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Bertrand Tavernier, le cinéma chevillé au corps.


Né à Lyon en 1941, Bertrand Tavernier, est le fils d’un romancier et résistant, qui protégea notamment Elsa Triolet et Louis Aragon pendant la seconde guerre mondiale. Il optera très vite pour la voie du cinéma, sa véritable passion., découverte à l’occasion d’un séjour dans un sanatorium pour soigner une tuberculose. Il a alors 12 ans. Plus tard, après des études de droits à la Fac, où il fondera un journal spécialisé dans le cinéma (« L’Etrave »), il monte un ciné-club, pour y mettre en avant des films de genres du cinéma hollywoodien . Ainsi y verra-t-on westerns, films noirs ou encore comédies musicales.. Il a connu mille vies avant de passer lui-même derrière la caméra et réaliser ses propres films. Ainsi fut-il assistant-réalisateur, puis attaché de presse du grand Stanley Kubrick (Spartacus, Les Sentiers de la Gloire-deux films avec Kirk Douglas-, Orange Mécanique, 2001 l’Odysée de l’Espace…), avec qui il travaillera pendant 10 ans (1964-1974) notamment sur deux films précités, « 2001, l’Odyssé de l’Espace » (1968), « Orange Mécanique(1971) avec Malcom Mc Dowell, Patrick Magee et « Barry Lyndon » (1975), avec Ryan O’Neal et Marysa Berenson. Il cessera sa collaboration avec Kubrick en lui adressant le mot suivant : « Comme artiste, vous êtes génial, comme patron vous êtes un imbécile ». Péremptoire et définitif. Avant cela, il avait fait ses armes auprès du grand Jean-Pierre Melville sur le tournage de « Léon Morin Prêtre » (1961), avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal. En 1965, il se retrouve à travailler aux côté de Jean-Luc Godard, qui tourne « Pierrot Le Fou », avec toujours Jean-Paul Belmondo, mais aussi Anna Karina, Jean-Pierre Léaud.

Dans les années 60, cet amoureux du cinéma américain va profiter de ses collaborations à des revues de critiques cinématographiques pour mettre en avant les réalisateurs américains qu’il affectionne, tels Raoul Walsh (« La Piste des géants », 1930- « Une corde pour te pendre », 1951), John Ford(« Le fils du désert », 1948 ; « La prisonnière du désert », 1956″; « La Conquête de l’Ouest » 1962 ; L’Homme qui tua Liberty Valence », 1962 ) John Huston (« Faucon Maltais », 1941 ; « Key Largo », 1948 ; « Quand la ville dort », 1950 ; « Les désaxés », 1961 ; « A nous la Victoire »,1981) ; ou encore Budd Botticher (« Les rois du rodéo », 1952 ; « La cité sous la mer », 1953 ; « Sept hommes à abattre », 1956 ; « La chute d’un caïd », 1960).

Il fonde aussi un ciné-club, le Nickel Club, pour y diffuser westerns, polars et comédies musicales. A la fin des années 60, quand survient le mouvement social de mai 68 en France mais aussi ailleurs dans le monde Bertrand Tavernier choisit de ne pas s’adjoindre aux réalisateurs français qui boycottent le festival de Cannes, veulent instaurer une « nouvelle vague » et de fait ringardiser le cinéma d’avant, les auteurs et scénaristes d’avant. Son choix fort en ce sens, sera d’ailleurs d’aller chercher le scénariste Jean Aurenche, lorsqu’il commencera à réaliser ses propres films. Ce scénariste-dialoguiste, qui a prêté son talent pour des films comme « Le diable au corps » de Claude Autant-Lara (1947), « La Traversée de Paris » (1956, et son inoubliable trio Gabin-Bourvil-De Funès), le nom moins fameux « Notre-Dame de Paris » (1956, avec Anthonny Quinn et Gina Lolobrigida), a donc travaillé avec Bertrand Tavernier sur plusieurs de ses films dont il a écrit les scénarii : « L’horloger de Sain-Paul (1974), « Que la fête commence » (1975), « Le juge et l’assassin » (1976). Il obtiendra d’ailleurs les césars du meilleur scénario en 1976 et 1977, pour « Que la Fête commence » et « Le juge et l’assassin »(face à face Noiret-Galabru). Il récidivera en 1982 pour le fameux « Coup de torchon », film avec Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Guy Marchand… C’est dire la qualité du bonhomme avec le quel travaille Tavernier.

Bertrand Tavernier, réalisateur, était un vrai conteur, un passionné de l’humain, de l’histoire avec un grand H, c’est pourquoi tout au long de sa riche carrière il ne s’est interdit aucun genre cinématographique ou presque. Ainsi il a exploré le polar ( « L.627 » ; « L’Appât » ), le film historique avec « Capitaine Conan » et « La vie et rien d’autre » ayant comme toile de fond la guerre de 14-18, « La guerre sans nom » en 1992, ayant pour thème la guerre d’Algérie, les films d’époque, La fille de D’Artagnan » (19994) et « La princesse de Montpensier »(2010), le film politique avec « Quai d’Orsay » (2013), le genre musical aussi puisqu’il est fan de jazz et il a rendu hommage superbement à Charlie Parker, dans le film « Autour de minuit » (1986) en offrant le rôle au saxophoniste Dexter Gordon, avec à ses côtés François Cluzet. Vient aussi le colonialisme avec « Coup de torchon » (1981), le tueur en série avec « Le juge et l’assassin » (1976). Il va également aussi tourner à l’étranger, à l’occasion de l’un de ses films les plus réussis à mes yeux, « Dans la brume électrique » véritable polar mené dans le sud des Etats-Unis, avec le grand Tommy Lee Jones dans le rôle titre. On y voit même le légendaire guitariste de blues Buddy Guy jouer lors d’une séquence.

