Archives Mensuelles: janvier 2021

Il était une fois … 1988 !



Cette année-là, en France est marquée par les candidatures successives en janvier et février, de Jacques Chirac, Raymond Barre à l’élection présidentielle, qui verra finalement la réélection en mai de François Mitterrand avec 54% des voix face à Jacques Chirac. C’est aussi une année où le Louvre fait peau neuve avec la pose de la désormais fameuse pyramide, signée de l’architecte japonais Peï. En mars, une première loi sur le financement des activités politiques verra le jour. Ce même mois, la représentante de l’ANC en France, Dulcie September est assassinée à Paris. En avril, les évènements se déplacent en Nouvelle-Calédonie où une prise d’otages à lieu à Ouvéa. Cela débouchera sur une vraie crise, l’intervention de l’armée et la morts de plusieurs indépendantistes et militaires. En mai, 3 journalises français otages au Liban de très longue durée sont libérés entre les deux tours de la présidentielle. Chirac revendiquera ce fait Plus tard dans l’année, en octobre, la culture est frappée de plein fouet avec l’attaque du cinéma Saint-Michel par des catholiques intégristes, lors de la projection du film « La dernière Tentation du Christ » de Martin Scorsese avec l’immense acteur Willem Dafoe (image ci-dessous), mais aussi Harvey Keitel et Barbara Hershey. L’affaire fera grand bruit. En décembre, le gouvernement créé le RMI (revenu minimum d’insertion), et le parlement adopte la loi sur la création d’un CSA (Conseil supérieur de l’Audiovisuel). A la rubrique nécrologique, la Grande Faucheuse a fait « bonne récolte », jugez plutôt : le syndicaliste brésilien Chico Mendès (assassiné sur ordre), l’acteur américain John Carradine, l’anglais Trevor Howard et l’allemand Gert Fröbe, la psychanaliste française Françoise Dolto (mère du chanteur Carlos), le constructeur automobile italien Enzo Ferrari, le chanteur anglais Andy Gibb (Bee Gees), la chanteuse allemande Nico, le chanteur québécois Félix Leclerc, l’artiste français Jean-Michel Basquiat, l’humoriste Pierre Desproges, les acteurs français Jean Le Poulain, Marcel Bozzuffi, Michel Auclair, Paul Mercey, et la comédienne Pauline Lafont, fille de Bernadette Lafont. Bref, une belle charrette !!!

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Place à l’histoire inventée.

Ce soir-là, la nuit est pluvieuse sur Paris. Les gouttes d’eau passent devant les lampadaires de la rue de Rivoli comme des moucherons. En grappe, mais furtivement, immédiatement chassées par les suivantes. 

Deux hommes, la soixantaine, vies bien remplies, se tiennent appuyés sous les arcades, attendant que la pluie cesse son office nocturne. Le premier s’appelle Enzo, en hommage à Ferrari. Son père, fan du cheval cabré, s’était juré que s’il avait un fils, il le prénommerait ainsi. Le second s’appelle Gert. Là aussi une histoire de transmission. Il tenait ce prénom en hommage au comédien allemand Gert Fröbe. Deux « hérédités » lourdes à porter, pour des raisons diamétralement opposées.
Les deux hommes ne se ressemblent pas, tant physiquement que dans l’allure vestimentaire. Enzo est un grand gaillard d’un mètre quatre- vingt-dix, de famille bourgeoise, à l’ossature épaisse d’un troisième ligne de rugby, au visage marqué de cicatrices et aux mains larges et fortes. Côté vêtement, il cultive le soigné italien, de la chaussure à la cravate. Gert est homme de taille moyenne, un mètre soixante-quinze, de corpulence moyenne. Seul atout, des yeux bleus à faire se pâmer ces dames. Côté sape, le gars la joue carrément francophile, honneur aux couturiers, gantiers, chapeliers dont il connaît les adresses parisiennes par coeur pour bien se fournir. Idem pour la chaussure. Sans se connaître, nos deux gaillards ont un point commun : le goût du beau, de la belle sape, de la belle chausse.
Alors que la pluie fait des claquettes sur la chaussée et les trottoirs, nos deux hommes, à l’abris, entament une discussion, à bâtons rompus. Très vite ils se racontent leur vies, échangent sur la société.  Enzo raconte sa rencontre avec sa femme Johanna, avocate trentenaire, qui lui a redonné l’espoir, la foi en la vie, en l’amour. De cette union avec celle qu’il surnomme affectueusement « ma sauveuse », il a eu deux enfants, Marylin et John, 11 et 7 ans. Deux enfants tombés du ciel pour Enzo, qui ont renforcé son amour pour sa femme, pour la vie et lui ont redonné confiance. Mais Johanna, très protectrice, ne cesse de lui répéter « Don’t worry, be happy », dès qu’elle perçoit un moment de doute chez son mari. Johanna dit souvent que « mon mec à moi, il est tout pour moi », une véritable déclaration d’amour envers Enzo qui est très heureux aujourd’hui, ses enfants grandissent bien, son couple fonctionne, et côté boulot, après de longues années passées dans l’édition, il s’apprête à passer la main en douceur. Sans regrets.

