Viva Verdi !


Cette année 2021, cela fait 120 ans que l’un des plus grands compositeurs de musique classique italienne du 19ème siècle s’est éteint. Son nom : Giuseppe Fortunino Francesco Verdi, alias Giuseppe Verdi.

Compositeur né en 1813 à Roncole, alors sous domination napoléonienne, et connu comme un département français appelé Taro, au sein d’une famille de petite bourgeoisie de campagne, mais loin de l’image très pauvre que voudra entretenir Verdi lui-même en forme de légende familiale.

Il a écrit des œuvres, principalement des opéras, qui encore aujourd’hui, sont jouées et interprétées dans le monde entier, sous toutes les langues (anglais, italien, allemand, japonais, chinois…). Parmi les plus célèbres, il y a « Nabucco » (1842), « Rigoletto » (1851), « Il Trovatore » (1853), « Un ballo in maschera » (1859), « La forza del destino » (1862), « Don Carlos » (1867), « Aida »(1871), « La Messe du requiem » (1874), « Otello » (1887), « Falstaff » (1893). Il fut décoré de la Légion d’honneur. De même, comme les membres antérieurs de sa famille, il fut membre de la confraternité de la Sainte Conception, à laquelle il fit d’ailleurs comme sa famille avant lui, des dons pécuniers importants.

Outre son activité principale de musicien-compositeur, Verdi fut également pendant quelques années député (1861-1865) ainsi que sénateur un peu plus tard (1874). Même si son implication politique fut passagère, il a néanmoins, à l’époque, autorisé à ce que son image et ses compositions soient utilisées dans le cadre d’un processus de réunification de l’Italie. A ce titre, il bénéficie encore aujourd’hui d’une cote de popularité très importante ainsi que d’une place particulière dans l’histoire de la péninsule italienne. Cela d’autant plus que du coté de la famille de sa mère, il s’avère que des aïeux, au XVIIIème siècle, deux cantatrices, un ténor contemporain et connu de Wolfgang Amadeus Mozart, ainsi qu’un compositeur, Francesco Antonio Uttini. Celui-ci, époux d’une nièce de Alessandro Scarlatti, va notamment écrire la messe du couronnement de Gustave II de Suède qui sera assassiné et dont l’évènement sera le thème de « Un ballo in maschera » (1859).

La passion musicale de Verdi, elle se fait à l’aune de l’importance prise par l’art lyrique en Italie au 18ème siècle. Il profite de la visite de musiciens à l’auberge de ses parents et se met à chanter, participer à des chorales, essayer des instruments. Tous ces souvenirs nourriront plus tard son écriture d’opéras. Il suit l’enseignement de l’orgue, entre quatre et dix ans, remplaçant parfois l’organiste de l’église de Roncole. Plus tard, fort de cet enseignement et de contacts bienveillants qui le prennent sous leurs ailes, le jeune Verdi s’envole, et la prochaine étape sera la ville de Milan, le nord industriel de l’Italie, les maisons bourgeoises et les salles de musiques prestigieuses comme la Scala de Milan, La Fenice de Venise. Il fera d’abord une tentative, avortée, d’entrée au conservatoire milanais. Lui, habitué à ce qu’on lui cède les choses, se voit donc opposer un premier refus. Il en gardera amertume. Sur les conseils d’Alessandro Rolla, il prendra des cours de clavecin avec le spécialiste de la Scala de Milan, Vincenzo Lavigna. Ce dernier sera offusqué que le conservatoire de Milan ait pu refusé un tel talent en son antre. Trois ans d’études vont suivre, Verdi va écrire des oeuvres, et se familiariser avec l’art lyrique, l’Opéra en fréquentant La Scala de Milan. En 1834, il donne son premier concert public en dirigeant « La Création » de Haydn. 1835 le voit obtenir son diplôme de maitre de Chapelle.

Après un bref retour à Bussetto, comme maître de musique, il revient à Milan en 1839 et va s’y installer avec sa famille. Ce sera aussi l’occasion pour lui de se mettre à composer des opéras, dont certains deviendront très célèbres, comme « Nabucco » (1842), « Giovanna d’Arco » (1845), « Attila » (1846), « Mac Beth » (1847). Dès lors, les succès ne vont pas se démentir et Giuseppe Verdi va devenir un des compositeurs les plus importants et demandés de son époque. Il écrira d’autres chef-oeuvre, inaugurés tantôt à Venise où le directeur de la célèbre Fenice, souhaitant voir Verdi y créer une nouvelle oeuvre, le fait venir. Ainsi naïtront « Ernani » (1844) puis « Attila » qui sera créé deux plus ans plus tard (1846). Dans ce temple qu’est la Fenice, Verdi viendra en 1851 présenter « Rigoletto », puis « La Traviata » en 1853. La même année il offre à Rome son opéra « Il Trovatore », six ans après y être venu présenter le fameux « Mac Beth » avec un succès public et critique. Verdi étend son règne sur la musique lyrique au 19ème siècle. Il est alors incontournable, incontestable.

Après la conquête de l’Italie, Verdi s’en va vers d’autres territoires, notamment la France, ou la Russie. Ainsi en 1852, il vient à Paris, assiste à une représentation de « la Dame aux Camélias » de Dumas fils. Il y voit immédiatement des parallèles avec sa vie personnelle, et décide l’adapter. Cela donnera « La » Traviata » un an plus tard. Paris est aussi la ville où il créera « Les vêpres siciliennes » en 1855. En 1862, Verdi se voit offrir l’occasion de découvrir Saint-Petersbourg. Il ira là-bas, et en profitera, pour y écrire et créer ce qu’aujourd’hui on appellerai un « tube », « La forza del destino ». Décidément, tout ce qu’écrit Verdi ou presque se transforme en succès.

Parallèlement à sa carrière de compositeur à succès, Giuseppe Verdi va s’engager en politique, et se faire élire député au parlement de Turin, mais cela ne l’amuse guère. Les joutes oratoires, le jeu politique, les intrigues, très peu pour lui. Il quittera ses fonctions en 1865, et retournera à ses compositions. Il voyagera avec ses opéras et se fera ainsi connaître en Egypte grâce à « Aida ». En 1887, il mettra sur pied ce qui reste l’un des deux ou trois opéras majeurs : « Otello ». Cet opéra sera présenté au public à la Scala de Milan. Six ans plus tard, Verdi, toujours dans l’antre de la sacro-sainte Scala, offrira un « Falstaff » au public venu assister à sa première. Opéra plein d’humour, hors des canons des opéras jusqu’ici écrits, Verdi obtient un vrai succès. « Falstaff » est opéra qui a attiré des compositeurs comme Puccini, puis beaucoup plus près de nous, dans les années 80, les musiciens et compositeurs qui souhaitèrent s’y frotter.

Quand il ne compose pas, Verdi vit avec femme et enfants entre deux maisons, entre deux villes, Gênes et Milan (où il a fondé une maison de repos pour les musiciens, qui porte son nom aujourd’hui). Suite à une attaque le 21 janvier 1901, qui le clouera au lit six jours durant, cet immense compositeur s’éteint, laissant derrière une oeuvre musicale considérable.

Son importance musicale, autant dire son influence, fut comparée à celles de ses compatriotes et confrères Vincenzo Bellini (premier portrait ci-dessus) Gaetano Donizetti (deuxième portrait ci-dessus), qui a composé les opéras comme « Lelisir d’amore » (1832), Lucia di Lammermor » (1835) et « La fille du régiment » (1840), mais aussi Giacomo Puccini, auteur de « Manon Lescaut » (1893), de « La Bohème » (1896), de « Tosca » (1900), de « Madame Butterfly » (1904) ou encore du fameux « Turandot » (1926), Gioachino Rossini, qui composa le célèbre « Barbier de Séville » (1816), mais aussi « Guillaume Tell »(1829), sans oublier le « Stabat Mater », dont la date de création est étalée entre 1831 et 1841. La musique de Giuseppe Verdi a donc traversé les siècles, les générations, au point d’intégrer la culture populaire au vingtième siècle comme les titres « La donna é mobile », extrait de Rigoletto, le fameux « Brindisi » de « La Traviata », l’inévitable « Va pensiero » tirée de « Nabucco », ou bien sûr la marche triomphale d’ « Aida ». Aujourd’hui encore, ce sont les opéras de ce compositeur qui sont les plus joués dans le monde, près d’un siècle et demi après leur création. Vertigineux. Viva Verdi !!!

Je vous laisse avec un florilège de ses opéras.

Guillaume.

Piano Pianissimo


Le piano, cet instrument magique, où les doigts virevoltent sur cette multitude de touches noires et blanches, réalisent des prouesses dignes des plus grand.es gymnastes, ou par quelques notes subtiles vous envoûte… J’ai toujours été fascinée par la virtuosité des pianistes, par leur talent. Et pratiquant cet instrument depuis quelques temps maintenant, je me rends compte encore plus de la difficulté d’apprentissage, de la dextérité nécessaire, pour réussir ces envolées majestueuses ou cette caresse du clavier. Et ressentir ces émotions uniques que l’on peut avoir avec l’instrument. Quand l’instrument est un prolongement de votre être, une expression de tout ce qui se passe en vous.

Je suis toujours en admiration autant musicalement que techniquement quand je suis en concert, face à ce piano et celui ou celle qui l’accompagne. Comme avec tout instrument, une symbiose s’opère. L’instrument peut jouer le rôle principal, mais peut aussi accompagner la voix, se répondre aussi.

