Archives Mensuelles: février 2019

Nos Samples Rendez-Vous #33 : Az et Lalo Schiffrin


Une combinaison de 3 géants de la musique, chacun dans un domaine différent, le légendaire DJ/producteur New Yorkais, DJ Premier dont je vous ai déjà parlé dans la chronique sur les Beatmakers, le compositeur star des bandes originales dans les années 70, Lalo Schiffrin et l’un des mc’s les plus sous estimés de notre époque, Az.
Il s’agit ici de “The Format” d’Az sur l’album du même nom,sorti en 2006 et produit par DJ Premier, 3mn de pur bonheur pour tout fan de hip hop, le track est clairement estampillé du style de Preemo avec ses grosses caisses et ses scratchs en guise de refrain et il se marie à la perfection avec les prouesses lyricales de l’acolyte de Nas. “Young and gifted, my tongue’s prolific” nous dit-il et comment le contredire? Az kicke sur l’instru concocté par Premier mieux que jamais!!!
Pour ce beat, Primo s’est servi dans l’immense répertoire du génie Argentin qu’est Lalo Schiffrin. Pour la B.O du film non moins classique “L’inspecteur Harry” avec Clint Eastwood, (je vous ai dit que de la légende aujourd’hui!), le titre “The side of forever” est interprété par l’inoubliable Roberta Flack, je sais, j’abuse des superlatifs aujourd’hui, mais je me fais un kiffe, c’est vraiment du très costaud que je vous propose aujourd’hui.
Alors pour ce qui est de la boucle en elle-même, vous la retrouverez au début du morceau de Schiffrin, peut être les 10 premières secondes du morceau, il sera amplifié à fond et ralenti pour donner cette mélodie déjà bien Up-Tempo qu’est celle de “The Format”.
Laurent

Eric Clapton, une vie en Blues majeur.


Quel point commun y-a-t-il entre The Yardbirds, Derek and the Dominos, , Blind Faith, John Mayall and The Bluesbreakers, Cream ? vous ne voyez pas? la réponse est que tous ces groupes issus de la vague du British Blues Boom dans les années 60’s, ont vu passé en leur sein le prodigieux guitariste-chanteur-compositeur anglais Eric Clapton, né en 1945 à Ripley.

La première fois que j’ai entendu parler de lui, j’avais 14 ans, au temps béni des années collèges, des premiers concerts, et des cheveux longs (Si si Laurent, Carine, j’vous jure, à cette période-là, j’avais les cheveux bien plus longs qu’aujourd’hui). J’écoutais (pas le disc-jockey, non, lui il est dans la voiture qui l’emmenait sur la fameuse route de Memphis) alors beaucoup de choses, allant de Claude Nougaro, Eddy Mitchell à Iron Maiden, Def Leppard, Saxon. Bref, un grand écart stylistique et musical. Et puis vint la découverte, que dis-je la révélation… ! Un ami me parla d’un guitariste anglais nommé Clapton, me disant « écoute l’album « 461 Ocean Boulevard » (1974) et le live « Just one night » (1980) ». Ce que je fis. Là, une évidence, je découvrais un musicien fin, subtil, au jeu et au son ultra reconnaissable, une voix inimitable. Dès lors je me suis attaché à ce musicien, le voyant pas moins d’une dizaine de fois sur scène, dans des configurations et à des époques différentes (la pire pour moi étant celle de son album au son ultra commercial « Journey man », et d’un concert donné au Zénith, qui fut, à mon goût, pathétique). En solo et en mode acoustique à Bercy, en mode électrique avec des formations de haut vol le reste du temps, Clapton, musicien sans fioritures et loin de l’aspect cabotin de nombre des ses confrères, a, depuis plus de 50 ans, traversé les styles, marquant des générations de public comme de guitaristes en herbe.

De ses débuts en 1963 au sein des Yardbirds (2ème en partant de la droite sur la photo ci-dessus- il y restera jusqu’en 1965 ; ce groupe accueillera également Jimmy Page-futur fondateur de Led Zeppelin- et Jeff Beck), à Derek and the Dominos (1970), en passant par les Bluesbreakers de John Mayall (1965-1966), ou son projet en trio au sein de Cream, avec Ginger Baker et Jack Bruce, rencontrés en 1962 au « Ealing Club » de Londres, jusqu’au début de sa carrière solo en 1974, Eric Clapton a beaucoup bourlingué, se frottant à différents univers, mais toujours avec le blues en fond de jeu. En 1969, il créé un trio inédit avec Steve Winwood (ex chanteur/ organiste de Traffic) et Ginger Baker (ex Cream). Le groupe s’appellera « Blind Faith« .