Tout au long de sa carrière, Bertrand Tavernier, infatigable passionné du cinéma américain et français, n’a donc cessé de communiquer son amour pour le 7ème Art, les vieux films, le patrimoine. C’était un transmetteur, un conteur, à la manière d’un Jean-Claude Carrière ou encore différemment, d’un Jean-Loup Dabadie. Il a dirigé devant sa caméra nombre de comédiens et comédiennes français(es) ou américains. Outre son acteur Philippe Noiret ( cinq films ensembles), Isabelle Huppert (3), il y a eu Jean-Pierre Marielle (« Coup de torchon »), Sabine Azéma (« La vie et rien d’autre »), Stéphane Audran (« Coup de torchon »), Michel Galabru (« Le juge et l’assassin », Philippe Torreton (« Capitaine Conan »), Didier Bezace (« L.627″), Gaspard Ulliel (La Princesse de Montpensier »), Sophie Marceau, Claude Rich, Samy Frey (La fille de D’Artagnan), Marie Gillain, Bruno Putzulu, Richard Berry (L’Appât), Niels Arestrup, Thierry Lhermitte (« Quai d’Orsay »), Tommy Lee Jones, John Goodman (« Dans la brume électrique »).

Bertrand Tavernier était autant une figure qu’une voix du cinéma français. Il ne manquait pas une occasion de prendre position pour défendre sa profession lorsque celle-ci était mise à mal par celles et ceux qui gouvernent, quelle que soit l’époque. Il était connu et reconnu à l’étranger, ses films étant régulièrement primés, depuis 40 ans, dans les plus festivals tels que la Mostra de Venise, la Berlinale, mais aussi à San Sébastian, aux BAFTA britanniques, ou en France au Festival de Cannes et lors de la cérémonie des Césars. Il avait reçu le prix Louis Delluc en 1973 pour son film « l’Horloger de Saint-Paul ». Au sujet de ce film, une anecdote, un horloger installé dans le quartier de Saint-Paul à Lyon avait sollicité Bertrand Tavernier pour lui demander l’autorisation d’appeler son magasin « L’Horloger de Saint-Paul », en hommage au film du réalisateur. Touché par la démarche, Tavernier avait accepté. C’est dire la qualité de l’homme. En 2015, il avait été honoré d’un lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière. Preuve ultime de la reconnaissance de ses paires hors des frontières françaises.

Lui qui avait le cinéma chevillé au corps, à l’âme, Il laisse une filmographie dense, de qualité, et riche en sujets traités. Un réalisateur à (re)découvrir.

Guillaume.

Michel Legrand, entre jazz et musiques de films, chapitre 2.



Suite au volume 1 déjà chroniqué ici, voilà donc le second volet du coffret « Le monde musical de Michel Legrand » concocté par l’excellent label Frémeaux & Associés. Dans le précédent article consacré à ce coffret magistral, je m’étais arrêté sur la partie jazz de ce grand musicien, qui consacrait un disque entier à Cole Porter, immense musicien de jazz du début du vingtième siècle.

Pour ouvrir ce deuxième chapitre du coffret intitulé « Le monde instrumental de Michel Legrand : Jazz et Musiques de films », sur le disque numéro 7, on démarre avec la formation orchestrale de Michel Legrand, qui interprète le titre « Falling in love again », classique du jazz américain, puis on arrive à la chanson « Avoir un bon copain » chanté par Jean Boyer, puis on découvre « qu’avez-vous fait de mon amant », le fameux « Cheek to Cheek » de Irving Berlin », la belle chanson de Jacques Prévert « Démons et merveilles », l’illustre thème musical composé par Dimitri Tlomkin, du film « Le train sifflera trois fois » (1952, Fred Zinnemann), avec notamment Gary Cooper et Grace Kelly. Puisque j’évoque les musique de films, vous y retrouverez aussi la musique de « La rivière sans retour » (1954), d’Otto Preminger, avec le duo Robert Mitchum-Marilyn Monroe. Une version orchestrale surprenante de « Only you » est au menu de ce disque. Le saxophone remplace le lead vocal. S’en suit « Un américain à Paris », morceau écrit par le célèbre compositeur de jazz George Gershwin, et qui servit de bande-son au film du même réalisé par Vincente Minnelli en 1951, avec à l’affiche Gene Kelly, Leslie Caron et George Guétary. Cette fois Michel Legrand reste au piano tout en dirigeant un orchestre  symphonique. Pour finir ce disque, Michel Legrand nous gratifie de morceaux qui composent la bande originale du film « Une femme est une femme » (1961, Jean-Luc Godard), avec Anna Karina, Marie Dubois, Jean-Claude Brialy et Jean-Paul Belmondo.

