Bedos, ton dernier sketch ne nous fait pas rire.


L’ironie est terrible. Mais la grande faucheuse, à l’heure de sa quête macabre, et Dieu sait combien elle a tristement été servie ces derniers temps, oui la grande faucheuse se fout bien de l’horloge du temps terrestre.

Ainsi, à peine quelques jours après la disparition de Jean-Loup Dabadie, qui lui écriera d’ailleurs plusieurs sketches dont « le boxeur », c’est donc Guy Bedos qui s’en va, inoubliable interprète du personnage de Simon, médecin et fils de Marthe Villalonga dans « Un éléphant ça trompe énormément » et « Nous irons tous au Paradis », aux côtés de Marthe Villalonga, Claude Brasseur, Jean Rochefort et Victor Lanoux. Du quatuor, seul reste aujourd’hui Claude Brasseur. Ces deux films ont été co-écrit par Dabadie et le réalisateur Yves Robert.

Né en juin 1934 à Alger, il arrive en France en 1949 avec ses parents. A 17 ans il entre à l’école de la rue Blanche, suit des cours de théâtre, y présente sa première mise en scène, un Marivaux « Arlequin poli par l’amour ». Il est repéré un peu plus tard par le grand Jacques Prévert, qui voyant ses talents de plume, l’inciter à écrire des sketches. Le conseil sera suivi avec le succès que l’on sait. La scène, il l’avait découvert dès 1951, à travers le théâtre en jouant dans « le cambrioleur », pièce mise en scène par… Jean-Paul Belmondo. Cette rencontre scellera leur amitié. Il a régulièrement joué au théâtre, et l’une des pièces qu’il considérait comme très importante et utile, était « la résistible ascension d’Arturo Ui » de Brecht en 1993, sous la direction de Jérôme Savary. La pièce sera un vrai triomphe.

Dans les années 70, ses duos avec sa compagne Sophie Daumier, notamment « la drague » ou « les vacances à Marrakech », vont devenir mythiques. Après cette période, il se lance dans une carrière en solo et ses sketches comme « Paulette », « Le foot », « le boxeur », « la mère et son fils », »Pauv’ Gosse » vont très vite lui assurer un public. Tantôt tendre, tantôt acerbe, Bedos ne voulait jamais faire mal mais juste poser son regard critique de citoyen engagé sur le monde qui l’entourait. Il raillait les travers d’une société injuste avec les faibles, indulgente avec les puissants.

Pour l’avoir vu à 2 reprises à l’Olympia au tournant des années 2000, j’avais été impressionné par l’énergie de Bedos sur scène. Près de deux heures durant, il avait dressé une galerie de portraits savoureux, avant bien sûr de gratifier l’assistance de sa célèbre revue de presse, qui durait une vingtaine de minutes et pendant laquelle il passait en revue l’actualité politique nationale et internationale. Il éparpillait façon puzzle, comme l’avait si joliment écrit Audiard pour Blier dans « les Tontons Flingueurs ».

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Cette scène, outre de l’occuper seul pendant longtemps, il aimait la partager. Avec Smaïn et Michel Boujenah en 1991, dans un spectacle intitulé « Coup de soleil ». Avec Muriel Robin, toujours en 1992. Puis au début des années 2000 avec son fils Nicolas (2004), qui tient de son père une plume incisive, précise, acérée, drôle, ironique. Partager, donner, vibrer. Tel était Bedos. Pendant sa carrière d’homme de scène, il a eu l’occasion de voir évoluer, grandir deux autres monstres sacrés de ce qu’on appelle les comiques à l’époque (lui-même détestait ce terme), qui deviendront ses amis, aujourd’hui renommés pudiquement humoristes, à savoir Coluche et Pierre Desproges. Ces derniers décèderont, trop vite et trop jeunes respectivement à 41 et 49 ans, à quelques mois d’intervalle, dans les années 80. Viendront ensuite Smaïn, Michel Boujenah, Anne Roumanoff, et enfin le dernier de la bande, un certain Jamel Debbouze, pour qui il avait un regard et une affection particulière, en raison des similitudes de parcours de vie personnelles et artistiques.

Mais outre d’être un homme de scène, Guy Bedos à également tourné au cinéma, une trentaine de films. Après des débuts en 1958 dans « Les tricheurs » de Marcel Carné, on le retrouve dans « Ce soir ou jamais » de Michel Deville (1960), « Les copains » d’Yves Robert (1965), « Le Pistonné » de Claude Berri (1970), avant bien entendu « Un éléphant ça trompe énormément « (1976), « Nous irons tous au Paradis »(1977), mais aussi « Réveillon chez Bob » de Denys Granier-Deferre (1984), « Sauve-toi Lola » de Michel Drach (1986), »Le bal des casse-pieds » d’Yves Robert (1992).Vous le voyez il a tourné avec certains des plus grands réalisateurs français.

Guy Bedos était un saltimbanque, au sens propre du terme. Il touchait à tout, le plus souvent avec brio et succès. Il laisse une belle carrière derrière lui.

Je lui laisse le mot de la fin en citant la phrase qu’il disait régulièrement à la fin de ses spectacles :

« La vie est une comédie italienne ».

Guillaume.

Publié le 5 juin 2020, dans Chroniques. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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