Alors avec cette playlist réalisée avec tous les médiathécaires, j’ai voulu rendre hommage à cet instrument, au talent de ces artistes. Que ce soit classique, jazz, pop, de nombreux styles musicaux lui font la part belle. Quelques souvenirs de pianistes reconnu.es, oublié.es…. Il y a de quoi faire profiter vos oreilles !

Bonne écoute

Carine

Il était une fois… 1991 !




L’année est marquée par différents évènements dans différents domaines que ce soit politique, social, sportif : En janvier, le FLNC revendique une nuit bleue d’attentats, Claude Evin, ministre de la santé fait passer une loi sur l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics et entreprises et sur la limitation de consommation d’alcools. Elle s’étend également à l’interdiction de de sponsoriser des évènements pour toutes marques d’alcools ou de tabac. La France s’engage, aux coté de ses alliés américains et britanniques dans la première guerre du Golfe en Irak. Le 2 mars, c’est la mort de Serge Gainsbourg qui frappe les esprits. En Avril, une loi est adoptée sur la réforme définitive du statut de la Corse, qui disposera de pouvoirs élargis. En juillet, Une loi sur une réforme hospitalière est adoptée. En septembre, Edith Cresson est la première femme à être nommée premier ministre. Klaus Barbie, ancien criminel de guerre nazi, condamné à perpétuité lors de son procès à Lyon en 1987, meurt en prison. Près de nous, en Algérie, de grosses manifestations islamistes ont lieu, c’est l’état de siège. En juin, après une révolution rondement menée, Boris Eltsine est élue président de la Russie. Berlin redevient la capitale de l’Allemagne. Le 25 juin, la Slovénie et la Croatie se séparent de la Yougoslavie. En Afrique du Sud, après 43 ans d’application, l’Apartheid est aboli. En décembre, les douze pays de l’union européenne concluent le traité de Maastricht, qui débouchera sur la création de la monnaie unique, l’Euro, en 2000.

En sports, à Roland-Garros, la jeune Monica Seles s’impose, chez les hommes c’est l’américain Jim Courier qui l’emporte. Le Tour de France est remporté par l’espagnol Miguel Indurain. Sa première victoire. Il en gagnera cinq d’affilée. En F1, c’est le brésilien Ayrton Senna (photo du dessus) qui est sacré champion du monde (il décèdera 3 ans plus tard, sur le circuit d Immola,. En rugby, le club du CA Bègles-Bordeaux devient champion de France.
Au rayon des morts célèbres de l’année, outre Gainsbourg cité plus haut, il faut se souvenir de la danseuse Martha Graham, de l’écrivain Graham Greene, des réalisateurs David Lean, Don Siegel (« The Verdict », « L’ évadé d’Alcatraz », « L’inspecteur Harry »), Franck Capra (« L’extravagant Mr. Deeds », « Mr Smith au Sénat »…), des trompettistes de jazz Stan Getz et Miles Davis, des acteurs Michael Landon (série télé « La petite maison dans la prairie »), Brad Davis (vu dans « Midnight Express », « Les Chariots de feu », « The Player ») Klaus Kinski, (« Et pour quelques dollars de plus », « Docteur Jivago »….) Yves Montand (« Z », « L’aveu », « César et Rosalie », « Le sauvage », « Vincent François Paul et les autres », « Le choix des armes », « Manon des sources », « Jean de Florette »…), de l’actrice Lee Remick (« Un homme dans la foule », « Le deuxième homme », « La grande menace »…), des rockeurs anglais Freddie Mercury, chanteur du groupe de rock anglais Queen, et Vince Taylor, enfin de l’industriel japonais Soishiro Honda.

Place à l’histoire inventée.

San Juan de Puerto Rico. Quartier de la vieille ville. Ses rues pavées, ses maisons de couleurs différentes. Depuis la disparition de Fabianna, deux ans plus tôt, du côté de Manille (lire « Il était une fois… 1989!« ), Gabriel et Jessica ne se remettent pas de la perte de leur soeur ainée. Gabriel était surnommé « The Fly », du fait de sa petite taille, de sa silhouette fine. Jessica quant à elle, sa silhouette était proche de sa défunte soeur. Elancée, brune, sportive. Tous les deux trainent depuis le décès de Fabianna une grande mélancolie. Gabriel, pour laisse son esprit vagabonder, s’évader, écoute de la musique. Il pense aussi souvent à son ami de jeunesse, Diego, emprisonné pour cinq ans, suite à des vols à répétitions, qui, derrière les barreaux, essaye de rester libre dans sa tête pour ne pas devenir fou. Lui aussi écoute de la musique, lit beaucoup, pense sans arrêt à celle qu’il appelle tendrement sa « gypsy woman », Renata, qui vient le voir une fois tous les quinze jours au parloir de la prison. Celle-ci ne cesse de lui répéter, pour le rassurer : « tout ce que je fais, je le fais pour toi uniquement ». Elle élève seule du coup leurs deux enfants, Paulo et Julia, 7 et 5 ans. A la fin de chaque séquence de parloir, Renata et Diego se quittent sur un baiser volé, une trace d’amour furtive jusqu’à la prochaine, dans quinze jours. Terrible attente. Jamais, depuis que Diego est enfermé, Renata n’a eu envie de partir ailleurs, de s’ouvrir à un autre homme.

Jessica de son côté, va souvent rendre visite à une amie, nommée Brenda, qui vient d’avoir un bébé, avec son chéri, Elvis, prénom obtenu en hommage à la vedette américaine. Brenda et Elvis sont très croyants et ne veulent pas perdre ce fil religieux, aussi décident-ils de faire baptiser leur fille, Anastasia, dès que ce sera possible. Brenda ne cesse de s’émerveiller de sa fille, et répète à l’envi à Jessica « C’est ça qui est bon… l’amour, le bébé, la vie. » Jessica est émue, des larmes perlent sur ses joues. La raison, elle qui vit secrètement depuis longtemps une histoire d’amour avec la jolie Joy, une belle américaine installée à San Juan depuis 10 ans, sait qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfants. Joy et Jessica se sont rencontrées il y a cinq ans déjà, à une époque ou Joy était « so sad », sans but dans la vie, sans soleil dans la tête. sans personne pour la rendre heureuse. Puis un soir, se promenant sur la place Centrale de San Juan, Joy aperçu Jessica assise sur un banc. Sans aucune hésitation elle se dirigea vers elle. S’engagea alors une discussion, passionnée, des regards qui en disent long. Ce fut un coup e foudre.

Très vite, Joy, qui vit dans un quartier protégé de San Juan, dans un bel appartement, spacieux, au sein d’un vieil immeuble, accueille Jessica chez elle. Les deux nouvelles amoureuses vivent une passion sans limites, faite de rires, d’étreintes et de discussions riches sur leurs vies respectives. Joy, depuis son arrivée il y a dix ans à San Juan, s’est fondu dans la vie locale, au point de prendre la nationalité et de pouvoir ainsi intégrer la vie publique locale. D’abord dans des associations de quartiers, pour aider à la scolarisation, puis au niveau municipal, en tant que conseillère à l’éducation. Jessica, créatrice de bijoux artisanaux vendus sur les marchés, profite à fond de chaque instant avec Joy, car elle sait que si leur histoire est découverte, tout peut s’arrêter du jour au lendemain. L’amour du risque pour un amour total.

Un midi, dans un bar de San Juan, Joy et Jessica, plus heureuses que jamais, prennent du bon temps, déjeunent en paix tout en sirotant un cocktail local au son de la musique portoricaine. Quand un homme, un soldat en permission, qui a déjà pas mal abusé de la boisson, s’approche d’elles et commence à les insulter, gratuitement, à faire des remarques désobligeantes sur leur couple. « Bouge de là » vocifère-t-il sans ménagement en pointant du regard Joy. Celle-ci ne bronche pas, toute à sa surprise. Ne tenant pas à laisser sa compagne se faire humilier en public, Jessica se lève, et sans prévenir, assène une grande claque bien appuyée à l’intrus désagréable, étonné de cette réaction qu’il n’a pas vu venir. Le militaire, désarçonné, recule devant ce coup inattendu, puis revient à la charge, sur de sa force masculine. Erreur. Jessica a fait dix ans de karaté. Elle esquive l’arrivée de son agresseur et d’une clé de bras l’immobilise net. Joy est stupéfaite, tout comme l’assistance présente ce midi-là. S’avouant vaincu, surtout ne voulant pas subir davantage la foudre de Jessica, l’homme s’enfuit sans demander son reste. Jessica se rassoie, Joy l’embrasse tendrement, comme pour la remercier de tant de promptitude à réagir et à défendre leur honneur. Jessica sourie et murmure à l’oreille de Joy : » nothing can’t stop this thing we started ». Joy alors Jessica très fort dans ses bras. Le repas reprend.

Sous le soleil de San Juan, pour Jessica et Joy, Gabriel, Diego, Renata et Elvis, Il n’est pas simple d’être heureux. Mais la vie prend le dessus. Inexorablement.

Guillaume.

Cabrel, le citoyen derrière le musicien.


