Quand Jimi se fait Jazzer…


Après avoir réalisé en 2019, un album autour des compositions du regretté Prince Roger Nelson, alias Prince, chroniqué ici-même, c’est au tour d’un autre géant de la musique du 20ème siècle, du rock en particulier, le guitariste Jimi Hendrix, de subir ce passage à la machine jazz. L’album s’intitule sobrement « Hendrix in Jazz », les morceaux ont été sélectionnés par Lionel Eskenazi.

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Pour faire aboutir un tel projet, il faut un peu de folie, de la ténacité, et la réussite pour convaincre des jazzmen et jazzwomen de tous horizons de se ranger derrière la bannière Hendrix. Un morceau par artiste, parfois plusieurs comme pour Mina Agossi (passée à l’Espace Gérard Philipe en janvier 2011). Au total, ce sont 25 artistes ou groupes qui interviennent sur cet album, comme par exemple la chanteuse québécoise Terez Montcalm (photo ci-dessus), le guitariste-chanteur de blues Poppa Chubby, la chanteuse coréenne You Sun Nah (photo ci-dessus), Denis Colin Trio, ou encore le fantasque chanteur américain Willy Deville, et même la talentueuse pianiste américaine Geri Allen. Vous le voyez le plateau est riche et varié, pour faire honneur à la musique de Jimi Hendrix.

C’est donc la chanteuse canadienne Terez Montcalm qui ouvre l’album avec une superbe reprise de « Woodoo child », sur fond d’ambiance feutrée illustrée par les percussions et la guitare qui officient. Sa voix, légèrement rauque et cassée, fait parfois penser à Janis Joplin. C’est un régal. Ensuite, la chanteuse coréenne You Sun Nah prend le relais avec un titre intitulé « Drifting », lui aussi donné en version calme, tranquille. Elle nous gratifie de vocalises envoûtantes qui nous embarquent pendant que la guitare s’exprime sans tomber dans le piège du plagiat hendrixien très vite repérable. Puis vient  « All along the watchover », restitué de très belle manière par le trio du pianiste Francis Lockwood, frère du regretté talentueux violoniste Didier Lockwood.  Une ambiance de jazz-club se dégage de ce titre. Cosy. Douillet.
Puis on arrive à la version de « Hey Joe » enregistrée par le bluesman Lee Moses ( mort en 1997). Cette reprise ne date pas d’aujourd’hui car le bluesman l’a effectué en 1971. La voix presque plaintive et éraillée, le timbre assurément grave, dominre ce cover où la rythmique et la guitare sont en retrait, de manière minimale bien sûr. Superbe. Vient après « Little Wing » revu et corrigé par le subtil guitariste Nguyen Lé et son trio. Ça confine presque à du jazz fusion. 

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Puis la talentueuse vocaliste Mina Agossi (photo ci-dessus), qui chante 3 titres sur l’album (« Burning of the Midnight Lamp » ; « Spanish castle magic »; « Red house ») prend donc place pour « Burning of the Midnight Lamp » qui ne m’a guère convaincu…son interprétation de « Spanish Castle magic » est au même égard ratée,  sans aucune magie. La chanteuse semble ne pas avoir trouvée la bonne clé pour aborder l’univers du guitariste américain. Isa Sand, elle nous embarque d’entrée dans une belle interprétation de « Manic depression ». Je découvre cette chanteuse. Belle voix, expressive.

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Celui qui vient après, Joachim Kuhn, vieux routier du jazz expérimental,  nous concocte une approche très particulière de « Purple Haze » plus proche du jazz contemporain. Pas ma tasse de thé.
A retenir des morceaux qui suivent,  le très beau « gypsy eyes » joué par Louis Winsberg (ex Sixun), tout en subtilité. La chaleur flamenca-gypsy fait du bien à entendre. Geri Allen, pianiste américaine que l’on ne présente plus, joue deux morceaux,  accompagnée par les Batson Brothers, à savoir « Message to love », un brin contemporain, et « Little Wing ». Sur ce dernier titre, elle joue tout en douceur, de manière minimale. Les deux derniers morceaux de cet album en hommage à Jimi Hendrix sont signés Willy de Ville, et Poppa Chubby.

Le premier nous donne sa célèbre reprise en mode mariachi de « Hey Joe ». Pour l’avoir vu il y a très longtemps au festival de jazz « Banlieues Bleues », au Blanc-Mesnil, je peux vous assurer que sur scène cette version est géniale à voir jouer. Le second, que j’ai eu la chance de rencontrer lors de sa première venue en France, à l’époque où je sévissais  dans un fanzine musical nommé « Standards, l’aventurier multimusiques » (clin d’oeil ici à Marc Sapolin, ancien programmateur de l’Espace Gérard Philipe, initiateur du Festival des Aventuriers première mouture à la fin des années 90) et à toute l’équipe de passionnés qui a oeuvré à sa réalisation pendant 9 années, de 1992 à 2001), est un bluesman puissant, par la taille, le talent. Il joue un « Purple Haze » chaud comme la braise. Parfait pour terminer l’hommage à Hendrix.
Ce disque est une vraie réussite. Précipitez-vous dessus.

Guillaume.

Publié le 2 février 2021, dans Chroniques, et tagué , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

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