Gene Vincent, rocker torturé par la vie.


Né en 1935, la même année que Elvis Presley, à Norflok en Virginie, Vincent Eugene Craddock dit Gene Vincent est le fils d’un père militaire dans la marine américaine et d’une mère commerçante. Rapidement, les parents vont s’installer en Virginie, à Munden Point, tôt le gamin va, écoutant la radio, découvrir la musique, et surtout la la country, le bluegrass. Mais, habitant dan un quartier pauvre où la communauté noire est très présente, il va être sensibilisé au blues, au gospel.

En février 1956, Gene Vincent participe à un concours de chant. Repéré par un membre du jury, Sheriff « Tex » Davis, qui par ailleurs anime une émission de radio de Norfolk, le jeune rockeur y passera désormais régulièrement, accompagné de musiciens locaux. C’est là qu’est joué pour la première fois sa chanson Be-Bop-A-Lula, écrite lors son séjour à l’hôpital suite à un accident avec une voiture, ce qui faillit lui couter une jambe.

Quelques mois plus tard, la tornade Presley, et son « Heartbreak hotel » ravagent tout sur leur passage, obligeant les maisons de disques à vouloir se dénicher chacune « son Elvis ». Sheriff « Tex » Davis flaire le bon coup avec Gene Vincent et décide de devenir don manager. Et il l’entoure de quatre musiciens :  Cliff Gallup (guitare solo), Willie Williams (guitare rythmique), Jack Neal (contrebasse), Dickie Harrell (batterie). Le quatuor se nommera les Blue Caps, en hommage à la marine américaine. En cette année 1956, Vincent part effectuer une tournée au Canada avec son groupe. Un succès. L’année suivante, en 1957, le groupe est modifié, puis s’envole pour une tournée. Une guitare rythmique remplace l’acoustique, la contrebasse est remplacée par une basse électrique, des choristes-danseurs viennent s’ajouter. Gene Vincent et son groupe enchainent alors concerts avec public en délire, émissions de télé célèbres comme le Ed Sullivan Show, très couru à l’époque. Tout roule pour le garçon et sa bande. 1958 s’annonce sous les mêmes auspices, avec un troisième album, « Gene Vincent Rocks and the Blue Caps Rolls », qui connaitra un vrai succès, un public qui le suit toujours, voyant en lui un représentant de ses aspirations rebelles, torturé par la vie avec sa jambe abîmée par la faute d’un accident de moto. En octobre, Eddie Cochran (à gauche sur la photo ci-dessous), le rejoint en studio pour des sessions vocales et à la basse, mais de manière totalement anonyme. Le groupe ensuite se sépare. Chacun sa route, chacun son chemin, comme le dira plus tard un poète rasta.

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Mais la fin des années 50, c’est aussi un virage, car, les radios commencent à bouder ce rock revendicatif, « voyou », rappelons que nous sommes encore dans une Amérique puritaine, raciste, catholique, qui ne supporte pas la violence et le fait de transiger avec les codes de bonne conduite en société. Gene Vincent et ses confrères rockeurs rentrent dans le rang. Leur salut passera par l’étranger. Pour lui, ce sera l’Angleterre. Invité à participé à l’émission « Boys meets Girls », il détonne par rapport à sa réputation qui l’a précédé. On l’attendait fracassant, mal élevé, dur, il arrive poli, souriant, respectueux. Le Producteur, Jack Good, lui suggère d’opter pour un costume de scène. Vincent s’exécute et s’inspire du costume de Vince Taylor, tout de cuir noir, inspiré lui-même de celui de Marlon Brando dans « L’équipée Sauvage ». Presley s’en inspirera à son tour en 1968, pour son retour à la télévision, où il apparaitra dans un costume tout de cuir noir moulant. Fin 1959, Gene Vincent se produira pour la première fois à l’Olympia à Paris.

Rejoint le 11 janvier 1960 par Eddie Cochran pour une tournée anglaise, celui-ci décèdera dans un accident de voiture le 17 avril 1960. Présent dans le véhicule, Gene Vincent en réchappera, partiellement blessé physiquement, mais moralement très marqué par la perte de son ami. En son hommage, il portera désormais toujours un gant noir à main gauche. Bientôt oublié du public américain, il reste populaire en Angleterre et en France, grâce à des artistes comme les Chaussettes Noires (Eddy Mitchell, qui seul ou avec son groupe de l’époque a repris 26 chansons de Gene Vincent) et les Chats Sauvages (Dick Rivers) adaptent ses chansons en français. Les années 60, même si elles vont d’abord lui valoir un succès outre-manche, vont voir son destin s’assombrir. Les tournées se raréfient, les ventes de disques diminuent, des problèmes fiscaux surviennent, et surtout l’arrivée du nouveau courant musical symbolisé par les Beatles, vont petit à petit le pousser sur la touche. Il quitte l’Angleterre, rejoint des pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne, où il a encore des admirateurs, pour des tournées et gagner quelque argent, mais au fond de lui, le coeur n’y est déjà plus. La déprime, la forte consommation d’alcool, les amours qui vont et viennent, l’homme est usé, fatigué. Malgré une tournée en 1964 en Afrique du Sud, qui lui verront faire une rencontre débouchant sur un mariage deux ans plus tard, il revient en Europe en 1967. Sa dernière tournée française sera une vraie catastrophe. Démoralisé, miné par sa situation, endetté, plombé par ses problèmes d’alcool dont il ne se défait pas, il meurt à 36 ans seulement, suite à une hémorragie.

Ce musicien, dont la vie et la carrière furent bien trop courtes, laisse une floraison de classiques repris ou adaptés par les plus grands noms du rock de ces 50 dernières années : Les Chats Sauvages (photo ci-dessous), les Everly Brothers (photo ci-dessous) mais aussi Christophe, Les Chaussettes Noires, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday, Queen, Paul Mac Cartney, Stray Cats, Queen, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, ou encore Jeff Beck qui lui consacra un album entier intitulé « Crazy Legs » en 1993.

Je vous laisse avec un petit florilège de ses chansons et de reprises.

Guillaume.

Publié le 9 novembre 2020, dans Chroniques, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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