Sorti de sa retraite discographique, le troubadour d’Astaffort, alias Francis Cabrel, est revenu en 2020, en pleine année pandémique et confinée, avec un album intitulé « A l’aube revenant« . Il y a longtemps que j’avais laissé de côté ce chanteur-compositeur-interprète, sans doute parce que lui même s’était un peu retiré du monde, à l’abri des regards, reclus dans son refus, entouré des siens. Mais comme pour les marins, l’appel du large a été le plus fort. Ici celui de retourner en studio, de rappeler sa vieille garde de complices de longue date, pour revenir à l’essentiel, écrire, composer, matière essentielle pour ce ciseleur de mots et de musiques, qui nous enchante depuis bientôt cinq décennies. Restait donc à voir ce que donnerait ce nouvel album, enregistré, je le disais plus haut avec sa bande habituelle, à savoir Denis Benarrosch (percussions), Laurent Vernerey (contrebasse), Michel Amsellem (piano), Claude Égéa (trompette), Gérard Bikialo (orgue hammond, piano), Michel Françoise (réalisation), et les trois voix féminines de Himiko Paganotti, Julia Sarr et Olyza Zanatti. Claude Sicre, membre des Fabulous Troubadors, chanteur occitan, a participé également à cet album.

Dans ce nouvel album, Francis Cabrel évoque des thèmes qui lui sont habituels, comme ceux de l’amour et l’écologie avec « jusqu’aux pôles « , mais année 2020 et contexte particulier oblige, il ne pouvait pas ne pas évoquer la crise sanitaire démarrée en février 2020. Il le fait à travers trois titres, « les beaux moments sont trop courts », « Peuple des Fontaines », qui évoque superbement l’absence du public, la fermeture des lieux de cultures et « parlons-nous », qui traite de l’isolement dû au Covid, isolement contre lequel il faut lutter en se parlant. Il traite de la relation père-fils très joliment dans  » Te ressembler », qui parle de son père mort trop jeune pour avoir vu son fils connaître une existence heureuse, après un choix hasardeux dû à la rencontre avec une guitare. En amoureux des mots, de la mangue française, il fait un détour par le moyen-âge pour rendre hommage aux troubadours, ces « rock-stars du Moyen Age  » comme il les nomme. Le tout sur fond d’orchestre à cordes. Il faut savoir que quatre des chansons de cet album sont inspirées de textes du Moyen-Age. Et parce que les mots sont sa nourriture quotidienne, son breuvage essentiel depuis plus de cinq décennies, il s’insurge avec une belle dérision mélangé de colère de la disparition des librairies pendant le premier confinement (heureusement depuis elles ont été déclarées « produits de première nécessité » par le gouvernement…ouf !). Après avoir adressé une tendre lettre à un Jacques qui vit en Corse entouré de ses chats ( il s’agit évidemment du dandy, de la vieille canaille, Jacques Dutronc himself), il termine sa nouvelle production en adressant deux lettres d’amour, les deux sans doute destinées à sa femme.

Vous allez me dire, « Bon ok mais la musique dans tout ça ? ». Hé bien, je dirai que si le bonhomme s’est assagi, très loin de « ma place dans le traffic » ou de « la corrida », cela reste de bonne facture mais franchement à en être autant ciselée, précise, je me crois revenu à « samedi soir sur la Terre », album empli de mélancolie, de tristesse, de nostalgie déjà. Ici ça ne décolle quasiment jamais, l’ambiance générale est à la proximité, l’intimité. Les mélodies sont toujours très ciselées, les arrangements aux petits oignons. La voix, certes quasi intacte parvient encore à surprendre, mais globalement, moi qui fut grand fan de Francis Cabrel, là j’avoue être déçu. Les compositions sont pourtant variée, riches, mais la magie n’a pas opéré en moi. Sans doute les adorateurs-trices du chanteur se régaleront-ils-elles.

Guillaume.

Il était une fois… 1990 !



Cette année démarre par la disparition de Charles Hernu, ex-ministre de la Défense de François Mitterrand, impliqué dans le scandale du Rainbow Warrior. Ce même mois de janvier deux personnalités du cinéma américain s’en vont à jamais, Barbara Stanwick et la sulfureuse brune Ava Gardner. Le mois suivant est marqué par un événement historique, Nelson Mandela, prisonnier-symbole des geôles de l’Apartheid, sur l’ile de Robben Island pendant 27 ans est enfin libéré (je me rappelle très bien du jour de sa libération, un dimanche ensoleillé et avoir assisté à cela devant ma télé, grand moment, voyant cet homme marcher droit, tête haute). En mars la Lituanie devient indépendante, et en URSS, Mikhaïl Gorbatchov est élu président pour 5 ans. Au mois d’avril, la NASA lance un télescope géant, Hubble, dans l’espace. En juin, la Russie déclare son indépendance vis à vis de l’URSS. Deux mois plus tard, en août, l’Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït. 5 jours après, les Etats-Unis déclenchent l’opération « tempête du désert ». En septembre, Nintendo lance sa première gameboy. Au mois de décembre, Lech Walesa est élu président de la république de Pologne. En sports, il faut noter la victoire de la jeune (16 ans!) Monica Seles à Roland-Garros face à Steffi Graf. Chez les hommes, l’équatorien Andres Gomez bat le favori américain André Agassi en 4 sets. L’Ecosse remporte le tournoi de rugby des 5 nations. En Formule 1, le brésilien Ayrton Senna est titré dans des conditions houleuses face à son coéquipier et rival Alain Prost. En ski, chez les hommes, le suisse Marc Giradelli et l’italien Alberto Tomba dominent la saison en slalom et en géant. Chez les femmes, Carole Merle s’impose en super-G. Florence Arthaud (décédée tragiquement en 2015 lors d’un accident d’hélicoptère en Argentine, qui coûtera aussi la vie à Alexandre Vastine, Camille Muffat) surnommée « la petite fiancée de l’Atlantique » gagnera la course à la voile de « la route du rhum ». Elle est jusqu’à ce jour la seule femme vainqueur ce cette compétition. En football, la coupe du monde a lieu cette année-là en Italie. La finale opposera le tenant du titre, l’Argentine, emmenée par Diego Armando Maradona, à l’Allemagne réunifiée, dont c’est la première compétition officielle, qui finira par l’emporter 1-0. C’est la revanche de la finale ayant eu lieu quatre ans auparavant au Mexique, sacrant la bande de Maradona. Au rayon des décès, il faut noter ceux des acteurs français Pierre Dux et Michel Beaune, d’Ugo Tognazzi, de Rex Harrison, des actrices Delphine Seyrig, Greta Garbo (photo ci-dessous), Paulette Goddard, r., de la chanteuse de jazz Sarah Vaughan (seconde photo ci-dessous), du chanteur-comédien Sammy Davis Jr. , membre du fameux Rat Pack avec Franck Sinatra et Dean Martin, du réalisateur Jacques Demy ou du compositeur de musique Léonard Bernstein. L’écrivain Alberto Moravia clôt cette triste liste.

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Place à l’histoire inventée.

Un soir d’hiver, dans un bar-restaurant d’une ville du grand nord canadien, Cash City, bordée de montagnes, de mines de charbon, de rivières où les chercheurs d’or se précipitent régulièrement. Dans cette ville cité un peu paumée et peu peuplée, le « Tears of the Earth » est l’endroit où la population aime à se retrouver le soir, surtout le week-end. C’est le cas des frères Mc Illroy, John, David et Samy. trois gaillards de 30, 28 et 25 ans qui travaillent à la mine de Waterfalls, au nord de la ville. Comme chaque vendredi, les trois hommes viennent passer une soirée pour se détendre après une semaine de dur labeur au fond de la mine. Oublier les conditions de travail, la poussière, la toux, l’exiguité et la profondeur de la mine. Ses risques d’éboulements aussi. 

La salle du bar-restaurant est pleine à craquer. Dans un coin, selon une ancienne tradition, un pianiste joue des airs afin de mettre une ambiance dans ce lieu. Pas loin de là, les trois frères se sont attablés pour prendre un verre et manger. Rire, se raconter des histoires aussi. Cela fait bientôt une heure qu’ils sont là lorsqu’un individu franchi les portes du « Tears of the Earth », et se dirige droit vers leur table. Tout de suite il pose son regard vers la grosse sacoche posée sur la table. Son nom est Jean Leloup, une personne à la triste réputation. Cherchant toujours le sale coup, le coup de poing à donner pour un oui ou pour un non. Mais là, la raison est cette foutue sacoche. Car il a un contentieux avec un des trois frères, David en l’occurrence. Une dette de poker non réglée. Alors il vient réclamer son dû. Mais John, en frère ainé, s’interpose, mets la main sur la sacoche et d’un regard noir accompagné d’une voix sourde intime à Jean Leloup de déguerpir tout en lui indiquant, regardant la sacoche « U can’t touch this! ». 

Au bar, une fille nommée Joséphine, ressemblant à une barbie girl s’agite derrière la caisse. Il est presque 22h, indique la grosse pendule qui trône au dessus du bar. C’est l’heure à laquelle arrive en général Maria, une belle femme brune, aux cheveux longs, yeux verts. Lorsqu’elle rentre, se faufilant entre les différentes tables, les hommes présents ne manquent pas de commenter son allure, de faire des remarques déplacées à son encontre. Mais elle n’en a cure. Elle voit tant d’hommes qui passent sans s’arrêter dans cette ville qu’elle aime tant. Sa tête et son coeur sont occupés depuis quelques temps par un homme. Elle salue Joséphine d’un sourire, dit bonjour à Ricky, le patron, et prend son service. Dans leur coin, les frangins Mc Illroy continuent de profiter de leur soirée, bière après bière. C’est bientôt la cinquième tournée de la soirée. John, qui a repéré Maria, lui fait signe. 