Musicien hors pair, Eric Clapton est un homme marqué par les coups durs de la vie : Une enfance moyenne, durant laquelle, lui fils d’une anglaise et d’un militaire canadien, va se retrouver en garde chez ses grands-parents. Avant de découvrir plus tard que celle qu’il pensait être sa soeur était en fait … sa mère ! Le tournant des années 70 est une période très compliquée pour lui. Alccool, drogue, dépression, décès de Duane Allman, guitariste avec qui il partait en tournée. Plus tard, après avoir survécu (c’est bien le mot) à tous ces maux, il vivra une rédemption en fréquentant Patti Harrison (femme du Beatle George Harrison, ami de Clapton. Le couple finira par se marier).

Dans les années 90, la mort le rattrape. Une courte tournée américaine est organisée, réunissant, excusez du peu : Robert Cray, Eric Clapton, Buddy Guy, Jimmie Vaughan et son jeune frangin, le surdoué génial Stevie Ray Vaughan. Au soir d’un concert à Alpine Valley, et alors que la veille, Stevie Ray Vaughan a fait un rêve prémonitoire dans lequel il se voit mort, ce dernier embarque dans un hélicoptère devant l’emmener à l’étape suivante. Il n’arrivera jamais à destination. A 35 ans, Stevie Ray Vaughan, révélé tardivement au public lors d’un concert organisé par la radio d’Austin (Texas), s’envole définitivement vers les étoiles. Clapton et ses compères seront marqués par ce décès brutal et injuste. Puis surviendra le décès dans des circonstances dramatiques de son fils de 5 ans. Un véritable coup de massue. Le père qu’il est est dévasté, le musicien ébranlé, n’arrivant que peu à composer. Il en tirera tout de même la magnifique chanson « Tears in Heaven« , titre qui figure sur la BO du film « Rush » (1991), réalisé par Lili Fini Zanuck, veuve du producteur Richard Zanuck.). Repéré parmi la bande son du film, « Tears in heaven » connut tout de suite connu un succès, incitant finalement Clapton à le jouer en live, notamment lors du fameux « Live Unplugged » sorti en 1992.

Après cette très difficile période, Clapton va repartir de l’avant, multipliant les projets d’albums et de tournée, quand ce n’est pas de festival (on lui doit notamment la mise en place du festival « Crossroads »(première édition en 2007), qui voit défiler, sur scène, pendant plusieurs jours, la crème des guitaristes, venus de la country, du blues, du rock, du hard, de la folk music.. bref un joyeux mélange ou les participants croisent le manche avec bonheur en reprenant des répertoires très variés. Eric Clapton rendra aussi hommage à son mentor, JJ. Cale, en partageant avec lui un album (Road to Escondido », 2006). C’est aussi lui, qui après un voyage en Jamaïque, et une rencontre avec le jeune et encore peu connu Bob Marley, va populariser le titre « I shot the sheriff ».

A 73 ans, après plus de 50 ans d’une carrière bien remplie, le guitariste anglais est l’auteur d’une oeuvre musicale considérable. Tout au long des ces décennies, sur scène comme en studios, il a côtoyé les plus grands, de Sonny Boy Williamson à B.B. King, en passant par les Rolling Stones, Paul Mac Cartney, Rod Stewart, John Mayall, The Who, Jimmy Page, Jeff Beck parmi beaucoup, beaucoup d’autres.

Voici quelques-uns de mes albums préférés : « 461 Ocean Boulevard » (1974) ; « E.C. was here »(1975) ; « Just one night : Live » (1980) ; « Money and Cigarettes » (1983) ; « Unplugged » (1992) ; « Pilgrim » (1998) ; « Reptile » (2001) ; « Back home » (2005) ; « Old sock » (2013) ; « I still do » (2016). S’il passe prochainement en France, ne le loupez surtout pas, le plaisir d’une belle soirée sera au rendez-vous.
A toute fin utile, je signale pour les amateurs / trices et-ou celles / ceux qui souhaiteraient en savoir plus, qu’un film « Eric Clapton, life in 12 bars » est actuellement à l’affiche dans quelques salles parisiennes. A ne pas louper!!!!

