ensuite la reprise réussie de « Take the A train », standard de jazz signé Duke Ellington. Puis dans la foulée, nous avons droit à « Theories of dreaming » et « Indianala ». Ce dernier morceau, joué avec trompette et tabla indien, onomatopées, nous balance dans les contrées de l’Inde, ses musiques lancinantes, envoûtantes. Dans tous les morceaux, ce qui est fascinant c’est le niveau de jeu, d’écoute, entre les deux musiciens. Un dialogue qui s’élève sans cesse, une qualité toujours tenue. Exercice difficile, mais parfaitement maitrisé par les Cinelu et Molvaer. Je parlais d’espace tout à l’heure. Là, chacun laisse l’autre respirer, jouer. Cette notion d’espace est omniprésente dans ce disque. Le sentiment de grands espaces ici illustrés est évident, qu’ils soient nordiques, amazoniens, martiniquais, déserts africains, ou contrées indiennes. Il n’est qu’à écouter « Kanno Mwen » où la trompette de Molvaer se fait lancinante, et une voix plaintive vient s’y ajouter. Merveille. Sur « Rose of Jericho », cette fois c’est la trompette qui donne le ton, Mino Cinelu ne faisant que répondre et proposer ainsi un dialogue intense. Superbe.

Pour terminer leur album, les deux compères nous offrent tout d’abord le très fort « Song for Julie », dédié au batteur de jazz Tony Allen (photo ci-dessus), décédé le 30 avril 2020 à Paris. Un bijou musical de 3 minutes 35 qui démarre doucement, pis dont la pulsation, accélère, menée tambours battant par Mino Cinelu. Le morceau final, « Sulamadiana, part.2 » est la suite de « Sulamadiana ». Tout aussi limpide, éthéré. Il clôt en beauté ce superbe disque. Assurément l’un des plus beaux que j’ai eu à écouté depuis longtemps.

Guillaume.

Joachim Des Ormeaux, conteur-jazzman.


Souvenez-vous, j’avais déjà évoqué ce musicien dans une précédente chronique sur ce blog, à l’occasion de la publication d’un mini album. « Eta Carnaval » est le second disque, un 6 titres, le premier d’une trilogie intitulée « Wou Se Mwen Trilogy« , le temps n’aidant pas à enregistrer des albums longs, donc coûteux ( location de studios, matériel, défraiement des ingénieurs du son etc….. ). Et puis parfois, mieux vaut peu que quantité, et avec Joachim, musicien issu des terres du soleil, nous sommes servis. En ces temps d’incertitudes du lendemain, de moral parfois bas, sa musique chaleureuse, chaloupée, fait beaucoup de bien. En plus, écouter sa musique pendant les longues soirées d’hiver est une invitation à l’évasion, au voyage, grâce à la langue utilisée, le créole. Dès qu’on écoute JOacHIM et ses musiciens, nous sommes transportés vers des contrées que l’on imagine paisibles, verdoyantes, surprenantes. Ce 6 titres démarre par le très beau « Se moun la », avec son trio d’instruments piano-voix-contrebasse. La voix y est plaintive, comme en prière, en demande. Un aspect intimiste qui n’est pas pour me déplaire. « Gwo Siwo », qui suit, nous emmène dans une ambiance plus swing, où la voix de JOacHIM se mêle à un jazz plus électrique. « Bel Bonjou », est peut-être le morceau que j’aime le moins. Il me fait penser à ceux qu’on entend parfois dans des jazz-club, ou au bar d’hôtels chics, mais dont on ne retient pas le titre ou la mélodie. Heureusement derrière, arrive le cuivré et chaleureux « Wou Se Mwen », avec ses flûtes traversières et bien sûr tout le reste des instruments, de la section basse-batterie au piano. La voix de Joachim y est enjouée, chaleureuse, comme une invitation le rejoindre. Dans ce titre, il évoque la notion d’unité, le fait qu’un groupe de plusieurs personnalités ne forme qu’un. Dans « Negress Bionik », il mélange la langue créole martiniquaise et un jazz électrique au rythme bien soutenu.