Maria se présente à la table, jetant furtivement un regard doux à Samy. Ce qui n’échappe pas à ses deux frangins. La question fuse : » Vous vous connaissez? ». Samy, pris au dépourvu, rougi, admet la vérité. Oui il connaît Maria. Mais n’avoue pas tout de suite qu’il aime cette femme. Il veut garder cela pour lui. John et David comprennent vite. Mais n’en veulent pas à Samy. Pour fêter cela, John offre une tournée. Maria repart, commande prise et un peu gênée par ce qui vient de se passer. John et David se retournent vers Samy et d’un approbatif « What a woman », félicitent chaleureusement leur frère cadet, connu d’eux pour être timide envers la gent féminine. Samy leur avoue alors que cela fait plusieurs semaines qu’il voit Maria, et que ses sentiments pour elle sont très forts. « Oui je l’adore….. et réciproquement » dit-il de sa voix timide. Quand Maria revient avec les bières commandées, John et David, se montrent légèrement goguenards, blagueurs, ce qui dérange, irrite Samy et déstabilise Maria. Les raisons sont simples.  

Plus jeunes, les trois frangins et Maria, ont grandi dans le même quartier et fréquenté la même école de la vile, le même collège de la région. John d’abord, puis David ont été amoureux de la jolie Maria. Mais amoureux éconduits. frustrés de cet amour, ils en ont gardé colère et rancoeur de longues années envers la belle devenue serveuse au « Tears of the Earth ».  Voilà maintenant que leur frère cadet, qu’ils jugent moins séduisant qu’eux, a conquis le coeur de Maria. De quoi raviver la flamme de la colère. Devant le visage soudain fermé qu’ils observent chez Samy, John et David préfèrent faire profil bas, la jouer seigneur et admettre l’idée, afin de ne pas briser la fratrie, ni fâcher Samy qui a le sang chaud, le coup de poing efficace. 

Samy et Maria sont éperdument amoureux depuis leur première rencontre. Samy ne cesse de clamer sa flamme à sa dulcinée, avec qui il envisage de voyager autour du monde, de profiter au maximum aussi des moments de silence offerts par dame Nature. Tous deux sont amoureux des mots, ne cessent de dire des poèmes lorsqu’ils se voient. « Nothing compares to U » répond parfois Maria à son tendre amoureux. Tous les deux se font une promesse, d’aller vivre ailleurs, loin de ce trou perdu, de refaire leur vie, autrement, dans un environnement plus calme. Loin des mines à charbons harassantes et des bars pas toujours bien fréquentés.

Quelques temps après cette décision prise un après-midi lors d’une promenade le long de la Nirvana river, qui longe Cash City, Maria démissionnera de son boulot de serveuse au « Teas from the Earth » et Samy quittera sans regret le fin fond de la mine de charbon qui lui use la santé et les poumons. Joséphine, Ricky, John, David et les habitants de Cash City ne verront bientôt plus ce couple dans leurs rues. Une nouvelle vie s’annonce. 

Guillaume.

 

Lettuce, du groove qui résonne plein pot.



Originaire de la ville de Boston (comme les groupe de hard-rock Aerosmisth cher à Joe Perry et Steven Tyler, et bien sûr.. Boston), Lettuce, combo de musique funk au groove extrêmement fondé en 1992, contient six musiciens, nous a proposé da dernière galette musicale l’an dernier, intitulée « Resonate« . Le titre de ce septième album du groupe (depuis Outta here, 2002) est plus que bien choisi tant la musique de ce quintet groove avec une efficacité redoutable, un sens rhythmique qui vous emmène dès la première mesure du premier morceau « Blaze ». C’est ultra puissant. Les titres s’enfilent comme des perles, sans jamais se reposer.

Moi qui ne qui ne connaissais pas ce groupe avant d’écouter cet album, je suis sous le charme. C’est puissant, coloré, varié. Après « Blaze »qui sert d’entrée en matière, viennent « Good Morning Mr. Shmink », le très beau « Ndugu », puis « Checker Wrecker », le doux « Silence is golden », et pour moi l’un des plus beaux morceaux du disques, « Moksha », aux influences indiennes, que restituent parfaitement guitare et claviers, mais aussi la présence très subtile d’un sitar et d’un tabla. C’est juste magnifique. On se croit immédiatement transporté au pays des Maharadjahs, du Taj Mahal, bref c’est vraiment un bonheur que d’écouter ce morceau. On sent que les gaillards ont soit voyagé là-bas, soit beaucoup écouter Ravi Shankar, George Harrison (qui lui-même a voyagé là-bas et influencé la musique des Beatles à son retour), le guitariste John McLaughlin et le percussionniste Trilok Gurtu… la durée du morceau, plus de sept minutes en est la plus belle expression. Après on passe à un « Mr. Dynamite » qui évoque forcément James Brown. avec cependant des sons de claviers un brin expérimentaux, et ce groove funky omniprésent que Father of Soul n’aurait pas renié pour danser dessus. Le dialogue entre la guitare et la trompette est très joli à écouter. Avec « Remember the children », on retombe dans un funk pur des années 70, époque George Clinton, James Brown, Tower of Power. Là, en plus des instruments, viennent se greffer des voix. Pas essentielles à mon sens… mais bon. Puis cela enchaine avec « Lude », petit intermède qui débouche sur le funky-disco » House of Lett », qui aurait eu toute sa place dans les boites de nuit des années 70 et 80. A entendre ce morceau, comme le reste de l’album, on n’a qu’une envie, se lever du canapé, direction le dance-floor, et laisser aller nos corps en rythmes (n’est-ce pas cher Laurent…😉). Ca fait tellement de bien. Pour clore le disque, « Resonate » qui donne son nom à l’album est un morceau au groove des plus planant, un peu spatial… mais très agréable pour finir cette production 2020.

Il faut noter que ce groupe, pour maitriser son travail de bout en bout, a créé son propre label, Lettuce Records, sur lequel il a enregistré plusieurs albums tels que : « Crush » (2015), « Mont Crushmore » (2016), « Elevate » (2019) ainsi que l’album live « Witches stew » (2017). Alors si vous aimer cet album, n’hésitez pas à vous plonger dans la discographie de ces bostoniens au groove chevillé au corps.

Cet album donne la pêche, le sourire, et par les temps qui courent, ça fait un bien fou. Reste plus qu’à les voir oeuvrer sur scène… mais ça, va falloir être patient encore un peu.

Guillaume.

Rymden, marins de l’espace…musical.



Vétéran de la scène musicale nordique, norvégienne en l’occurence, le pianiste-compositeur et producteur Bugge Wesseltoft (photo ci-dessous) s’est associé au duo Dan Berglund (contrebasse)-Magnus Oström (batterie), qui officiait naguère aux côtés du génial pianiste suédois Esbjörn Svensson avant que celui-ci ne disparaisse tragiquement dans un accident de plongée en 2008. Le nouveau trio, qui oeuvre sous le nom de Rymden, publie, après « Reflections & Odysseys » sorti en 2019, son nouvel album, intitulé « Space sailors« . Ce disque est une plongée dans l’univers musical nordique, entre jazz et musique contemporaine, une ballade spatio-temporelle qui si elle peut paraître au décollage, finit par vous embarquer, tant le talent des trois gaillards est au service du projet, la musicalité d’abord. Un magnifique hommage également à Esbjörn Svensson, dont l’ombre plane sur le disque.

Mais plongeons-nous au plus près de ce disque. Ca démarre fort, sans fioriture avec « The life and death of Hugo Brax », un titre qui plante le décor d’entrée. L’ambiance est spatiale, aérée, avec une contrebasse omniprésente. Le trio virevolte au gré du morceau, et Wesseltoft s’en donne à coeur joie au clavier de son piano. Pour rester sur la notion d’espace, le trio nous embarque ensuite dans l’univers des 70’s avec un « Spacesailor », qui est une sorte de couloir à remonter le temps. Ca sonne très pop, presque proche également de la musique répétitive un brin lancinante avec ce rythme donné par la batterie de Magnus Oström. Derrière, avec « Sondan », c’est un ambiance minimaliste, avec un jeu très progressif de Wesseltoft, qui donne à ce morceau une couleur très intime, presque introspective. « Terminal One » nous change de registre et offre une couleur dansante, jusqu’ici absente, au disque. C’est chaloupé. Ca swingue tranquillement. Le trio se régale, s’envole doucement et nous avec… c’est juste beau. « Final goodbye » propose un univers mélangé de percussions et de bruits étranges, sur lesquels le piano va se greffer, en douceur, posant des mélopées de notes, sans jamais se noyer dedans et nous avec. Toujours la subtilité d’abord. C’est un plaisir à écouter.

« Pligrimstad », qui suit, démarre par un thème à la contrebasse, superbement tenue par le talentueux Dan Berglund, puis piano et batterie rentrent doucement. Progressivement. C’est un régal d’écouter les trois musiciens dialoguer ensemble, chose qui ne se dément pas avec les deux morceaux qui suivent,  » Arriving at Ramajay, Part 1″ et « Arriving at Ramajay, Part 2 ». Là, si Wesseltoft, via ses synthés, nous concocte un univers sonore très futuriste (mais surtout très emprunt de ce qui se faisait chez les groupes pop des 70’s, je pense ici à Barclay James Harvest, Yes, Genesis période Peter Gabriel des débuts…. ), je dois avouer que ça fonctionne très bien, c’est efficace. Il ne manque plus que les combinaisons de cosmonautes et nous sommes partis… ailleurs. « The Actor », sur fond de basse-batterie bien posées, est un morceau qui pourrait servir de générique à une série ou du moins de thème à un personnage de série policière. Ca roule, c’est efficace, puis bien bientôt, Wesseltoft  rebascule dans l’antre des 70’s. Obsession. « My life in a mirror » est un très beau morceau, plein de lyrisme, de douleur exprimée, de nostalgie (un clin d’oeil à Esbjörn Svensson??). Enfin les deux morceaux qui terminent le disque sont « Free as a bird » (non pas une reprise du titre de Supertramp, encore moins celui des Beatles ou de John Lennon !), et par « Sondan Outro », qui est la suite et la fin de « Sondan ». Ces deux titres achèvent bien l’écoute de ce très bel album, au contenu très épuré, parfois planant, maitrisé par trois musiciens de grand talent.

