Billie Holiday, un dernier jazz à Paris


centjoursenun_imageBillie Holiday. Légende du jazz, à la vie plus que tourmentée (viol, femme battue, drogue, prison…), cette voix mythique du jazz s’est éteinte le 17 juillet 1959, reposant depuis dans un cimetière à l’écart de New-York, ville qui l’a vue triompher, et qui fut témoin de ses déboires, voire de ses addictions, de ses dérives nocturnes. L’artiste, devenue icône du jazz, fascine encore aujourd’hui, près de 50 ans après sa mort. Sa chanson « Strange fruit », évoquant le destin de ses frères de couleurs, dans l’Amérique raciste-ségrégationniste de la première moitié du 20ème siècle, finissant souvent se balançant au bout d’une corde, comme des « fruits étranges » tombant des arbres, fit d’elle une porte-voix antiraciste.

Outre le personnage mythique, la star adulée, c’est aussi l’enfant ballotée, la violence subie, morale et physique, les petits boulots, la chanteuse débutante, la femme en proie aux drogues, la séductrice, l’alcoolique, les déménagements, c’est toutes ces facettes que nous propose Philippe Broussard, journaliste, Prix Albret Londres en 1993,  dans son livre « Cent jours en un » (Editions Stock, 2013). De New-York, ville de triomphes et de chute finale, à sa dernière tournée européenne, à l’automne 1958, c’est le parcours chaotique Lady Day, artiste adulée et déchue. Un dernier baroud d’honneur, comme pour dire « Je suis la SEULE, l’UNIQUE ». Fierté humaine, orgueil artistique.

Contemporaine de Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, Billie Holiday effectuera donc une dernière tournée, une dernière virée, comme chant du cygne d’une star sur le déclin, fatiguée par la vie, les hommes, les excès en tous genres, que dépeint l’auteur avec beaucoup de justesse. Les témoignages recueillis de personnes ayant  connu, côtoyé de près Lady Day, complètent ce portrait : les musiciens Mal Waldron (son pianiste pendant 20 ans), Art Simmons (pianiste du Mars Club), le restaurateur Leroy Haynes, ou les propriétaires de jazz-club Barbara Butler (Mars Club) et Ben Benjamin (Blue Note), qui ont accueilli Lady Day  à Paris.

« Cent Jours en Un » nous embarque dans le sillage de cette femme emplie de douleurs, de cet artiste fragile, en proie aux doutes. L’auteur révèle son côté mentor auprès de jeunes talents rencontrés au hasard de la vie. Comme un prolongement de vie artistique, alors que son aura décline, que sa voix se perd. La peur sur scène, la voix qui va et revient, les colères, les caprices, la peur de l’abandon par les autres, peur de la solitude (liée à son enfance), sa générosité, son amour de l’humain (homme et-ou femme), ses rencontres avec le Paris des artistes ou de ceux qui, comme elles, y viennent (Duke Ellington, Miles Davis, Dizzy Gillespie), Philippe Broussard décrit cela avec justesse, respect, sans jamais prendre partie. C’est aussi un portrait du Paris , De Montmartre, à Saint-Germain, Pigalle, des bars louches, des dealers nocturnes, fournisseurs des jazzmen demandeurs. Une ambiance que le parolier Jacques Lanzmann mettra en mots, permettant à Jacques Dutronc, l’homme au cigare et ray-bans, de faire un tube avec « il est 5H.. Paris s’éveille ».

Oui ce livre est riche, bouleversant, drôle, triste, pathétique, rendant un bel hommage à l’une des plus grandes figures du jazz vocal du 20ème siècle.

A lire, sans hésiter.

Guillaume.

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Publié le 27 octobre 2016, dans Chroniques, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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