Archives d’Auteur: Guillaume

Prince en mode jazz?… logique!



Déjà 2 ans et demi que le kid de Minneapolis, le lutin génial de la funk-soul des 30 dernières années, s’en est allé. Le surdoué, autant musicien que compositeur, producteur de sa propre œuvre, méticuleux jusqu’au plus infime des détails, baignant depuis toujours dans un univers musical où soul music, rythm and blues, gospel, funk se sont croisés, mêlés, méritait bien un hommage en musique. Quoi de plus justifié et logique donc que le monde du jazz honore ce monstre de la musique, tant les ponts sont évidents.

Le disque « Prince in Jazz » publié cette année le démontre parfaitement. Aussi, après Serge Gainsbourg, Jimi Hendrix, Les Beatles, la maison de disques Wagram a confié la tâche de réunir un casting de très haut vol à Lionel Eskenazi, journaliste spécialiste de jazz. Et quel casting!!! Jugez un peu :

Outre la regrettée Nina Simone, dont la version magistrale de « Sign’O times » ouvre l’album,  c’est rien moins que le pianiste Herbie Hancock « Thieves in the temple », la chanteuse Randy Crawford et sa voix de velours sur une version étourdissante de « Purple Rain », ou encore les voix de Cassandra Wilson, Viktoria Tolstoy, l’américain Heath Brandon sur « Little Red Corvette », la française Clotilde Rullaud sur le célèbre et très sensuel « Kiss ».  Si donc certains participants à cet hommage sont évidents, d’autre noms me sont apparus plus inattendus : Ray Lema & Laurent De Wilde sur « Around a world in a day », dans une version très bossa-nova agrémentée de sonorités électroniques. Surprenant mais ça fonctionne bien. Holy Cole, entourée du Bob Bolden Project, nous livre une version très langoureus ede « The Question of U », bluesy à souhait, ambiance cabret enfumé des années 40-50.  N’Dambi, chanteuse américaine de soul music, nous embarque avec sa voix puissante, souple, habitée, signant une version magistrale de « Soft and Wet », illustration parfaite des méandres funky à souhait qu’aimait à composer le Purple Man. Pour clore ce joyau musical, un duo composé du saxophoniste Heinz Sauer et du pianiste Michael Wollny interprétant une aérienne variation de « Nothing compares to you ».

En ce qui concerne les orchestrations et la production de l’album, ces deux aspects s’avèrent tout aussi remarquables, à la hauteur d’une telle entreprise, avec cette exigence qualitative identique à celle que pouvait avoir Prince sur son propre travail.

Au total, près d’une heure quinze de musique, répartie en 15 plages, qui sont autant de pépites. 15 moments de bonheur total qui rappellent s’il en était vraiment besoin, que Prince Roger Nelson a marqué de manière indélébile la musique noire américaine des 30 dernières années, laissant une œuvre formidable, moderne, swinguante, jazzy, funky, gorgée de cuivres ou plus intimiste.

Un album qui redonne de l’enthousiasme en ces périodes moroses et alors que l’automne pointe déjà ses premiers signes. J’ai moi-même découvert certains morceaux tels que « Little Red Corvette », « Thieves in the Temple », « Crazy You ». Et ça me donne envie de me replonger dans la musique de Prince. Quant à mes versions favorites, voyez ci-dessous.

Nul doute que Prince aurait apprécié cet hommage rendu à son talent, son univers créatif, par la fine fleur du jazz contemporain. Alors, à vous les fans inconditionnels du Nain Pourpre, comme à celles et ceux qui souhaiteraient le découvrir, ce disque est tout indiqué. Vous pourrez retrouver d’anciens albums du Maître dans nos rayons : « Graffiti Bridge », « Emancipation », « Lovesexy », « Diamonds and Pearls », « Purple Rain ». Et découvrir un album datant de 1983 sur lequel le Kid de Minneapolis enregistra des titres en mode piano-voix. Son titre : « A piano and a microphone » Un régal!

Guillaume.

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Désormais… Aznavour est en haut de l’affiche pour l’éternité.


Le légendaire chanteur français Charles Aznavour (de son vrai nom Shahnour Varinag Aznavourian) s’en est allé discrètement, en ce début octobre 2018. Le dernier monstre sacré, arpentant inlassablement les scènes du monde entier (il était encore à Tokyo quelques jours avant de revenir en France dans sa maison des alpilles, où La Grande Faucheuse est venue le chercher dans son sommeil) est donc parti. Il devait bientôt entamer une énième tournée mondiale. Le rideau ne se lèvera donc plus pour lui.

Auteur-compositeur-interprète-comédien, Charles Aznavour (1924-2018) a connu une carrière de plus de 60 ans très dense, riche en rencontres avec de grandes figures de la chanson française, (Eddy Mitchell, Claude Nougaro, Johnny Hallyday, Francis Cabrel , Jean-Jacques Goldman, mais aussi Jacques Brel , Jean Ferrat, Georges Brassens, Léo Ferré, Serge Reggiani et Serge Gainsbourg), du jazz (Count Basie, Duke Ellington, Oscar Peterson, Nancy Sinatra, Liza Minnelli ou encore Frank Sinatra-il était d’ailleurs considéré comme le « french Frank Sinatra »… par les américains), du monde classique également (voire ses duos avec Luciano Pavarotti, Andrea Bocelli. Il n’arrêtais jamais de travailler, passant d’une tournée à un enregistrement d’album, à l’écriture d’une comédie musicale, d’un livre, de chansons pour d’autres interprètes (j’en parle un peu plus bas).

Aussi loin que je me souvienne, j’ai dû entendre sa voix de crooner alors que j’avais onze-douze ans. C’était dans la voiture familiale ou à la maison. Très vite je vais aimer ce chanteur, sa voix, son phrasé inimitable, son sens du swing, qui d’ailleurs se retrouvait dans ses chansons et ses orchestrations. Il fera ses premiers pas sur scène à l’âge de 8-9 ans. Plus tard, couvé à ses débuts par la grande Edith Piaf pour qui il écrira des chansons, qui fut également la mentor de Yves Montand, il va trouver la force et le courage de se lancer dans la carrière de chanteur. En 1954, après avoir été remarqué par le directeur du Moulin Rouge, lors d’une précédente tournée au Maroc, Aznavour est embauché pour chanter au célèbre cabaret. L’année d’après il fera ses premiers pas sur la scène de l’Olympia. Le voilà désormais lancé, lui qui fut moqué à ses débuts pour sa voix chevrotante, son physique d’écorché vif. Il va pourtant s’accrocher, ne rien lâcher, convaincre les plus sceptiques, les professionnels et le public. Contrairement à nombre de ses collègues contemporains, il va comprendre l’importance de parler plusieurs langues étrangères, qui vont le rendre très populaire lors de ses tournées hors France. Chanter en italien, espagnol, japonais, anglais, russe lui permettra d’être compris par ses auditoires. La revanche est là. Hier conspué par la critique, il devient alors une vedette internationale. Le plus célèbre chanteur français à l’étranger. Preuve de sa renommée hors de France, ses chansons ont été chantées ou reprises par des gens comme Frank Sinatra, Bing Crosby, Ray Charles, Bob Dylan, Tom Jones, Petula Clark ou Nina Simone, Shirley Bassey. Excusez du peu!!!

