Archives Mensuelles: novembre 2021

Tony Bennett, genèse d’une grande voix.


Tony Bennett. J’ai déjà évoqué ici-même cet immense artiste, chanteur-crooner contemporain de Franck « The Voice » Sinatra, lui-même sujet d’un article sur ce blog. J’ai donc déjà eu l’occasion d’évoquer toute l’admiration que je porte à ce géant du jazz, vu à l’Olympia il y a quelques années (spéciale dédicace à mon ami Florent avec qui j’ai partagé ce grand moment de musique, de jazz) avec son quartet et qui tenait à 91 ans une forme éblouissante. Il vient d’ailleurs de publier la suite de ses duos avec Lady Gaga (photo ci-dessous), dont leur reprise en duo de « My lady is a tramp » est loin de me séduire. Mais ce n’est pas pour ce disque que je vais ici écrire, non c’est pour évoquer la publication du double album intitulé « Five Classic Albums ». En effet, le fan de Bennett, comme celui où celle qui ne connaîtraient pas encore cet artiste, peuvent ici écouter 5 disques : « Tony Bennett Cloud 7 », « The beat of my heart », « Hometown, my town », « In person » et enfin « Tony Bennett-Count Basie swings, Bennett sings », connu aussi sous le titre « Bennett & Basie : Strike up the Band ».

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Mais commençons par le début, avec « Cloud 7« . Il s’agit, à l’époque, de son premier album studio, en 1955, sur lequel il enregistre des titres puisés dans le catalogue énorme de la musique populaire américaine alors en vigueur entre 1920 et 1960 (ère d’arrivée du rock). Son timbre de voix de crooner y fait merveille, collant parfaitement aux ambiances musicales successives qui lui sont proposées. Le chanteur se révèle être un interprète de grande qualité. On y trouve notamment « I fall in love too easylly », le fameux « My baby just cares for me », repris ensuite par Franck Sinatra, Nina Simone, Nat King Cole, George Michael, Michael Bublé entre autres, et « Old Devil Moon »,  titre aussi chanté par « The Voice », Peggy Lee, Sarah Vaughan, Jamie Cullum, Judy Garland, Rosemary Clooney et interprété en version instrumentale par Miles Davis, Ahmad Jamal, Sonny Rollins ou encore McCoy Tyner. Sur les autres titres de ce disque, la voix de velours, le phrasé précis de Bennett servent parfaitement les orchestrations. Il en va ainsi sur « Love Letters », « Give me the simple life », « While the music plays on ». Avec le swinguant « I can’t believe that you’re in in love with me », le côté crooner ressort et Bennett se lâche, pour notre plus grand bonheur. « Darn that dream », dernier titre de ce premier disque, est une bluette, qui à mon sens n’a guère d’intérêt.

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« The beat of my heart » est enregistré deux ans après « Cloud 7 », en 1957. Bennett aborde cet album avec le pianiste anglais Ralph Sharon, qui en sera également arrangeur et producteur. Tous les deux décident de donner une couleur particulière à ce disque en invitant des musiciens comme Chico Hamilton, Art Blakey ou Jo Jones. Cet album démarre fort avec le très joli titre éponyme, sur fond de guitare brésilienne, de percussions, pendant que Bennett s’amuse à chanter sur un rythme très rapide, parfois syncopé. S’en suit « Lazy Afternoon ». Piano, ambiance très calme, le chant domine tout. Une romance, balancée sans effort par ce crooner de grand talent. « Let there be love », un morceau initialement écrit par Nat King Cole, est ici mis en voix par Bennett avec une facilité déconcertante. « Lullaby of Broadway », qui enchaîne, révèle une orchestration basée sur les percussions, de cuivres, et Bennett y chante quasi à cappella. Superbe. Ce titre a également été chanté par Doris Day, Ella Fitzgerald, Dianne Reeves, Franck Sinatra, Ann Richards. Le chaloupant « So beats my heart for you », entre batterie au balais, cuivres et vibraphone, permet encore une fois à Tony Bennett de nous faire entendre son timbre clair, son phrasé classique mais ultra précis. Joli. « Let’s begin », morceau sur un rythme de bebop, un premier temps très semblable à une ballade, s’accélère. Toujours dans le mood de ces morceaux à bravoure vocale, « Love for sale » (voir le duo avec Lady Gaga en fin d’article), est là qui arrive, avec cette longue introduction en presque solo du premier couplet, juste soutenue par un discret piano. Après quoi, on retombe dans une ambiance latino, les percussions latinos et la batterie soutenant le tout remarquablement. « Crazy Rhythm » chanté sur une cadence rapide, fait pour moi partie des morceaux dispensables de cet album. Quand on écoute « Just one of those things », on pense tout de suite aux versions de Billie Holiday, Franck Sinatra, Ella Fitzgerald, ou Diana Krall, George Benson, mais là, de manière très surprenante, Bennett nous offre une version qui démarre sur des percussions, avant de s’emballer et de retrouver la forme classique de l’orchestre de jazz. Cette voie nouvelle explorée, pour déroutante qu’elle soit, est juste magnifique, entre rythmes presque tribaux et classique du jazz. « Army Air Corps song » débute comme les précédents. Décidément ce qui passait pour une nouveauté, devient un tic de répétition qui peut finir par lasser, par gâcher le plaisir. 