Maintenant que j’ai découvert ce trio, qui est dans l’esprit de ce que faisait le regretté Esbjörn Svensson, mais aussi à l’instar de l’univers musical de Trygve Seim, autre grande figure du jazz nordique contemporain, je vais suivre ce groupe de près. Je vous invite à en faire de même.

Guillaume.

Il y a 30 ans disparaissait David Lean.


Né en Angleterre en 1908, fils de Quaker (mouvement dissident de l’Eglise Anglicane fondé au XVII ème siècle) Sir David Lean, avant de devenir un réalisateur brillant qui réalisera des films marquant l’histoire du cinéma mondial, était un éditeur de film dans les années 30. Pas très enclin aux études, il commence par aider son père dans son entreprise. Puis il se consacre très bientôt au cinéma, où il passe toutes ses matinées, marque un goût prononcé pour le romanesque et les grandes figures historiques, loin des stéréotypes d’une culture élitiste que sa condition sociale modeste lui interdit d’approcher. En 1927, sur le conseil avisé d’une tante, il travaille un mois non payé aux studios Gaumont. Après de menues tâches, il est promu clapman puis troisième assistant-réalisateur. Son univers est trouvé, sa voie toute tracée. Reste à la construire. Après avoir travaillé aux actualités de la Gaumont  en tant que monteur, il occupe cette fonction dès 1935 sur des films, jusqu’en 1942. Période fructueuse qui lui permet d’acquérir expérience et sens du rythme dans la narration. Il va pouvoir passer à l’étape suivante, la réalisation de ses films.

1942, c’est d’ailleurs l’année de son premier film en tant que réalisateur, avec « Ceux qui servent en mer », dont le scénario est écrit par Noël Coward (photo ci-dessus). Il adaptera 3 de ses pièces de théâtre, dont « Brève rencontre », qui en version cinéma, sera considérée comme marquant un tournant dans le cinéma anglais d’après-guerre et sera une véritable rampe de lancement pour David Lean. Ensuite il décide de se tourner vers l’oeuvre du romancier Charles Dickens et d’en adapter 2 oeuvres, « Les Grandes espérances » (1946) et surtout « Oliver Twist » (1948) avec dans les rôles principaux Alec Guinness et Robert Newton. Quelques années plus tard, en 1954, il réalisera une adaptation un peu loufoque du Roi Lear, dans « Chaussure à son pied », qui se déroule à l’époque victorienne, dans la ville de Manchester.

Durant sa période hollywoodienne, entamée en 1955, David Lean va profiter de l’apport indéniable de la couleur sur la pellicule pour développer des films à grands spectacle, au nombre des quels on trouvera bien sûr le fameux « Pont de la Rivière Kwaï » (1957), dans lequel on retrouve Alec Guinness en officier anglais prisonnier de guerre, aux côtés de William Holden, puis la grande fresque « historique représentée par « Lawrence d’Arabie » (1962) (photo du dessous), qui sera son véritable chef d’oeuvre sur grand écran, avec une distribution de haut niveau : Alec Guinness encore, mais aussi Omar Sharif, Peter O’Toole, Anthony Quinn (photo ci-dessous). La musique est signée de Maurice Jarre. Enfin, en 1965, il termine cette série de films à succès avec le « Docteur Jivago », emmené par un Omar Sharif remarquable, accompagné de la comédienne Julie Christie et du fidèle Alec Guinness. Là encore, c’est Maurice Jarre qui signe la partition musicale du film.

Suite à l’échec critique de son film « La fille de Ryan » en 1970, David Lean décide de cesser toute activité de réalisateur. Pour autant, il essaye de monter des projets qui finiront finalement dans les mains d’autres réalisateurs. Ainsi ce sera le cas pour « Ghandi », avec le comédien Ben Kingsley (1982), finalement tourné par Richard Attenborough, sur fond de musique composée par l’immense musicien indien Ravi Shankar. Ensuite, « Le Bounty », repris par Roger Donaldson en 1984, avec au casting Mel Gibson, Anthony Hopkins, Laurence Olivier, Daniel Day-Lewis, sur une musique du compositeur Vangelis. Il s’agit d’un remake du film tourné en 1962 avec Marlon Brando sous le titre « Les révoltés du Bounty », et enfin « Out of Africa » (1985), finalement tombé dans les mains de Sydney Pollack, avec le couple Robert Redford-Merryl Streep à l’écran, sur musique de John Barry, qui signa celles des premiers James Bond, comme « James Bond contre Dr.No »(1962), « Bon Baisers de Russie » (1963), « Goldfinger » (1964), « Opération Tonnerre » (1965), de « Macadam Cowboy », de « L’homme au pistolet d’or » (1974), et plus tard de « Danse avec les Loups » (1990), parmi beaucoup d’autres. Mis à part peut-être « Le Bounty », dont le succès sera moindre, les deux autres films connaitront une vraie renommée internationale et deviendront de véritables classiques du cinéma mondial.

Lorsqu’i décède en 1991, David Lean, qui laisse donc derrière lui quelques chef-d’oeuvres cinématrographiques, sans avoir jamais reçu de distinctions professionnelles (Oscar, Césars, Ours d’Or… etc…). Un comble vis-à-vis de ce grand nom du cinéma mondial.

Guillaume.

Victor Wainwright, long train Blues… and more.


Sur la pochette de leur dernier album, une locomotive ancienne lancée à pleine vitesse, toute fumée dehors. Cela annonce clairement les choses. Victor Wainwright and The Train ne sont pas là pour plaisanter.
Ce chanteur-pianiste-organiste américain et son groupe nous proposent d’entrée de jeu sur leur nouvel album « Memphis Loud » paru l’an dernier, un blues puissant, cuivré, mâtiné de plein de sources musicales, comme le boogie-woogie, le blues, la soul, et même des sons issus de la Nouvelle-Orléans.

Dès le début donc, c’est un hommage au Mississippi, terre de blues s’il en est et qui vit naitre nombre de grands noms du genre. Ensuite il se souvient de la ville de Memphis. Aretha Franklin ou encore Booker T. Jones, sont nés dans cette ville. Les bluesmen John Lee Hooker, B.B.King; Muddy Waters, Howlin’Wolf sont également nés dans les environs, au sein de ce Mississippi alors frappé, comme les autres états du sud des Etats-Unis, par le ségrégationisme officiel, qui ne sera abrogé qu’en 1968. Ville historique de la musique américaine, et considérée comme le berceau historique du Blues, c’est aussi une ville où se trouve la fameuse Beale Street, qui rassemble nombre de clubs dédiés à cette musique, dont ceux de B.B.King et Buddy Guy. 

Mais Memphis est aussi un berceau du rock puisque Elvis Presley a vu le jour à quelques encablures de cette mythique cité. Sans parler des nombreux studios d’enregistrement qui s’y trouvent, comme les fameux Sun Records, fondés par Sam Phillips dans les années 50, lui qui fut le premier découvreur de Presley lorsque celui-ci fit sa version de « That’s all right Mama ». D’autres grands noms du rock émergeront grâce à Sun Records, je veux parler ici de Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash. Des bluesmen comme James Cotton, B.B.King ont également enregistré des albums sous la direction de Sam Phillips. Memphis voit défiler dans ses studios depuis des décennies tout ce qui compte de stars de la chanson, de la pop, du jazz, de la soul music ( notamment dans les studios Stax et Hi Records, où passeront Booker T. and the MG’s., Otis Redding, Carla Thomas, Isaac Hayes, Al Green. Bref Memphis, vous l’aurez compris, est partie incontournable de l’histoire de la musique américaine des 70 dernières années.

Mais revenons à l’album qui nous occupe. On retrouve l’évocation de cette ville dans le troisième morceau de l’album, morceau qui démarre sur les chapeaux de roues, celui d’un train qui arrive en gare (peut-être un hommage lointain au fameux premier film projeté par les frères Lumières dans un hangar, devant un public incrédule). C’est du blues nerveux, bien servi, sans fioritures. Wainwright possède par ailleurs une voix un peu nasale qui n’est pas sans rappeler parfois celle du célèbre pianiste-chanteur de la Nouvelle-Orléans, Dr. John. La musique développée est gorgée de couleurs, de cuivres, de sueurs, on se sent transporté dans ce sud des Etats-Unis historique, berceau de la musique américaine. Mieux vaut s’attacher au siège, le voyage démarre fort, avec donc l’enchainement « Mississippi »-« Walk the walk »-« Memphis Loud ». Moi qui ne connaissait pas ce musicien et son groupe, je me régale.

