Archives Mensuelles: septembre 2021

Miles Davis, 30 ans déjà!



Ce 28 septembre 1991, il y a 30 ans, fut une journée sombre pour le jazz, pour la musique. En effet s’éteignait ce jour-là l’un des géants de l’histoire du jazz moderne, une figure emblématique qui a révolutionné, par son jeu, sa personnalité, son charisme, le monde du jazz en cours jusqu’à son arrivée dans les années 50. Sa disparition a fait l’effet d’un choc dans le monde du jazz, mais également au-delà tant, au fil des décennies, Miles Davis était devenu une icône, une marque, un modèle pour tout un tas de musiciens, y compris ceux ne venant pas du creuset du jazz.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est bill-evans.jpg

On peut citer parmi ceux qui l’ont accompagné, les Bill Evans (le pianiste ci-dessus, puis plus tard le saxophoniste homonyme), John Coltrane, Sonny Rollins, pour la période des années 50. Ensuite, des années 60 à 80, il a engagé, formé des musiciens comme Herbie Hancock, Wayne Shorter, Chick Corea, qui l’a rejoint en 1968, à la place de Herbie Hancock, pour assurer quelques shows, et qui confie une anecdote étonnante sur ses conditions d’engagement et ce que lui demanda Miles Davis, je vous laisse découvrir cela dans la play-list en fin d’article. Autrement, Joe Zawinul, Kenny Garrett, John Mac Laughlin, Mike Stern, Tony Williams ont également évolué au côtés du trompettiste. Avec eux il va défricher les terres du jazz fusion, du jazz-rock, que ses musiciens perdureront à développer  par la suite en créant des groupes devenus références tels que Weather Report, Mahavishnu Orchestra, Return To Forever.
Car Miles Davis est dès le début de sa carrière un perfectionniste, un chercheur, qui sait repérer les talents de demain, et leur sert de mentor. Il a joué ce rôle de figure tutélaire jusqu’à la fin de sa carrière.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est milesjuliette.jpg

Il a évidemment contribué à la création et l’émergence du courant bebop (1944-1948), aux côtés de Charlie Parker, Dizzy Gillespie, puis s’est frotté à tous les styles de jazz ou presque, puisqu’il a créé le cool jazz, avec le fameux album « The birth of Cool », aidé par un producteur nommé Gil Evans, paru en 1950. Vinrent ensuite le hard-bop, entre 1949 et 1955, qui correspond à son retour aux Etats-Unis, après un long sejour en Europe et surtout  à Paris où il fréquente certaines figures artistiques de Saint-Germain ,en particulier  Juliette Gréco,avec qui il vivra une belle histoire. Ne pouvant la ramener aux États-Unis pour l’y épouser ( le contexte social, politique et racial ne s’y prêtait pas), et Gréco bloquée à Paris par sa carrière, l’histoire se termine un peu brutalement. Miles Davis, déprimé, commence alors à tomber dans la drogue dure, cocaïne, héroïne. Il enregistre avec Sonny Rollins, Billie Holiday, Sarah Vaughan, termine de se battre contre son addiction dans la ferme de son père, puis, remis, réunit Kenny Clarke et Horace Silver pour écrire une nouvelle forme de jazz: le hard bop.
À la fin des années 50, alors devenu un musicien qui compte, Davis enregistre des albums comme, « Miles Ahead » (1957), »Porgy and Bess » (1958), »Sketches of Spain » (1959-1960), ou des morceaux tels que le « Round Midnight » de Thelonious Monk. En 1959, Miles Davis écrit un album qui constitue bientôt une pierre angulaire de son oeuvre musicale :  » Kind of Blue », essentiellement basé sur des improvisations sur des pièces qu’il a composé. Ensuite, en 1963, à ses côtés il intègre Ron Carter, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Tony Williams. Du sang neuf, pour un pas en avant vers le jazz électrique. En 1966, le groupe enregistrera « Miles smiles », puis ce sera « Sorcerer » et « Nefertiti » en 1967.
Alors que se faufile une révolution stylistique et sonore à l’autre des 70’s, Davis en profite pour peaufiner une musique jazz qui soit au rendez-vous de ce carrefour des genres jazz et rock. Le meilleur exemple en est l’album « Bitches Brew »(1970), sur lequel apparaissent le guitariste écossais John Mac Laughlin et le claviériste autrichien Joe Zawinul.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est ascenseur-sous-echafaud.jpg

