Archives Mensuelles: juin 2020

Suzane, étoile naissante de la scène rock française.


En décembre 2019, cette jeune artiste a littéralement enflammé la scène de l’espace Gérard Philipe à l’occasion de la quinzième édition du festival des Aventuriers de la ville de Fontenay-Sous Bois. Je m’étais déjà attardé à faire un bilan de cette édition, je vais ici vous parler de l’album « Toï Toï » qu’elle était alors venu y présenter.

Derrière le côté tonique, virevoltant, Suzane nous avait révélé que cet album, dont les chansons furent parfois écrites sur un coin de bar, à la période où elle était serveuse dans un restaurant, oui elle nous avait confié que dans ce disque elle abordait des sujets parfois graves (La dégradation de la Nature, avec « Il est où le SAV? », L’homosexualité avec « P’tit gars »), l’insatisfaction (l’insatisfait »), l’addiction aux écrans portables et ordinateurs (« Monsieur Pomme »), le harcèlement moral et sexuel en entreprise (« SLT »). Le tout sur fond musique électro qu’elle maitrise parfaitement sans se laisser noyer par ce flow de sons. La voix est tantôt à la minaude, tantôt plus affirmée, revendicative, Suzane ne lâche pas le morceau. Elle chante aussi la réaction de ses parents à son rêve de devenir chanteuse (« Suzane »).

Il faut oser un premier album qui comporte 14 morceaux. Car celui ou celle qui le réalise peut s’y perdre, tant cela peut être un piège à l’homogénéité de l’ensemble. Fort heureusement pour elle, Suzane évite cet écueil, et fonce droit, affirmant tout au long du disque sa volonté de s’imposer, de faire sa place, son trou, dans ce monde de machos qu’est le show-bizz, ou le rock français. Bondissante, la jeune chanteuse a de la ressource.

Ce zébulon qui fait immanquablement penser à Mylène Farmer, par la rousseur de sa chevelure et les chorégraphies qu’elle ne manque pas de donner à voir, possède une plume qui peut sembler légère, mais qui s’avère bien plus incisive qu’elle n’y paraît.

Parmi la quatorzaine de titres ici livrés à mon écoute, je n’arrive pas à dégager un titre en particulier tant l’album dans son ensemble se tient et vous emmène dans l’univers inventif, frais, joyeux, vindicatif, de cette jeune artiste qui démarre en trombe une carrière qui s’annonce prometteuse.

Guillaume.

Eirem, une dernière Odyssée spatiale qui ne décolle hélas pas!


Après une longue pause créatrice (son dernier album, qui devait déjà être son ultime production musicale, date de 2018), Eirem, artiste fontenaysien, passionné de rock et musiques électroniques, nous revient donc pour un ultime tour de pistes sonores aux allures de balades intersidérales.
J’ai donc profité des longues semaines de confinement forcé, face au fléau viral qui nous y obligeait, pour écouter un peu de musique. « L’Odyssée Spatiale », concoctée par Eirem fut donc à mon menu.

Même si le titre me préparait à un voyage sonore particulier,  des ambiances travaillées, j’avoue que j’ai été un tant soit peu déçu par le contenu. Oh bien sûr, il n’est pas simple de réaliser un ultime tour de pistes, fut-il dédié aux étoiles. Et c’est tout le mérite d’Eirem que de s’y être penché, appliqué, patiemment, comme un ouvrier à sa tâche devant son établi.
Seulement voilà, est-ce parce que je m’attendais à un bouquet final flamboyant, à un carnaval sonore qui me ravirait les esgourdes, que je fus relativement déçu par cet ultime opus à vocation sidéral? Sans doute.

Ce qui frappe tout au long de cette quasi heure (55 minutes ) de musique spatiale, c’est outre la longueur des morceaux, surtout la relative répétitivité qui parfois prend place. 
Bon à ce stade,vous vous dites  » mais il aime pas ce disque… »…pas tout à fait.
Car ce disque,  comme tous ceux précédemment réalisés par Eirem, comporte des références musicales cachées ou non. Ici un hommage au grand Klaus Schulze (Magma), et puis des allusions à peine cachées à Jean-Michel Jarre, à Pink Floyd, à Stanley Kubrick (2001 L’odyssée de l’espace, bien sûr ) sont les petits moments de plaisirs que j’ai déniché dans cette odyssée stellaire.

Je trouve juste que cet album manque de lyrisme, d’envolées mélodiques qui me fassent décoller vers les étoiles, ce qui a l’heure où la capsule SpaceX à rejoint l’ISS là-haut dans l’espace pour un séjour de plusieurs semaines, oui cela est bien dommage.

Reste donc que cet album est tout de même agréable à écouter, ce qui est tout de même essentiel pour de la musique.

En tous cas, même si je suis donc mitigé sur sa dernière production musicalo-spatiale, Eirem nous aura gratifié tout au long de ces années de son amour pour la musique, le mélange des genres, en autodidacte complet. Merci à lui de nous avoir fait partager cela, et à vous, par ricochet. Je vous laisse ici les liens vers les articles précédents concernant Eirem.

https://semelazic.wordpress.com/2018/04/19/eirem-la-touche-finale

https://semelazic.wordpress.com/2017/03/27/eirem-dernier-chapitre/

https://semelazic.wordpress.com/2013/07/09/nouvelles-aventures-musicales-deirem/

https://semelazic.wordpress.com/2011/11/09/un-artiste-fontenaysien-eirem/

https://semelazic.wordpress.com/2015/12/12/et-maintenant-laller-retour-en-enfer/

https://semelazic.wordpress.com/2015/01/18/un-aller-retour-au-paradis/

https://semelazic.wordpress.com/2014/10/17/jall-blanc-30-ans-deja/

Guillaume.