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« Hometown, my town« , sorti en 1959, toujours avec le complice Ralph Sharon au piano. La pochette donne le ton. Tony Bennett, sur le pont d’un bateau le ramenant à New-York, sa ville natale. Dès les premières notes de « Skysraper blues », donc, finies les escapades latinos, retour aux codes classiques, orchestre, swing, chant calibré sur des mélodies qui ne le sont pas moins. Bennett s’éclate, plaisante, bref, le plaisir du retour sur sa terre natale est ici pleinement exprimé. « Penthouse serenade » qui suit, c’est le morceau très doux par excellence, un morceau de retrouvailles avec sa bien-aimée (sa femme, New-York?, à vous de déterminer). Arrive « All by myself ». Non pas le titre de Céline Dion, avec cette fameuse note haut perchée tant attendue à chaque interprétation. Bel et bien un « All by myself » swinguant, balançant, un écrin de bon jazz, du plaisir en barre, une voix parfaite couvrant ce morceau. « I cover the waterfront », qui débute avec une pluie de violons, puis la voix et la clarinette, reste dans ce que Bennett sait faire de mieux. Ce morceau fut autrefois chanté par Billie Holiday ou Louis Armstrong, Franck Sinatra. « Love is here to stay », avant-dernier titre de cet album, et qui fut interprété par Dexter Gordon, Diana Krall et Tony Bennett en duo, Ella Fitzgerald, Carmen Mac Rae, Billie Holiday, Nat King Cole, Dinah Shore ou encore le pianiste Bill Evans, s’amène ici, sur un pas très swing, une foulée entrainante, tandis que le maestro nous distille son savoir faire vocal avec une aisance désarmante. « The party is over » (La fête est finie).. oui la fête de ce disque se termine avec ce morceau. Entre blues, désenchantement, nostalgie, sur fond de cuivres, de cordes, Bennett nous montre là une palette inhabituelle de sa voix, plaintive sans en faire trop. Superbe.

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Toujours en 1959, Tony Bennett va faire une rencontre artistique importante. En effet il va travailler avec le légendaire musicien, compositeur et chef d’orchestre Count Basie (photo ci-dessus). Ensemble ils enregistrent « In person« . L’histoire de ce disque est spéciale. Prévu pour être enregistré live en mono au Latin Casino de Philadelphie en novembre 1958, il sera finalement réalisé un mois plus tard en studio, sous la houlette du producteur Al Ham, qui souhaitait une version stéréo. De faux applaudissements furent rajoutés. L’accueil reçu fur mitigé, jusqu’à sa ressortie en 1994, en version remixée. Dans son autobiographie publiée en 2007 dont le titre est « The good life » (en référence à sa chanson enregistrée en 1963, sur l’album « I wanna be around », qui est une adaptation du titre « La Belle Vie » écrite en 1962 par Jean Broussole, Jack Reardon et Sacha Distel, photo ci-dessous), Bennett, parlant de cet album, avoue n’avoir jamais compris pourquoi le disque ne fut pas enregistré live comme prévu et lui préfère le second enregistré avec Count Basie et son orchestre « Strike up the band ».