Gert, à l’écoute de ce récit plein d’enthousiasme d’Enzo, se montre admiratif sinon un brin jaloux. Car pour lui, rien ne va. Publiciste, marié depuis vingt-cinq ans à Tracy, une anglaise bon teint, à l’accent londonien et au caractère bien trempé, il est père d’une fille de vingt ans, Annabelle, partie faire ses études en Australie (autant dire qu’il ne la voit quasiment plus, sinon par skype…ou quand elle revient sur Paris voir.. ses ami.e.s). Mais son couple bat de l’aile depuis longtemps déjà, la communication ne passe plus trop, les silences sont de plus présents, lourds. Gert et Tracy font chambre à part depuis longtemps. « Desire » est un mot absent du vocabulaire du couple. Trop selon Gert, qui ne supporte pas ça et déclare autant qu’il le peut à Tracy « I don’t wanna go without you »…. comme une supplique à une non séparation qu’il sent poindre dans l’esprit de sa femme. Car de son côté, Tracy envisage de plus en plus son mari comme « just a friend of mind », sans lui avouer bien entendu, ce qui serait très dur à entendre pour Gert. Puis un jour, fatalement, Tracy en vient à annoncer la nouvelle à Gert. Sa décision, ultime, définitive, irrévocable. « Je pars Gert ». « Pour où ? répond-il interloqué… »..Devant tant d’incrédulité feinte ou réelle de celui qu’elle n’aime déjà plus depuis longtemps, elle garde un silence froid, regarde une dernière fois sa maison, ouvre la porte, prend sa valise et s’en va. Sans un mot. Gert est choqué. Estomaqué. Mais c’est la fin brutale d’une histoire de vingt-cinq avec Tracy.

Face à ce récit pour le moins sombre de son compagnon d’infortune nocturne, Enzo se dit qu’il ne peut pas le laisser repartir, une fois la pluie cessée, sans lui donner quelque avis ou conseil. Aussi, sans le prendre de haut, ni sombrer dans le patos, Enzo conseille à Gert de se montrer plus prévenant, de surprendre sa femme, de lui proposer des sorties inattendues ou des week-end romantiques, histoire de ressouder le couple, et surtout d’échanger, de dialoguer, pour essayer de comprendre ce qui ne va pas, ce qui ne va plus.

Voilà maintenant deux heures que les deux homme échangent, se confient l’un à l’autre. Une relation amicale est-elle née ce soir de pluie parisienne ? En tous cas, au moment où la pluie enfin cesse, les voilà plus complices que jamais, maintenant riant aux éclats de blagues échangées et de la circonstance qui les a réunis sur un bout de trottoir, un soir humide à Paris, rue de Rivoli. Malgré l’heure avancée de la nuit, Enzo et Gert décident de poursuivre la discussion, mais au chaud cette fois. Enzo n’habitant pas très loin, près de la Madeleine, propose à Gert de finir la soirée chez lui, devant un bon scotch, à refaire le monde. Gert accepte. Un roman d’amitié est né.

Guillaume.

Robert Hossein quitte la scène définitivement.


Bien que non issu de la bande du Conservatoire, promotion Jean-Paul Belmondo avec également  Guy Bedos, Pierre Vernier, Jean Rochefort, Michel Beaune, Françoise Fabian, Jean-Pierre Marielle, ou encore Claude Rich, Robert Hossein était de cette génération douée, qui souhaitait changer les codes, transformer la façon de  faire et jouer  au théâtre.  Il s’est envolé au Paradis des acteurs le 31 décembre 2020, à 93 ans. Cet acteur au regard sombre s’est fait connaître dans les années 60, dans la série « Angélique, Marquise des anges ». Il y jouait Joffrey de Peyrac aux côtés de Michèle Mercier (Angélique). Fils d’un compositeur azéri, André Hossein et d’une jeune comédienne, Anna Mincovschi, Robert Hossein va très très rapidement se tourner vers le théâtre, en intégrant le Cours Simon et en suivant les apprentissages de Tania Balachova. Il va connaître son premier succès dans la pièce « les voyous », à l’âge de 19 ans, en 1949.