Dans le disque suivant, le numéro 8, Michel Legrand nous emmène cette fois dans l’univers des musiques de films qu’il a écrit et dirigé. Cela démarre par « L’Amérique insolite » (1960), documentaire de François Reichenbach, sur le quel il a travaillé et dont il composé la musique. Puis on enchaine avec « Terrain vague »(1960), réalisé par Marcel Carné, dont là encore il écrit en collaboration avec Francis Lemarque la musique. Après arrivent plusieurs titres évoquant « Le Cave se rebiffe », célèbre film de Gilles Grangier (1961), sur des dialogues de Michel Audiard, avec un casting au petits oignons, puisque Jean Gabin est entouré de Bernard Blier, Maurice Biraud, Françoise Rosay, Robert Dalban ou Ginette Leclerc. En 1962, Michel Legrand retrouve le trio Grangier-Audiard-Gabin pour « Le Gentleman d’Epsom » (1962), avec sa thématique autour des courses de chevaux… monde cher à Jean Gabin. Y figurent Louis de Funès, Paul Frankeur, Jean Lefebvre, Madeleine Robinson. Puis on change de registre cinématographique avec tout d’abord « Eva » (1962, Joseph Losey), avec Jeanne Moreau dans le rôle principal. Michel Legrand nous invite à écouter le thème d’Eva, puis celui de Adam et Eva, chanté par Tony Middleton. Enfin pour clore ce disque, Michel Legrand nous offre des extraits de la bande musicale de « Lola » (1962, Jacques Demy), avec Anouk Aimée dans le rôle-titre. Un joli choix.

Pour aborder le neuvième disque, Michel Legrand nous offre un voyage entre la France et es Etats-Unis, entre Paris et New-York, plus précisément Broadway, deux villes où il a vécu, travaillé pendant de longues années. Dans la première partie de ce disque, là encore avec son orchestre Michel Legrand revisite ou joue fidèlement des airs de chansons comme « C’est si bon », « Milord » (écrite par Marguerite Monnot et Georges Moustaki pour la grande Edith Piaf), « que reste-t-il de nos amours » et « Boum » du grand Charles Trenet, un standard du jazz signé Cole Porter « c’est magnifique », « la maladie d’amour », morceau traditionnel antillais, puis la « Petite Fleur » du clarinettiste Sidney Bechet. C’est très agréable de replonger dans ce patrimoine musical, qui avec le temps, peut avoir tendance à disparaître des rayons, des mémoires. C’est donc un travail bien utile accompli par Michel Legrand et encore davantage par Frémeaux & Associés, de ressortir ces pépites. Sur l’autre partie du disque, consacrée à sa période « Broadway », Michel Legrand nous sert une farandole de titres jazz, toujours accompagné de son orchestre. On y trouve « On the street where you live », « Yesterdays », ensuite deux titres de Georges Gershwin, le classique incontournable multi-interprété « Summertime », de même que « I got plenty of nuttin’ « , ou encore « Smoke gets in your eyes ». 

Enfin pour clore ce deuxième chapitre de ce long coffret, le dernier disque rassemble 3 albums, « Strings on fire » (1962), puis un album avec orchestre à cordes, et le troisième, « Michel Legrand se joue Nougaro » (1962) . Sur « Strings on fire », on trouve des perles de morceaux  orchestrés, comme « Perfidia » chanté à l’origine par Alberto Dominguez, « Boulevard of the Broken Dreams », autrefois chantée par Frances Langford, « Close your eyes » immortalisé par Bernice Petkere en 1933, « Come-back to Sorrento » donnée en version originale (italien) par Dino « Dean » Martin en 1953, et pour terminer, une orchestration du « All or nothing at all » que Franck Sinatra chanta merveilleusement dès 1939.  Sur le second album, ça démarre en douceur avec la chanson « Venus » mise en valeur par des cordes très en avant et des choeurs trop discrets hélas. Puis nous avons droit à une très belle version de la chanson d’Orphée (Mahna de Carnaval), tirée du film Orfeu Negro, réalisé par Marcel Camus (1959), dont la musique originale est dû à Luiz Bonfa et Antonio Carlos Jobim. Figure aussi le titre « Adieu tristesse »(Felicidade), également extrait de Orfeu Negro.

Sur le disque consacré au taureau de Toulouse, Claude Nougaro, Michel Legrand reprend quatre chansons célèbres du chanteur français. Il s’agit de « Les Dom Juan », « Le cinéma », « Où? », et « Le jazz et la java ». Que du bonheur en barre d’écouter les orchestrations de ces morceaux. Le son ici est plus moderne, les orchestrations plus jazz-pop, en tous cas sur « Les Dom Juan » où synthés classiques, piano et synthés électroniques se côtoient joyeusement. « Le cinéma » se voit habillé d’un orchestration swinguante et syncopée, un peu folle, mais bien dans l’esprit original. « Où » nous embarque sur des atmosphères très habitées, des rythmes qui se suivent à une cadence folle, le tout dans une ambiance sonore qui fleure bon le psychédélique des 70’s. « Le jazz et la java » qui clôt ce disque et ce long coffret est un morceau qui résume parfaitement ce qu’a été la vie et la musique pour Michel Legrand. Une promenade sonore dans des univers différents, un amusement permanent effectué dans le sérieux, pour toujours donner le meilleur de lui-même.

Le résultat est magnifique. 

En cadeau bonus, nous avons droit à des titres comme « Sans toi », chantée par Corinne Marchand, « La belle P…. », « La joueuse », La menteuse », ces titres figurant sur la bande originale du film « Cléo de 5 à 7 » (1962) d’Agnès Varda. Bref c’est un joli coffret, un objet musical à savourer tranquillement. 

Guillaume.

Derniers feux pour le festival Concordanse à la Médiathèque.