Après un départ en fanfare, les gaillards changent de registre. En effet sur « Sing », c’est un esprit fanfare qui prédomine. On se croirait à un carnaval (oui je sais dur à imaginer par les temps qui courent ). Puis vient une ballade, « Disappear », qui permet à Wainwright de nous offrir un autre aspect de sa voix puissante. Ici elle est plus posée. La musique d’abord tranquille, se fait plus présente via les cuivres et le piano, et une section rythmique qui veille au grain. Ensuite c’est un « Green don’t rise » entamée tambours battant qui nous tend les bras. Un blues-rock sans temps morts, mené à l’allure d’une locomotive lancée plein pot, les instruments prenants efficacement leur place dans ce tourbillon bluesy. « Golden rule », qui suit, est un morceau aux sonorités davantage pop, voire soul des années 70, comme un hommage à la Motown et certaines de ses grandes figures. Avec « America », Wainwright dresse un constat amer de son pays, renforcé par les évènements survenus en 2020, les émeutes. Il prêche pour un respect de l’autre, d’où qu’il vienne. « South end of a North bound mule », fleure bon le blues du sud, il me fait penser à des morceaux de Robben Ford, ou de Calvin Russell, deux bluesmen que j’adore et vous recommande si vous ne les connaissez déjà. Le jeu de guitare est ici fin et précis, la voix de Wainwright presque joyeuse et joueuse. Un bon boogie-blues. « My Dog Riley », avant-dernier morceau de l’album, nous ramène à un boogie-blues mélangé à une pincée de fanfare, ca swingue, ça balance, c’est entrainant au possible. Ca Roll’ comme ils disent là-bas. Pour finir, Wainwright nous propose le très beau « Reconcile ». Une chanson en forme de blues plaintif… soutenue par une guitare et des cuivres. Superbe.

Personnellement, une belle découverte que cet artiste à travers cet album.

Alors si vous aimez la musique en forme de cocktail bien secoué, ce disque est pour vos oreilles.

Guillaume.

Bertrand Tavernier, le cinéma chevillé au corps.


Né à Lyon en 1941, Bertrand Tavernier, est le fils d’un romancier et résistant, qui protégea notamment Elsa Triolet et Louis Aragon pendant la seconde guerre mondiale. Il optera très vite pour la voie du cinéma, sa véritable passion., découverte à l’occasion d’un séjour dans un sanatorium pour soigner une tuberculose. Il a alors 12 ans. Plus tard, après des études de droits à la Fac, où il fondera un journal spécialisé dans le cinéma (« L’Etrave »), il monte un ciné-club, pour y mettre en avant des films de genres du cinéma hollywoodien . Ainsi y verra-t-on westerns, films noirs ou encore comédies musicales.. Il a connu mille vies avant de passer lui-même derrière la caméra et réaliser ses propres films. Ainsi fut-il assistant-réalisateur, puis attaché de presse du grand Stanley Kubrick (Spartacus, Les Sentiers de la Gloire-deux films avec Kirk Douglas-, Orange Mécanique, 2001 l’Odysée de l’Espace…), avec qui il travaillera pendant 10 ans (1964-1974) notamment sur deux films précités, « 2001, l’Odyssé de l’Espace » (1968), « Orange Mécanique(1971) avec Malcom Mc Dowell, Patrick Magee et « Barry Lyndon » (1975), avec Ryan O’Neal et Marysa Berenson. Il cessera sa collaboration avec Kubrick en lui adressant le mot suivant : « Comme artiste, vous êtes génial, comme patron vous êtes un imbécile ». Péremptoire et définitif. Avant cela, il avait fait ses armes auprès du grand Jean-Pierre Melville sur le tournage de « Léon Morin Prêtre » (1961), avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal. En 1965, il se retrouve à travailler aux côté de Jean-Luc Godard, qui tourne « Pierrot Le Fou », avec toujours Jean-Paul Belmondo, mais aussi Anna Karina, Jean-Pierre Léaud.

Dans les années 60, cet amoureux du cinéma américain va profiter de ses collaborations à des revues de critiques cinématographiques pour mettre en avant les réalisateurs américains qu’il affectionne, tels Raoul Walsh (« La Piste des géants », 1930- « Une corde pour te pendre », 1951), John Ford(« Le fils du désert », 1948 ; « La prisonnière du désert », 1956″; « La Conquête de l’Ouest » 1962 ; L’Homme qui tua Liberty Valence », 1962 ) John Huston (« Faucon Maltais », 1941 ; « Key Largo », 1948 ; « Quand la ville dort », 1950 ; « Les désaxés », 1961 ; « A nous la Victoire »,1981) ; ou encore Budd Botticher (« Les rois du rodéo », 1952 ; « La cité sous la mer », 1953 ; « Sept hommes à abattre », 1956 ; « La chute d’un caïd », 1960).

Il fonde aussi un ciné-club, le Nickel Club, pour y diffuser westerns, polars et comédies musicales. A la fin des années 60, quand survient le mouvement social de mai 68 en France mais aussi ailleurs dans le monde Bertrand Tavernier choisit de ne pas s’adjoindre aux réalisateurs français qui boycottent le festival de Cannes, veulent instaurer une « nouvelle vague » et de fait ringardiser le cinéma d’avant, les auteurs et scénaristes d’avant. Son choix fort en ce sens, sera d’ailleurs d’aller chercher le scénariste Jean Aurenche, lorsqu’il commencera à réaliser ses propres films. Ce scénariste-dialoguiste, qui a prêté son talent pour des films comme « Le diable au corps » de Claude Autant-Lara (1947), « La Traversée de Paris » (1956, et son inoubliable trio Gabin-Bourvil-De Funès), le nom moins fameux « Notre-Dame de Paris » (1956, avec Anthonny Quinn et Gina Lolobrigida), a donc travaillé avec Bertrand Tavernier sur plusieurs de ses films dont il a écrit les scénarii : « L’horloger de Sain-Paul (1974), « Que la fête commence » (1975), « Le juge et l’assassin » (1976). Il obtiendra d’ailleurs les césars du meilleur scénario en 1976 et 1977, pour « Que la Fête commence » et « Le juge et l’assassin »(face à face Noiret-Galabru). Il récidivera en 1982 pour le fameux « Coup de torchon », film avec Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Guy Marchand… C’est dire la qualité du bonhomme avec le quel travaille Tavernier.

Bertrand Tavernier, réalisateur, était un vrai conteur, un passionné de l’humain, de l’histoire avec un grand H, c’est pourquoi tout au long de sa riche carrière il ne s’est interdit aucun genre cinématographique ou presque. Ainsi il a exploré le polar ( « L.627 » ; « L’Appât » ), le film historique avec « Capitaine Conan » et « La vie et rien d’autre » ayant comme toile de fond la guerre de 14-18, « La guerre sans nom » en 1992, ayant pour thème la guerre d’Algérie, les films d’époque, La fille de D’Artagnan » (19994) et « La princesse de Montpensier »(2010), le film politique avec « Quai d’Orsay » (2013), le genre musical aussi puisqu’il est fan de jazz et il a rendu hommage superbement à Charlie Parker, dans le film « Autour de minuit » (1986) en offrant le rôle au saxophoniste Dexter Gordon, avec à ses côtés François Cluzet. Vient aussi le colonialisme avec « Coup de torchon » (1981), le tueur en série avec « Le juge et l’assassin » (1976). Il va également aussi tourner à l’étranger, à l’occasion de l’un de ses films les plus réussis à mes yeux, « Dans la brume électrique » véritable polar mené dans le sud des Etats-Unis, avec le grand Tommy Lee Jones dans le rôle titre. On y voit même le légendaire guitariste de blues Buddy Guy jouer lors d’une séquence.

Tout au long de sa carrière, Bertrand Tavernier, infatigable passionné du cinéma américain et français, n’a donc cessé de communiquer son amour pour le 7ème Art, les vieux films, le patrimoine. C’était un transmetteur, un conteur, à la manière d’un Jean-Claude Carrière ou encore différemment, d’un Jean-Loup Dabadie. Il a dirigé devant sa caméra nombre de comédiens et comédiennes français(es) ou américains. Outre son acteur Philippe Noiret ( cinq films ensembles), Isabelle Huppert (3), il y a eu Jean-Pierre Marielle (« Coup de torchon »), Sabine Azéma (« La vie et rien d’autre »), Stéphane Audran (« Coup de torchon »), Michel Galabru (« Le juge et l’assassin », Philippe Torreton (« Capitaine Conan »), Didier Bezace (« L.627″), Gaspard Ulliel (La Princesse de Montpensier »), Sophie Marceau, Claude Rich, Samy Frey (La fille de D’Artagnan), Marie Gillain, Bruno Putzulu, Richard Berry (L’Appât), Niels Arestrup, Thierry Lhermitte (« Quai d’Orsay »), Tommy Lee Jones, John Goodman (« Dans la brume électrique »).

Bertrand Tavernier était autant une figure qu’une voix du cinéma français. Il ne manquait pas une occasion de prendre position pour défendre sa profession lorsque celle-ci était mise à mal par celles et ceux qui gouvernent, quelle que soit l’époque. Il était connu et reconnu à l’étranger, ses films étant régulièrement primés, depuis 40 ans, dans les plus festivals tels que la Mostra de Venise, la Berlinale, mais aussi à San Sébastian, aux BAFTA britanniques, ou en France au Festival de Cannes et lors de la cérémonie des Césars. Il avait reçu le prix Louis Delluc en 1973 pour son film « l’Horloger de Saint-Paul ». Au sujet de ce film, une anecdote, un horloger installé dans le quartier de Saint-Paul à Lyon avait sollicité Bertrand Tavernier pour lui demander l’autorisation d’appeler son magasin « L’Horloger de Saint-Paul », en hommage au film du réalisateur. Touché par la démarche, Tavernier avait accepté. C’est dire la qualité de l’homme. En 2015, il avait été honoré d’un lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière. Preuve ultime de la reconnaissance de ses paires hors des frontières françaises.