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Avec « Count Basie swings, Bennett sings » également connu sous le nom de « Strike up the band » ce disque, daté de 1959, est la deuxième collaboration artistique entre Bennett et cette autre légende du jazz qu’est Count Basie. Tout débute par « I’ve grown accustomed to her song », morceau lent à souhait, ambiance romance, cuivres lents, un brin guimauve à mon goût. « Jeepers Creepers » heureusement nous réveille et nous emmène dans les bas-fonds des clubs de jazz, ça swingue, danse, le piano est léger, la rythmique se fait ronde, la voix de Bennett claire, précise. Avec « Growing pains », l’ambiance retombe, s’en remettant au seul talent vocal de Bennett soutenu par les instruments à l’arrière. « Poor little rich girl », ça swingue à nouveau, certes de manière douce et tranquille, quasi feutrée, mais enfin ça s’énerve un peu, les cuivres prenant peu à peu leur place de soutien. « Strike up the Band », qui donne son titre à l’album, est un morceau plein d’énergie, court certes, mais franchement, l’orchestre de Basie se donne à fond, et Bennett n’est pas en reste par dessus. Vient ensuite « Chicago », véritable déclaration à la ville de l’Illinois, située sur le lac Michigan, et dont une des nombreuses célébrités reste le fameux n°23 des Bulls, Mister Michael Jordan. Avec « I’ll guess I’ll have to change my plan », le crooner nous régale de son timbre de voix précis, fluide, clair. Parfois le chanteur donne le sentiment de courir un peu derrière le ryhtme effréné des orchestrations du Count. Mais ça ne reste que très rare. 

Au final, ce coffret est tout de même un régal pour celles et ceux qui aiment le jazz vocal, le swing, les crooners, Tony Bennett, la musique bien orchestrée. Je vous laisse avec une sélection de titres, ainsi que quelques reprises.  

Guillaume.

Freddie Mercury : 24 novembre 1991, la voix de la Reine s’éteint dans la nuit.


De son vrai nom Farrokh Bulsara, né à Stone Town en Tanzanie, en 1946, Freddie Mercury s’est envolé il y a 30 ans, au paradis des chanteurs de rock, le 24 novembre 1991, après avoir révélé par un communiqué la veille au monde entier être atteint du sida, maladie qui avait émergée dans les années 80 et causé depuis beaucoup de décès, faute de remède, de vaccin ou autre solution médicale efficace. Il n’existe d’ailleurs toujours pas de vaccin contre cette maladie, près de 40 après son apparition.

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Avant de devenir le chanteur de rock que l’on a connu, le jeune Farrokh Bulsara ( issu du nom de la ville originaire de ses parents, Bulsar), va grandir en Inde, notamment chez sa tante, auprès de qui il poursuit ses études, en 1953. S’il est un bon élève, dans l’école St. Peter Boy’s School où il se trouve, il est attiré par la boxe et par ailleurs comme il obtient de très bons résultats en musique, le proviseur avise ses parents de lui payer des études, parallèlement à ses cours traditionnels. Ce que font ses parents, en payant à leur jeune fils des cours de piano. En plus de cela, Farrokh intègre la chorale de son école et participe aux spectacles. Cinq ans plus tard,  En 1958, alors qu’il fréquente la Saint-Mary High Schiller grâce à en partie à ses qualités musicales, il intègre un groupe de rock, les Hectics, et obtient son surnom de Frederick, puis très vite ce sera Freddie, que ses camarades de classe et même ses parents trouveront plus simple d’usage, à mémoriser. Avec ce groupe, composé de cinq musiciens, il joue principalement du rock’n’roll, surtout du Elvis Presley.

En 1964, après un détour par Zanzibar, puis un départ précipité dû aux évènements locaux qui provoquent la chute du Sultan, aboutissant à la création de l’état de la Tanzanie, Freddie et ses parents rentrent aux Royaume-Uni. Là, vivant près de Heathrow il s’inscrit à l’école polytechnique, bien décidé à poursuivre ses études artistiques, puis découvre successivement Jimi Hendrix, les Beatles, enfin Liza Minnelli dont il admire sa façon de se donner au public sur scène, et continue de chanter Elvis Presley, à qui il rend hommage avec « Crazy little thing called love ». Deux ans plus tard, il essaiera de rentrer au sein du groupe Smile, sans succès. Dans ce groupe, dont il est proche du chanteur, figurent deux noms à retenir : Roger Taylor et Brian May. En 1969, il participe à une tournée des groupe Smile et Ibex. Bientôt Freddie Mercury et Roger Taylor ne se quittent plus. Ainsi jusqu’en 1970, et la création du groupe Queen, Freddie Mercury va-t-il trainer de groupe en groupe.

