Archives du 9 février 2019

Antibes 1961, Ray Charles débarque en France


Le festival de jazz d’Antibes-Juan-Les-Pins, créé en 1960, prenant ainsi la suite des festival de Nice (1948) et Cannes (1958), accueille pour sa première venue en Europe, celui dont la réputation et le talent sont déjà établis et reconnus outre-atlantique, à savoir « The Genius », Ray Charles en personne. 4 soirs durant, du 18 au 22 juillet 1961, le talentueux et fantasque musicien, pianiste-chanteur et auteur-compositeur-interprète, va régaler la foule venue le découvrir en live dans la pinède de Juan-Les-Pins. C’est ce morceau d’histoire musicale, capté sur bandes à l’époque, que l’éditeur Frémeaux & Associés, nous permet ici de redécouvrir.

Car oui, c’est un morceau d’histoire, un moment rare et privilégié que les chanceuses et chanceux qui y ont assisté(e(s) lors de chacun des 4 récitals donnés, que l’on redécouvre en parcourant ce coffret de 3 cd.

Ce qui frappe d’entrée, malgré la qualité sonore d’époque, certes retravaillée, mais qui n’a rien à voir avec le son d’aujourd’hui, oui malgré cela, ce qui saute aux oreilles, c’est le talent, la musicalité, la générosité incarnés par Ray Charles. Les musiciens qui l’accompagnent, l’entourent, sont tous excellents, ainsi que des choristes nommées les Raelettes, afin de rendre la prestation du « Genius » encore plus remarquable.

Sur le premier volet, on découvre un musicien qui honore un registre musical très varié en interprétant des compositeurs tels que Horace Silver (« Doodlin’ « ), James Moody (« The story »), Randolph Tombs (« One mint julep ») ou Sam Heard, auteur du fameux « let the good time roll ». Il interprète également 2 titres qu’il a lui -même écrit et deviendront des standards, « What’d I say » et « Hallelujah I love her so ». Figurent aussi des titres où il n’est qu’accompagnateur au piano, au service de Tommy Ridgley, Guitar Slim, sur des titres tels que « I’m gonna cross that river » ou « A letter to my girlfriend ». Be bop, swing, blues, tout est là, sans fioritures.

Le second volet nous permet d’écouter des titres tels que « in a little spanish town », « Sticks and Stones », ou le très beau « It should have been me » et « Early in the morning ». Le talent du bonhomme est là, éclatant, évident, qui enthousiasme le public qui découvre cet artiste. La restitution audio permet à l’auditeur de voyager, d’être emmener par le répertoire de Ray Charles. Les volets suivants, enregistrés les 21 et 22 juillet 1961, si les titres sont à peu de choses près les mêmes, exceptés « I wonder », »Hornful soul », Tell the truth », « Believe to my soul », on trouve aussi avec bonheur des bonus tels que le morceau du pianiste Joe Turner, « We baby blues » ou encore ceux où Ray Charles n’est présent qu’en accompagnateur au piano ou à l’orgue Hammond : « Trouble in mind », « Ain’t that love », « Just keep it up », « there he goes » tous composés par Lula Reed.

Au final, ce coffret de 4 cd est un petit bijou qu’il faut prendre le temps d’écouter, de découvrir, de savourer. The « Genius », après cette première apparition française et européenne, allait, dans les décennies qui suivent, faire de fréquents allers-retours entre sa terre natale américaine et le Vieux continent, la France en particulier. Je peux en témoigner pour l’avoir vu dans les années 90 au Palais des Congrès, où il était venu accompagné d’un big band. Un concert hélas tronqué par des soucis techniques non résolus, qui ont agacé le maestro, au point que celui-ci décida de racourcir sa prestation, au grand désarroi du public venu le voir. Mais le temps passé sur scène, il donna sa pleine mesure.

Ci-dessous, quelques extraits vidéos de sa venue à Antibes. Le reste est à découvrir sur disque. Régalez-vous!

Guillaume.

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