Lui qui avait le cinéma chevillé au corps, à l’âme, Il laisse une filmographie dense, de qualité, et riche en sujets traités. Un réalisateur à (re)découvrir.

Guillaume.

Michel Legrand, entre jazz et musiques de films, chapitre 2.



Suite au volume 1 déjà chroniqué ici, voilà donc le second volet du coffret « Le monde musical de Michel Legrand » concocté par l’excellent label Frémeaux & Associés. Dans le précédent article consacré à ce coffret magistral, je m’étais arrêté sur la partie jazz de ce grand musicien, qui consacrait un disque entier à Cole Porter, immense musicien de jazz du début du vingtième siècle.

Pour ouvrir ce deuxième chapitre du coffret intitulé « Le monde instrumental de Michel Legrand : Jazz et Musiques de films », sur le disque numéro 7, on démarre avec la formation orchestrale de Michel Legrand, qui interprète le titre « Falling in love again », classique du jazz américain, puis on arrive à la chanson « Avoir un bon copain » chanté par Jean Boyer, puis on découvre « qu’avez-vous fait de mon amant », le fameux « Cheek to Cheek » de Irving Berlin », la belle chanson de Jacques Prévert « Démons et merveilles », l’illustre thème musical composé par Dimitri Tlomkin, du film « Le train sifflera trois fois » (1952, Fred Zinnemann), avec notamment Gary Cooper et Grace Kelly. Puisque j’évoque les musique de films, vous y retrouverez aussi la musique de « La rivière sans retour » (1954), d’Otto Preminger, avec le duo Robert Mitchum-Marilyn Monroe. Une version orchestrale surprenante de « Only you » est au menu de ce disque. Le saxophone remplace le lead vocal. S’en suit « Un américain à Paris », morceau écrit par le célèbre compositeur de jazz George Gershwin, et qui servit de bande-son au film du même réalisé par Vincente Minnelli en 1951, avec à l’affiche Gene Kelly, Leslie Caron et George Guétary. Cette fois Michel Legrand reste au piano tout en dirigeant un orchestre  symphonique. Pour finir ce disque, Michel Legrand nous gratifie de morceaux qui composent la bande originale du film « Une femme est une femme » (1961, Jean-Luc Godard), avec Anna Karina, Marie Dubois, Jean-Claude Brialy et Jean-Paul Belmondo.

Dans le disque suivant, le numéro 8, Michel Legrand nous emmène cette fois dans l’univers des musiques de films qu’il a écrit et dirigé. Cela démarre par « L’Amérique insolite » (1960), documentaire de François Reichenbach, sur le quel il a travaillé et dont il composé la musique. Puis on enchaine avec « Terrain vague »(1960), réalisé par Marcel Carné, dont là encore il écrit en collaboration avec Francis Lemarque la musique. Après arrivent plusieurs titres évoquant « Le Cave se rebiffe », célèbre film de Gilles Grangier (1961), sur des dialogues de Michel Audiard, avec un casting au petits oignons, puisque Jean Gabin est entouré de Bernard Blier, Maurice Biraud, Françoise Rosay, Robert Dalban ou Ginette Leclerc. En 1962, Michel Legrand retrouve le trio Grangier-Audiard-Gabin pour « Le Gentleman d’Epsom » (1962), avec sa thématique autour des courses de chevaux… monde cher à Jean Gabin. Y figurent Louis de Funès, Paul Frankeur, Jean Lefebvre, Madeleine Robinson. Puis on change de registre cinématographique avec tout d’abord « Eva » (1962, Joseph Losey), avec Jeanne Moreau dans le rôle principal. Michel Legrand nous invite à écouter le thème d’Eva, puis celui de Adam et Eva, chanté par Tony Middleton. Enfin pour clore ce disque, Michel Legrand nous offre des extraits de la bande musicale de « Lola » (1962, Jacques Demy), avec Anouk Aimée dans le rôle-titre. Un joli choix.

Pour aborder le neuvième disque, Michel Legrand nous offre un voyage entre la France et es Etats-Unis, entre Paris et New-York, plus précisément Broadway, deux villes où il a vécu, travaillé pendant de longues années. Dans la première partie de ce disque, là encore avec son orchestre Michel Legrand revisite ou joue fidèlement des airs de chansons comme « C’est si bon », « Milord » (écrite par Marguerite Monnot et Georges Moustaki pour la grande Edith Piaf), « que reste-t-il de nos amours » et « Boum » du grand Charles Trenet, un standard du jazz signé Cole Porter « c’est magnifique », « la maladie d’amour », morceau traditionnel antillais, puis la « Petite Fleur » du clarinettiste Sidney Bechet. C’est très agréable de replonger dans ce patrimoine musical, qui avec le temps, peut avoir tendance à disparaître des rayons, des mémoires. C’est donc un travail bien utile accompli par Michel Legrand et encore davantage par Frémeaux & Associés, de ressortir ces pépites. Sur l’autre partie du disque, consacrée à sa période « Broadway », Michel Legrand nous sert une farandole de titres jazz, toujours accompagné de son orchestre. On y trouve « On the street where you live », « Yesterdays », ensuite deux titres de Georges Gershwin, le classique incontournable multi-interprété « Summertime », de même que « I got plenty of nuttin’ « , ou encore « Smoke gets in your eyes ». 

Enfin pour clore ce deuxième chapitre de ce long coffret, le dernier disque rassemble 3 albums, « Strings on fire » (1962), puis un album avec orchestre à cordes, et le troisième, « Michel Legrand se joue Nougaro » (1962) . Sur « Strings on fire », on trouve des perles de morceaux  orchestrés, comme « Perfidia » chanté à l’origine par Alberto Dominguez, « Boulevard of the Broken Dreams », autrefois chantée par Frances Langford, « Close your eyes » immortalisé par Bernice Petkere en 1933, « Come-back to Sorrento » donnée en version originale (italien) par Dino « Dean » Martin en 1953, et pour terminer, une orchestration du « All or nothing at all » que Franck Sinatra chanta merveilleusement dès 1939.  Sur le second album, ça démarre en douceur avec la chanson « Venus » mise en valeur par des cordes très en avant et des choeurs trop discrets hélas. Puis nous avons droit à une très belle version de la chanson d’Orphée (Mahna de Carnaval), tirée du film Orfeu Negro, réalisé par Marcel Camus (1959), dont la musique originale est dû à Luiz Bonfa et Antonio Carlos Jobim. Figure aussi le titre « Adieu tristesse »(Felicidade), également extrait de Orfeu Negro.

Sur le disque consacré au taureau de Toulouse, Claude Nougaro, Michel Legrand reprend quatre chansons célèbres du chanteur français. Il s’agit de « Les Dom Juan », « Le cinéma », « Où? », et « Le jazz et la java ». Que du bonheur en barre d’écouter les orchestrations de ces morceaux. Le son ici est plus moderne, les orchestrations plus jazz-pop, en tous cas sur « Les Dom Juan » où synthés classiques, piano et synthés électroniques se côtoient joyeusement. « Le cinéma » se voit habillé d’un orchestration swinguante et syncopée, un peu folle, mais bien dans l’esprit original. « Où » nous embarque sur des atmosphères très habitées, des rythmes qui se suivent à une cadence folle, le tout dans une ambiance sonore qui fleure bon le psychédélique des 70’s. « Le jazz et la java » qui clôt ce disque et ce long coffret est un morceau qui résume parfaitement ce qu’a été la vie et la musique pour Michel Legrand. Une promenade sonore dans des univers différents, un amusement permanent effectué dans le sérieux, pour toujours donner le meilleur de lui-même.

Le résultat est magnifique. 

En cadeau bonus, nous avons droit à des titres comme « Sans toi », chantée par Corinne Marchand, « La belle P…. », « La joueuse », La menteuse », ces titres figurant sur la bande originale du film « Cléo de 5 à 7 » (1962) d’Agnès Varda. Bref c’est un joli coffret, un objet musical à savourer tranquillement. 

Guillaume.

Derniers feux pour le festival Concordanse à la Médiathèque.


Evènement à la Médiathèque le 18 Mars dernier, avec la prestation attendue du duo composé de Amala Dianor, chorégraphe, et de l’écrivain Denis Lachaud, pour les derniers feux de ce superbe festival. Mais qu’est donc Concordanse? Le festival Concordanse, créé il y a une quinzaine d’années par Jean-François Munnier, actuel directeur du théâtre de l’Etoile du Nord (Scène conventionnée d’intérêt national art & création danse), en partenariat avec la Briqueterie, centre de développement chorégraphique de la danse contemporaine, basé à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, voit ses derniers feux s’éteindre cette année, dans un contexte marqué par la pandémie du Covid-19, ce qui a conduit l’équipe de programmation à réduire les dates de prestations des duos proposés dans le cadre du festival. Pour cette dernière édition, le festival a décidé de rappeler d’anciens duos programmés les années précédentes, afin d’offrir un plateau riche aux partenaires potentiels susceptibles de les accueillir.

Un mot sur la génèse de ces prestations. L’idée de base est donc de provoquer la rencontre entre un(e) chorégraphe et un(e) romancier(cière), pour en trois mois, écrire un spectacle de 30 à 40 minutes, avec la contrainte d’être sur scène tous (tes) les deux, et dans un espace scénique réduit de 6 mètres sur 6, afin de pouvoir transporter ce spectacle dans de nombreux endroits comme les médiathèques.