Après quoi, il opte pour la mise en scène, d’abord au théâtre en adoptant des oeuvres de Frédéric Dard (« Docteur Jekyll et Mister Hyde »), de James Hadley Chase (« La chair de l’orchidée »), ou Francis Carco (« L’homme traqué »). Acteur, metteur en scène de théâtre, Robert Hossein sera aussi celui qui mettra en scène du théâtre à grand spectacle, avant d’insuffler la participation du public (une première en France). Il a ainsi monté « Le cuirassé Potemkine » en 1975 au Palais des Sports de Paris, lieu où il y donnera aussi « Notre-Dame de Paris » (1978). L’année suivante il met en scène son fameux « Danton et Robespierre « , écrit par Alain Decaux, au palais des Congrès de Paris. En 1980, c’est le fameux « Les Misérables » écrit par le grand Victor Hugo qui seront travaillés par cet infatigable homme de spectacle. Dans les années 80, il va continuer ses mises en scène gigantesques, en alternant spectacle de péplum (« Jules César », 1985), et ceux plus religieux, en lien avec sa croyance personnelle et des personnages importants tel que Jésus dans « Un homme nommé Jésus » (1983), et plus tard « Jésus était son nom » (1991). Il va également diriger des théâtres, à Reims d’abord, en 1970, où il inaugure une formule de mises en scènes très cinématographiques, grandioses, puis à Paris, de 2000 à 2008 où il prend la direction du célèbre Théâtre Marigny, scène sur laquelle Jean-Paul Belmondo avait fait son grand grand retour sur scène après 28 ans d’absence en 1987, dans « Keane », qui sera une véritable triomphe pour l’acteur.

A côté du théâtre auquel donc il a consacré beaucoup, Robert Hossein a été également un acteur à la carrière bien remplie. Il a débuté très tôt, en 1948, sous les ordres de deux grands noms de l’époque, Jean Delannoy (« les souvenirs ne sont à vendre ») et Sacha Guitry (« Le diable boiteux »). Puis c’est l’immense Jules Dassin (papa de Joe), qui l’enrôle dans « Du rififi chez les hommes » (1955). Le chemin est tracé. Dans les années 60, d’autres grands noms du cinéma se chargent d’aguerrir le comédien. En effet, Claude Autant-Lara (« Le meurtrier », 1963), Roger Vadim (« Le repos du guerrier, 1962 ; « Le vice et la vertu » avec Annie Girardot, 1963), Julien Duvivier (« Chair de poule », 1963), font tourner cet acteur qui semble voué à une carrière prometteuse.

Les 70’s, à peine marquées par son rôle dans « Le Casse » d’Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo et Omar Sharif, c’est les années 80 qui vont marquer son grand retour. En deux ans, de 1981 à 1982, il enchaine 3 films qui seront des succès publics : « Les Uns et les autres de Claude Lelouch », « Le professionnel » de Georges Lautner, où il retrouve ses amis Michel Beaune, Jean-Paul Belmondo, et « le Grand Pardon »(1982), d’Alexandre Arcady, avec Roger Hanin, Gérard Darmon, Richard Berry, Bernard Giraudeau, Jean-Louis Trintignant. Ajoutez à cela sa réalisation du film « Les Misérables » (1982), avec le trio d’acteurs Lino Ventura (Valjean)-Jean Carmet (Thénardier) et Michel Bouquet qui campe un commissaire Javert implacable et obstiné. Un grand film. En 1995, il retrouvera cette histoire, cette fois adaptée par Claude Lelouch. Entre temps il tournera dans des comédies plus ou moins réussies  comme « Lévy et Goliath »  de Gérard Oury en 1987, avec Richard Anconina, Michel Boujenah, Jean-Claude Brialy, ou « Liberté, Egalité, Choucroute » de Jean Yanne en 1984. En 1999, il joue dans le film quatre fois césarisé « Vénus Beauté (Institut) » de Toni Marshall, avec Nathalie Baye. Enfin plus près de nous, en 2009, il participe au film de Francis Huster « Un homme et son chien », premier film de Jean-Paul Belmondo après son AVC. La performance sera d’ailleurs saluée par la critique .