Insatiable défenseur de la langue française, il verra l’arrivée du rap en France, comme une forme nouvelle de la poésie, qui aura son appui. Ainsi des artistes tels que Kery James sur le titre « à l’ombre du show business », plus récemment Grand Corps Malade, sur le morceau « Tu es donc j’apprends » qui figure sur l’album « 3ème Temps », auront eu le privilège d’un duo avec le maître. Kool Shen, membre du duo infernal NTM et précurseur du rap en France (avec les rivaux marseillais d’IAM), sera ainsi défendu par Aznavour en personne lors d’un débat avec des hommes politiques. Rare pour être souligné.

Chose méconnue chez lui, il écrivait donc beaucoup pour les autres. Ainsi des artistes tels que Johnny Hallyday (« retiens la nuit »), Sylvie Vartan (« la plus belle pour aller danser »), Edith Piaf bien sûr (« Plus bleu que tes yeux »), Francis Lemarque (« J’aime Paris au mois de Mai »), Eddy Mitchell (« Tu n’es pas l’ange que j’attendais »), Juliette Gréco (« Je hais les dimanches ») ou Marcel Amont (« Le mexicain »), ont tous bénéficié de la plume de Charles Aznavour.

S’il était homme de chanson, auteur de tous ses textes, il fut également un comédien, dès 1936, côtoyant des réalisateurs comme Jean-Pierre Mocky, Henri Verneuil, François Truffaut, Claude Chabrol, Pierre Granier-Deferre, Wolker Schlondörff, et comédiens tels que Danielle Darrieux, Anouk Aimée, Pierre Brasseur, Lino Ventura, Maurice Biraud, Nicole Garcia, Jacques Villeret ou encore André Dussolier… la liste est très longue! Les films? « La Guerre des Gosses » (1936), son premier, sera suivi de plusieurs films marquants dans lesquels il aura des rôles de premier choix : « Tirez sur le pianiste »(1960), « Un taxi pour Tobrouk »(1960), « Les lions sont lâchés »(1961), »La métarmorphose des cloportes » (1965), « Le Tambour »(1979), « Le fantôme du chapelier » (1982). En 2002, il jouera dans le film d’Atom Egoyan « Ararat », qui traite du génocide arménien, pour la reconnaissance-(ce qui n’est toujours pas le cas à ce jour!!!!!!) duquel Aznavour s’est inlassablement mobilisé toute sa vie. En France, la reconnaissance ne date que de 2001. La Turquie refuse toujours à ce jour de reconnaitre le martyr infligé en 1915 au peuple arménien.

Pour l’anecdote, Charles Aznavour était cousin avec Mike Connors (de son vrai nom Krékor Ohanian), acteur américain, rendu célèbre par la série « Mannix » dans les années 70’s.

A 94 ans, Charles Aznavour part en laissant une œuvre riche et foisonnante de 1200 chansons, parsemées de standards. Nul doute que Là-Haut (également titre d’un film animé ou son personnage-déjà- s’envole dans le ciel enfermé dans une cabane-), il va s’asseoir à la table qu’occupe déjà Trenet, Ferré, Brel, Brassens, Higelin, Gainsbourg, Reggiani, Barbara, Piaf, pour faire ensemble des battle de rimes. A ce petit jeu-là, Charles Aznavour, durant 65 ans de carrière, a prouvé qu’il n’était pas le dernier. Un pan de l’histoire de la chanson française se referme. Il nous restera donc ses chansons, dont je vous propose un florilège, chantées en solo ou en duo, en français, italien, russe, anglais.

Guillaume.

Feu! Chatterton, The Resets, pour bien démarrer la rentrée.


 

 

 

 

 

Quelle rentrée ! Fini les chaudes températures sur la plage, les tubes de crème, la bronzette, les apéros- barbecue!! La rentrée, professionnelle pour les un(e(s), scolaire pour les autres, a pris place… puis vient celle des actions culturelles! A L’honneur, deux groupes français. L’un professionnel, l’autre amateur. En premier lieu, Feu! Chatterton, quintet constitué de garçons qui se sont rencontrés dans les Lycées Louis-Le-Grand et l’Université de la Sorbonne dans le courant des années 2000, va ouvrir la saison musicale du service Culturel de Fontenay-sous-Bois, le 12 octobre prochain. Le répertoire musical de ce groupe français est un savant dosage de rock aux consonances anglo-saxonnes, de chanson française, de poésie. Mais vous vous demandez peut-être quelle est l’origine du nom de ce groupe… J’avoue que moi-même je n’en savais rien. Le patronyme de ce quintette fait référence à un poète et faussaire anglais, Thomas Chatterton, qui vécu brièvement au 18ème siècle (1752-1770). En 2012, le groupe sort un premier opus intitulé « La mort dans la pinède ». Quelques participations à des festivals de renom s’en suivront (Rock en Seine, Les Francofolies de La Rochelle, Le Printemps de Bourges) permettant au groupe de développer son public et se faire une réputation grandissante de phénomène musical à suivre de près. 2014 sera pour Feu! Chatterton celle de la reconnaissance de la profession avec notamment le prix Félix Leclerc pour le meilleur groupe francophone, et le prix Paris Jeunes Talents. Devenu une référence, ce groupe poursuit son chemin et publie en 2015 son deuxième album « Ici le jour (a tout enseveli) » chez le célèbre label Barclay. C’est donc fort de leur 3ème album « L’Oiseleur« , que Feu! Chatterton viendra fouler la scène de la salle Jacques Brel le 12 octobre.

 

 

 

 

A peine remis de vos émotions de  la veille, c’est avec le groupe The Resets, que vous aurez rendez-vous, à la médiathèque le samedi 13 octobre à 15H30, cette fois pour l’ouverture de sa saison musicale, à travers la reprise de ses kiosques musicaux. La médiathèque propose aux chanceux et chanceuses qui seront présent(e(s) de passer un moment en bonne compagnie musicale avec ce groupe. Quatuor formé de 3 hommes (Jonathan aux baguettes, Stéphane à la basse, et Frank à la guitare solo et rythmique) et d’une femme, Stéphanie, au chant, chose suffisamment rare dans le monde parfois encore trop macho du rock, y compris chez les formations dites amateurs ou semi-professionnelles, pour qu’elle mérite d’être soulignée. Cette dernière sait utiliser sa voix dans des registres aussi différents que ceux de Téléphone  avec « Un autre monde », des Pointer Sisters avec « I’m so excited », sa très belle interprétation du classique « Marcia Baila » de Rita Mitsouko ou de « Zombie » des Cranberries, si magnifiquement porté originellement par Dolores O’Riordan, décédé en janvier dernier. Chanson, rock, funk, disco, seront au menu musical pour ce premier kiosque de la saison 2018-2019.