Donc c’est un évènement qui a eut lieu le jeudi 18 mars 2021 à la médiathèque. Après avoir accueilli la chorégraphe Joanne Leighton (photo ci-dessus) et l’écrivaine Camille Laurens (première photo de gauche ci-dessus) en 2018, puis le chorégraphe Frank Micheletti et l’auteur Charles Robinson l’année suivante, la médiathèque recevait cette année, devant un public de jeunes lycéens du lycée Pablo Picasso, le duo constitué d’Amala Dianor, danseur et chorégraphe, et de l’écrivain-comédien-karatéka Denis Lachaud, pour un spectacle intitulé « Xamuma fane lay dëm » (Je ne sais pas où je vais).

La prestation du duo, basée sur le thème des origines, de la différence, était remarquable. Le duo évolue tout en harmonie pendant 35 minutes, dans un silence voulu par les deux protagonistes, au moins dans la majeur partie du spectacle, à part un court morceau musical, et dès lors un échange de textes écrits par Denis Lachaud. Venant du karaté et étant également comédien, Denis Lachaud a proposé au départ de leur collaboration qu’Amala Dianor s’appuie sur des Kata de karaté réalisés par Denis pour monter la chorégraphie. Ainsi le tableau s’appuie sur 4 ou 5 Kata, et le reste du spectacle se déroule autour. C’est beau. Une belle danse des corps, un mélange des origines, africaines (Sénégal, Wolof), occidentales, asiatiques. Le public présent, une classe de terminale du Lycée Picasso, spécialisée en Arts a semblé apprécier le spectacle proposé. Une rencontre d’une trentaine de minutes s’en est suivie, permettant de mieux connaître la génèse de la rencontre entre Amala Dianor et Denis Lachaud.

Ce moment culturel partagé a fait du bien à tout le monde, par les temps difficiles que nous traversons. Cette prestation, ce moment d’échange émotionnel, inestimable pour les artistes, est aussi un bonheur pour nous qui les avons accueilli, accompagnés dans cette démarche par nos partenaires de Fontenay-en-Scènes et de la Briqueterie.

Hélas, c’était donc la dernière séance de ce festival. Jean-François Munnier, son créateur s’en allant sous d’autres cieux de responsabilités, à la direction du théâtre de l’Etoile du Nord.

Guillaume.

Quand le Jazz s’empare du Roi Marley.


Vous le savez, je l’ai déjà dit ici, de grands noms de la chanson française tels Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Claude Nougaro, ou du rock comme John Lennon,  Prince, Jimi Hendrix ont déjà vu leurs oeuvres musicales revisitées par des talents issus du jazz. C’est au tour cette fois-ci de Bob Marley, Dieu vivant du temps de sa splendeur entre les années 70 et 80, période laquelle il a fait émerger la Jamaïque de l’ombre, imposant un reggae festif et militant, oui c’est à son tour d’être « revisité » par la patte musicale de jazzmen et jazzwomen de tous horizons. Ainsi est né « Marley in Jazz: A tribute To Bob Marley » publié par le label Act Music en 2020. On retrouve à ce joli rendez-vous des noms aussi différents que Sly & Robbie, Pink Turtle (groupe habitué à faire des reprises de qualités), Nguyen Lê entre autres.

Pour démarrer cet hommage au génie jamaïquain, le groupe Pink Turtle s’attaque au célèbre « Get up, Stand up »sur une rythmique qui n’est pas sans rappeler « Hit the road Jack » de Ray Charles. Le son y est rond, chaud, les cuivres et les choeurs métronomiques. Bref tout ça part très bien. S’en suit le légendaire « Buffalo soldier » entonné par les fameux Sly & Robbie, plus habitués à nous offrir de la musique soul-funk de haute volée. Là, le groupe a choisi de nous offrir une version instrumentale du titre, et ça tourne très bien. Mais c’est vrai que j’aurai aimé entendre la voix se poser dessus. Après quoi, nous avons droit à « Concrete Jungle » en mode blues, superbement joué et interprété par The Holmes Brothers, dont le jeu de guitare est limpide, juste, fin, et le chant profond, plaintif. Un vrai beau morceau. Attention, écueil ! quand comme moi, vous avez grandi avec la version originale puis la version d’Eric Clapton de « I shot the Sheriff », c’est délicat d’entendre celle de Sébastien Lovato. Un orgue Hammond omniprésent, une ryhtmique un peu lourdingue, le tout faisant penser à une musique expérimentale ou d’ambiance ascenseur, loin, très loin, de ce que Marley avait imaginé pour ce titre, de sa signification. Un gâchis, d’autant que là encore, le chant est mis de côté, ce qui enlève une grosse partie de son intérêt au morceau. « Waiting in Vain », marque le retour au chant, grâce au talent de Xavier Desandre Navarre, accompagné de Vincent Peirani. A la manière des chants chorals de gospels, ce titre est joliment interprété, soutenu par une section rythmique sans faille. Le morceau tient une musicalité de haute volée. Ensuite, c’est le guitariste Nguuyen Lê qui prend le relais, accompagné de la chanteuse Julia Sarr, pour offrir une subtile et aérienne version de « Redemption song ». Nguyen Lê joue tout en finesse, offrant des nappes de notes, quasi spatiales. Julia Sarr s’appuie dessus sans en rajouter et nous laisse découvrir sa jolie voix.

Viennent alors les morceaux qui m’ont interpellés, à savoir la reprise du fameux « Exodus » par Alexis Bosce, le « Jammin » exécuté par Kim Waters, le superbe « Is this love » par Peter Sprague en compagnie de Leonard Patton et enfin pour clore ce bel hommage au Roi Marley, un « Could you be loved » de grande qualité. La version de « Exodus » est très jazz-fusion, avec une trompette qui fait penser à Miles Davis. Le « Jammin’  » façon Kim Waters résonne à mon sens trop commercial, le son est trop « propre ». « Is this love » est superbement chanté par Peter Sprague, qui met le feeling là où il faut sans en rajouter. Derrière lui, les musiciens sont parfaits. Ca tourne rond. Pour finir donc, « Could you be loved » joué entièrement au xylophone.. étonnant, mais cela donne une superbe couleur à ce morceau.

En somme, cet album hommage à Bob Marley est vraie réussite. Il ravira les puristes, réjouira les curieux-curieuses du mélange des genres (jazz, reggae). Je vous laisse avec une sélection de 3 morceaux. Bonne découverte à vous.

Guillaume.

GOGO PENGUIN, EPISODE V.



Le trio irlandais de jazz Gogo Penguin, a sorti en 2020 son cinquième opus au titre éponyme « Gogo Penguin ». J’avais découvert ce groupe en 2018, lors de son passage à la salle Jacques Brel de Fontenay-sous-Bois, lorsque le trio était venu y présenter « A hundrum star« , sorti cette année-là. Le concert avait été magique. Intense. Le public présent ce soir-là réservant d’ailleurs une ovation au trio irlandais en fin de concert.

Alors quid de « Gogo Penguin », cinquième avatar musical du trio britannique ?

Hé bien, franchement, je dois avouer que ce cru 2020 est dans la droite lignée de « Hundrum Star » et ses prédécesseurs. Il brille par cette unité et cette signature sonore qui rend désormais le trio irlandais reconnaissable, fait d’intensité, d’espace et de mélodies savamment travaillées, triturées. Les trois compères, Chris Illingworth (piano), Rob Turner (batterie), Nick Blacka (contrebasse) s’entendent à merveille. La musique est parfois spatiale, en tous cas très épurée, encore une fois dans le droit fil de leurs productions précédentes, mais sans jamais se laisser aller à une quelconque facilité commerciale ni de production. Tout est soigné, au cordeau. Le son léché donne à leur univers musical une ampleur unique. Les titres qui défilent ne faiblissent pas, 

« Atomised » qui ouvre l’album nous indique tout de suite que le trio n’est pas là pour faire n’importe quoi. Le piano de Illingworth est d’entrée des plus hypnothiques, soutenu magistralement par ses compères Rob Turner et Nick Blacka. Ca tourne magistralement. La musicalité du groupe est toujours là. C’est puissant, précis, mélodique, entêtant.. Une mélodie qui vous emmène vers des contrées lointaines. Immédiatement. Le suivant « Signal in the noise » démarre de manière métronomique, un base rythmique vant soutenir sans faille la cadence infernale imposée par le piano. La machine Gogo Penguin, ultra rodée, s’entend à merveille et cela se ressent. Et le reste est à l’avenant. Une farandole de notes, de rythmes maitrisés, avec des embardées sonores parfois inattendues comme dans « Kora » aux accents électro teintés d’ambiance asiatique.

Par la suite, des morceaux comme « Totem », « To the Nth », « Don’t go » restent dans le droit fil de ce que sait faire avec brio ce trio irlandais. Avec parfois un petit sentiment de répétition…mais léger.
Egoïstement, j’attends le jour où ils intégreront un nouvel élément instrumental (guitare, saxophone) à leur groupe, pour élargir le champ des possibles.

J’ajoute que ce jazz  très maîtrisé n’aurait sans doute pas déplu à un grand musicien récemment disparu,  Chick Corea, ou à un autre grand nom du jazz, Esbjorn Svensson, disparu tragiquement en 2008. Pureté,  minimalisme, mélodies sont au rendez-vous de ce « Gogo Penguin »,  qui est un album à écouter, découvrir.