Les Soulections #10 : Curtis Mayfield


Comme pour les autres sections de mes chroniques, sur les dizaines, je me réserve toujours un petit plaisir, aujourd’hui, c’est pour moi, l’un des artistes les plus marquants de l’histoire de la soul music, MONSIEUR Curtis Mayfield!!!

Le chanteur guitariste de Chicago est l’un des fers de lance de l’éveil d’une conscience sociale musicale au même titre que Marvin Gaye, Stevie Wonder ou Gil Scott Heron, peut être, quelque part des précurseurs du hip hop revendicatif des Public Enemy et autres. Sa musique a influencé à travers ses riffs de guitare et sa voix si particulière.

La vie et la carrière de Mayfield sont de véritables montagnes russes, il naît en 1942 dans l’un des quartiers les plus difficiles de Chicago, Cabrini-Green, très vite désintéressé de l’école, il se passionne pour la musique et les groupes de Gospel, très populaires dans sa communauté. Il s’oriente principalement vers la guitare et le chant et compose avec ses cousins et les ex “Alphatones”, une nouvelle formation qu’ils nomment les “Northern jubilee singers”, parmi eux, un certain Jerry Butler, qui sera leur lead vocal, Curtis, lui, c’est le guitariste principal. Leur musique est principalement spirituelle et comme pour beaucoup dans ce cas, la reconnaissance est majoritairement locale, malgré tout, cette expérience leur permettra de faire la connaissance des “Roosters”, une autre groupe, issu lui du Tennessee et qui a décidé de passer sur la côte est et tenter sa chance loin des terres du rock. Les deux groupes fusionnent, deviennent les “Impressions” et signent leur premier contrat dans un label, chez Vee-Jay Records, le premier label noir américain, et non, ce n’est pas la Motown. Les nouveaux re-nommés “Impressions” n’oublient pas leurs racines Gospel, mais se réorientent dans un style plus R’N’B et le succès est vite au rendez-vous avec des titres comme “For your precious love” en 1958.

Le problème, c’est qu’avec ce succès, vient également de grosses tensions au sein du groupe et notamment entre Curtis et Jerry Butler et ce dernier finira par quitter le groupe. Les Impressions continuent leur petit bonhomme de chemin et font même mieux que ça quand ils sortent “This is my country” et “Gipsy woman”, c’est une très belle carrière qui s’annonce pour le groupe avec Curtis à leur tête et cela durant toutes les années 60.

La fin de la décennie marque la fin des “Impressions” et le début de la carrière solo de Curtis Mayfield, c’est là qu’il va marquer l’histoire de la musique, dès son premier album éponyme, avec des chansons comme “(Don’t worry) If there’s a hell below, we’re all gonna go” (le générique de “The deuce”) et “We, the people, who are darker than blue”, il marque le pas sur les ballades et devient un artiste engagé socialement et politiquement.

Ce nouveau virage dans la carrière du Chicagoan explose au visage de la communauté noire Américaine et du monde entier en 1972 avec la B.O du film “Superfly”, le grand succès de Mayfield.

Finalement, le succès du disque dépasse même celui du film et pour la première fois, dans une bande originale de Blaxploitation, on ne parle pas que des macs et des prostituées, Mayfield aborde les problèmes de sociétés de l’époque, la drogue dans les ghettos, la pauvreté et l’ingérence du gouvernement en place. Très vite repris par le mouvement des droits civiques au même titre qu’Innervision de Stevie Wonder et What’s going on de Marvin Gaye, l’exposition de Curtis est décuplé, il devient l’un des emblèmes du “Black power”. Tout au long des années 70, il continuera d’enchainer les succès musicaux, en tant qu’artiste, mais aussi comme producteur, sur l’album de Baby Huey et son immense “Hard time” par exemple. Le début des années 80 marque les grands débuts du hip hop et de son aspect revendicatif, mais aussi un petit retrait de la scène musicale pour Curtis Mayfield, qui ne sortira des disques mais avec un succès moindre, le créneau politique étant occupé par les rappeurs.

Curtis continue de tourner sur scène jusqu’au 14 Août 1990, où un projecteur lui tombe dessus et le paralyse lors d’un concert à Brooklyn. L’artiste ne pourra plus jouer de la guitare, mais restera actif dans le monde musical et sortira même un dernier album en 1996, “New world order”.

Malheureusement pour nous et pour l’industrie de la musique, il est atteint de diabète et doit se faire amputer d’une jambe en 1998, dès lors, son état se dégrade rapidement et il décèdera le 26 Décembre 1999 à Roswell, en Géorgie.

Alors, voilà, si vous souhaitez (re) découvrir ce génie de la musique, je vous recommande vivement de venir emprunter nos documents à la médiathèque (disque, DVD…) en attendant de vous retrouver dans les bacs, voici un petit aperçu du talent de Curtis Mayfield.

Laurent

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Publié le 9 février 2018, dans Les Soulections, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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