Robert Hossein a eu une carrière riche, en homme curieux qu’il était de toucher à tous les aspects de son métier. Nul doute que vous avez déjà vu cet acteur dans un film ou assisté à l’un de ses spectacles. 

A la médiathèque vous pourrez retrouver le film de son adaptation magistrale du roman de Victor Hugo « Les Misérables » avec une distribution royale que j’ai déjà évoqué plus haut, ainsi que la pièce théâtre « Crime et Châtiment » de Fédor Dostoïevski, qu’il avait adapté et mis en scène au théâtre Marigny, avec Francis Huster et Mélanie Thierry dans les rôles principaux.

Guillaume.

La Nuit de la lecture et la tête dans les étoiles.


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Le samedi 23 Janvier prochain, entre 14h et 17H30, la médiathèque Louis Aragon de Fontenay organise et participe à un évènement national : Il s’agit de la 5ème édition des Nuits de la lecture. Au menu, lectures de contes, observation du ciel avec un spécialiste si le temps le permet aux vergers de l’ilôt (sinon explications à la médiathèque via projection d’un stellarium sur un écran), impromptus musicaux et projections de courts-métrages vidéos. Autant de temps forts pour ravir petits et grands. Attention bien que l’entrée soit évidemment gratuite il est toutefois nécessaire de réserver auprès de la médiathèque, puisque les jauges d’accueil possibles sont très limitées, en raison des conditions sanitaires actuelles, au numéro suivant : 01.49.74.79.60. https://mediatheque.fontenay.fr/la-mediatheque/agenda/111-la-nuit-de-la-lecture

Pour accompagner cette manifestation,  nous vous avons concocté une playlist spéciale sur le thème de la nuit.
Nul doute que vous y trouverez des pépites, des surprises, des airs connus, d’autres moins, et ce quel que soit le genre musical abordé.

Bonne promenade à vous au sein de cette « nuit musicale ».

L’équipe de la médiathèque.

Peirani-Parisien, duo pour un Abrazo bienvenu.


A l’occasion de l’album « Sulamadiana » enrégistré par le percussionniste martiniquais Mino Cinelu et le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer, chroniqué ici-même il y a peu, j’évoquais la notion de dialogue, de discussion, mais aussi d’espace entre deux musiciens. C’est exactement ce que proposent Vincent Peirani (accordion) et Emile Parisien (saxophone soprano), à l’occasion de leur nouvel album « Abrazo« , publié sur le label ACT. Ces deux musiciens se sont rencontrés en 2014, autour du projet musical « Belle époque« . Depuis, c’est une aventure duo ou en trio qu’ils mènent régulièrement. Suite à « Belle époque »(2014), ils ont poursuivis avec un nouveau projet en trio avec la venue du batteur Yoann Serra pour le disque « Living being » (2015), qui sera suivi en 2018 d’un deuxième volet « Living being 2 ». 2020 marque donc le retour à leur duo avec « Abrazo » (prendre dans ses bras,faire une accolade, en espagnol). Mais ici pour les deux musiciens, qui poussent leur complicité musicale au plus haut, il s’agit « d’interagir comme des anges qui mélangeraient leurs ailes ». Le résultat est plutôt réussi.