Enfin pour clore cette promenade musicale, JOacHIM  nous invite à un carnaval avec « Eta Carnaval », une vraie farandole de notes qui invite à danser. En ces temps de fraîcheurs hivernales, au sortir de la période des fêtes, ce disque est un plaisir pour l’oreille. Il ne reste plus qu’à attendre de pouvoir à nouveau fréquenter les salles de concerts ou les festivals pour apprécier en live ce musicien et son univers qui je n’en doute pas, saura nous-vous faire danser et oublier, le temps suspendu d’un concert, les soucis du quotidien. JOacHIM sait se faire conteur en utilisant sa voix à bon escient, une voix profonde, ou plus intime. Mais cela ne surprendra pas vraiment tant l’oralité est un art important en Martinique, comme dans certaines régions de France métropolitaine ou d’autres contrées du monde. Lui ici fait le pont entre tradition et modernité, langue créole et jazz moderne. JOacHIM semble s’y promener avec grand bonheur. Pour le nôtre. Tant mieux.

La vidéo de « Se moun La » sera bientôt disponible. 

Guillaume.

Bon Jovi still alive !




Sur la pochette de son nouvel album, le natif du New Jersey (comme Bruce Springsteen), pose la chevelure légèrement blanchie, le regard caché par des lunettes et la main droite sur les lèvres, à la manière de Rodin, en penseur. « 2020« , son nouvel album, que m’a conseillé un ami d’enfance avec qui je partage nombre de goûts musicaux (merci cher Fred), recèle comme toujours des pépites que seul ce chanteur-compositeur mais également guitariste-pianiste, sait nous sortir de son chapeau.

En 1986, alors au sommet de sa gloire, Bon Jovi écrivait la chanson « Wanted Dead or Alive », célèbre phrase qui figure sur les avis de recherche de criminels dangereux. 34 ans plus tard, le gaillard est lui toujours bien vivant, portant son groupe éponyme à bout de bras aidé de ses fidèles Tico Torres (batterie), David Bryan (claviers, choeurs), John Shanks (guitare), Everett Bradley (percussion, choeurs), Hugh McDonald (basse). Vous noterez que le talentueux Richie Sambora, ami, membre de très longue date du groupe et surtout guitariste-chanteur et compositeur avec Bon Jovi de nombreux hits du groupe, ne fait plus partie du casting. En 2013,Il a en effet planté ses camarades un soir de tournée, 20 minutes avant d’entrer sur scène !!! La grosse tuile! Mais Bon Jovi s’en est remis.

Donc, que vaut cette cuvée « 2020 » livrée par Bon Jovi ? A 60 ans, le gaillard devient un brin philosophe face à la vie, au temps qui passe (« Timeless », qui ouvre l’album), sur le besoin de prendre soin de son prochain, de ses voisins (« Do What you can »), est un citoyen préoccupé par l’état de tension et de violence dans son pays (« American reckoning « , servi par une instrumentation sobre, guitare-voix-harmonica puis batterie piano, de façon délicate). Avec « Beautiful drug », qui démarre sur les chapeaux de roues, on retrouve un Bon Jovi punchy, avec cette voix qu’on lui connaît. Le gars veut en découdre. Il parle de l’amour comme une drogue dont on ne peut se défaire, qui vous prend, vous tient au corps, vous file une fièvre enivrante. « Let it rain », morceau puissant évoquant la fin des discriminations envers l’Autre, celui qui ne prie, ne pense pas comme vous ou n’a tout simplement la bonne couleur de peau. Pour introduire « Blood in the Water « , quelques notes de guitares floydiennes, puis la voix de Bon Jovi se pose, grave. L’exil, la Terre promise représentée par les États-Unis et les risques pris, au péril de leurs vies, par ceux qui tentent le rêve américain. Un morceau fort, prenant, qui en live, prendra toute sa mesure. Enfin il termine son album par un très joli morceau dédié aux soldats américains (« Unbroken »), qui partent aux combats là où on les envoie et parfois reviennent estropiés, handicapés à vie, traumatisés de leurs vécus, de leurs actes, quand ce n’est pas entre quatre planches. Ces jeunes soldats envoyés à la guerre, sacrifiés par une administration, au nom d’une idéologie, voilà ce que dénonce Bon Jovi dans cette sublime chanson.

Le rockeur a fait place, l’âge aidant, au citoyen préoccupé et alerte sur le monde qui l’entoure. Il dirige d’ailleurs une fondation pour aider les gens qui en ont besoin. Côté musical, Bon Jovi a gagné en maturité au niveau vocal, en terme d’écriture. En somme Bon Jovi est comme le bon vin, il vieillit bien.

Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup cet album, qui, s’il traite de sujets forts, est musicalement de très belle facture. Pour les amoureux du groupe comme pour celles et ceux qui souhaitent découvrir l’artiste, « 2020 » est une bonne idée.

Guillaume.