Vous le constatez, la rentrée musicale se fait en des tonalités différentes, qui, chacune d’elles, à n’en pas douter nous ferons passer d’excellents moments.

Guillaume.

 

 

Orville Gibson, le Père d’une guitare devenue mythique.


 

Gibson. Ce nom sonne comme un « classique », au même titre que Marshall, Telecaster, Stradivarius. Les amateurs de rock, jazz, ou chanson française savent bien qu’il s’agit du nom d’un instrument très particulier, la guitare, et de l’une de ses marques représentatives les plus fameuses. Mais qui était donc ce fameux Gibson ? (pour les plus jeunes, sachez qu’il n’a rien à voir avec Mel « Mad Max »- « BraveHeart » Gibson, acteur australien).

Orville H.Gibson, né en 1856 aux Etats-Unis, a crée l’entreprise Gibson en 1902. Avant d’assumer la charge à temps plein au sein de son entreprise de lutherie spécialisée dans la fabrication de guitares, le jeune Orville Gibson s’essaya très tôt à confectionner des guitares et des mandolines, tout en ayant des petits métiers à côté. En 1898, il avait déposé un brevet pour modifier les mandolines, à savoir aplanir le fond de caisse, bomber la table d’harmonie et un allongement significatif du manche. Seulement 2 ans après avoir ouvert sa propre usine de fabrication de guitares, Orville H. Gibson doit céder ses droits sur son brevet à des hommes d’affaires américains. L’aventure s’arrêtera là pour lui.

Dès 1906, les guitares qui sont alors sorties des ateliers Gibson, ne sont plus des modèles créés, fabriquées, par leur inventeur. L’histoire, à priori banale, d’un génial inventeur qui se fait ensuite déposséder de sa création et des droits de regard sur celle-ci, est alors déjà monnaie courante. Depuis cette époque, aujourd’hui lointaine, le nom de Gisbon est devenu mythique chez les plus grands noms de la guitare du 20ème siècle et d’aujourd’hui. Les mondes du blues, bien sûr, du jazz, et du rock, regorgent de musiciens célèbres ayant exercé leur talent ou se produisant encore sur les scènes du monde entier. Pour exemple, voici quelques noms :

Parmi les bluesmen et jazzmen vous trouverez Robert Johnson (artiste auquel le dessinateur Mezzo a consacré une superbe bande dessinée (« Love in Vain », aux éditions Glénat, en compagnie de son complice Jean-Michel Dupont, qu’ils étaient venus présentés en 2016, et auquel le guitariste fontenaysien Michel Seban avait également rendu hommage lors d’un kiosque), Albert King, Freddie King, Eric Clapton, T-Bone Walker, Larry Carlton, Charlie Christian, Wes Montgomery entre autres. Dans l’univers du rock, on peut citer Jeff Beck (Yardbirds, Jeff Beck Group), Chuck Berry, Ritchie Blackmore (Deep Purple, Rainbow), Angus Young (ACDC), The Edge (U2), Peter Frampton (Humbe Pie), Ace Frehley (Kiss), Billy Gibbons (ZZ Top), Gary Moore (Thin Lizzy), David Gilmour (Pink Floyd), Jimi Hendrix (Jimi Hendrix Experience), Jimmy Page (Led Zeppelin), Joe Perry (Aerosmith), Keith Richards (Rolling Stones). Chez les guitaristes français je citerai surtout Louis Bertignac (Téléphone, Les Insus) et Paul Personne. Toutes ces personnalités ont donc eu le privilège d’avoir en main un des modèles de guitare Gibson. Certains d’entre eux possèdent des exemplaires « signées » de leu nom. Le plus célèbre étant Les Paul  devenue au fil des années un objet de convoitise et d’adoration pour tout guitariste qui se respecte. Un modèle à part. Unique.

Je vous laisse avec une belle brochette d’as de la 6-cordes en mode Gibson Majeur. Savourez!!!!

Guillaume.

 

 

 

Il était une fois … 1974!


 

Cette année-là, en France, dès janvier, Pierre Messmer est reconduit premier ministre de George Pompidou, qui décèdera le 2 avril. En mars, l’aéroport Charles-De-Gaulle est inauguré. Au cours de ce même mois a lieu le dernier voyage d’un train à vapeur. Le 19 mai, Valéry Giscard d’Estaing sera élu président de la République, Jacques Chirac nommé premier ministre. En juin, la majorité civile, jusque-là établie à 21 ans , est ramenée à 18 ans. En juillet, Françoise Giroud, journaliste-écrivain, entre au gouvernement et prend la tête du premier secrétariat d’Etat aux droits des femmes. En Août, Le plateau du Larzac voit débarquer 100.000 personnes, dans le cadre la suite de la contestation de l’élargissement du camp militaire basé à proximité. En décembre, une loi est votée autorisant l’accession  à la pilule pour les -18 ans, sans autorisation parentale, et remboursée par la sécurité sociale. De nombreux centres de planning familial vont ouvrir. Le 20 décembre, la loi présentée par Simone Veil sur l’interruption volontaire de grossesse est votée. Elle sera mise en application dès 1975. 1974 marque aussi la fin de L’ORTF. Place à 4 grands médias : TF1, Antenne 2, France 3, Radio France, et 3 sociétés de productions que seront TDF, la SFP, et L’INA.

Dans le monde, ce qui retient l’attention ce sont l’expulsion d’URSS de l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, la fin de la dictature militaire au Portugal, l’Inde qui devient le 6ème pays détenteur de l’arme nucléaire, la fin de la dictature en Grèce et le rétablissement de la démocratie, l’adoption (en juillet 74!) par son assemblée de la langue française comme langue officielle du Québec. A noter les disparitions de personnalités telles que le jazzman Duke Ellington, le violoniste russe David Oïstrakh, ou du réalisateur italien Vittorio de Sica .

Mais place à notre désormais rituelle petite histoire inventée.

Waterloo au printemps. Dans cette ville tristement célèbre pour une déroute militaire mémorable de Napoléon, le temps est gris ce jour-là. J’ai 10 ans, timide. Adossé à un muret, entouré de camarades de mon âge dans une école anglaise, j’en suis le mal-aimé. Celui sur qui il est bon de se défouler. Certains garçons se verraient bien en mode Gigi L’amoroso, incarnation latine du british-lover-dandy, comme savaient si bien les incarner David Bowie ou Bryan Ferry. Trop jeune pour comprendre les grands et leurs tourments amoureux, les parades amoureuses, les « I honestly love you », ou « je t’aime je t’aime je t’aime », ou encore « On se retrouvera », comme répétés pour mieux convaincre la personne convoitée, je me tiens à l’écart de ce monde qui m’est pour l’heure étranger. Mais pas pour longtemps.

