Le Boss nous écrit sa lettre d’Amérique.


Quelques jours avant l’élection présidentielle américaine 2020 (qui a finalement vu la victoire de Joe Biden, malgré la contestation frontale du sortant Trump), le Boss est sorti de son long silence et nous revient avec une longue lettre, chronique de son Amérique sous l’ère Trump. « Letter to you », qui succède au magnifique « Western stars », dédié à la musique country-folk américaine. « Letter to you » reste fidèle à ce que fait Springsteen depuis 50 ans, une écriture à la plume est acérée, précise. Sans concession. Une description au scalpel de son Amérique, un état des lieux rigoureux, une cartographie à nue d’un pays qu’il aime profondément, passionnément. Pour ce disque, le Boss a rassemblé ses fidèles accompagnateurs, sa troupe qui le suit partout entre studios, stades et salles de concerts (oui je sais, ces mots semblent incongrus à écrire dans le contexte que nous vivons et allons sans doute vivre pour encore de long mois, je ferme ici la parenthèse), depuis presque 50 ans déjà!! Une paille, un bail, comme vous voudrez, mais cela prouve la qualité du bonhomme, sa fidélité en amitié. Le E-Street Band, même ayant perdu les talentueux Danny Federci, organiste mort en 2008 et Clarence Clemons (photos ci-dessous), saxophoniste décédé voilà 9 ans déjà. Ils étaient deux des pièces maitresses du groupe, façonneurs de sa marque sonore. Ce fut un coup de massue pour le Boss et les membres de la troupe restés soudés, performants, à travers les époques, avec constance. Sans phare, sans failles.


Alors donc « Letter to you », me direz-vous ? Hé bien le Boss et sa bande ont réussi la performance de l’enregistrer en 5 jours seulement, retirés dans une maison isolée, transformée pour l’occasion en studio d’enregistrement. A 71 ans printemps terrestres sonnés, Springsteen n’a plus rien à prouver, il ne fait de la musique que pour se faire plaisir, en tant que citoyen impliqué dans un pays tourmenté depuis plusieurs années, mais plus directement depuis 2016, que Trump est au pouvoir. Le pays s’est fracturé, divisé, les problèmes sociaux se sont renforcés, le chômage a explosé, le racisme avec notamment le drame récent de la mort de George Floyd, ayant entrainé les émeutes à travers le pays, et la montée du mouvement des « Black Live Matters« .

Sur ce disque figurent de très beaux morceaux comme « One minute you’re here », en voix et guitare acoustique, sur le temps qui passe, mais aussi « Janey needs a shooter », ballade aux accents springsteeniens marqués (tempo, harmonica, claviers).

La dernière élection présidentielle américaine donc s’est tenue dans un climat de tensions extrêmes entretenues, ou créées par le président en place, qui ne souhaitait pas quitter ce pouvoir si chèrement acquis en 2016 face à Barak Obama. Mais donc le pays a tranché. Pour le changement, l’apaisement. Le Boss, lui a depuis longtemps fait son choix. Dans l’une de ses chansons, il dit « ne plus vouloir d’un clown sur le trône ». Son voeu est exaucé. Mais revenons à l’aspect artistique. A peine quelques jours après avoir publié « Letter to you », il est le premier artiste à classer son album dans le Top5 des ventes sur 6 décennies de suite ! 1 record. Performance remarquable pour le Boss.

A 71 ans, Springsteen ne se démonte pas, fourmille de projets. Une tournée en attente, bien sûr,  au vu des conditions sanitaires catastrophiques aux États-Unis (250.000 décès dus au Covid-19), une émission de radio bi-hebdomadaire sur une radio locale. Et sans doute des chansons,  des musiques, déjà dans les tiroirs, pour cet infatigable conteur-témoin d’une Amérique qu’il a vu évoluer parfois dans le bon sens,  parfois dans le très mauvais. A l’instar d’un Bob Dylan,  d’un Neil Young, ou de Patti Smith, Springsteen fait partie de cette génération de musiciens devenus des classiques de leur vivant, des références absolues, des plumes et des voix qui comptent dans une société très remuée, abîmée,  qui se confronte parfois très violemment entre communautés. Springsteen,  comme pairs cités, est un phare indispensable à la compréhension de l’Amérique d’aujourd’hui.

Guillaume.

Publié le 5 décembre 2020, dans Chroniques, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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