Freddie Mercury va fonder, au début des années 70’s, le groupe Queen en compagnie de trois autres musiciens : le guitariste Brian May, et le batteur Roger Taylor. Le bassiste John Deacon les rejoindra en 1971. L’anecdote veut que ce soit suite à une audition du groupe Smile, pour le label Mercury records, et pour lequel l’ex chanteur découragé du résultat, a quitté le navire, laissant la place à Freddie Mercury, ce dernier décidant alors unilatéralement de changer le nom du groupe pour devenir Queen. Bientôt la force de ce groupe va résider dans le fait que tous les musiciens sont des auteurs-compositeurs, ce qui va nourrir naturellement le répertoire qu’ils vont élaborer au fil des albums, au fil des années. Là-dessus s’ajoute que Freddie Mercury, qui possède un tessiture vocale très large, et une technique issue de l’opéra, va permettre au groupe de proposer des morceaux dans lesquels il va pouvoir exprimer toute sa palette vocale. Il est notamment l’auteur de plusieurs tubes du groupe, comme « Bohemian Rhapsody », »Love of my life », Somebody to love », « We are the champions », « Don’t stop me now », « Crazy Little thing called love ». Tous ces titres figurent d’ailleurs sur le magnifique live at Wembley de 1986 où Mercury est au sommet de son art vocal et scénique. Je recommande autant la version musicale que vidéo de ce concert car le son y est exceptionnel, l’ambiance incroyable, et l’osmose entre Mercury et le public anglais totale.

Fort de son parcours artistique initial, c’est lui qui dessinera le logo du groupe, avec la lettre Q entouré des quatre signes astrologiques des membres du groupe. Il est aussi, avec ses partenaires, toujours à l’affut de la novation, et notamment dans le domaine visuel, voire vidéo. Les clips sont souvent hauts en couleurs, ou techniquement avant-gardistes. le personnage de Mercury se révèle alors dans toute sa palette de comédie face à la caméra. Il n’est pas seulement compositeur, chanteur, dessinateur, il est également un vrai acteur, n’hésitant pas à se vêtir de tenues excentriques, la vraie figure de proue du groupe.

Dans les années 80, Freddie Mercury et Queen vont connaître un succès grandissant, puis énorme. D’abord, en 1983, Mercury rencontre le musicien-producteur américain Giorgio Moroder qui travaille sur une adaptation de « Metropolis » de Fritz Lang, en colorisant les images et y ajoutant une musique contemporaine. Mercury participe au projet. de là naît la chanson « Love Kills », qui sera le premier single de Mercury en 1984. L’année suivante, 1985, est surtout marquée par un évènement médiatique et musical mondial organisé par un musicien anglais, en faveur des pays africains : Le Live Aid. L’idée est simple, réunir sur scène, à Londres et Philadelphie, le 13 juillet, le gratin des stars anglo-saxonnes du rock et de la pop music. Prouesse technique, prouesse musicale, réussite totale, devant des foules énormes et en mondiovision devant plus de 2 milliards de personnes !! Queen et Mercury assure un show extraordinaire, volant presque la vedette aux autres participants!!

En 1985 il va enregistrer son premier album solo intitulé « Mr. Bad Guy » sur lequel figurent des titres comme « Mr. Bad Guy », « Made in heaven » (qui sera le titre du dernier album de Queen où il apparaîtra), « I was born to love you », et « Living on my own ». Le second album solo, « Barcelona », viendra 3 ans plus tard, et contiendra notamment ce fameux duo avec la cantatrice catalane Montserrat Caballé sur le titre « Barcelona » (photo ci-dessous) enregistré en prévision des prochains JO d’été qui auront lieu en 1992 à Barcelone. Il avait rencontré la cantatrice en 1983, à la suite de l’une de ses prestations dans un opéra. C’est là que l’idée d’un album en duo avait germé.