J’ai un ami, nommé William. il a 3 ans de plus que moi. Les tourments de l’amour lui trottent dans le cerveau. Il aime une fille. Anna, de 2 ans son ainée. Il a écrit une chanson pour elle. Il me dit qu’à la première occasion, il lui chantera, au téléphone, si il ne peut la voir. William est tombé amoureux sans le savoir d’une super nana. Belle, quelques tâches de rousseurs parcourant son visage, l’allure assurée d’une fille qui sait déjà plaire aux garçons, elle écoute du rock, bercée par les 33 tours que son père Freddie, la quarantaine déjà fatiguée d’un homme travaillant en usine qui fabrique des voitures (Austin Mini), passant ses soirées dans les pubs à boire des coups avec sa bande potes et jouant son argent aux courses de chevaux, lui a fait découvrir… Stones, Beatles, Elton John, Queen.. tous les classiques y passent! Il a une devise : pour lui la vie « it’s only rock’n’roll ». Affectueusement, Anna surnomme William « Billy ». Ses amies, connaissant son goût pour les garçons plus âgés qu’elle, se demandent en me voyant à ses côtés : « Qui c’est celui-là? ». Un soir qu’il est chez son père, le téléphone sonne. Sa mère, vivant à Bruxelles pour le travail, au bout du fil (expression désuète aujourd’hui au vu des cellulaires de notre quotidien). Elle n’a pas vu son fils depuis trop longtemps. Freddie prend alors le combiné et après quelques minutes d’une âpre discussion, une décision est prise. William quitte Waterloo pour la Venise du nord, sa mère, et sans doute une vie un peu meilleure. Il comprend alors qu’il ne reverra sans doute jamais Anna. Le téléphone pleure.

Le cœur déchiré, l’âme en peine, William s’en va, me laissant seul, et abandonnant son père à ses beuveries partagés, sa solitude plombée par le climat local.

Et moi, je me dis : « Vivement 1975! »

Guillaume.

 

 

 

 

 

 

 

 

Adolphe Sax… Et L’homme créa le Saxophone !


Adolphe Sax. Cet homme né en Belgique, à Dinant, en 1814, il y a donc plus de 200 ans, a révolutionné la musique, en inventant pas moins qu’une petite famille d’instrument à vent, à savoir celle des saxophones ainsi que d’autres instruments, j’y reviens plus bas. A côté des saxophones, les saxhorns, comme les bugle, qu’il n’a certes pas inventés, bien qu’en ayant conçu des modèles qui ont très vite acquis une réputation supérieure à celle des autres modèles existants. L’instrument est d’ailleurs depuis très souvent présent au sein des fanfares ou des orchestres d’Harmonie. Son père, Charles-Joseph Sax, était également facteur d’instrument. Une tradition familiale donc. Un héritage de savoir faire que le jeune Adolphe allait vite déployer, puisque s’étant très jeune consacré à la facture de flûtes et de clarinette.

En 1835, il est devenu un maitre de la clarinette au point qu’à 15 ans, il est interdit de se produire lors de concours. Il créé un modèle de clarinette possédant 24 clés. En 1840, le bricoleur et musicien précoce qu’il est invente la clarinette basse et en dépose le brevet. Mais donc l’invention qui le rendra célèbre (et sans doute riche pour l’époque), c’est bien celle du saxophone. Sa volonté c’était, pour l’époque, et pour la musique, de mettre sur pied «un instrument qui par le caractère de sa voix pût se rapprocher des instruments à cordes, mais qui possédât plus de force et d’intensité que ces derniers » (Brevet français no 3 226 du

 

Encore fallait-il avant l’avènement par le jazz, trouver le moyen à l’époque de faire connaitre ce nouvel instrument, le rendre populaire. Ce fut chose faite grâce à l’aide du compositeur-flûtiste, Jules Demersseman, ami d’Adolphe Sax, qui composa plusieurs pièces pour saxophone, afin d’aider à connaissance auprès du public. mais le véritable acte fondateur de la naissance de cet instrument auprès de la communauté des compositeurs fut lorsque Hector Berlioz publia d’abord en 1842 une série d’articles élogieux envers Adolphe Sax et sa démarche novatrice, révolutionnaire, car l’avènement de ces nouveaux instruments allaient modifier, influer sur les compositions musicales, les orchestrations de l’époque et des temps futurs. Par la suite, Berlioz composa ce qui sera la première véritable œuvre pour saxophone, « Le Chant Sacré pour sextuor à vent« . Un adoubement de première classe!

Adolphe Sax, qui a donc déposé le brevet d’invention du saxophone en 1840, le verra validé seulement en 1846 (!), après la présentation par dessins interposés d’une série de saxophones, du soprano au baryton. Dès lors, il devient reconnu et entre comme professeur de la toute nouvelle classe de … saxophone au conservatoire de Paris en 1857. Sa nouvelle réputation lui vaut des demandes émanant de célèbres compositeurs comme Richard Wagner, qui lui passe commande d’inventer un Tuba (le fameux tuba « wagnérien »). La raison? Le célèbre maître souhaite un instrument pouvant jouer le thème de Walhalla dans l’Anneau du Nibelung.

Inventeur insatiable, Adolphe Sax a également pensé, réalisé, breveté des instruments comme le clairon, le trombone à coulisse, le basson! Rien de moins! Autant dire que les musiciens qui ont pratiqué ou jouent encore de l’un ou l’autre de ces instruments doivent une fière chandelle à ce personnage, qui par son génie, aura marqué l’histoire de la musique, du classique au jazz.

Adolphe Sax meurt en 1894. Il est enterré à Paris au cimetière Montmartre.

Je vous laisse (re)découvrir quelques célèbres utilisateurs de cet instrument.

Guillaume.

 

Stradivarius, l’homme qui inventa LE violon.


Stradivarius. Ce nom aujourd’hui célèbre dans le monde entier, mais surtout dans le monde de la musique classique, désigne habituellement et surtout un instrument précis : Le violon. Car qui détient un stradivarius est en règle générale un(e) instrumentiste de haut vol, un(e) virtuose de l’instrument. Un Stradivarius, pour un violoniste, c’est une sorte de Graal.

Mais d’où vient donc ce nom vous demandez-vous certainement? Il est tout simplement celui de Antonio Giacomo Stradivari alias Stradivarius.  L’homme, qui a vécu à cheval sur le 17ème et le 18ème siècle, fut un luthier qui devint célèbre surtout pour la qualité des violons qu’il confectionna. Loin de se contenter du seul violon (on en compta jusqu’à 600 fabriqués), ce sont également des violoncelles (50), des altos (12) ainsi que des guitares (3) que le Maestro fit naître de ses mains virtuoses.