Dès son entame avec « The Crave », les deux musiciens instaurent un dialogue superbe. Le saxophone soprano de Emile Parisien fixe le thème et Vincent Peirani fait tourner son accordion autour, comme un serpent de notes. Le tout dans des sonorités joyeuses. Sur « Temptation », c’est l’inverse, Peirani ouvre la voie et Parisien vient se greffer dessus, dans des phrases qui résonnent comme des mélopées langoureuses. Dès « Fuga y mysterio », les chevaux s’emballent, la connexion évidente entre les deux musiciens éclate aux oreilles de l’auditeur, sur fond de musique argentine, empreinte de joie et de mélancolie mélangées. « Between T », un tango superbement joué par le duo, une invitation à danser, et l’aspect dramatique très bien mis en relief. « Deus Xango » démarre par une phrase lente du saxophone, soutenue en délicatesse par l’accordion, et tout du long du morceau, dans une sorte de blues, les deux instruments se répondent, s’entrelacent. Changement d’atmosphère avec « Memento », Vincent Peirani et Emile Parisien jouent tour à tour sur des tempi très rapides, avant de ralentir, comme une pause, et repartent de plus belle. Une farandole de notes, ça danse, nous pourrions même imaginer des gens rires chanter, en tous cas ça cavale. « A bebernos los vientos », résonne comme un plainte, un cri sourd, magnifiquement interprété. « Nouchka » nous entraine dans la musique slave, sinon russe. Là aussi, l’aspect nostalgique souvent très présent dans la musique russe, et slave, est très bien rendu. On y sent même poindre un peu de désespoir, de fatalité. Sentiments qu’ont du éprouver les peuples du bloc d’Europe de l’Est jusqu’en 1989 et la chute du mur de Berlin. Pour terminer en beauté ce disque, Peirani et Parisien, nous proposent « F.T », c’est à dire un funky tango, et un « army dreamers », tout en nuances, souplesse.

Tout au long de ce disque, même si c’est parfois difficile à saisir, tant le dialogue est riche entre les deux instrumentistes, chacun laisse l’autre respirer, s’exprimer avec un bonheur palpable. Le résultat est une musique magnifique, une accolade partagée par ces deux virtuoses. Si vous aimez les ambiances à la fois légères et survoltées, si vous aimez les duos et le dialogue entre instruments, nul doute que ce disque vous ravira.

Guillaume.

Mino Cinelu & Nils-Petter Molvaer, duo en jazz majeur.


Un dialogue Nord-Sud, entre les origines glacées de l’Ile de Sula d’où arrive le trompettiste Nils Petter Molvaer, et la terre chaleureuse de la Martinique (Madiana), ici représentée par le percussionniste Mino Cinelu. Le nom de leur projet musical est donc la fusion des noms de leurs îles respectives : « Sulamadiana« . Voilà ce que nous proposent ces deux grands musiciens, chacun ayant un parcours, une « carrière » bien spécifique, mais qui donc ici, unissent leurs talents pour ce disque.

Tout commence en douceur, dans « Le monde qui change », où le dialogue s’installe doucement entre les deux instruments, les percussions de Mino Cinelu et la trompette minimaliste de Nils Petter Molvaer. Déjà la notion d’espace est présente. « Sulamadiana », qui enchaîne » est un morceau aux sonorités africaines, en hommage à Manu Dibango photo ci-dessous), saxophoniste décédé du Covid-19 en mars 2020. Des voix viennent compléter les deux instruments. Comme un chant de prière. Superbe. Ensuite, « Xingu », nous entraîne dans les confins de la forêt amazonienne, en hommage au chef Raoni, qui sillonne depuis des années la planète via ses médias et les plus hautes instances mondiales pour plaider à sa préservation et à celles des tribus qui y vivent. Mino Cinelu restitue parfaitement l’ambiance tribale, et une flûte traversière, à l’égal de celle entendue dans la musique du film Mission, signée de Ennio Morricone, vient compléter ce tableau musical. La trompette de Molvaer, quant à elle, virevolte. Arrive ensuite la reprise réussie de « Take the A train », standard de jazz signé Duke Ellington. Puis dans la foulée, nous avons droit à « Theories of dreaming » et « Indianala ». Ce dernier morceau, joué avec trompette et tabla indien, onomatopées, nous balance dans les contrées de l’Inde, ses musiques lancinantes, envoûtantes. Dans tous les morceaux, ce qui est fascinant c’est le niveau de jeu, d’écoute, entre les deux musiciens. Un dialogue qui s’élève sans cesse, une qualité toujours tenue. Exercice difficile, mais parfaitement maitrisé par les Cinelu et Molvaer. Je parlais d’espace tout à l’heure. Là, chacun laisse l’autre respirer, jouer. Cette notion d’espace est omniprésente dans ce disque. Le sentiment de grands espaces ici illustrés est évident, qu’ils soient nordiques, amazoniens, martiniquais, déserts africains, ou contrées indiennes. Il n’est qu’à écouter « Kanno Mwen » où la trompette de Molvaer se fait lancinante, et une voix plaintive vient s’y ajouter. Merveille. Sur « Rose of Jericho », cette fois c’est la trompette qui donne le ton, Mino Cinelu ne faisant que répondre et proposer ainsi un dialogue intense. Superbe.