Evènement à la Médiathèque le 18 Mars dernier, avec la prestation attendue du duo composé de Amala Dianor, chorégraphe, et de l’écrivain Denis Lachaud, pour les derniers feux de ce superbe festival. Mais qu’est donc Concordanse? Le festival Concordanse, créé il y a une quinzaine d’années par Jean-François Munnier, actuel directeur du théâtre de l’Etoile du Nord (Scène conventionnée d’intérêt national art & création danse), en partenariat avec la Briqueterie, centre de développement chorégraphique de la danse contemporaine, basé à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, voit ses derniers feux s’éteindre cette année, dans un contexte marqué par la pandémie du Covid-19, ce qui a conduit l’équipe de programmation à réduire les dates de prestations des duos proposés dans le cadre du festival. Pour cette dernière édition, le festival a décidé de rappeler d’anciens duos programmés les années précédentes, afin d’offrir un plateau riche aux partenaires potentiels susceptibles de les accueillir.

Un mot sur la génèse de ces prestations. L’idée de base est donc de provoquer la rencontre entre un(e) chorégraphe et un(e) romancier(cière), pour en trois mois, écrire un spectacle de 30 à 40 minutes, avec la contrainte d’être sur scène tous (tes) les deux, et dans un espace scénique réduit de 6 mètres sur 6, afin de pouvoir transporter ce spectacle dans de nombreux endroits comme les médiathèques.

Donc c’est un évènement qui a eut lieu le jeudi 18 mars 2021 à la médiathèque. Après avoir accueilli la chorégraphe Joanne Leighton (photo ci-dessus) et l’écrivaine Camille Laurens (première photo de gauche ci-dessus) en 2018, puis le chorégraphe Frank Micheletti et l’auteur Charles Robinson l’année suivante, la médiathèque recevait cette année, devant un public de jeunes lycéens du lycée Pablo Picasso, le duo constitué d’Amala Dianor, danseur et chorégraphe, et de l’écrivain-comédien-karatéka Denis Lachaud, pour un spectacle intitulé « Xamuma fane lay dëm » (Je ne sais pas où je vais).

La prestation du duo, basée sur le thème des origines, de la différence, était remarquable. Le duo évolue tout en harmonie pendant 35 minutes, dans un silence voulu par les deux protagonistes, au moins dans la majeur partie du spectacle, à part un court morceau musical, et dès lors un échange de textes écrits par Denis Lachaud. Venant du karaté et étant également comédien, Denis Lachaud a proposé au départ de leur collaboration qu’Amala Dianor s’appuie sur des Kata de karaté réalisés par Denis pour monter la chorégraphie. Ainsi le tableau s’appuie sur 4 ou 5 Kata, et le reste du spectacle se déroule autour. C’est beau. Une belle danse des corps, un mélange des origines, africaines (Sénégal, Wolof), occidentales, asiatiques. Le public présent, une classe de terminale du Lycée Picasso, spécialisée en Arts a semblé apprécier le spectacle proposé. Une rencontre d’une trentaine de minutes s’en est suivie, permettant de mieux connaître la génèse de la rencontre entre Amala Dianor et Denis Lachaud.

Ce moment culturel partagé a fait du bien à tout le monde, par les temps difficiles que nous traversons. Cette prestation, ce moment d’échange émotionnel, inestimable pour les artistes, est aussi un bonheur pour nous qui les avons accueilli, accompagnés dans cette démarche par nos partenaires de Fontenay-en-Scènes et de la Briqueterie.

Hélas, c’était donc la dernière séance de ce festival. Jean-François Munnier, son créateur s’en allant sous d’autres cieux de responsabilités, à la direction du théâtre de l’Etoile du Nord.

Guillaume.

Quand le Jazz s’empare du Roi Marley.


Vous le savez, je l’ai déjà dit ici, de grands noms de la chanson française tels Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Claude Nougaro, ou du rock comme John Lennon,  Prince, Jimi Hendrix ont déjà vu leurs oeuvres musicales revisitées par des talents issus du jazz. C’est au tour cette fois-ci de Bob Marley, Dieu vivant du temps de sa splendeur entre les années 70 et 80, période laquelle il a fait émerger la Jamaïque de l’ombre, imposant un reggae festif et militant, oui c’est à son tour d’être « revisité » par la patte musicale de jazzmen et jazzwomen de tous horizons. Ainsi est né « Marley in Jazz: A tribute To Bob Marley » publié par le label Act Music en 2020. On retrouve à ce joli rendez-vous des noms aussi différents que Sly & Robbie, Pink Turtle (groupe habitué à faire des reprises de qualités), Nguyen Lê entre autres.

Pour démarrer cet hommage au génie jamaïquain, le groupe Pink Turtle s’attaque au célèbre « Get up, Stand up »sur une rythmique qui n’est pas sans rappeler « Hit the road Jack » de Ray Charles. Le son y est rond, chaud, les cuivres et les choeurs métronomiques. Bref tout ça part très bien. S’en suit le légendaire « Buffalo soldier » entonné par les fameux Sly & Robbie, plus habitués à nous offrir de la musique soul-funk de haute volée. Là, le groupe a choisi de nous offrir une version instrumentale du titre, et ça tourne très bien. Mais c’est vrai que j’aurai aimé entendre la voix se poser dessus. Après quoi, nous avons droit à « Concrete Jungle » en mode blues, superbement joué et interprété par The Holmes Brothers, dont le jeu de guitare est limpide, juste, fin, et le chant profond, plaintif. Un vrai beau morceau. Attention, écueil ! quand comme moi, vous avez grandi avec la version originale puis la version d’Eric Clapton de « I shot the Sheriff », c’est délicat d’entendre celle de Sébastien Lovato. Un orgue Hammond omniprésent, une ryhtmique un peu lourdingue, le tout faisant penser à une musique expérimentale ou d’ambiance ascenseur, loin, très loin, de ce que Marley avait imaginé pour ce titre, de sa signification. Un gâchis, d’autant que là encore, le chant est mis de côté, ce qui enlève une grosse partie de son intérêt au morceau. « Waiting in Vain », marque le retour au chant, grâce au talent de Xavier Desandre Navarre, accompagné de Vincent Peirani. A la manière des chants chorals de gospels, ce titre est joliment interprété, soutenu par une section rythmique sans faille. Le morceau tient une musicalité de haute volée. Ensuite, c’est le guitariste Nguuyen Lê qui prend le relais, accompagné de la chanteuse Julia Sarr, pour offrir une subtile et aérienne version de « Redemption song ». Nguyen Lê joue tout en finesse, offrant des nappes de notes, quasi spatiales. Julia Sarr s’appuie dessus sans en rajouter et nous laisse découvrir sa jolie voix.