Sa renommée fait de lui un fournisseur des plus grandes cours d’Europe de l’époque. Elève d’un luthier nommé Antonio Amati, il aurait si bien retenu l’art de son maitre-mentor qu’il s’en inspira fortement dans la manière qu’il a eu de façonner ses instruments. Prolifique, le génial artisan italien a semble-t-il connu plusieurs grandes périodes dans sa carrière de Luthier. Les spécialistes en dénombrent 3 : La première, qui se situe entre 1680 et 1700, est celle où Stradivarius façonne des instruments proches dans leur finalité de ceux de Amati. Ensuite, de 1700 à 1710, la lutherie évoluant, et surtout les musiciens étant amenés à se produire dans des salles de plus en plus grandes, la nécessité d’avoir des instruments aux sonorités plus développées, plus puissantes, se fait jour afin de contenter le public ainsi que les musiciens-musiciennes.

La 3ème période, qui démarre dès 1709, couvrira les années 1725-1727, concidérées comme les plus prolifiques et qualitatives. L’âge d’or du Maitre (Maestro) luthier.

Les 7 dernières années de sa vie (1786-1793), Stradivarius dirigera son atelier soutenu par ses deux fils ainsi que Carlo Bergonsi, son dernier élève. Après son décès, à 93 ans, à Cremone, ville qui l’avait vu naître, ses deux fils continueront son œuvre mais sans le même succès car ils ne possédaient pas le même savoir-faire que leur aîné. De son œuvre, du millier de pièces fabriquées, conçues, ciselées, passées entre les mains du Maestro, il en resterait aujourd’hui environ 700. A ce jour, le plus anciennement daté qui soit connu remonte à 1666, et fut acquis en 1900 par le luthier Charles Paul Serdet.

Aujourd’hui, en ce début de 21ème siècle ultra moderne, connecté, si le métier de luthier existe encore, fort heureusement, la célébrité du nom Stradivarius n’est plus à faire : Yehudi Menuhin, Itzhak Perlman, Maxime Vengerov, Renaud Capuçon. La rareté de l’instrument, sa facture particulière, sa sonorité spécifique, bien que concurrencées aujourd’hui par des violons modernes, font du Stradivarius, à travers ses différents modèles conçus, un instrument très prisé et très cher (on parle ici de plus de 2 millions de $ ).

Je vous laisse en compagnie de quelques-uns des très grands violonistes qui ont eu le privilège rare de jouer sur un Stradivarius  au cours de leur carrière.

Guillaume.

 

Hugh Coltman, dandy de la scène.


Avant que nous achetions son album « Who’s happy« , j’avoue que j’ignorais totalement qui était Hugh Coltman.

J’ai donc découvert l’univers de ce chanteur, né en 1972 dans le sud de l’Angleterre, d’abord par le biais de son dernier album (pochette ci-contre), qui est un savoureux mélange de blues, d’ambiance swing rappelant furieusement les fanfares de la Nouvelle-Orléans, mais également la folk anglaise. Ce grand gaillard à l’allure d’éternel étudiant était sur la scène du Parc Floral de Vincennes, le 8 juillet dernier, dans le cadre de la programmation du Festival de Jazz, qui a lieu chaque année dans ce joli cadre.

Entouré d’une joyeuse bande talentueuse de 7 musiciens, avec une forte section cuivrée (saxophone, clarinette, trompette, soubassophone), Hugh Coltman, dont le minois ravira sans doute ces dames, est un chanteur dont le timbre se situe entre Harry Connick Jr. et Sting. Pendant une heure et demie, rappels compris, il a enchanté le nombreux public présent malgré la chaleur écrasante, par sa qualité vocale, un art consommé de la scène, et bien sûr par des morceaux qui sont chacun de purs joyaux, écoutez pour cela « Civvy Street » ou « It’s your Voodoo working », le très beau « resignation letter » qui évoque avec malice la lettre de démission qu’il apporta à son patron lorsqu’il travaillait comme veilleur de nuit dans un hôtel parisien en attendant de pouvoir vivre complètement de son art. L’album se termine par le très beau morceau « Little Big Man » (Rien à voir avec le sublime film d’Arthur Penn, avec Dustin Hoffman en vedette).

Ancien membre du groupe de rock anglais The Hoax, avec qui il enregistré 3 albums entre 1994 et 1999, il a pu côtoyer des figures légendaires du blues comme John Lee Hooker,Buddy Guy. Après une parenthèse durant laquelle chaque membre va mener ses propres projets, le groupe se reforme en 20006 et enregistre 3 nouveaux albums : « A blues Odyssey » (2010), « Big city blues »(2013), et « Recession blues, Tribute to B.B. King » (2014). Séparation définitive en 2015. Parallèlement à sa carrière avec The Hoax, Hugh Coltman écrit et sort en 2008 « Stories from the safe house ». En 2012, il accompagne le pianiste et joueur d’orgue Hammond Eric Legnini. Artiste singulier, Hugh Coltman, éprouve un amour sans fard pour la musique jazz, le blues, le swing. Parfois si l’on ferme les yeux, l’on se surprend à penser que le chanteur est noir… c’est dire si Coltman s’est totalement imprégné de cette culture musicale qu’est le blues, de ses racines.

Au final, « Who’s happy » rend l’auditeur joyeux, donne la pêche. Un bon moyen d’accompagner cette trêve estivale.

Guillaume.

 

Sur la planète Tattooin.


Tattooin. Ce nom, pour les amateurs de science-fiction et de sagas intergalactiques, évoquera la planète rebelle dans Star Wars. Mais loin, à des années lumières (oui je sais c’était facile, mais franchement, je pouvais pas résister), de cela, je veux parler ici d’un lieu, La Jarry, situé au 104 de la rue du même nom, à la frontière de Vincennes et Fontenay-sous-Bois. Avec le temps comme dirait Léo Ferré, tout s’en va… laissé à l’abandon.

Studio Tattooin Beat, structure hébergée à cet endroit, autrefois (je vous parle ici des années 70 et 80) friche industrielle, puis parkings étalés sur 5 étages, est un studio d’enregistrement certes rudimentaire (je peux en témoigner l’ayant visité), mais bénéficiant de matériel de qualité, y a donc pris ses quartiers. Peu à peu, sur presque 2 ans, ce lieu particulier a été squatté par de jeunes artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, jeunes producteurs en herbe tels que Enzo Petit, Emile Boudghene, Arthur Chique. Une année riche d’installation clandestine, mais qui a débouché sur des projets artistiques (expos de peintures, enregistrements de disques, collaborations avec Musique au Comptoir, avec le Studio « Art & Fact ».

Depuis quelques semaines, le lieu est désormais vide, silencieux, prêt à être transformé au gré d’une opération immobilière dans ce quartier calme de Vincennes. Avant de quitter les lieux et comme pour marquer leur passage, garder une trace, Enzo et ses acolytes ont enregistrés, mixés différents artistes, évoluant  pour la plupart dans la sphère rock-reggae-dub-rap. Le résultat s’appelle « Tattooin Tape, vol.1« . https://www.facebook.com/Studio.Tattooinbeat/photos/pb.389441234512455.-2207520000.1507875108./1384469535009615/?type=3

Alors qu’en est-il de ce disque?