Je vous laisse avec quelques extraits vidéos montrant les différents groupes, dans lesquels s’est produit Eric Clapton, ainsi que certains morceaux en mode carrière solo. Et quelques bonus de guitaristes qu’Eric Clapton a croisé dans sa longue carrière. Profitez, savourez!

Vous pourrez également retrouver un dossier très complet sur ce musicien dans le numéro de février 2019 du magasine Rock & Folk. Dans ce numéro, figure également un portrait d’un autre grand guitariste anglais qui croisa Eric Clapton, le dénommé Jimmy Page, fondateur de Led Zeppelin.

Guillaume.

Une vraie B.O de “Ballers”!!!


Toujours dans le thème séries et bande originale, j’en ai encore une intéressante à vous proposer, il s’agit de Ballers, diffusée sur HBO avec en vedette l’acteur ex catcheur Dwayne Johnson a.k.a The Rock pour ses anciens fans sur le ring. Egalement au casting, le fils de Denzel Washington, John David, que vous avez peut être vu dans l’excellent Blackkklansman de Spike Lee récemment. Le show traite de l’univers du football Américain et plus particulièrement de son arrière boutique, à savoir, les agents de joueurs, les contrats etc… Bien sûr les joueurs sont également bien mis en avant et John David Washington est vraiment top en Ricky Jerret! Et The Rock me direz-vous? Et bien, c’était mon gros doute quand j’ai commencé la série, parce qu’il est plutôt habitué aux comédies douteuses et aux films d’action parfois légers. Quoi qu’il en soit, avec Ballers, il m’a prouvé qu’il pouvait, avec la bonne direction, être un bon acteur et son personnage de Spencer Strasmore et aussi attachant que balèze!

A la réalisation, vous retrouverez Stephen Levinson, qui réalisait déjà l’excellente comédie Entourage, qui parlait, elle, d’Hollywood et du cinéma en particulier.

Voilà pour introduire la série, quant à sa bande originale, c’est un vrai petit bonheur et ce dès le générique d’intro, où les images de plaquages et de touchdown sont rythmées par le tube de Lil’ Wayne et Drake “Right above it”, le banger issu du “I’m not a human being” de Wizzy, ça donne le ton, le soundtrack sera hip hop et pas qu’un peu!!!

Je vous ai préparé une petite playlist d’une centaine de morceaux qui devrait ravir les oreilles des auditeurs de rap, faites chauffer vos Beats, on y va!!!

Les légendes du game sont là en force, du “Protect ya neck” du Wu Tang à Gangstarr et son “Work”, en passant par Nasty Nas et son inoubliable “If I ruled the world” en duo avec Lauryn Hill sont là aussi, ah oui… j’ai failli oublier l’un de mes préférés de la liste le “Watch out now” des Beatnuts, qu’est-ce qu’il a pu tourner dans mon casque celui-là aussi…

Il n’y a pas que l’ancienne génération évidemment, les petits nouveaux du game sont aussi à l’honneur, la West coast est bien représenté avec des petits gars que vous connaissez peut être… Kendrick Lamar ou encore Nipsey Hussle? Du costaud je vous dis! Deux de mes chouchous, dont je vous ai parlé récemment aussi font une apparition sur la bande son, Oddisee et Anderson .Paak ont chacun le droit a un morceau. Bien sûr, le rap East coast n’est pas en reste non plus avec des artistes comme Rapsody ou le duo mythique de Queensbridge, Mobb Deep.

Il n’y a pas non plus que du rap sur cette B.O, les starlettes de la pop sont également à l’honneur, vous pourrez retrouver l’ancienne amoureuse de  Mac Miller, à savoir Ariana Grande ou encore Taylor Swift et son fameux “Shake it off”, croyez moi vous aurez de quoi faire bouger les clubs, pas de problème!!!