Viennent alors les morceaux qui m’ont interpellés, à savoir la reprise du fameux « Exodus » par Alexis Bosce, le « Jammin » exécuté par Kim Waters, le superbe « Is this love » par Peter Sprague en compagnie de Leonard Patton et enfin pour clore ce bel hommage au Roi Marley, un « Could you be loved » de grande qualité. La version de « Exodus » est très jazz-fusion, avec une trompette qui fait penser à Miles Davis. Le « Jammin’  » façon Kim Waters résonne à mon sens trop commercial, le son est trop « propre ». « Is this love » est superbement chanté par Peter Sprague, qui met le feeling là où il faut sans en rajouter. Derrière lui, les musiciens sont parfaits. Ca tourne rond. Pour finir donc, « Could you be loved » joué entièrement au xylophone.. étonnant, mais cela donne une superbe couleur à ce morceau.

En somme, cet album hommage à Bob Marley est vraie réussite. Il ravira les puristes, réjouira les curieux-curieuses du mélange des genres (jazz, reggae). Je vous laisse avec une sélection de 3 morceaux. Bonne découverte à vous.

Guillaume.

GOGO PENGUIN, EPISODE V.



Le trio irlandais de jazz Gogo Penguin, a sorti en 2020 son cinquième opus au titre éponyme « Gogo Penguin ». J’avais découvert ce groupe en 2018, lors de son passage à la salle Jacques Brel de Fontenay-sous-Bois, lorsque le trio était venu y présenter « A hundrum star« , sorti cette année-là. Le concert avait été magique. Intense. Le public présent ce soir-là réservant d’ailleurs une ovation au trio irlandais en fin de concert.

Alors quid de « Gogo Penguin », cinquième avatar musical du trio britannique ?

Hé bien, franchement, je dois avouer que ce cru 2020 est dans la droite lignée de « Hundrum Star » et ses prédécesseurs. Il brille par cette unité et cette signature sonore qui rend désormais le trio irlandais reconnaissable, fait d’intensité, d’espace et de mélodies savamment travaillées, triturées. Les trois compères, Chris Illingworth (piano), Rob Turner (batterie), Nick Blacka (contrebasse) s’entendent à merveille. La musique est parfois spatiale, en tous cas très épurée, encore une fois dans le droit fil de leurs productions précédentes, mais sans jamais se laisser aller à une quelconque facilité commerciale ni de production. Tout est soigné, au cordeau. Le son léché donne à leur univers musical une ampleur unique. Les titres qui défilent ne faiblissent pas, 

« Atomised » qui ouvre l’album nous indique tout de suite que le trio n’est pas là pour faire n’importe quoi. Le piano de Illingworth est d’entrée des plus hypnothiques, soutenu magistralement par ses compères Rob Turner et Nick Blacka. Ca tourne magistralement. La musicalité du groupe est toujours là. C’est puissant, précis, mélodique, entêtant.. Une mélodie qui vous emmène vers des contrées lointaines. Immédiatement. Le suivant « Signal in the noise » démarre de manière métronomique, un base rythmique vant soutenir sans faille la cadence infernale imposée par le piano. La machine Gogo Penguin, ultra rodée, s’entend à merveille et cela se ressent. Et le reste est à l’avenant. Une farandole de notes, de rythmes maitrisés, avec des embardées sonores parfois inattendues comme dans « Kora » aux accents électro teintés d’ambiance asiatique.

Par la suite, des morceaux comme « Totem », « To the Nth », « Don’t go » restent dans le droit fil de ce que sait faire avec brio ce trio irlandais. Avec parfois un petit sentiment de répétition…mais léger.
Egoïstement, j’attends le jour où ils intégreront un nouvel élément instrumental (guitare, saxophone) à leur groupe, pour élargir le champ des possibles.

J’ajoute que ce jazz  très maîtrisé n’aurait sans doute pas déplu à un grand musicien récemment disparu,  Chick Corea, ou à un autre grand nom du jazz, Esbjorn Svensson, disparu tragiquement en 2008. Pureté,  minimalisme, mélodies sont au rendez-vous de ce « Gogo Penguin »,  qui est un album à écouter, découvrir.

Michel Legrand, entre jazz et musiques de films, chapitre 1.