En ouverture, une ambiance hispano, dansante, sur laquelle viens se poser la voix et le flow  de Lord Esperanza et Shaby… cuivres, piano, voix, ça sent l’été, la plage, c’est entrainant. S’ensuit Dji Oto, Milouch & Chetif qui nous proposent un rap à 3 voix, sans faille. Des flûtes en arrière plan sonore, sur un beat bien maitrisé. Propre. Milouch, cette fois en solo, nous offre une « dernière cigarette ».

La suite, de « Kiddo »proposé par Jackman, jusqu’au final « Mental » est une  jolie promenade sonore et rythmique, à base d’électro, de rap de plus ou moins bon goût ( écoutez la différence entre Awaks et Tina Mweni), la funk très « club » de Madmonk avec le morceau « Purple Clouds ». Pour clore cette promenade sur la planète Tattoin, 2 morceaux ambiancés électro, légèrement planants… très agréables.

Ce disque éclectique marqué du sceau du talent et ouvrant à des horizons sonores inattendus est un joli petit écrin dans lequel des artistes talentueux et peu encore connus du grand public viennent s’exprimer.

A découvrir.

 

Guillaume.

 

 

Chez les Marsalis, le jazz est une affaire de famille.


La musique est parfois une affaire de famille : Pour les mélomanes de musique classique, je nommerai Léopold et Wolfgang Amadeus Mozart, Johann Sébastian Bach et ses deux fils Carl Philipp Emmanuel et Johann Christian, Richard Strauss, Johann Strauss (père et fils), qui en sont de célèbres exemples.

Dans l’histoire du rock là aussi les exemples ne manquent pas : John et Julian Lennon, Ike and Tina Turner, Les Jackson Five, Eddie et Alex Van Halen (Van Halen), Michael et Rudolph Schenker (Scorpions, MSG), Steve et Mike Porcaro (Toto), Janet Jackson, Whitney Houston (nièce de Dionne Warwick). En chanson française, la lignée Gainsbourg-Birkin avec Charlotte, sa sœur Lou (également actrice et réalisatrice). Serge et Nicolas Reggiani, Jacques Higelin, sa fille Zia et son fils Arthur H. Louis Chédid et ses 4 enfants de la balle, Mathieu, Joseph, Anna et Emilie. Véronique Sanson et Christopher Stills (fils de Stephen Stills, du groupe Crosby Stills Nash ans Young).

Le Jazz n’échappe pas à cette « règle ». Il y a en effet des familles qui ont marqué ce genre musical de leur empreinte : le bluesman Muddy Waters et son fils Bill Boy Morganfield, le violoniste Didier Lockwood et son frère pianiste Francis, Michel Petrucciani et son frère guitariste Tony, la chanteuse-pianiste Nina Simone et sa fille également chanteuse Lisa, Maceo Parker (saxophiniste) et son rappeur de fils Corey, Boulou et Elios Ferré, la chanteuse Dee Dee Bridgewater et sa fille China Moses, et je pourrais ajouter Johnny et Shemekia Copeland (blues), Luther et Bernard Allison (blues), Jimmie et Stevie Ray Vaughan (blues), Edgar et Johnny Winter(rock, blues-rock)…. Vous le constatez,  les exemples sont nombreux !

La famille, et non pas la Famille (avec un grand F, cela renvoie à Famiglia, terme désignant les mafias italiennes et italo-américaines), donc la famille que je vais évoquer aujourd’hui est celle des Marsalis : Ellis Jr., le patriarche (83 ans, pianiste), Branford (57 ans, saxophoniste), Wynton (56 ans, trompette, cornet), Delfayo (52 ans, trombone, producteur), Jason (41 ans, batteur, percussionniste). 2 disques témoignent de l’amour pour jazz profondément ancré au sein de cette lignée. Il s’agit de « A jazz celebration »(2003) sorti sur le label… Marsalis Music fondé en 2002 par Branford Marsalis (on n’est jamais si bien servi que par soi-même), et « Music Redeems » (2010), qui relate un enregistrement en public lors d’une soirée dédiée au Ellis Marsalis Center for Music. L’occasion nous est ici donnée de suivre ces musiciens dans un voyage musical qui mêle tradition, jazz classique, et standards. Un petit bonheur à savourer. L’auditeur a parfois le sentiment d’entendre, d’écouter, au delà de la musique, un dialogue intergénérationnel qui serait codé dont seuls le quintet Marsalis possède la clé. Une façon de prolonger ce lien fort qui les unis, réunis. L’Histoire d’un pays, d’une musique, leur histoire personnelle et collective sur ce sol qui les a vus naître et grandir, devenir des figures emblématiques de la communauté noire américaine dont ils sont issus.



 

 

 

Vous le voyez, que ce soit par le biais de la musique en menant des projets, par l’investissement personnel ou collectif dans des institutions liées à l’éducation musicale, au développement de l’être humain, à l’histoire et la mémoire d’une musique, ou dans le cadre de leurs activités et carrières personnelles respectives, les membres de la famille Marsalis se montrent mobilisés, présents. Aussi quand parfois le temps leur est donné de se réunir pour jouer ensemble, cela donne de jolis moments de partage. L’auditeur s’en trouve privilégié, le sentiment prédominant d’assister à un conseil de famille en musique assez jubilatoire. Au de là de l’évidente connivence qui les relie, c’est le plaisir simple du jeu qui se manifeste. Pour avoir eu l’occasion d’assister à des concerts de Wynton Marsalis dans différentes formules (direction d’orchestre, quartet, quintet) à Marciac à plusieurs reprises ainsi qu’à certains donnés par son frère Branford, en formule quartet, j’ai pu mesurer combien ces valeurs de transmission, de plaisir, d’amour de la musique sont encrées en eux. Malheureusement donc, pour moi, pour nous, le clan Marsalis au complet n’est jamais venu en Europe se produire. L’histoire de Police refermée non sans quelques fracas, Sting engagea Wynton et Branford pour l’enregistrement du sublime album « Englishman in New York » (1987), premier album solo du bassiste blond après la séparation policière. Je fus témoin de leur présence au sein du quintet qui accompagna Sting lors du concert donné à Bercy en 1988. Un régal de voir ces jazzmen aux côtés de Sting.

Alors si un jour prochain, sur Paris ou en province à l’occasion d’un festival de jazz, vous apercevez le nom de Marsalis sur l’affiche (en l’occurrence Branford et Wynton, qui tournent très régulièrement en Europe), n’attendez plus, foncez les voir, car vous aurez l’assurance de passer une très très belle soirée avec des musiciens de haut vol et généreux dans l’âme.

Guillaume.

 

 

Wynton Marsalis, du jazz à la musique classique.


 A 57 ans, dont plus de 40 ans de carrière, Wynton Marsalis musicien multicartes issu d’une famille nombreuse dédiée à la musique jazz ( j’y reviendrai dans un prochain article), est avant tout connu dans le monde entier pour ses talents de trompettiste hors pair, de compositeur et chef d’orchestre de jazz.