Il y a quelques morceaux de rock aussi, de l’électro, mais l’autre musique qui est le plus à l’honneur, c’est celle qui m’est chère, la Soul!!! Et là, j’ai encore du très bon au programme, à commencer par William De Vaughn et son inoubliable “Be thankful for what you’ve got”, le classique des Delfonics aussi, “Didn’t I blow your mind?” entendu dans le Jackie Brown de Tarantino. Les Commodores, Al Green et j’en passe… Faites moi confiance, il n’y a que peu de faux pas dans cette bande originale.

Êtes-vous prêts à vous plonger dans l’univers du Foot US avec une B.O de feu??? Si oui, Ballers est faite pour vous!!!

Laurent

Shemekia Copeland, le blues dans les veines.


Déjà 20 ans de carrière pour la fille du talentueux et regretté bluesman guitariste-chanteur Johnny Copeland. Depuis la sortie en 1998 de « Turn up the heat« sorti sur le label Alligator Records. Shemekia Copeland revient avec son neuvième album « America’s child« , toujours sur ce label, qu’elle a retrouvé en 2015. Le disque sort dans un contexte particulier, celui de l’Amérique version Trump. Une Amérique radicalisée, décomplexée, où les tensions entre communautés ont redoublées.

Mon premier souvenir de Shemekia Copeland, fut à l’occasion d’une interview pour le magazine « Standards », que j’avais cofondé au début des années 90’s avec Marc Sapolin, ancien programmateur musical de l’Espace Gérard Philipe de Fontenay. Une rencontre de 30 minutes avant un set dans le cadre du Hard Rock Café situé sur les Grands Boulevards à Paris. Bien que très jeune à l’époque, elle avait déjà une personnalité très assurée, une présence évidente. Ce qu’allait confirmer sa prestation scénique, devant le public et quelques journalistes conviés pour l’occasion. Un talent évident se révélait à nous, à moi.

Depuis j’ai eu l’occasion de la voir sur scène en France à plusieurs reprises. A l’évidence, sa voix puissante, son registre large, allant du blues à la country en passant la soul music, tout cela rend Shemekia Copeland intéressante, captivante. Elle ne reste pas enfermée sur les rails d’un blues qu’elle connait pourtant par coeur. C’est ce que confirme avec plaisir « America’s child« . Un album qui file à toute allure, une tornade musicale, une longue traversée des styles musicaux qu’elle chérie depuis toujours. Ce qui frappe quand on l’écoute chanter, c’est sa capacité à être aussi touchante sur des morceaux lents tels « Promised myself » (écrit par son père Johnny Copeland) que de lâcher la machine vocale sur des titres plus rythmés comme « Ain’t got time for hate », « Wrong Idea », « In the blood of the blues ».

Pour elle qui est désormais une jeune maman, le regard sur le monde tel qu’il est a radicalement changé. Elle est désormais plus à l’affût, plus à l’écoute des ses vibrations, de ses tensions, de ses changements. ainsi « Smoked ham and peaches » évoque la recherche et le besoin de vérité et de tranquillité aujourd’hui aux Etats-Unis. « Americans » quant à lui, se veut une évocation de la richesse de la diversité des origines fondatrices de la société américaine, à travers la différence de couleurs de peaux. Figure également sur cet album une reprise en mode blues d’un titre des Kinks, »I’m not like everybody else ». Une vraie déclaration d’indépendance, portée de superbe manière par la puissante voix de Shemekia Copeland. Sur cet album, la chanteuse s’est entourée du guitariste / producteur Will Kimbrough, et de pointures telles que Steve Cropper, Emmy Lou Harris. Excusez du peu ! « America’s child » se termine par une petite douceur, un chant traditionnel « Go to sleepy little baby ». Cet album nous fait retrouver une artiste revigorée, plus déterminée que jamais. Tant mieux!

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cet album. A vous maintenant de le découvrir.

Guillaume.