Pour terminer leur album, les deux compères nous offrent tout d’abord le très fort « Song for Julie », dédié au batteur de jazz Tony Allen (photo ci-dessus), décédé le 30 avril 2020 à Paris. Un bijou musical de 3 minutes 35 qui démarre doucement, pis dont la pulsation, accélère, menée tambours battant par Mino Cinelu. Le morceau final, « Sulamadiana, part.2 » est la suite de « Sulamadiana ». Tout aussi limpide, éthéré. Il clôt en beauté ce superbe disque. Assurément l’un des plus beaux que j’ai eu à écouté depuis longtemps.

Guillaume.

Joachim Des Ormeaux, conteur-jazzman.


Souvenez-vous, j’avais déjà évoqué ce musicien dans une précédente chronique sur ce blog, à l’occasion de la publication d’un mini album. « Eta Carnaval » est le second disque, un 6 titres, le premier d’une trilogie intitulée « Wou Se Mwen Trilogy« , le temps n’aidant pas à enregistrer des albums longs, donc coûteux ( location de studios, matériel, défraiement des ingénieurs du son etc….. ). Et puis parfois, mieux vaut peu que quantité, et avec Joachim, musicien issu des terres du soleil, nous sommes servis. En ces temps d’incertitudes du lendemain, de moral parfois bas, sa musique chaleureuse, chaloupée, fait beaucoup de bien. En plus, écouter sa musique pendant les longues soirées d’hiver est une invitation à l’évasion, au voyage, grâce à la langue utilisée, le créole. Dès qu’on écoute JOacHIM et ses musiciens, nous sommes transportés vers des contrées que l’on imagine paisibles, verdoyantes, surprenantes. Ce 6 titres démarre par le très beau « Se moun la », avec son trio d’instruments piano-voix-contrebasse. La voix y est plaintive, comme en prière, en demande. Un aspect intimiste qui n’est pas pour me déplaire. « Gwo Siwo », qui suit, nous emmène dans une ambiance plus swing, où la voix de JOacHIM se mêle à un jazz plus électrique. « Bel Bonjou », est peut-être le morceau que j’aime le moins. Il me fait penser à ceux qu’on entend parfois dans des jazz-club, ou au bar d’hôtels chics, mais dont on ne retient pas le titre ou la mélodie. Heureusement derrière, arrive le cuivré et chaleureux « Wou Se Mwen », avec ses flûtes traversières et bien sûr tout le reste des instruments, de la section basse-batterie au piano. La voix de Joachim y est enjouée, chaleureuse, comme une invitation le rejoindre. Dans ce titre, il évoque la notion d’unité, le fait qu’un groupe de plusieurs personnalités ne forme qu’un. Dans « Negress Bionik », il mélange la langue créole martiniquaise et un jazz électrique au rythme bien soutenu.

Enfin pour clore cette promenade musicale, JOacHIM  nous invite à un carnaval avec « Eta Carnaval », une vraie farandole de notes qui invite à danser. En ces temps de fraîcheurs hivernales, au sortir de la période des fêtes, ce disque est un plaisir pour l’oreille. Il ne reste plus qu’à attendre de pouvoir à nouveau fréquenter les salles de concerts ou les festivals pour apprécier en live ce musicien et son univers qui je n’en doute pas, saura nous-vous faire danser et oublier, le temps suspendu d’un concert, les soucis du quotidien. JOacHIM sait se faire conteur en utilisant sa voix à bon escient, une voix profonde, ou plus intime. Mais cela ne surprendra pas vraiment tant l’oralité est un art important en Martinique, comme dans certaines régions de France métropolitaine ou d’autres contrées du monde. Lui ici fait le pont entre tradition et modernité, langue créole et jazz moderne. JOacHIM semble s’y promener avec grand bonheur. Pour le nôtre. Tant mieux.

La vidéo de « Se moun La » sera bientôt disponible. 

Guillaume.

Bon Jovi still alive !




Sur la pochette de son nouvel album, le natif du New Jersey (comme Bruce Springsteen), pose la chevelure légèrement blanchie, le regard caché par des lunettes et la main droite sur les lèvres, à la manière de Rodin, en penseur. « 2020« , son nouvel album, que m’a conseillé un ami d’enfance avec qui je partage nombre de goûts musicaux (merci cher Fred), recèle comme toujours des pépites que seul ce chanteur-compositeur mais également guitariste-pianiste, sait nous sortir de son chapeau.