En France, il est devenu une véritable référence, une icône, depuis son premier passage au Festival de Jazz de Marciac, dont il est devenu le parrain en 1991. S’y investissant depuis chaque année, il revient et travaille avec les écoles de jazz du coin, en plus des programmes qu’il présente avec un bonheur toujours égal au public qui vient le voir. Il a pour cela gagné le droit d’avoir une statue à son effigie au centre d’une cour d’école de Marciac. Tout un symbole! Homme très occupé, Il est par ailleurs directeur général et artistique de la grande institution américaine de musique qu’est le Jazz at Lincoln Center de New-York.

Mais c’est du compositeur de  musique classique que j’ai décidé de vous parler. Car c’est un aspect méconnu de sa carrière, comme c’est le cas pour le performer vocal Bobby Mac Ferrin. Les musiciens de jazz ont très souvent été influencé par la musique classique (tout comme la musique classique s’est parfois inspiré du jazz, mais nous en reparlerons), pour ensuite s’en inspiré dans la composition de leur œuvre. Les plus marquants sont Duke Ellington, Thelonious Monk, Oscar Peterson, Keith Jarrett, Miles Davis, Nina Simone, ou encore Leonard Bernstein et Chick Corea. Wynton Marsalis donc s’inscrit dans cette lignée.

Dès l’âge de 14 ans, il joue le concerto pour trompette de Haydn, accomagné par le New Orleans symphony orchestra. A 18 ans, bien lancé, le talenteux jeune homme rejoint Art Blakey et ses Jazz Messengers, au seuil des années 80. Il joue ensuite avec Sarah Vaughan, Dizzie Gillespie, Sonny Rollins. De jolis parrains et partenaires de musique. Mais Wynton Marsalis ne contente pas seulement d’être un musicien talentueux capable de s’adapter avec bonheur à différents styles musicaux comme, hormis le classique donc, la country-blues (voir album « Two men with the blues » avec Willie Nelson), le blues encore, avec Eric Clapton, sur le superbe « Wynton Marsalis and Eric Clapton plays the Blues ».

Passionné par les compositeurs de musique classique que sont Johann Sébastian Bach, Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn et quelques autres, il n’hésite alors pas à se lancer dans l’enregistrement d’œuvres classiques. L’alternance entre ses activités liées au jazz et à la musique classique est dès lors effective. En 1983, à 20 ans, il rentre en studio pour enregistrer les concertos pour trompette de Joseph Haydn, Johann Nepomuk Hummel, et Leopold Mozart. En 1997, signe ultime de la reconnaissance de son talent multiforme, Wynton Marsalis reçoit le prix Pullitzer de la musique pour son œuvre « Blood on the fields », un oratorio de jazz.

Si le musicien est très talentueux, Il accorde aussi une très grande importance à l’enseignement, la transmission, l’éducation de l’être humain par la musique. C’est pour cela qu’il mène de front plusieurs carrières, toutes liées à la musique, à l’Humain. : S’il a dirigé le Jazz Lincoln Center de New-York, il est également directeur en charge du Département Jazz de la Juillard School de New-York. Partout où il rend, Marsalis se fait passeur de savoir, transmetteur de mémoire, d’une histoire commune, celle de la musique, comme lien unique et universel entre les hommes. Un pèlerin qui ne baisse jamais les bras.

En tant que compositeur et / ou un interprète du répertoire classique, il a  établi un spectre très large, jugez plutôt : le fameux « Three Favorite concertos », avec le violoncelliste Yo-Yo Ma notamment, en 1984 ; le registre baroque et des compositeurs tels Henry Purcell, Georges Telemann, Johann Pachelbel, abordés lors d’enregistrements en 1984 et 1988 ou plus près de nous, en 2016 « The Abyssinian Mass » de Wolfgang Amadeus Mozart, enregistré avec la chorale Le Château. La musique de chambre et la musique symphonique ne sont pas en reste avec respectivement « Ghost Storry, ballet » qui date de 1998, ou « the Fiddler and dancin’ witch », pour orchestre à cordes, en 1999. Côté symphonique, il s’offre l’écriture d’une trilogie : « All rise, symphonie n01 », pour orchestre de jazz et chœur et orchestre symphonique ; « Blue Symphony, n°2 » et « Swing symphony, n°3 ».

Vous le constatez, Wynton Marsalis tisse avec patience et persévérance, une œuvre musicale immense, riche, variée, au sein de laquelle il se promène et donne à ses interlocuteurs comme à ses auditeurs un plaisir sans cesse renouvelé de le côtoyer comme de le voir évoluer, diriger ou juste se fondre dans un collectif pour mieux servir une musique.

Wynton Marsalis est pour moi l’un des grands noms du jazz des 40 dernières années et son œuvre n’est pas terminée… loin de là!

Guillaume.

 

 

Trust, la colère dans le sang.


Le duo Bernie / Nono est de retour! Pardon je veux dire le groupe Trust! Après une reformation voilà près de 2 ans suivie d’une tournée triomphale auprès d’un public impatient de retrouver ce groupe et son duo charismatique, accompagnés de comparses dont Bernie lui-même dit qu’ils sont enfin « les membres parfaits du groupe, chacun étant à sa réelle place » (cette remarque fera plaisir à n’en pas douter aux prédécesseurs passés au sein de ce groupe mythique). Ce groupe a toujours eu une histoire mouvementée. Sur la dernière décade, annoncé au HellFest en 2011, le groupe annule sa venue et se met en retrait de la scène pour une durée indéterminée.

Le retour sera pour 2016, année des 40 ans d’existence de Trust. Participant à l’affiche 2017 du festival précité, ils partageront l’affiche avec Aerosmith , Deep Purple entre autres. Un album live sobrement nommé « Live Hellfest 2017 » sera enregistré à l’occasion et sortira quelques temps plus tard. En 2018, forts de ce renouveau et épaulés par une nouvelle triplette de musiciens (David Jacob, basse ; Izo Diop, guitare ; Christian Dupuy, batterie), Nono et Bernie sortent « Dans le même sang« , enregistré en prise live, façon de garder l’énergie des concerts, le tout mixé par Mick Fraser, collaborateur d’Aerosmith ou ACDC. Un album plein de rage et d’énergie servie par l’écriture ciselée comme une lame de couteau de Bernie Bonvoisin.

Le chanteur n’en oublie jamais et l’on ne s’en plaindra pas ici, qu’il est avant toute chose un homme et un citoyen qui porte un regard sur l’époque dans laquelle il vit, le monde qui l’entoure. A bientôt 62 ans (il les aura le 9 juillet prochain) il a toujours besoin de crier ses révoltes, de dénoncer ce monde qui parfois le dérange. Ayant une plume ciselée, il lui arrive de les écrire parfois, comme c’est le cas dans son dernier livre « La danse du Chagrin » sorti aux éditions Don Quichotte en mai dernier (le thème du livre est sur les migrants, les camps dans lesquels notamment sont enfermés femmes, enfants, au Liban et en Syrie). Sa plume est à la mesure de sa voix, toujours aussi forte et virulente, rugueuse, le bonhomme ruant sans sourciller dans les barricades établies, dans les codes en vigueur, contre la pensée unique et policée omniprésente en ce début de 21ème siècle. L’homme est en colère. Le chanteur le fait savoir.