La playlist de février 19 : Esprit fanfare


Ce mois-ci, nous vous proposons une playlist qui va résonner dans les rues de la ville : la fanfare.
Des cuivres qui font pow-pow-pow-pow, de la caisse claire, des chants. La fanfare. C’est un esprit universel, de se réunir dans les rues, pour fêter la danse, la musique, le partage.
Ce rassemblement musical se retrouve dans de nombreuses parties du monde : Amérique (Brésil ou New Orleans pour les plus connus), Europe de l’est, Asie. De nombreux groupes français aussi reprennent cet esprit fanfare, festif, une certaine liberté d’expression.
Mais la fanfare peut avoir aussi un caractère cérémoniel ; on s’approprie la rue pour célébrer des événements : mariage, fêtes nationales ou locales.
Brass-band, jazz-band, funk-band, batucada, samba… Voici un petit tour du monde des fanfares.

Bonne écoute !

Carine

Les Soulections #18 : The Isley Brothers


Makin’ sweeeeeeet loooooooove between the sheets… Allez, si vous n’avez pas reconnu les paroles, je vous promets que la grosse basse qui l’accompagne ne vous sera pas inconnue. “Between the sheets”, c’est l’un des morceaux les plus sexy que je connaisse et par dessus ça, pour ceux plus familier du rap que de la soul, il a aussi été rendu célèbre par le légendaire “Big poppa” de Notorious B.I.G, qui a réutilisé son sample à merveille.

Évidemment, l’immense carrière des Isley Brothers ne se résume pas à ce seul morceau, loin de là, à vrai dire, les frères Isleys ont quasiment une quarantaine d’albums à leur actif, entre la fin des années 50 jusqu’à nos jours, presque soixante ans de carrière, ça le fait quand même non? Au rythme des changements de casting au sein du groupe et de l’évolution musicale, le groupe a su rester constant dans leur carrière en s’adaptant aux époques sans perdre l’essence de ce qui a fait leur succès. Un fun fact, en parlant de casting, les Isley Brothers compteront pendant quelque temps dans leurs rangs, un certain Jimmy James, ça ne vous dit rien? Pas étonnant, peut-être que Jimmy Hendrix vous semble plus familier. Le légendaire guitariste de Seattle a tourné plusieurs fois avec les frères Isley. Mais en réalité, le véritable patron du groupe, c’est Ronald, alias Mister Biggs, qui même après la fin d’activité du groupe a continué une carrière solo plus que réussie, que ce soit avec les 3 disques solo qu’il a sorti ou bien les collaborations avec les petits nouveaux de l’époque du R’n’B contemporain, notamment le tristement célèbre R.Kelly, qui l’a clairement remis au goût du jour, au début des années 2000 avec des titres comme “Down Low” ou “Friend of mine” avec Kelly Price.

Très franchement, si les Isley Brothers manquent à votre mp3, c’est le moment de corriger le tir!

Laurent

Antibes 1961, Ray Charles débarque en France


Le festival de jazz d’Antibes-Juan-Les-Pins, créé en 1960, prenant ainsi la suite des festival de Nice (1948) et Cannes (1958), accueille pour sa première venue en Europe, celui dont la réputation et le talent sont déjà établis et reconnus outre-atlantique, à savoir « The Genius », Ray Charles en personne. 4 soirs durant, du 18 au 22 juillet 1961, le talentueux et fantasque musicien, pianiste-chanteur et auteur-compositeur-interprète, va régaler la foule venue le découvrir en live dans la pinède de Juan-Les-Pins. C’est ce morceau d’histoire musicale, capté sur bandes à l’époque, que l’éditeur Frémeaux & Associés, nous permet ici de redécouvrir.

Car oui, c’est un morceau d’histoire, un moment rare et privilégié que les chanceuses et chanceux qui y ont assisté(e(s) lors de chacun des 4 récitals donnés, que l’on redécouvre en parcourant ce coffret de 3 cd.

Ce qui frappe d’entrée, malgré la qualité sonore d’époque, certes retravaillée, mais qui n’a rien à voir avec le son d’aujourd’hui, oui malgré cela, ce qui saute aux oreilles, c’est le talent, la musicalité, la générosité incarnés par Ray Charles. Les musiciens qui l’accompagnent, l’entourent, sont tous excellents, ainsi que des choristes nommées les Raelettes, afin de rendre la prestation du « Genius » encore plus remarquable.