Si aux Etats-Unis, malgré le racisme ambiant, il est assez vite devenu un musicien reconnu qui avait pignon sur rue et tournait sans trop de difficultés, ce qui pour un musicien noir à l’époque, était une vraie performance. En France, il s’est fait connaître en réalisant en une prise (!), pendant sa projection, la musique du film « Ascenseur pour l’échafaud » (1958) de Louis Malle, avec la jeune Jeanne Moreau. Un tour de force qui marqua les esprits et forgea encore davantage sa légende.

Miles Davis était un perfectionniste. Jusqu’à l’insupportable pour certains des musiciens et techniciens qui l’ont côtoyés tout au long de sa carrière. Mais il savait reconnaître le talent de ses partenaires, et leur laisser champ libre quand cela était utile pour la musique et pour le le show sur scène. Nombre d’entre eux, de John Coltrane à Chick Corea, en passant par Mike Stern, Herbie Hancock, John Scofield, et j’en oublie, ont tiré bénéfice d’avoir été partenaires du maître.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est doobopmd.jpg

Musicalement, si Miles Davis était un homme ouvert d’esprit (son album posthume « Doo bop », photo ci-dessus, sorti en 1992, aux influences rap en est la parfaite illustration), il était également à l’affût de tout, du moindre incident musical sur lequel il pourrait éventuellement rebondir. Chick Corea raconte à ce sujet qu’un soir, lors d’un concert, il commet une erreur d’accord au piano, jouant ainsi une mauvaise note. « Immédiatement, dit-il, Miles s’est tourné vers moi, s’est servi de cette fausse note pour démarrer un solo ». Le génie dans sa plus belle expression. A l’affût de tout. Pour servir son art, la musique. A propos de se tourner, Miles Davis avait pris une habitude, très tôt, celle de tourner le dos au public parfois pendant ses concerts, sur certains morceaux, ce qui fut pris par le public et les critiques de l’époque pour du mépris. Il gardera cette habitude tout au long de sa carrière, expliquant que c’était une façon pour lui de mieux être en harmonie avec son instrument, avec ses musiciens.
Malgré un succès qui ne se dément pas, des collaborations et projets à foison, Miles Davis, comme tout artiste, génial de surcroît, connaît des périodes de doutes très fortes. C’est ainsi qu’entre 1974 et 1979, le trompettiste va se retirer du monde qui l’entoure, de la scène, des studios, pour ne se consacrer qu’à lui-même. Une parenthèse sans création qui va s’avère bénéfique et salvatrice pour Davis. Plus tard, lors d’une interview donnée lors d’un passage à passage à Paris en 1989, il évoquera cette période et dira qu’il a mis 3 ans à retrouver ce son si particulier qui est le sien. « Certains jours je me suis trouvé vraiment nul », confie-t-il.

Dans les années 80, il fera appel au bassiste et producteur Marcus Miller (David Sanborn, Luther Vandross..), qui collaborera avec lui sur tous les albums au cours de la décennie (« The man with the horn » ; «  »We want Miles » ; « Star people »; « Tutu », qui fera un carton à sa sortie ; « Music from siesta » ; « Amandla », qui marque un retour aux racines africaines). Dans la décennie 80-90, Miles Davis, outre Marcus Miller, va engager nombre de jeunes musiciens de la scène jazz-rock, à savoir John Scofield, Mike Stern, le bassiste Darryl Jones (aujourd’hui au sein des Rolling Stones), les saxophonistes Kenny Garrett et Bill Evans, mais aussi le percussionniste Mino Cinelu. Avec eux, il va donc construire un nouveau répertoire, plus rock, un nouveau son, aidé par Marcus Miller. Il va ainsi permettre à un public plus large de venir au jazz, dont il jugeait l’audience trop limitée. Par ailleurs, il va s’attaquer au répertoire d’icônes de la pop-music comme Michael Jackson ou Cindy Lauper. Ainsi il sort des sentiers du jazz, devient un musicien qui transcende les genres musicaux. Finie l’image du pur jazzman, Miles Davis est devenu lui aussi un pop-star. Pour enregistrer « Tutu » en 1986, en conflit avec sa maison de disques, qui ne lui accorde pas les droits sur ses propres morceaux, il s’en remet donc à Marcus Miller. La collaboration sera un franc succès, l’album aussi. Du coup, ils remettent ça en 1989 pour « Amandla ». Là aussi, le succès est au rendez-vous. Preuve qu’il est devenu un musicien apprécié des stars du rock, le groupe américain Toto l’appelle pour jouer sur « Can’t stop me now », qui figure sur l’album « Farenheit ». Dans la foulée il enregistre des sessions avec le regretté génial Prince. Il existe parait-il un disque témoin de cela, mais il est enfermé dans le coffre fort de Paisley Park, la résidence-studios où résidait et enregistrait le kid de Minneapolis.