Bernie Bonvoisin le reconnait lui-même, son « sac à colères » est toujours bien rempli. A 4 décennies de distance il écharpe toujours les politiques, les décideurs, les faiseurs de guerre. La voix, toujours aussi puissante, comme aux premiers lueurs du groupe à la fin des années 70’s. Les titres des morceaux sonnent comme des coups de poings : « Ni Dieu ni maître », « Démocrassie », « Le gouvernement comme il respire », « Dans le même sang », « F-Haine »…

A ses côtés, l’éternel « Nono », Norbert Krief, aiguise sa 6-cordes de son talent, épaulé par les 3 nouveaux venus cités plus hauts. Le tout donne un groupe très soudé, une vraie machine de guerre musicale. Le son de l’album, énorme, donne une idée de ce que cela rendra sur scène lors de la tournée des festivals d’été. Du lourd!!!

Oui Trust est bel et bien de retour, à priori pour un bon moment! Cela devrait ravir les amoureux fidèles du groupe depuis son origine. Celles et ceux qui auraient pris l’histoire en route trouveront là une très bonne cuvée délivrée par le quintet français.

Guillaume.

 

Les Moody Blues perdent leur voix…


« Nights in white satin« …. ce titre évoquera sans doute de jolis souvenirs à celles et ceux qui ont découvert ce titre des Moody Blues, groupe anglais de rock progressif, en 1967 sur l’album « Days of future passed ».  Son chanteur Ray Thomas (photo) est à son tour parti rejoindre les étoiles. Sale période. Membre fondateur et chanteur de ce groupe anglais, il joue également de la flûte, de l’harmonica, du hautbois ainsi que du saxophone. Eclectique donc. Le nom du groupe Moody Blues est un clin d’œil au titre du jazzman Duke Ellington « Mood Indigo ».

A côté de son rôle de leader  de groupe, Ray Thomas trouvera dans les années 70 le temps de concocter 2 albums solo, « From mighty oaks » (1975) et « Hopes wishes and dreams » (1976). Auteur-compositeur, il a écrit pas moins de 15 titres qui marquent la discographie du groupe de 1967 à 1999, comme : « The morning, another morning », « Twilight time », « Dr. Livingstone I presume », « Legend of a mind », « And the Tide rushes in »….. etc…. Néanmoins, son rôle d’abord très influent au sein du groupe et des compositions musicales va se détériorer petit à petit au point que à partir des années 80, il n’apparait plus sur les disques du groupe, même s’il en est toujours membre!

Aux origines, sur la période 1964-1966, le groupe anglais s’était cantonné à reprendre des standards du rythm and blues, du blues, tel que celui  » I don’t want to go on without you ». Bientôt l’incertitude du succès aux Etats-Unis et Europe, la fatigue accumulée des tournées, auront raisons de quelques membres du groupe, qui s’infligera une pause. A la reprise, en 1967 (Une excellent année! 🙂 ), le groupe décide de ne plus faire de reprises de Rythm and Blues, mais de jouer uniquement leurs propres compositions. Mike Pinder y introduit le Mellotron, nouvel instrument qui fera régulièrement son apparition dans la musique du groupe. Les musiciens décident alors de mélanger les influences de la musique classique et du rock, ce qui se remarque sur le titre « Nights in white satin ».
Par la suite, de 1967 à 1972, sept albums verront le jour! Chacun ayant une ambiance musicale particulière. La créativité du groupe est à son sommet. « On Threshold of a dream » (1969) et « Question of Balance » rencontreront notamment un grand succès. Après une seconde pause en 1974, le groupe en 1978 mais la potion magique qui animait la créativité musicale du groupe n’est plus là! N’enregistrant plus rien entre 1991 et 1998, un dernier album sera publié en 1999 « Strange times ».  Aujourd’hui le groupe continue de tourner un peu partout dans le monde.

Guillaume.

 

 

Walter Trout, le blues en bandoulière.


Walter Trout, à l’instar de Curtis Salgado, est un vétéran de la scène blues nord-américaine. Ce guitariste-chanteur-auteur a débuté dans les années 60 dans le New-Jersey ( terre chère à Bon Jovi et Bruce Springsteen), avant de s’envoler vers Los Angeles. Au début des années 70, il joue aux côtés  du bluesman John Lee Hooker, du pianiste-chanteur de blues Percy Mayfield et du chanteur-organiste de Soul music Deacon Jones.

Pour son nouvel album « We’re all in this together« , l’homme du New Jersey a fait appel à la crème des as de la 6-cordes. Jugez plutôt du Casting : John Mayall, vétéran du british blues (école par laquelle passèrent Jeff Beck, Mick Taylor, Mick Fleetwood, Peter Green, Eric Clapton….), Warren Haynes membre du Allman Brothers Band, mais aussi les solistes Joe Bonamassa, Robben Ford, Joe Louis Walker, Edgar Winter, frère cadet du regretté Johnny Winter, enfin le chanteur-harmoniciste de blues Charlie Musselwhite…! et un certain Jon Trout, qui n’est autre que le fils de Walter.

Le résultat? une joyeuse réunion de laquelle se dégage un plaisir et une énergie évidente dans la manière qu’on chacun des intervenants,  par leur styles propres, de traiter, honorer, partager, leur vision de la musique blues, et l’héritage qu’ils en ont reçu. Personne, ici, ne souhaite se montrer plus démonstratif que le voisin, là n’est pas le sujet. Tout est dans la notion de partage, sous le regard et la gouverne de Walter Trout, qui a rassemblé ces joyeux drilles. Oui du début à la fin, pour moi qui aime le blues, autant celui qui se veut épuré, simple, acoustique, que celui qui sonne gras, qui respire la difficulté de vie dans les Etats du sud des Etats-Unis, de Nashville à Bâton Rouge, de Chicago à Memphis, de Clarksdale à La Nouvelle-Orléans, ce disque est un plaisir de bout en bout. Il permet de découvrir des styles de jeu différents de la part des musiciens présents et c’est fort agréable.

« We’re all in this together » peut avoir selon moi, plusieurs sens : « Nous sommes tous là ensemble (pour jouer du blues) »… ou bien « Nous jouons tous ensemble avec grand plaisir ». En tous cas, le mien fut réel à écouter ce disque. Une cuvée de blues à consommer sans modération!!

Mes morceaux favoris : « Ain’t goin’ back » (avec Sonny Landreth), « Mr. Davis » (avec Robben Ford), « Crash and burn » (avec Joe Louis Walker), « Blues for Jimmy T. » (avec John Mayall).

Guillaume.