En 1986, Freddie Mercury et Queen travaillent sur l’album « A kind of magic », qui doit servir de support musical au film « Highlander », avec Christophe Lambert et Sean Connery. L’album sera un véritable succès commercial, une tournée succèdera pour présenter ce disque en Europe. Mais le spectre de la maladie venant gêner de plus en plus Freddie Mercury, le fatiguer, ce sera de fait la dernière tournée du groupe, qui dès lors réfléchit à se produire dans des lieux uniques, de moyennes ou grandes tailles. Le symbole de cela restera bien sûr les concerts de Wembley en 1986, où Mercury donnera sa pleine mesure, faisant chanter la foule du stade et présentant une version sublime de « Bohemian Rhapsody ». Le 9 août, le groupe pour son ultime concert, se produira à Knebworth, arrivant en hélicoptère, comme l’avait fait Elvis Presley lors de son concert à Hawaï en 1973. Le Magic Tour s’avère être un succès, le Live Magic qui en découlera le sera aussi.

En 1987, il enregistre « The Great Pretender », version revisitée du titre des Platters. La vidé qui accompagne ce titre le voit recomposer tout ses personnages des vidéos précédentes réalisées avec Queen ou en solo. C’est aussi cette année-là que son médecin lui annonce qu’il est atteint du sida. L’année d’après, il publie, en duo avec Montserrat Caballé, l’album « Barcelona », qui contient donc ce fameux duo évoqué plus haut. Un moment magique pour celui qui a toujours rêvé de chanter de l’opéra, de se frotter à cet univers musical, lui qui avait des capacités techniques vocales incroyables.

En 1990-1991, lors de l’enregistrement du dernier album du groupe dans sa formation complète, « Innuendo », et alors qu’il est très malade, affaibli, Mercury parvient à chanter plusieurs titres. Sur « Mother Love », Brian May est obligé de chanter le dernier couplet tant Mercury est fatigué, et il enregistre de même « Show must go on ». Inquiet face à l’état de son ami, May lui demande s’ il se sent capable de la chanter, ce à quoi répond Mercury « Bien sûr, mec! ». Et selon May, et tous les témoins de la séance d’enregistrement de ce titre, il a « tout explosé ». Un ultime témoignage vocal pour l’éternité pour ses fans.

En 1995, quatre ans après le décès de Freddie Mercury, les trois membres restant, à savoir Brian May, Roger Taylor et John Deacon, publient un album intitulé « Made in Heaven », qui contient certaines des dernières pistes enregistrées par Mercury en 1991, et des versions de chansons connues du groupe.
Car Freddie Mercury était un peu docteur Jekyll et Mister Hyde. Grand timide, réservé dans la vie quotidienne, en tous cas sur sa vie privée, il était d’une générosité sans pareille sur scène, capable de capter une foule nombreuse tel un magicien. Il avait un charisme incroyable, virevoltant face au public, maîtrisant son art vocal à la perfection.

Le film biopic « Bohemian Rhapsody », sorti en 2018, avec le comédien Rami Malek (que l’on retrouve cette année dans le dernier James Bond « No time to Die ») dans le rôle de Freddie Mercury, avec les participations de Brian May et Roger Taylor, connaîtra un énorme succès mondial et sera couvert de récompenses puisque Malek obtiendra l’oscar du meilleur acteur pour cette performance. Le film est le biopic qui a rapporté le plus d’argent en regard de tous ceux réalisés antérieurement sur d’autres artistes ou groupes. Énorme!
Nul doute que le mélange de la musique de Queen, du personnage de Freddie Mercury, rock star jusqu’ici restée mystérieuse et dont le film lève le voile sur certains aspects de sa carrière, sa vie, en plus de la performance époustouflante de Malek-Mercury, sont autant d’ingrédients qui ont contribué à la renommée de ce biopic.
Freddie Mercury,  comme tous les grands chanteurs de rock, possède un timbre de voix immédiatement reconnaissable, unique. C’est cette voix, qu’il utilisait merveilleusement bien, qu’il nous laisse en héritage, à travers la discographie de son groupe, Queen. Depuis 2011, et après des intérims assurés par Roger Daltrey (Who) puis Paul Rodgers, c’est un certain Adam Lambert qui a repris le micro au sein de La Reine. Plutôt bien d’ailleurs. Mais sans faire oublier Farrokh Bulsara, devenu Freddie Mercury, légende du rock.

Je vous laisse avec un florilège de chansons de cet immense artiste.

Guillaume.

PS : Merci à Philippe Gurel pour son joli dessin de Freddie Mercury.

Muddy Gurdy, le blues venu d’Auvergne.