Jusqu’à son décès, ce fameux et triste 28 septembre 1991, il va multiplier les disques, concerts, en Europe notamment, dans les grands festivals comme celui de Vienne. Véritable star mondiale, ayant dépassé depuis longtemps, par sa volonté, les simples frontières du jazz, Miles Davis est demandé partout. Chaque grand festival veut s’enorgueillir de sa présence, ce qui garantit des recettes commerciales et des retombées médiatique importantes. Le musicien-star est devenu un produit qu’on s’arrache.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est milesaheadfilm.jpg
Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est doncheadlemilesdavis.jpg

En 2014, pour rendre hommage à cet immense artiste, l’acteur américain Don Cheadle (photo ci-dessus) lance une souscription pour financer un film sur Miles Davis, qui s’appellera  « Miles Ahead« (affiche ci-dessus), en référence à l’album du même nom sorti en 1957, avec également Ewan Mac Gregor. Don Cheadle apprend la trompette pour l’occasion, mais ce sont bien les morceaux de Davis qui servent la bande-sonore du film. Le film sortira en octobre 2015 au festival de New-York.

Parti alors qu’il avait sans aucun doute encore beaucoup de musique à créer, partager, de rencontres nouvelles à initier, de talents à révéler, il laisse un héritage musical immense qui court sur près de 50 ans, varié, complexe, à la hauteur du musicien prolifique qu’il était, . Son empreinte est indélébile dans l’histoire du jazz, dans l’histoire de la musique du 20ème siècle. Il y a un avant Miles Davis. Il y a désormais,1991, un après Miles Davis. Nombre de jeunes musiciens, trompettistes ou simples compositeurs, perpétuent son oeuvre, son travail.

Guillaume.

Malmsteen, l’imagination évaporée.



Par le passé, j’ai déjà chroniqué ici ce guitariste. Le virtuose suédois Yngwie Malmsteen, après des productions précédentes, « Blue Lightning » (2019) et « World on fire » (2016) d’inégales qualités, revient avec un nouvel album, sobrement intitulé « (Si vis Pacem) Parabellum« , au dessin de pochette totalement raté. Il nous livre ici une oeuvre qui, si elle contient comme d’habitude des morceaux de musique classique, cette fois écrits par lui-même, ne m’est pas apparu comme un grand disque du génie nordique. Je m’explique.

Depuis 1984 et la sortie de son premier disque « Yngwie.J Malmsteen », avec une pochette représentant une guitare prise dans un feu, je l’ai découvert et apprécié dans les albums suivants comme « Rising Force », puis « Trilogy », « Odyssey », qui révélaient un instrumentiste surdoué, rapide, capable de jouer des oeuvres de compositeurs classiques à la guitare électrique (notamment Bach, Paganini, Vivaldi), j’avais vu évoluer ce musicien génial au fil des albums. Son caractère ombrageux, mégalo, parfois tyrannique avec ses musiciens, sur scène comme en studio, ont très vite fait de le cataloguer comme un personnage compliqué, difficile à gérer. Mais n’est-ce pas une firme de destin des génies, dans le cas qui nous occupe, dans le hard-rock ? Ritchie Blackmore (Deep Purple, Rainbow), ou encore Tony Iommi (Black Sabbath), voire Michael Schenker (MSG), ont eu le même genre de réputation.