Michel Legrand, pianiste-compositeur de génie, décédé en janvier 2019, à qui j’ai déjà consacré ici  un article, lsur sa collaboration musicale avec le réalisateur Jacques Demy, fait l’objet par le label Frémeaux, d’un coffret 10 cd retraçant son travail de création de musique jazz, ses orchestrations de chansons françaises, d’airs traditionnels, de musiques de films, sur lesquels il a travaillé ou non. L’inventaire est copieux et ne couvre que la période allant de 1953 à 1962. Avant que Michel Legrand ne devienne un musicien ultra demandé après les succès des « Parapluies de Cherbourg »(1963), et quatre ans après des « Demoiselles de Rochefort »(1967), réalisés par Jacques Demy. Une nouvelle carrière s’offrira lui désormais.

Dans la première partie du coffret, qui regroupe les six premiers disques, que je vais évoquer ici, il est possible de découvrir un Michel Legrand, qui dès 1953, dirige, sous le pseudo de Big Mike, un orchestre à cordes, avec lequel il interprète des chansons françaises de Gilbert Bécaud (« viens »), puis en 1955 Vincent Scotto (« sous les ponts de Paris »), ou Francis Le marque (« à Paris »). Et même du jazz avec Cole Porter (« I love Paris »).

Dès le second disque, qui aborde l’année 1956, on passe aux musiques de films que Michel Legrand, sans les avoir écrites, dirige avec sa grande formation orchestrale. On y trouve « La complainte de la butte », tirée du film « French Can-Can » (1955) de Jean Renoir, « le grisbi », extrait de « Touchez pas au grisbi »(1954), de Jacques Becker, avec un casting royal Jean Gabin-Lino Ventura-Paul Frankeur, « si tu m’aimais » tirée du film de René Clair « Les grandes manoeuvres »(1955), ou encore « Smile » qui vient de « Les temps modernes » (1936) de Chaplin. Les orchestrations sont brillantes, parfois enjouées, toujours dans un style très aéré, plaisant à écouter. Il en va de même pour le rock, nouveau genre pour lui, vers lesquels il se dirige, avec entre autres « rock around the clock », popularisé aux États-Unis par Bill Haley.

Dans le troisième disque, Michel Legrand aborde avec bonheur les airs traditionnels notamment américains. Ainsi « Red river valley », « Greensleeves », « All throught the night » et « Along the Colorado » subissent-ils sa patte orchestrale. Le résultat est frais, agréable à entendre. Il ajoute même sa patte musicale sur la fameuse chanson française  » en passant par la Lorraine ».

Sur le quatrième opus, année 1957, on change d’univers, pour aborder le jazz. Là, on sent que le musicien-mélomane se régale véritablement. Michel Legrand aborde le morceau mythique écrit par Duke Ellington (« Caravan »), puis il nous embarque vers les rivages colorés du Brésil avec « Bahia », de Ary Barroso, et d’Espagne avec le chatoyant « Granada » signé de Augustin Lara. Il nous régalé aussi d’une très belle version de « Besame mucho ». C’est un régal que d’écouter ce voyage en musiques ici rassemblées par Frémeaux. Et le plaisir n’est pas terminé.

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En effet dans le chapitre 5 de ce gros coffret, est abordé la partie jazz de Michel Legrand, à travers l’année 1958. Imaginez le bonheur ressenti par ce musicien-mélomane lorsqu’il fut amené à diriger des oeuvres écrites par de grands noms de l’histoire du jazz. Que ce soit Duke Ellington (photo ci-dessus) avec « Dont get around much anymore », Fats Waller (première photo ci-dessus)  et sa « The Jitterburg waltz », Benny Goodman avec « Stompin’at the Savoy », Dizzy Gillespie et son célèbre « Night in Tunisia », ou encore Django Reinhardt et son fameux « Nuages », que demander de mieux ? Michel Legrand a donc eu le plaisir de jouer de faire revivre ces standards du jazz sous sa direction, sentiment jubilatoire à n’en pas douter. Le résultat est une fidélité à l’esprit des oeuvres telles que conçues par leurs auteurs, mais là encore Michel Legrand y met sa touche personnelle, tout en subtilité.

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Sûr la sixième partie de ce coffret, qui évoque là aussi l’année 1958, on retrouve Michel Legrand à la direction d’orchestre pour honorer l’un des plus grands compositeurs de musique jazz du vingtième siècle, Cole Porter. A ce monsieur désormais un peu oublié, et c’est fort dommage, le grand public, les musiciens, chanteurs et chanteuses de jazz doivent de pouvoir entendre, jouer, chanter des titres tels que : « Just one of things », « in the still of the night », « What was this thing called love », « Anything goes », « I get a kick out of you », « I’ve got you under my skin », « Night and Day »…et beaucoup d’autres encore. Des interprètes aussi nombreux et célèbres que Frank Sinatra, Michael Bublé, Jamie Cullum, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Diana Krall, Lisa Ekdhal, Harry Connick Jr., Herbie Hancock, Bill Evans, Oscar Peterson, Dinah Washington, Charlie Parker, Marlène Dietrich, Natalie Cole, Rod Stewart, pour ne citer qu’eux …ont repris un jour où l’autre les chansons citées ci-dessus. Michel Legrand se tire à merveille de cet exercice et on sent pleinement le plaisir qu’il prend à jouer ce répertoire de standards.

Cette première partie du coffret consacré à Michel Legrand nous montre donc un musicien multi-cartes, passionné et passionnant, sautant d’un genre à l’autre avec une aisance déconcertante et une facilité incroyable.

La suite sera l’occasion d’une prochaine chronique.

En attendant je vous laisse avec une playlist regroupant les titres évoqués dans cet articles, soit interprétés donc par Michel Legrand, mais aussi par leur compositeurs originaux, et par quelques interprètes célèbres. Régalez-vous.

Guillaume.

Gainsbourg, 1991-2021 : 30 ans déjà!