Sur le premier volet, on découvre un musicien qui honore un registre musical très varié en interprétant des compositeurs tels que Horace Silver (« Doodlin’ « ), James Moody (« The story »), Randolph Tombs (« One mint julep ») ou Sam Heard, auteur du fameux « let the good time roll ». Il interprète également 2 titres qu’il a lui -même écrit et deviendront des standards, « What’d I say » et « Hallelujah I love her so ». Figurent aussi des titres où il n’est qu’accompagnateur au piano, au service de Tommy Ridgley, Guitar Slim, sur des titres tels que « I’m gonna cross that river » ou « A letter to my girlfriend ». Be bop, swing, blues, tout est là, sans fioritures.

Le second volet nous permet d’écouter des titres tels que « in a little spanish town », « Sticks and Stones », ou le très beau « It should have been me » et « Early in the morning ». Le talent du bonhomme est là, éclatant, évident, qui enthousiasme le public qui découvre cet artiste. La restitution audio permet à l’auditeur de voyager, d’être emmener par le répertoire de Ray Charles. Les volets suivants, enregistrés les 21 et 22 juillet 1961, si les titres sont à peu de choses près les mêmes, exceptés « I wonder », »Hornful soul », Tell the truth », « Believe to my soul », on trouve aussi avec bonheur des bonus tels que le morceau du pianiste Joe Turner, « We baby blues » ou encore ceux où Ray Charles n’est présent qu’en accompagnateur au piano ou à l’orgue Hammond : « Trouble in mind », « Ain’t that love », « Just keep it up », « there he goes » tous composés par Lula Reed.

Au final, ce coffret de 4 cd est un petit bijou qu’il faut prendre le temps d’écouter, de découvrir, de savourer. The « Genius », après cette première apparition française et européenne, allait, dans les décennies qui suivent, faire de fréquents allers-retours entre sa terre natale américaine et le Vieux continent, la France en particulier. Je peux en témoigner pour l’avoir vu dans les années 90 au Palais des Congrès, où il était venu accompagné d’un big band. Un concert hélas tronqué par des soucis techniques non résolus, qui ont agacé le maestro, au point que celui-ci décida de racourcir sa prestation, au grand désarroi du public venu le voir. Mais le temps passé sur scène, il donna sa pleine mesure.

Ci-dessous, quelques extraits vidéos de sa venue à Antibes. Le reste est à découvrir sur disque. Régalez-vous!

Guillaume.

Quand les légendes s’en mêlent…


Je commence à en prendre l’habitude mais quand je peux rassembler deux disques sortis à peu près en même temps et que j’arrive à trouver un sujet correspondant, je les rassemble pour ne faire qu’une chronique. Honnêtement, il y a tellement de sorties chaque semaine, que je passe à côté (volontairement ou pas) de certaines et quand je tiens vraiment à vous parler de certaines, comme ici, je filoute un peu… Ici, il s’agit de deux mythes du rap game, deux des lyricistes les plus doués de leur génération et de l’histoire du hip hop en général, à savoir Method Man et Ice Cube.

Pour le premier, le mc phare du Wu-Tang Clan, le collectif de Staten Island, il nous propose la suite directe de son “Meth lab”, sorti 3 ans auparavant et on peut dire qu’à 47 ans, Meth (vu récemment dans The deuce”) n’a rien perdu de sa verve et de son flow sur ce “Lithium”. Décomposée en 22 plages, cette 2ème saison du “Meth Lab” et tout de même entrecoupée de 7 interludes, ce qui fait tout de même un peu beaucoup selon moi, même si celles-ci sont faites avec beaucoup d’humour, il aurait pu en faire un peu moins, mais c’est à peu près la seule critique que je puisse faire sur ce sixième album solo.

Si sa faculté a rappé n’est plus à faire depuis longtemps, peut-il encore s’adapter au game actuel, peut-il encore nous faire du method et plaire à la jeune génération? Et bien je pense que ce disque est l’exemple parfait de ce qui fait la longévité de Meth, il offre majoritairement du boom bap dans la pure tradition New Yorkaise, mais arrive aussi à rimer sur des sonorités plus tendances comme sur “Grand prix” et même là, ça fonctionne!!!

Il faut dire qu’il dispose de pas mal d’aide sur “Lithium”, des guests, presque sur tous les tracks et là aussi, il parvient à mixer les époques. Des légendes comme son acolyte Redman, Snoop ou Raekwon viennent lui prêter main forte, sur des morceaux comme “Wild cats” ou “Eastside”, quand pour la nouvelle donne, il offre du temps derrière le mic à des jeunes comme Cardi Express ou Youngin’ sur “Back blockz”.