Pour en revenir au suédois qui nous occupe ici, ses derniers disques étant inégaux en qualité, chaque nouvel album reste néanmoins un événement dans la sphère du Hard-rock. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec sa dernière production musicale, « Parabellum« .

Force est de constater que ce disque  qu’il produit et dont il a écrit tous les morceaux, contient quelques pépites mais beaucoup de choses restent sans trop de saveur, la faute sans doute à deux éléments que sont le manque de réelles inspirations, l’autre que si effectivement, il sait depuis toujours adapter de fort belle manière les morceaux de musique classique, là aussi cela devient pour l’auditeur une non surprise, car sa dextérité est souvent accompagnée voire couverte par un son énorme de basse-batterie. Ça gâche le propos.

Dès le départ, c’est un tonitruant « Wolves at the door », qui nous cueille. D’abord lourd et insipide, le morceau devient intéressant dès que Malmsteen passe en mode classique, pendant que la batterie agit comme un rouleau compresseur. « Presto Vivace in C minor » qu’il a lui-même écrit, semble une pale copie d’un morceau de Vivaldi. Le titre suivant, « Relentless fury », nous fait retrouver cette rythmique lourde, une voix intéressante, et un clavier inaudible (ah bon il y en a un ???). Le reste, c’est le prodige suédois qui s’en occupe. Sans forcer son talent, il assure, mais ça ne surprend jamais l’auditeur. Nous voilà rendus au titre éponyme de l’album « (Si vis pacem) Parabellum ». Un train lancé à toute allure nous déboule pleine face, le sentiment que la batterie va exploser, un clavier enfin audible et une guitare virevoltante. Malmsteen tient peut-être là son hit de l’album. « Eternal bliss », qui suit, démarre comme une balade, guitare en mode acoustique. Le chant est clairement mis en avant. Plaisant. Puis le maître reprend le dessus et délivre un solo, qu’on a le sentiment de lui avoir déjà entendu jouer. Ensuite, c’est une Toccata, écrite par lui-même, qu’il nous délivre. Le côté fast and furious de son jeu, comme de cette batterie omniprésente, rend le morceau vraiment décevant. « God Particle » semble un brin aérien, mélodieux, puis avec « Magic Bullet », Malmsteen endosse à nouveau le costume de mangeur de notes jouées ultra rapidement. Sans feeling, ni émotions. Pour terminer cet album, nous avons droit à « (Fight) The Good Fight » sans intérêt avant de découvrir « Sea of Tranquility », morceau loin d’avoir un caractère lunaire.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est sv2021.jpg

 

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est js2021.jpg


A l’inverse de ses confrères Steve Vaï ou Joe Satriani (photos ci-dessus), qui eux, album après album, cherchent à se renouveler, et y parviennent en expérimentant des sons, des mélodies nouvelles, avec un son résolument moderne, puissant certes mais parfaitement maîtrisé et au service d’une technique irréprochable, écouter Malmsteen devient avec le temps une gageure. Car oui, bien entendu, lui aussi maîtrise son instrument comme peu de ses confrères le pourraient, néanmoins, avec les années, on en vient à chercher le plaisir, le morceau qui sur chaque nouvel album fera date et deviendra un standard de son répertoire. 

Au final, vous l’aurez compris, j’ai été fort déçu par cet album d’un guitariste qui ne semble plus savoir comment rester au top. Sa source musicale se tarit et c’est fort dommage tant le musicien est talentueux.

Je vous laisse avec des extraits de son nouvel album, ainsi qu’avec d’autres vidéos montrant le talent du guitariste suédois.

Guillaume.

Sélène Saint-Aimé entre dans la danse.


« Mare Undarum » est le premier opus que concocte, pour notre plus grand plaisir d’auditeurs-trices mélomanes la contrebassiste-chanteuse française Sélène Sain-Aimé. Si à l’origine, Sélène se prédestinait davantage au chant qu’à la contrebasse, lorsqu’elle vit Avishai Cohen, elle a eu comme une révélation, au festival de jazz de Sannois, alors qu’elle y travaille en tant que bénévole. C’est l’occasion de la découverte du jazz. Donc, désormais la contrebasse qui aura ses faveurs. D’autant que selon elle, cet instrument pourtant massif, offre la possibilité de jouer très rapidement en groupe, que ce soit en duo, trio ou plus. détestant les étiquettes, elle refuse obstinément, et je trouve qu’elle a cent fois raison d’être comparée à la contrebassiste américaine Esperanza Spalding. Chacune possède une démarche, un univers bien distinct. Spalding navigue depuis près de dix ans dans le monde du jazz, Sélène Saint-Aimé y débarque discographiquement, bien qu’ayant déjà bénéficié de collaborations prestigieuses telles que celles de Ron Carter ou Steve Coleman, qu’elle avait rencontré à Montreuil, en région parisienne, lors d’une master class, avant de le suivre à New-York et de bénéficier de ses conseils avisés, de sa rigueur, de son approche musicale.