En 1986, alors au sommet de sa gloire, Bon Jovi écrivait la chanson « Wanted Dead or Alive », célèbre phrase qui figure sur les avis de recherche de criminels dangereux. 34 ans plus tard, le gaillard est lui toujours bien vivant, portant son groupe éponyme à bout de bras aidé de ses fidèles Tico Torres (batterie), David Bryan (claviers, choeurs), John Shanks (guitare), Everett Bradley (percussion, choeurs), Hugh McDonald (basse). Vous noterez que le talentueux Richie Sambora, ami, membre de très longue date du groupe et surtout guitariste-chanteur et compositeur avec Bon Jovi de nombreux hits du groupe, ne fait plus partie du casting. En 2013,Il a en effet planté ses camarades un soir de tournée, 20 minutes avant d’entrer sur scène !!! La grosse tuile! Mais Bon Jovi s’en est remis.

Donc, que vaut cette cuvée « 2020 » livrée par Bon Jovi ? A 60 ans, le gaillard devient un brin philosophe face à la vie, au temps qui passe (« Timeless », qui ouvre l’album), sur le besoin de prendre soin de son prochain, de ses voisins (« Do What you can »), est un citoyen préoccupé par l’état de tension et de violence dans son pays (« American reckoning « , servi par une instrumentation sobre, guitare-voix-harmonica puis batterie piano, de façon délicate). Avec « Beautiful drug », qui démarre sur les chapeaux de roues, on retrouve un Bon Jovi punchy, avec cette voix qu’on lui connaît. Le gars veut en découdre. Il parle de l’amour comme une drogue dont on ne peut se défaire, qui vous prend, vous tient au corps, vous file une fièvre enivrante. « Let it rain », morceau puissant évoquant la fin des discriminations envers l’Autre, celui qui ne prie, ne pense pas comme vous ou n’a tout simplement la bonne couleur de peau. Pour introduire « Blood in the Water « , quelques notes de guitares floydiennes, puis la voix de Bon Jovi se pose, grave. L’exil, la Terre promise représentée par les États-Unis et les risques pris, au péril de leurs vies, par ceux qui tentent le rêve américain. Un morceau fort, prenant, qui en live, prendra toute sa mesure. Enfin il termine son album par un très joli morceau dédié aux soldats américains (« Unbroken »), qui partent aux combats là où on les envoie et parfois reviennent estropiés, handicapés à vie, traumatisés de leurs vécus, de leurs actes, quand ce n’est pas entre quatre planches. Ces jeunes soldats envoyés à la guerre, sacrifiés par une administration, au nom d’une idéologie, voilà ce que dénonce Bon Jovi dans cette sublime chanson.

Le rockeur a fait place, l’âge aidant, au citoyen préoccupé et alerte sur le monde qui l’entoure. Il dirige d’ailleurs une fondation pour aider les gens qui en ont besoin. Côté musical, Bon Jovi a gagné en maturité au niveau vocal, en terme d’écriture. En somme Bon Jovi est comme le bon vin, il vieillit bien.

Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup cet album, qui, s’il traite de sujets forts, est musicalement de très belle facture. Pour les amoureux du groupe comme pour celles et ceux qui souhaitent découvrir l’artiste, « 2020 » est une bonne idée.

Guillaume.

Claude Bolling, un géant s’en va.



Décidément cette année 2020 se sera terminée de façon triste pour le monde de la culture, et je ne parle pas ici du problème plus qu’épineux de la fermeture de ses lieux culturels. Non je veux bien sûr évoquer, après les départs de Caroline Cellier le 15 décembre dernier (je lui consacrerai bientôt un article), de Claude Brasseur le 22, et du violoniste Ivry Gitlis le 24, le décès d’un très grand musicien de jazz et compositeur de musiques de films, Claude Bolling, parti le 30 décembre à 90 ans.

Claude Bolling, naît à Cannes en 1930, fera ses études musicales au Conservatoire de Nice. Enfant surdoué, il démarre à 14 ans seulement sa carrière professionnelle aux côtés du monstre sacré vibraphoniste Lionel Hampton. Puis il enchaîne en intégrant l’orchestre du Hot Club de France. Dès lors tout s’enchaîne. Au début des années 50 il joue avec les jazzmen américains Roy Eldridge et Kenny Clarke. En 1956, il décide de fonder le Claude Bolling Big Band.