La pochette d’abord. Photo prise au sommet d’une montagne, montrant une herbe rase, le tout surplombant sans doute un grand vide. En arrière- plan, un vaste horizon. La musique ensuite. Le groupe Muddy Gurdy (« Vielle Boueuse »), vu le nom, la pochette, pourrait être originaire du sud des Etats-Unis. Détrompez-vous! Ce trio est français, originaire de l’Auvergne. Une chanteuse-guitariste de blues en la personne de Tia Gouttebel, un percussionniste spécialiste des rythmes latinos du nom de Marc Glomeau, enfin un joueur de vielle à roue qui n’ignore rien des musiques traditionnelles du centre de la France nommé Gilles Chabenat, avouez que l’attelage est pour le moins étonnant. Pour enregistrer « Homecoming », le trio a pris ses quartiers sur les terres du massif du Sancy, dans le Puy-de-Dôme. Grands espaces, air pur, tranquillité, tout pour travailler sereinement et enregistrer de façon détendue mais sérieuse cet album.

Attardons-nous donc dessus.

L’album démarre par « Lord Help », qui vous prend aux tripes d’entrée et vous fait rentrer dans l’univers de ce groupe aux contours particuliers. Un chant incantatoire, une vielle et une rythmique qui ne sont pas sans évoquer les chants indiens et les ambiances shamaniques. Le ton est clairement donné. Puis surgit « Chain gang », morceau écrit par le grand Sam Cooke, superbe blues tout en subtilité. Bientôt s’en suit le très beau « Down in Mississippi » de JB. Lenoir, qui nous plonge directement dans ces contrées gorgées de blues, de soleil, de poussières, de misères aussi, où il n’était pas rare de voir, au début du 20ème siècle, des bluesmen jouer, assis sur des long-chairs postées sur le perron des maisons en bois dans les états du sud américain. Le jeu de guitare subtil, fin, de Tia Gouttebel, sa voix parfaitement timbrée et légèrement trainante, nous emmènent dans ce blues concocté à la sauce auvergnate. Le tout continue avec « MC’s Boogie » d’excellente facture, un boogie-blues qui roule, avance, vous entraîne, vous choppe, vous donne envie de danser, puis se transforme en mode musical auvergnat. Jusqu’ici, moi qui ne connaissais pas ce groupe français, je suis positivement surpris. « Land’s Song », qui suit, est toujours sur le mode blues, un rien implorant, plaintif, mais toujours de très bonne tenue. « Another Man Done Gone », morceau chanté en anglais puis en français. « Afro briolage » démarre dans un climat vocal qui n’est pas sans évoquer notre Hubert-Félix Thiéfaine national (voix grave, chant dynamique). ce climat électrique, emballé, un peu loufoque, se poursuit jusqu’au bout. « Strange fruit », immortalisée par l’immense Billie Holiday, devenue un standard du jazz repris par Ella Fitzgerald, Nina Simone, Carmen Mc Rae, Sting, Jeff Buckley, Annie Lennox, Betty Lavette, qui évoque ces « étranges fruits » (en parlant des corps pendus qui se balancent pendus aux arbres du sud des Etats-Unis du temps du racisme institutionnel et surtout des actes odieux commis par le KKK). Avec « You gotta move », c’est le blues pur jus qui reprend ses droits, ça sent le bar enfumé, la poussière, l’estrade qui domine le bordel ambiant, où s’ébroue un groupe de blues pour chanter, distraire l’assistance plongées entre bières, engueulades et parties de cartes. Le morceau signé du bluesman Fred McDowell n’a pas pris une ride, et il est ici très bien servi. « Black Madonna », avant-dernier morceau de cet album, démarre en douceur, avant de nous embarquer dans une farandole, de nous faire lever, danser. Temps forts et lents sont alternés. Enfin pour conclure, le trio auvergnat nous déclame un « Tell me you love me » par la voix de sa chanteuse. C’est enjoué, léger, ça résonne comme un air de chanson irlandaise, mais nous sommes bel et bien en Auvergne, territoire de France, et Muddy Gurdy, livre sans faillir un morceau superbe tout comme son album.

Vraiment une belle découverte pour moi. Je vous invite à faire de même. 

Guillaume.

Noa, retour en mode intimiste.