Cette musicienne curieuse de sonorités diverses, s’envolera pour Cuba, le Maroc ou la Martinique, terre de ses racines, sans oublier quelques incursions en terrain classique avec des adaptations de Villa-Lobos ou Moussorgsky. Et le « Mare Undarum » est le résultat de ces voyages, de ces nourritures sonores ingurgitées, digérées patiemment, tranquillement. Mais justement arrêtons-nous dessus.

C’est justement « Mare undarum, part.1 » qui ouvre l’album. Ce qui frappe d’entrée l’auditeur est l’aspect free, un brin éclaté du morceau, avec d’abord la voix puis la contrebasse et ensuite le reste des instruments qui s’insèrent, conférant une ambiance des plus étranges. « Feuillée et Beer » est sur cette même lancée, cependant ici Sélène Saint-Aimé nous convie à un dialogue entre la voix et la contrebasse. Avec « Paene Umbra : Chez Rosa B. », la contrebassiste laisse parler son imposant instrument. Très beau. Avant de s’exprimer de manière très courte, puis de laisser son instrument reprendre le lead. Elle lui laisse libre cour, le rendant très expressif. D’abord intimiste, le morceau se termine sur un aspect fanfare, qui laisse à penser qu’en live, ça peut vite aller plus loin. « Valsa Choro » est donc une valse, lente pour le coup sur laquelle vient se poser la voix de Sélène en un langage inventé. Après, c’est un « Rings of Neptune », morceau ou percussions et trompette sont en lead, entraînant, presque envoûtant. Sur « Partialis », elle nous offre sa voix en ouverture, d’abord en vocalises puis cela s’enchaîne avec le deuxième chapitre de « Mare Undarum », sur fond de contrebasse et percussions, elle se fait récitante, puis la voix se retire, un violon prend place, plaintif, blessé. Fidèle à sa démarche Sélène Saint-Aimé, nous emmène par sa voix, dans des sphères proches de la folie, tandis que les instruments agissent en contrepoint. Dans « Totalis », elle conserve cette dualité musique-voix chantée, ce caractère mystérieux. Comme sur le reste du disque, l’ambiance se veut très aérée, épurée même parfois. Enfin pour terminer son album, la contrebassiste nous propose un « Cum mortuis in lingua mortua », ce qui pour moi ressemble à une sorte de marche funèbre. Une fin étrange et bien sombre pour un album plutôt lumineux, aérien, prometteur, qui donne envie d’écouter la suite le plus vite possible. L’ensemble de cet album est très agréable à écouter, parfois déroutant, mais il nous amène vers des rivages sonores et rythmiques inattendus. Et c’est ce qui parfois fait le sel des découvertes, la belle surprise. Car ce disque révèle l’évidence : Sélène Saint-Aimé possède talent et personnalité. 

Guillaume.

Happy 50’s birthday To the Persuaders.


1971 est une année à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire des séries télévisées. En effet, l’une d’elles, d’origine anglaise intitulée « The Persuaders« , regroupant deux acteurs aux personnalités opposées, à savoir l’anglais Roger Moore, et l’américain Tony Curtis, va débarquer sur les écrans de télévisions anglais d’abord, puis français sous le nom de « Amicalement vôtre« . Le premier épisode sera diffusé à la télévision anglaise le 17 septembre 1971, le dernier le 25 février 1972, soit seulement 24 épisodes. Une vie télévisuelle courte pour une série qui va devenir pourtant culte. A la télévision française le premier épisode sera diffusé le 3 octobre 1972. Le public adhèrera immédiatement à ces deux héros dont les aventures deviennent un rendez-vous télévisuel le samedi après-midi. Roger Moore et Tony Curtis, déjà stars de cinéma, vont « rencontrer » un nouveau public, celui des téléspectateurs de l’époque, puis génération après génération, cette série va devenir un classique, un repère quand on évoque le mot « série télévisée ». 