Le 2 mars 1991, dans son hôtel particulier de la rue de Verneuil à Paris, Serge Gainsbourg s’éteint pendant le sommeil, victime d’une crise cardiaque. Ce musicien, chanteur- auteur-compositeur, mais également peintre, photographe, acteur et réalisateur, a surtout été le pygmalion de nombreuses chanteuses, dont certaines ont partagées sa vie, comme Brigitte Bardot, Jane Birkin, Caroline Von Paulus dit « Bambou  » (dont il aura un petit garçon Lucien dit « Lulu »), ou dont il a lancé la carrière, comme France Gall, Joêlle Ursull, fut une figure marquante de la chanson française depuis la fin des années 60 jusqu’à a fin des années 80. Il écrira des albums entiers Jane Birkin dans les années 70 et 80, puis pour Vanessa Paradis en 1990, « Variations sur le même t’aime ». Il a composé des chansons pour de nombreuses artistes féminines comme Marianne Faithfull, Petula Clarke, Catherine Deneuve, Mireille Darc, Isabelle Adjani, Dani, Régine, Juliette Gréco parmi beaucoup d’autres. Avec à chaque fois, la même implication, la même méticulosité, pour sublimer l’interprète qu’il a en face de lui.

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Initié très tôt aux arts par son père Joseph Ginsburg (lui-même ayant étudié la peinture, puis se dirigeant vers la musique via le piano au conservatoire de Petrograd et Moscou), il a une maman mezzo-soprano. Ses parents ont fuit le climat politique de l’époque, puis après une épopée à travers l’Ukraine, la Géorgie et la Turquie, débarquent à Marseille en mars 1921. Lucien Ginsburg naît à Paris le 2 avril 1928. La famille obtient la nationalité française en 1932. Après la guerre 39-45, la famille Ginsburg vient s’installer à Paris, et Lucien abandonne les études avant le bac, pour s’inscrire aux beaux-arts. L’ un de ses professeurs de peintures se nomme Fernand Léger. Lucien-Serge Gainsbourg a aussi une formation liée à la musique classique puisque son père lui fit écouter Brahms, Chopin, Schubert, Mozart, Beethoven, ce qui aura une influence sur certaines de ses futures chansons, comme « Poupée de cire, poupée de son » (chantée par France Gall à l’Eurovision en 1965), inspirée de la sonate pour piano n.1 de Beethoven, « Lemon incest » (l’Etude Op.3 n.10 de Chopin), « Initials B.B » (Symphonie n.9, mouvement n.1 de Dvorak) , « Jane B »(Prélude n.4, opus 28, Chopin), « Baby alone in Babylone »(Symphonie n.3 de Brahms), « Dépression au-dessus du jardin » (Etude 9, opus.10 de Chopin), « Ma Lou Marilou » (Sonate pour piano n.23 opus 57, Beethoven), je pourrais en citer d’autres encore. De la musique classique il disait ceci, pour évoquer ses nombreuses adaptations  : « J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique,  de la musiquette. Alors j’emprunte ». Tout est dit.

En 1952, il fait fortuitement la rencontre avec le jazz, ce qui va changer sa vie. Il délaisse la peinture et étudie les jazzmen américains qui enregistrent à côté de chez lui. 2 ans plus tard, il devient pianiste de bar, faisant le crooner. En effet, après, sa révélation musicale va venir de sa découverte de Boris Vian, ce jeune trompettiste, qui se produit dans un cabaret, « Milord L’Arsouille ». Vian publie des articles dans un journal, écrit des romans sous le nom de Vernon Sullivan. Les patrons du cabaret décident d’embaucher le jeune Gainsbourg, puis suite à une visite à son domicile pour admirer ses toiles, découvrent ses partitions et décident de le pousser sur scène. Peu à l’aise, intimidé, Gainsbourg chante notamment « le poinçonneur des Lilas ». En 1958, il rencontre le producteur Jacques Canetti, directeur du cabaret des « Trois Baudets » et directeur artistique chez Phillips. Le destin de Gainsbourg bascule. Les tournées avec Brel, Béart, (avec qui il aura une engueulade mémorable lors d’une émission d’Apostrophes dans les années 80, sur la définition de la chanson française, Béart considérant que c’est un art majeur, Gainsbourg restant sur sa position « historique » d’art mineur), Devos, vont l’aguerrir.

S’il écrit ses propres textes et compose lui-même ses musiques, Gainsbourg commence à travailler avec l’arrangeur musical de Vian, un certain Alain Goraguer. Vian, qui décédera en 1959, dira de Goraguer que c’est l’égal de Cole Porter, célèbre compositeur et chef d’orchestre de jazz américain des années 30-40. En 1960, le titre « l’eau à la bouche » est un succès commercial. Le premier d’une longue série. Mais outre ses propres compositions, il se met à écrire pour les autres, notamment et surtout pour des femmes. En effet, le génial compositeur va se mettre au service de chanteuses débutantes (France Gall) ou plus confirmées (Juliette Gréco, Petula Clarke, Régine… ), fait chanter des actrices telles que Catherine Deneuve, Brigitte Bardot, Vanessa Paradis, Isabelle Adjani.
Chaque fois, en véritable pygmalion, il agit en maitre d’oeuvre de bout en bout. Bien sûr à chaque fois il écrit les paroles, la musique, et parfois réalise même le clip qui va avec. Maîtrise totale de son sujet.