La chanteuse israélo-américaine Noa, apparue sur la scène internationale au début des années 90’s, s’est rendue célèbre avec sa chanson « I don’t know« , parue en 1994. Elle se fera connaître en France par le biais de l’émission « Taratata » animée par Nagui, en septembre 1995. Son timbre de voix haut perché, sa musique qui mélange savamment orient et influences pop occidentale vont faire mouche à l’époque.
Depuis elle a mené une belle carrière, enregistrant notamment en 1997, la version originale de la comédie musicale « Notre Dame de Paris « , en reprenant le rôle d’Esmeralda. En 1999, avec Eric Serra, elle écrit la chanson « My heart calling », pour la bande originale du film de Luc Besson, Jeanne D’Arc. Bref, elle ne chôme pas, croule sous les belles propositions.

Jusqu’à ce nouvel album, « Afterallogy », sorti cette année, où accompagnée du seul guitariste Gil Dor, elle revisite des classiques du répertoire jazz. Tout démarre par un « My funny Valentine » aérien, portée par la voix cristalline de Noa, soutenue par le phrasé léger de Gil Dor. Après cette entrée en matière, c’est le très beau « This Masquerade », servi de façon élégante par la voix de Noa qui déboule. Après ça, vient pour moi le premier morceau de bravoure du disque avec « Anything goes », morceau composé par Cole Porter, interprétée autrefois par Ella Fitzgerald, puis Stan Getz et Gerry Mulligan en version instrumentale en 1957, avant que Tony Bennett, avec le Count Basie Orchestra en 1959 n’en donne sa version chantée. Il renouvellera l’expérience en 1994, avec Lady Gaga, ce qui sera le premier duo de leur album « Cheek to Cheek ». Donc vous le voyez ce morceau a connu de belles interprétations avant celle de Noa ici. Après quoi la belle chanteuse nous entonne « Oh Lord », complainte en langue hébreu. Ici, la sobriété du jeu de Gil Dor s’accommode très bien de ce titre, de ce langage.

Jusqu’ici nous sommes comme dans une conversation intime avec cette artiste, au coin du feu, ou dans un bar, à la lumière tamisée des lampes restantes, offrant intimité, proximité. Le dialogue initié entre la guitare et la voix renforce cet effet évidemment. Cette sensation continue de s’exprimer avec « But beautiful », également enregistrée par Billie Holiday, Joe Pass, Tonny Bennett et Lady Gaga. Arrive alors le bien nommé « Something’s coming », initialement écrit pour le film-comédie musicale « West Side Story » aux 10 Oscars en 1961, avec George Chakiris (Nardo), Natalie Wood (Maria), Richard Beynner (Tony, amoureux de Maria) entre autres…). Le disque se déroule tranquillement, ici nous appelant à rentrer à la maison  avec « Calling home » puis la belle brune nous chante « Darn that Dream », autrefois joué par le saxophoniste Dexter Gordon, le pianiste Ahmad Jamal ou encore Benny Goodman and his Orchestra. Bref de glorieux prédécesseurs. « Lush Life » nous arrive alors en pleine face, un écrin de pureté, un joyau, une moment de grâce vocale. Noa semble se régaler à interpréter ce registre jazz en mode guitare-voix. Ce dialogue intime, épuré, lui plaît. Ce titre lui aussi a fait l’objet de nombreuses versions. Les plus marquantes étant celles de John Coltrane, Nancy Wilson, Bud Powell, Rickie Lee Jones, Natalie Cole, Queen Latifah, Kurt Elling ou bien encore le duo Bennett-Gaga. Pour  ce disque tout en subtilité, Gil Dor a composé « Waltz for Neta ». Magnifique. Et pour clore ce dialogue, Noa et Dor nous jouent un « Every time we say goodbye », autre morceau de Cole Porter, en toute simplicité, légèreté, retenue. De la haute couture. Très beau.

Je vous conseille donc de ne pas attendre pour écouter ce disque. 

Guillaume.

Foghat, le blues-rock en étendard.


Ce groupe de blues-rock anglais voit le jour à Londres, en 1970, dans le sillage du british blues boom initié par un certain John Mayall et ses Bluesbreakers (traité dans ces colonnes) dans la deuxième partie des années 60. Le groupe, est alors composé de Dave Peverett, guitariste et chanteur, Roger Earl aux percussions, Tony Stevens à la basse. Bientôt viendra s’ajouter Rod Price à la guitare slide. Le premier album studio du groupe, sobrement intitulé « Foghat », paraît en 1972, avec la fameuse chanson « I just want to make love to you », qui sera repris par Willie Dixon. Produisant un blues-rock d’excellente facture, à la fois mélodique et puissant, Foghat traverse sans problèmes les 70’s, les 80’s, accumulant succès d’albums et tournées triomphales.