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est dino-246-gt.jpg

 

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est aston-martin-dbs-roger-moore.jpg

Dans la série, Roger Moore incarne Lord Brett Sinclair, descendant d’une longue lignée aristocratique anglaise. Tony Curtis lui joue le rôle de Danny Wilde, expert en finances, qui a réussi dans les affaires. Bien que tout les oppose, origines, éducations, études, milieu social, langage, fortune, un juge à la retraite, le juge Felton, interprété par  Laurence Naismith, va les associer pour résoudre différentes affaires criminelles. Leur haine commune de l’injustice devrait suffire à les réunir. L’alchimie se fera d’elle même pense t-il. La rencontre est d’ailleurs le thème du premier épisode de la série, autour d’une affaire qui se passe à Monaco. Pour compléter le portrait des 2 hommes, chacun roule dans une voiture de sport particulière. Ce sera une Ferrari Jaune, une Dino 246 GT jaune (première photo ci-dessus) pour Tony Curtis-Danny Wilde et une Aston Martin DBS bleu marine (deuxième photo ci-dessus) pour Roger Moore-Lord Brett Sinclair. Enfin la musique de la série, notamment du générique, à été confiée à un certain John Barry (photo ci-dessous, auteur parmi d’autres, des musiques des « James Bond », mais aussi de « Danse avec les Loups », « Out of Africa », »Macadam Cowboy », « King Kong », »Le jeu de la mort », « Cotton Club », « Chaplin », ou encore « La poursuite impitoyable »). Puisque j’évoque le générique, l’idée géniale de mettre en parallèle les 2 protagonistes à travers des photos personnelles ou des montages pour l’occasion, est une superbe trouvaille, qui tranche avec les génériques habituels, parfois lourdingues. Un vent d’air frais souffle avec cette nouvelle série, et le ton rempli d’humour anglais, les allures résolument modernes et décontractées de Moore et Curtis à l’écran, leur complicité de jeu évidente, en plus de la mise en scène souvent très réussie des épisodes successifs, rend cet « Amicalement vôtre « attrayant, agréable à regarder.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est john-barry.jpg

Mais pour que cette série anglaise fonctionne à l’étranger, notamment en France, il faut trouver des acteurs qui assurent un doublage de grande qualité et fidèle à l’esprit initial. La tâche fur confiée à Michel Roux pour doubler Tony Curtis, Claude Bertrand pour être la voix française de Roger Moore. Laurence Naismith quant à lui sera doublé successivement par Emile Duard puis Jean-Henri Chambois. 

On le dit souvent, mais là ce fut vraiment le cas, le doublage très réussi par Michel Roux et Claude Bertrand, à fait de ces personnages des êtres attachants, drôles, parfois maladroits, bref en somme très proches des archétypes français, ajoutez à cela une dose d’action, d’humour un rien british, d’autodérision également, et vous obtenez une série qui à l’époque a très vite séduit les téléspectateurs-trices français-ses. Cette série, dans sa version française, sera d’ailleurs, après sa première période de diffusion, rediffusée plusieurs fois dans les années 80 lors d’après-midi consacrées aux séries télévisées, aux côtés des autres classiques de l’époque telles « Les Mystères de l’Ouest », « Les Envahisseurs » (chers à David Vincent), « Cosmos 1999 » ou encore « Dallas ». Je suppose que ces noms vont rappeler des souvenirs à certains-certaines d’entre vous. En France, très souvent, les séries anglaises ou américaines, donc les acteurs ou actrices américains-nes avaient une vraie popularité grâce au travail de doublage effectué, et souvent d’ailleurs, cela débouchait sur des collaborations à distance à long terme entre les acteurs-trices concerné(e(s) et les comédiens-comédiennes chargé(e(s) du doublage. 

Cette série fête donc cette année ses 50 ans d’existence. Comme disent nos cousins anglo-saxons : Happy Birthday  dear Persuaders ! Et comme on dit en France : Amicalement Vôtre !