Le tout est une très bonne recette sortie du labo du plus doué des chimistes du hip hop pour ce qui pourrait (on ne le souhaite pas) être le dernier album solo de Method man…

Pour le second, je vais vous parler de l’éternel ex-N.W.A, à savoir Ice Cube! Acteur, président de la ligue de basket des retraités NBA, O’shea Jackson Sr ne chôme pas et il a malgré tout, trouvé le temps de nous pondre “Everythangs corrupt”, son dixième album studio. Alors, comment garder la rage après toutes ces années? Comment garder la flamme quand on est dans l’opulence et qu’on n’est plus “l’Amerikkka’s most wanted” depuis des lustres? C’est ce qui a fait de Cube ce qu’il est, c’est sa rage derrière le mic et sa plume bien sûr, alors comment? Et bien déjà, le contexte socio-politique Américain aide un peu, disons que le président actuel n’est pas vraiment du goût du rappeur de South Central et ça se fait sentir très rapidement dans le disque avec dès le premier morceau, un “Arrest the president” qui laisse peu de place au doute quant au vote d’Ice Cube et ça continue avec “Chase down the bully” juste après.

Vous l’aurez compris, le thème de l’album, c’est la foi perdue en un système qui ne fonctionne pas pour la communauté noire américaine et ce, bien avant que Cube ne fasse ses premières armes derrière le micro.

Alors, vous ne trouverez pas que ça sur le disque, il y a aussi des tracks comme “The new funkadelic” ou “Ain’t got no haters” en featuring avec Too $hort, une autre légende du rap Californien, c’est d’ailleurs la seule collaboration de prestige du disque à l’inverse de celui de Method Man. Ces morceaux là sonnent plus G-Funk, nous ressortent des boucles à la Parliament et ce n’est pas pour me déplaire personnellement, ça offre un peu de légèreté dans un disque globalement assez dur.

Mon véritable coup de coeur c’est “Streets shed tears” que j’ai trouvé vraiment magnigique, l’instru très soulful, le flow de Cube et le superbe refrain de Shameia Crawford, c’est une pépite, pas de doutes!

Alors en conclusion, on est d’accord ou pas? On a encore de la place pour ces mythes du hip hop? Ces gars ont encore le feu sacré et ce, avec trente ans de carrière et sans jamais s’être vendus musicalement, on en veut encore les gars, la retraite, c’est pas maintenant!!!

Laurent

Il était une fois… 1978!


L’un des faits marquant  de l’année , tant politiquement que sportivement, sera le déroulement de la coupe du monde de Football en Argentine, alors théâtre d’une dictature sanglante dirigée par le général Videla (également la première dont je regarde certains matches, même tard le soir). Au plan international,  les accords de paix signés à Camp David entre Egypte et Israël, avec les Etats-Unis comme témoin, via la présence du président Jimmy Carter, vaudront à Anouar El Sadate et Menahem Begin le prix Nobel de la Paix cette année-là. En Algérie, 5 entreprises pétrolières françaises sont nationalisées. Au Sénégal, Léopold Sedar Senghor est réélu président pour la 5ème fois. En afrique du Sud, le nouveau premier ministre, Pieter Willem Botha, provoque un évènement en signant la reconnaissance officielle des syndicats de travailleurs noirs. Au Mexique, à Mexico, des ruines de temples aztèques sont retrouvées. En Europe, c’est l’Italie qui retient l’attention. D’abord avec l’enlèvement puis l’assassinat par les Brigades Rouges du leader de la démocratie chrétienne Aldo Moro. En Août, le Pape Paul VI décède, il est remplacé par l’Evèque de Venise, devenu Jean-Paul 1er, qui décèdera 33 jours après. En Octobre, c’est alors l’archevèque de Cracovie, Karol Wojtila, qui lui succèdera, sous le nom de Jean-Paul II. Il règnera jusqu’en 2005, et sera canonisé en 2014. Outre les noms précités, d’autres personnalités, issues des arts et du sport disparaissent : Les chanteurs Claude François et Jacques Brel, le comédien Charles Boyer, le navigateur français Alain Colas, à bord de son immense bateau à 4 mats Manureva (son destin inspirera une chanson à Alain Chamfort : « Manureva« ), pris dans un cyclone lors de la première route du Rhum. En France, en janvier la loi « Informatique et liberté » est adopté par le parlement. En Février, le Parti UDF, est fondé par Jean Lecanuet. Le ministre Roubert Boulin, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet (le mystère demeure toujours 40 ans après sur les circonstances réelles de son décès).