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Mais Claude Bolling au delà d’être un pianiste de jazz, est avant tout et surtout un musicien. Curieux de croiser les univers sonores, les modes de compositions. C’est ainsi qu’il entreprendra de composer pour des musiciens classiques tels que Jean-Pierre Rampal (suite pour flûte et jazz piano trio,1975), Alexandre Lagoya (concerto pour guitare et jazz piano trio, 1975), Maurice André (Toot suite, suite pour trompette et jazz piano trio,1981). Il jouera aussi bien dans des registres swing en avec son Big Band, mais s’aventurera dans le ragtime (cf la B.O.F de Borsalino), et fera des rencontres musicales et humaines avec des monstres sacrés comme Duke Ellington, Michel Legrand, Stéphane Grappelli. 

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Compositeur, Claude Bolling est également un créateur, puisqu’il est à la base de la naissance du groupe vocal féminin Les Parisiennes, dans les années 60. Il leur écrira paroles et musique, qui déboucheront sur des succès : « Il faut trop beau pour travailler « , « L’argent ne fait pas le bonheur », « Le 30 février », parmi d’autres.

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Cette carrière de compositeur de musiques de films, il l’a entamé dans les années 50, avec notamment « Oh que Mambo » (1955), et « cette nuit-là »(1957). En 1963, il écrit la musique du film « Le jour et l’heure » de René Clément. Son talent de composition est maintenant reconnu dans le monde du cinéma et au cours de la décennie 70-80, il va enchaîner les gros films et certains gros succès : « Borsalino »(Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Nicole Calfan.. etc.. 1970), puis « Borsalino and Co » (1974), mais aussi « Le magnifique » (avec Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, 1973), « Lucky Luke »(1971), « Flic Story » (avec Alain Delon, 1975), ou encore « L’année Sainte »(avec Jean Gabin et Jean-Claude Brialy,1976), « Un papillon sur l’épaule »(1978) ou « 3 hommes à abattre », (avec Alain Delon, Michel Auclair, Jean-Pierre Darras..etc,1981), « La Gitane »(avec Claude Brasseur et Valérie Kaprisky, 1986), puis dans les années 90, « Hasards ou coïncidences » (1998).
Il aura ainsi côtoyé les cinéastes français tels Alain Corneau, Jacques Deray, Philippe de Broca, Claude Lelouch, Claude Pinoteau, de même que des acteurs ou actrices tels que Alain Delon, Jean Gabin, Bernard Blier, Danielle Darrieux, Claude Brasseur, Valérie Kaprisky, Caroline Cellier, Jean-Paul Belmondo, et une ribambelle d’autres. 

Un grand nom du jazz s’en va. Il laisse une oeuvre importante et riche, que jeunes et moins jeunes peuvent à l’envi (re) découvrir. Je vous laisse avec une floraison de morceaux composés par ce grand musicien. 

Guillaume.

Bonne Année 2021 !


Après l’annus horribilis vécue par tous, toutes, partout sur la planète, et des fêtes de fin d’années passées dans des circonstances très spéciales, vous en conviendrez, il est temps d’espérer, la science aidant, que l’année qui s’ouvre sera au plus vite marquée par un retour à une vie quasi normale, et donc en ce qui nous concerne, à  mettre en oeuvre et à vous de pouvoir à nouveau profiter d’activités culturelles en médiathèque sans oublier celles que sont les cinémas pour voir nos films favoris, les théâtres pour aller assister à des représentations de qualités, s’enfermer dans les musées pour admirer de belles expositions , effectuer des visites de châteaux, retourner voir nos artistes ou groupes favoris en concerts ou festivals, et j’en oublie peut- être. Bref, comme aurait pu dire la marionnette de PPDA aux Guignols de l’info sur Canal Plus :
 » Vous pouvez reprendre une activité (culturelle) normale ». Oui, nous n’attendons que ça, revivre comme avant.

Car je ne vous apprendrai rien, la culture est une branche essentielle de la vie, un équilibre dont chacun(e(s) a besoin. Alors, soyons optimistes et croisons les doigts forts. 2021 doit être l’année du retour à la normale.

Bonne année à toutes et tous où que vous soyez dans le monde à nous lire.
Merci encore de votre fidélité à ce
blog musical, qui traite également de cinéma et ne manquera pas je l’espère, l’occasion de traiter d’autres supports, comme le livre notamment. 

Allez, hauts les coeurs!
Vive 2021!



La médiathèque.

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