Je vous laisse avec le générique mythique de cette série, sous trois formes différentes, ainsi que quelques-unes des musiques de films écrites et orchestrées par John Barry.

Guillaume.

Belmondo, Eternel Magnifique.


Il y a des jours, on n’aime pas écouter les infos. En ce 6 septembre 2021, une nouvelle est venue assombrir une journée pourtant placée sous le signe du soleil. En effet, vers 16h30, les médias ont annoncé le décès de l’un des derniers géants du cinéma français, un star qui a traversé plusieurs générations de comédiens, de réalisateurs, joué dans de multiples registres. Jean-Paul Belmondo, fils du sculpteur Paul Belmondo, à qui il avait d’ailleurs rendu hommage en ouvrant un musée à son nom, est donc parti rejoindre ses amis Gabin, Blier, Ventura, et la bande du Conservatoire, Marielle, Rochefort, Noiret, Bedos, Cremer, au Paradis des acteurs. Michel Audiard sera content de lui tailler à nouveau des dialogues sur mesure. Nul doute qu’il a été bien accueilli Là-Haut.

Apparu à la fin des années 50 sur grand écran, dans « sois belle et tais-toi » (1957) de Marc Allégret, sur lequel il rencontre et se lie d’amitié avec un débutant nommé Alain Delon, il connaitra le début du succès grâce au cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard qui le fait tourner dans « A bout de souffle » (1960), aux côtés de Jean Seberg. Avec Godard, il tournera deux autres films, « Une femme est une femme » en 1961″ puis « Pierrot le fou » en 1965. Puis très vite, des réalisateurs comme Jean-Pierre Melville vont le solliciter pour tourner « Léon Morin Prêtre » en 1961, puis « Le Doulos » l’année suivante. En 1962, il s’essaye à un nouveau registre, le film d’époque, sous la caméra de Philippe de Broca, dans « Cartouche ». Cette même année il tournée « Un singe en hiver » de Henri Verneuil (première photo ci-dessus), aux côté du patriarche du cinéma français de l’époque, Jean Gabin, avec des dialogues signés Michel Audiard, et du troisième homme, Paul Frankeur, avec également Suzanne Flon. Puis ce sera les succès, d’abord « L’homme de Rio » de De Broca, « Cent Mille dollars au soleil » où il retrouve Henri Verneuil, avec comme complices de jeu Lino Ventura, Bernard Blier (deuxième photo ci-dessus) ainsi que Gert Fröbe, et donc en 1965, le fameux « Pierrot le fou » de Jean-Luc Godard. Après un petit rôle dans le film-fresque « Paris brûle-t-il? » (1966), aux côtés de Alain Delon, Yves Montand, Pierre Dux, Kirk Douglas, Glenn Ford, Anthony Perkins, Orson Welles. En 1969, il va se tourner résolument vers la comédie avec des films comme « Le cerveau » de Gérard Oury, où il côtoie Bourvil et le comédien anglais David Niven, puis « La sirène du Mississippi », réalisé par François Truffaut, avec pour partenaire féminine Catherine Deneuve. Après il s’est mis au polar en tournant « Borsalino », avec son ami Alain Delon, en 1970, sous les ordres de Jacques Deray, avant de retrouver Henri Verneuil dans « Le Casse », en 1971, avec pour partenaire de jeu Omar Shariff. Par la suite il tournera « L’héritier » de Philippe Labro en 1972, « l’Affaire Stavisky » d’Alain Resnais en 1974, « l’Alpagueur » et « Le corps de mon ennemi » en 1976, respectivement avec Philippe Labro et Henri Verneuil, qu’il avait côtoyé pour « Peur sur la ville » en 1975.


Dans la décennie suivante, il se cantonne à des rôles de flic solitaire, aux méthodes parfois musclées, pour dénoncer les réseaux de trafic de drogue, et tout ce qui a trait au grand banditisme. Après avec « Le Guignolo », comédie de 1980, qui rassemble Pierre Vernier, Michel Galabru, Philippe Castelli, La fameuse scène finale de son échappée suspendu à un hélicoptère au dessus de Venise est dans toutes les mémoires (photo ci-dessous).