Voilà pour le décor de l’année. Place à l’histoire inventée :

C’était en septembre. Un groupe de musique, nommé les Sultans du Swing, débarqua aux Etats-Unis, à Los Angeles. Bizarrement, malgré leur nom, ils étaient origines de Copacabana, quartier de Rio de Janeiro, célèbre pour sa plage. Le leader du groupe s’appelle Tommy Gun, en hommage à un groupe de rock anglais. Grand gaillard au visage taillé à la serpe, et chanteur à la voix rauque, Tommy avait convaincu ses camarades de le suivre dans ce grand pays, pour retrouver sa meilleure amie, une dénommée Eruption. Il n’avait qu’un vague souvenir de sa dernière adresse, en colocation avec une certaine Roxane, fille de policiers. Roxane et lui s’étaient laissé sur un quai de gare, 10 ans plus tôt. Si Tommy avait eu du mal à accepter cette rupture, Roxane, elle, était parvenue à l’oublier. Le vrai but de Tommy, à travers ses retrouvailles avec Eruption, est donc de renouer le lien avec Roxane. Los Angeles, est une ville multiple, où tout est possible.

Pour lui, les concerts donnés avec son groupe au « Hustler Casino », repère de la pègre locale et de tous les hommes d’affaires en mal de sensations fortes en tous genres, n’étaient qu’un moyen de se distraire, de faire rentrer la money pour alimenter le trajet qui le mènerait pensait-il, à Roxane. « I love America », c’est son leitmotiv. Il se persuade ainsi que cela l’aidera à retrouver la trace de sa bien-aimée, en s’adressant aux gens qu’ils croisent, route faisant. Un soir, après un concert, il s’installe seul au bar du « Hustler Casino », laissant ses acolytes à leurs occupations, certains aux machines à sous, d’autres aux tables de jeux. Lui préfère noyer sa solitude et ses tourments dans les vapeurs d’alcools qui ne manquent pas de se présenter à lui. Le mélange est de rigueur. Lui viennent alors en tête des chansons qu’il chantait avec Roxane, et sur lesquelles ils bougeaient leur corps : « Rivers of Babylon », « Rasputin », « YMCA », « You make me feel », ou encore « Hold the line » et « Da ya think I’m sexy »… parmi tant d’autres. Dans les hauts-parleurs situés juste au-dessus du bar, la voix de Robert Palmer, crooner anglais, résonne d’une chanson qui va bien avec l’ambiance feutrée du lieu.

Cette quête de Roxane, pour Tommy, c’est un peu comme une dernière danse, un combat contre ses démons, disputé désespérément contre sa solitude qui chaque jour qui passe le mène, bien encadré par la possibilité d’excès en tous genres et de consommations de produits maléfiques qui le détruisent, le consument intérieurement, vers une issue fatale. Une course avec le Diable. Dont chacun sait que personne ne la gagne jamais.

Au matin d’une journée qui s’annonce encore une fois très chaude dans cette ville de Californie, la chambre occupée par Tommy résonne d’un silence étrange. La fenêtre est entrouverte, le rideau dansant au gré du vent chaud qui s’engouffre dans la pièce. Soudain, le room-service frappe à la porte, amenant le petit-déjeuner que Tommy avait pris l’habitude de faire monter dans sa chambrée. Mais à l’annonce, aucune réponse.Une, deux fois. Rien, silence. Et pour cause. Tommy dormait, à même le sol, d’un sommeil définitif, provoqué sans doute par l’excès de tous les ingrédients dont il a chargé son corps depuis des années. Son corps a dit stop. Dans un dernier sursaut, puis il a lâché. La voix de Tommy ne résonnera plus sur la scène du « Hustler Casino », et Roxane ne saura jamais qu’il était parti à sa recherche.

Guillaume.