Bedos, ton dernier sketch ne nous fait pas rire.


L’ironie est terrible. Mais la grande faucheuse, à l’heure de sa quête macabre, et Dieu sait combien elle a tristement été servie ces derniers temps, oui la grande faucheuse se fout bien de l’horloge du temps terrestre.

Ainsi, à peine quelques jours après la disparition de Jean-Loup Dabadie, qui lui écriera d’ailleurs plusieurs sketches dont « le boxeur », c’est donc Guy Bedos qui s’en va, inoubliable interprète du personnage de Simon, médecin et fils de Marthe Villalonga dans « Un éléphant ça trompe énormément » et « Nous irons tous au Paradis », aux côtés de Marthe Villalonga, Claude Brasseur, Jean Rochefort et Victor Lanoux. Du quatuor, seul reste aujourd’hui Claude Brasseur. Ces deux films ont été co-écrit par Dabadie et le réalisateur Yves Robert.

Né en juin 1934 à Alger, il arrive en France en 1949 avec ses parents. A 17 ans il entre à l’école de la rue Blanche, suit des cours de théâtre, y présente sa première mise en scène, un Marivaux « Arlequin poli par l’amour ». Il est repéré un peu plus tard par le grand Jacques Prévert, qui voyant ses talents de plume, l’inciter à écrire des sketches. Le conseil sera suivi avec le succès que l’on sait. La scène, il l’avait découvert dès 1951, à travers le théâtre en jouant dans « le cambrioleur », pièce mise en scène par… Jean-Paul Belmondo. Cette rencontre scellera leur amitié. Il a régulièrement joué au théâtre, et l’une des pièces qu’il considérait comme très importante et utile, était « la résistible ascension d’Arturo Ui » de Brecht en 1993, sous la direction de Jérôme Savary. La pièce sera un vrai triomphe.

Dans les années 70, ses duos avec sa compagne Sophie Daumier, notamment « la drague » ou « les vacances à Marrakech », vont devenir mythiques. Après cette période, il se lance dans une carrière en solo et ses sketches comme « Paulette », « Le foot », « le boxeur », « la mère et son fils », »Pauv’ Gosse » vont très vite lui assurer un public. Tantôt tendre, tantôt acerbe, Bedos ne voulait jamais faire mal mais juste poser son regard critique de citoyen engagé sur le monde qui l’entourait. Il raillait les travers d’une société injuste avec les faibles, indulgente avec les puissants.

Pour l’avoir vu à 2 reprises à l’Olympia au tournant des années 2000, j’avais été impressionné par l’énergie de Bedos sur scène. Près de deux heures durant, il avait dressé une galerie de portraits savoureux, avant bien sûr de gratifier l’assistance de sa célèbre revue de presse, qui durait une vingtaine de minutes et pendant laquelle il passait en revue l’actualité politique nationale et internationale. Il éparpillait façon puzzle, comme l’avait si joliment écrit Audiard pour Blier dans « les Tontons Flingueurs ».

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Cette scène, outre de l’occuper seul pendant longtemps, il aimait la partager. Avec Smaïn et Michel Boujenah en 1991, dans un spectacle intitulé « Coup de soleil ». Avec Muriel Robin, toujours en 1992. Puis au début des années 2000 avec son fils Nicolas (2004), qui tient de son père une plume incisive, précise, acérée, drôle, ironique. Partager, donner, vibrer. Tel était Bedos. Pendant sa carrière d’homme de scène, il a eu l’occasion de voir évoluer, grandir deux autres monstres sacrés de ce qu’on appelle les comiques à l’époque (lui-même détestait ce terme), qui deviendront ses amis, aujourd’hui renommés pudiquement humoristes, à savoir Coluche et Pierre Desproges. Ces derniers décèderont, trop vite et trop jeunes respectivement à 41 et 49 ans, à quelques mois d’intervalle, dans les années 80. Viendront ensuite Smaïn, Michel Boujenah, Anne Roumanoff, et enfin le dernier de la bande, un certain Jamel Debbouze, pour qui il avait un regard et une affection particulière, en raison des similitudes de parcours de vie personnelles et artistiques.

Mais outre d’être un homme de scène, Guy Bedos à également tourné au cinéma, une trentaine de films. Après des débuts en 1958 dans « Les tricheurs » de Marcel Carné, on le retrouve dans « Ce soir ou jamais » de Michel Deville (1960), « Les copains » d’Yves Robert (1965), « Le Pistonné » de Claude Berri (1970), avant bien entendu « Un éléphant ça trompe énormément « (1976), « Nous irons tous au Paradis »(1977), mais aussi « Réveillon chez Bob » de Denys Granier-Deferre (1984), « Sauve-toi Lola » de Michel Drach (1986), »Le bal des casse-pieds » d’Yves Robert (1992).Vous le voyez il a tourné avec certains des plus grands réalisateurs français.

Guy Bedos était un saltimbanque, au sens propre du terme. Il touchait à tout, le plus souvent avec brio et succès. Il laisse une belle carrière derrière lui.

Je lui laisse le mot de la fin en citant la phrase qu’il disait régulièrement à la fin de ses spectacles :

« La vie est une comédie italienne ».

Guillaume.

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