En 1981, il interprète Joss Beaumont, mercenaire mandaté pour abattre un chef d’état africain en visite en France dans « le Professionnel », film où il retrouve Pierre Vernier, Michel Beaune, Robert Hossein. Ce film sera un gros succès public malgré la scène finale où Belmondo meurt ( second  film avec une telle fin, avec « Borsalino », où il meurt dans les bras d’Alain Delon). En 1983 et 1987, il tourne deux films policiers de moyenne facture, « Le Marginal » d’abord, puis « Le Solitaire ». Enfin, en 1988,, il a un très beau rôle, celui d’un homme d’affaires retiré en Afrique, qui forme un jeune homme (Richard Anconina, la scène de leur fac à face est mythique), dans « Itinéraire d’un enfant gâté », réalisé par Claude Lelouch.

Ce titre lui va très bien. Car Belmondo, parti de loin au Conservatoire, recalé deux fois au concours final, a finalement entamé et fait une carrière riche de grands rôles aux côtés des plus grands acteurs et grandes actrices de la seconde moitié du 20ème siècle : Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura, Blier, Richard Anconina, Guy Marchand, Jacques Villeret, Jean-Pierre Marielle, Deneuve, Omar Shariff, Michel Beaune, Sami Naceri, Jean Dujardin, Suzanne Fion, Jacqueline Bisset, Ursula Andress, Claudia Cardinale, Sophie Marceau, Rosy Varte, Marie-France Pisier, et j’en oublie sûrement. Derrière son air rieur, farceur, il était un grand professionnel, méticuleux, réglant lui-même ses cascades, déconnant jusqu’au moment de dire « ça tourne! » et de jouer sa partition. Les plus belles expressions de son talent, outre « Itinéraire d’un enfant gâté » de Lelouch, sont à chercher au début de sa carrière, puis dans certains films des années 70’s, où il enchaine donc des rôles qui vont marquer les esprits de plusieurs générations, surtout parce que ses partenaires de jeu sont souvent de haut vol..

Son père, le sculpteur Paul Belmondo, se désespérait qu’il fasse un vrai métier. Aussi, lorsqu’il s’est engagé dans le théâtre puis le cinéma, ce fut un peu la soupe à la grimace. Mais le succès venant relativement vite pour ce jeune homme à l’allure singulière, au physique hors des canons de l’époque, à la gouaille parisienne, à l’esprit vif, les inquiétudes paternelles se levèrent vite. Et le jeune Belmondo prit son envol pour se faire une place au soleil du 7ème art.

Acteur devenu très populaire, c’était aussi un grand fan de sport en général, de boxe (photo ci-dessus) et de football en particulier. La boxe, il la pratiqua en amateur, et ne cessa jamais d’aller voir les grands combats nationaux ou les championnats du monde, quant au football, il avait débuté dans l’équipe des polymusclés, qui regroupait des sportifs, des journalistes, des comédiens, il était gardien de but. Les passionnés de foot, du Paris-Saint-Germain version Messi, seront peut-être contents d’apprendre que cette légende du cinéma a contribué, au début des années 70, à la naissance de leur club chéri. Il en fut un des présidents pendant un temps très court. Il avait bien sûr sa place dans la tribune principale du Parc des Princes, tout comme on le voyait à Roland-Garros en mai de chaque année, pour assister aux exploits des tennismen et tenniswomen. Ainsi aura-t-il vu successivement Borg, Lendl, Mac Enroe, Wilander, Noah, puis la période Nadal-Federer-Djokovic, et chez les femmes Chris Evert, Martina Navratilova, Monica Seles, Mary Pierce, Steffi Graf, Amélie Mauresmo, Serena Williams, et bien d’autres. Il dévorait le journal l’Equipe tous les matins.

Dans les années 90 et 2000, il tounera plusieurs films alors qu’il est affaibli depuis un accident vasculaire, qui lui vaudra une longue rééducation pour réapprendre à parler. On peut en retirer ses retrouvailles avec Alain Delon dans la comédie de Patrice Leconte « Une chance sur deux » avec Vanessa Paradis, en 1998. 6 ans plus tôt en 1992, il tournait avec Georges Lautner « L’inconnu dans la maison ».

Guillaume.

%d blogueurs aiment cette page :