Puis viendra le temps des vicissitudes liées aux relations humaines, à la lassitude, à l’envie de faire autre chose. Le line-up du groupe change, évolue. Comble de cette évolution, le public se verra bientôt offrir deux versions de Foghat, l’originale et une dérivée formée par les membres qui ont qui ont quitté le bateau. En effet Peverett, membre fondateur, voyant les ventes décliner au cours de la décennie 80-90, quitte la formation originale, monte sa propre version de Foghat, en compagnie du guitariste Bryan Bassett. Deux Foghat en tournée simultanément ! Situation aussi cocasse qu’ubuesque. Finalement, tout ce joli monde va se réunir en 1993 et sortir un album titré  » The return of the Boogie Men », en 1994. Tout un programme. Depuis ce temps-là, le groupe publie régulièrement des albums, jusqu’à « Family Joules », sorti en 2003. Arrêtons-nous justement sur ce dernier opus.

Il s’agit à cette époque du 14ème album studio enregistré par le groupe, mais c’est le premier sans son membre fondateur, la décennie s’ouvrant funestement pour le groupe puisque Dave Peverett, décède en 2000 suite à un cancer des reins. Il sera remplacé par Charlie Huhn (chant, guitare rythmique) 5 ans plus tard c’est Rod Price qui s’éteint à son tour, suite à une crise cardiaque. Il est lui aussi remplacé par Bryan Bassett. Le groupe survit, se relève, et repart sur la route. Entre ces deux dates funestes, sort donc ce « Family Joules« , en 2003.  

Dès le début, avec « Mumbo Jumbo », on est plongé dans l’ambiance du bon vieux blues-rock chers aux groupes anglo-saxons, mais qui sonne comme du blues-rock fabriqué dans les états du sud américain. Ca tourne rond, c’est carré. Une rythmique bien en place, une voix posée comme il faut, un peu éraillée, le ton est donné. On dirait du ZZ Top, du Blackfoot, mais non, c’est du Foghat pur jus. Ca sonne juste, c’est puissant.
Ça s’enchaîne avec deux beaux morceaux, « Hero to Zero » et « Thames Delta Blues ». Si le premier fait un peu penser au Foreigner des premiers temps, le second nous embarque vers le sud des Etats-Unis, son blues bien gras, ses guitares dobros, avec des groupes tels que Lynyrd Skynyrd ou Allman Brothers Band, mais aussi Tony Joe White. Bref c’est un régal. Après un « flat busted » sans grand intérêt, arrive le slow de l’album avec « I feel fine ». Un joli titre avec en plus un solo de guitare tout en mode plaintif, sublime. Vient ensuite pour redémarrer, le tonitruant « I’m a rock’n’roller ». Ca commence poignée dans le coin et ça va jusqu’au bout sans faiblir, le chanteur s’en donnant à coeur joie. S’en suit « Long train coming », aux accents rythmiques zeppelinien voir faisant penser à Aerosmith, surtout au niveau de la guitare. très plaisant. « Looking for you », qui démarre sur une ligne de basse, puis fait place à un morceau qui tourne bien rond, une mécanique bien huilée. C’est précis, lourd, ça avance sans fioritures. « Sex with the Ex », sorte de ballade bluesy un peu peu appuyée, est très bien exécutée. « Self Medicated » est un titre fait ^pour la scène, avec ses breaks de batteries, qui appelleront sans doute le public à se manifester sur injonction du chanteur. Pour finir cet album, les membres de Foghat offrent puis enchaînent « Mean Voodoo woman », un blues-rock bien appuyé, puis enfin le superbe « Voodoo Woman Blues », adaptation du titre écrit par le jazzman Jay Mac Shann en 1945. 

En conclusion, je dirai que « Family Joules » est un bon album, certes sans énormes surprises, mais qui recèle tout de même d’excellents morceaux qui feront le bonheur des amateurs de blues-rock. Je vous en ai choisi quatre.

Guillaume.

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