Ainsi va-t-il composer des titres devenus des standards comme « Harley-Davidson », « Bonnie and Clyde », « Comic Strip » (Bardot), « Dieu est un fumeur de Havanes » (Catherine Deneuve), « Lemon incest » (en duo avec sa fille Charlotte), « Les sucettes à l’anis » (France Gall), « Pull Marine » (Isabelle Adjani)., « Comment te dire adieu » (Françoise Hardy), « 69, année érotique », « Je t’aime … moi non plus », « Ballade de Johnny Jane » (Jane Birkin), « Comme un boomerang » (Dani, qu’elle chantera en duo avec Étienne Daho dans les années 90).

S’il a en grande partie construit son succès sur ses compositions pour les femmes, il a également écrit pour les hommes. Ainsi Jacques Dutronc avec « Les roses fanées », Alain Chamfort pour « Manureva », Alain Bashung, pour qui il écrira un album « Play blessures »en 1982, puis il apparaitra aux côté d’Eddy Mitchell dans une version avec grand orchestre de « Vieille Canaille » (tu vois Laurent j’ai réussi à glisser mon cher Eddy dans cet article!), enfin il enregistrera la chanson de son ami King Curtis Jr. « You’re under arrest » (1987), qui est aussi le titre de l’album sorti cette année-là.

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Mais Serge Gainsbourg, bien avant de s’inventer un personne mal luné, mal rasé, sous le pseudonyme de Gainsbarre, au tournant des années 80, va dans les années 60, faire du cinéma en tant en que comédien. Ainsi le retrouve-t-on notamment dans des péplums comme « La révolte des esclaves » (1960), « Samson contre Hercule » (1961), « Hercule se déchaine » (1962). Les années 60 sont fastes pour lui côté cinéma, puisqu’il tourne 18 films en 10 ans! l’un des plus importants pour lui sera « Slogan« , de Pierre Grimblat (1969), car il y rencontre une jeune actrice anglaise de 19 ans, Jane Birkin. Une très belle histoire d’amour s’en suivra, pendant 10 ans. De cette union naitra leur fille Charlotte, chanteuse, comédienne, réalisatrice.

Dans les années 70, période pendant laquelle il va enregistrer des albums importants tels que « Histoire de Melody Nelson », album-concept très pop arrangé par Jean-Claude Vannier, en 1971, suivi de « Je suis venu te dire que je m’en vais » (1973), « Rock around the bunker » (1975) et « L’Homme à la tête de Chou » (1976), puis de « Aux Armes et Caetera » (1979) fabriqué à Kingston avec Sly & Robbie et Ies I Three, rien moins que les choristes de Bob Marley. Sa version reggae de la Marseillaise lui attirera les foudres de l’extréme droite au point se faire siffler et menacer lors d’un concert en Alsace, en 1979. Gainsbourge va également tourner dans plusieurs films. Ca commence par « Le roman d’un voleur de chevaux » (1971), enchainé avec « Les Diablesses » (1973), « Sérieux comme le plaisir » (1975).

Années 80, entre cinéma et Docteur Jekyll & Mister Hyde:  A cette période de sa vie et de sa carrière, Serge Gainsbourg s’invente un autre personnage, son double maléfique,  torturé, agaçant, provocateur, Gainsbarre. Ce personnage, il le trimballera lors de quelques émissions de télévision célèbres ,où sa sa présence, artistiquement justifiée,  va déraper. Je veux ici faire allusion à l’affaire du billet de 500 francs qu’il brûlera en direct dans le « 7/7 » d’Anne Sinclair, pour dénoncer le taux d’imposition en France, sa provocation à l’encontre de la jeune Whitney Houston, chez Drucker, dont c’était la première télé en France (suite à cet épisode,  elle ne remet plus jamais les pieds en France, dans les médias), son altercation avec Catherine Ringer, ou bien son apparition chez Michel Polac dans son émission « Droit de réponse  » pour répondre aux attaques dont il a été victime à Strasbourg lors de sa Marseillaise en reggae.

Toujours dans les années 80, il retourne au cinéma et rejoint  Claude Berri pour  « Je vous aime » (1980), Alexandre Arcady et son film « Le grand pardon », 1982, avec Roger Hanin, Gérard Darmon, Richard Berry, Jean-Pierre Bacri…), puis Agnès Varda dans un documentaire sur sa compagne Jane Birkin, intitulé « Jane B par Agnès V » (1988), et se met â la réalisation dans « Stan the flasher » (avec Claude Berri, 1990). Parallèlement Serge Gainsbourg, toujours aussi prolifique musicalement, va revenir à la composition de musique de film, d’abord pour « Je vous aime » de Claude Berri (1980), puis celle du film à succès de Bertrand Blier « Tenue de soirée » (1986) avec le casting royal Gérard Depardieu, Michel Blanc, Miou-Miou, Bruno Crémer, Jean-Pierre Marielle, Caroline Sihol. Excusez du peu !!! la même année il réalisera un film sur sa fille Charlotte « Charlotte for Ever », dont il signera également la musique.

Artiste majeur de la chanson française aux multiples talents, Serge Gainsbourg est parti bien trop tôt. Il avait sans nul doute beaucoup de belles pages musicales à nous offrir. Reste son oeuvre, dense, magistrale, parfois controversée, mais riche. 30 ans après sa mort, Gainsbourg reste une influence majeure pour la nouvelle génération de la chanson française.

Je vous laisse avec un large florilège de ses chansons, de quelques musiques musiques de films, des musiques classiques dont il s’est inspiré et bien sûr un certain nombre de ses différents interprètes, masculins comme féminines.

Guillaume.

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