Archives d’Auteur: Guillaume

Sur la planète Tattooin.


Tattooin. Ce nom, pour les amateurs de science-fiction et de sagas intergalactiques, évoquera la planète rebelle dans Star Wars. Mais loin, à des années lumières (oui je sais c’était facile, mais franchement, je pouvais pas résister), de cela, je veux parler ici d’un lieu, La Jarry, situé au 104 de la rue du même nom, à la frontière de Vincennes et Fontenay-sous-Bois. Avec le temps comme dirait Léo Ferré, tout s’en va… laissé à l’abandon.

Studio Tattooin Beat, structure hébergée à cet endroit, autrefois (je vous parle ici des années 70 et 80) friche industrielle, puis parkings étalés sur 5 étages, est un studio d’enregistrement certes rudimentaire (je peux en témoigner l’ayant visité), mais bénéficiant de matériel de qualité, y a donc pris ses quartiers. Peu à peu, sur presque 2 ans, ce lieu particulier a été squatté par de jeunes artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, jeunes producteurs en herbe tels que Enzo Petit, Emile Boudghene, Arthur Chique. Une année riche d’installation clandestine, mais qui a débouché sur des projets artistiques (expos de peintures, enregistrements de disques, collaborations avec Musique au Comptoir, avec le Studio « Art & Fact ».

Depuis quelques semaines, le lieu est désormais vide, silencieux, prêt à être transformé au gré d’une opération immobilière dans ce quartier calme de Vincennes. Avant de quitter les lieux et comme pour marquer leur passage, garder une trace, Enzo et ses acolytes ont enregistrés, mixés différents artistes, évoluant  pour la plupart dans la sphère rock-reggae-dub-rap. Le résultat s’appelle « Tattooin Tape, vol.1« . https://www.facebook.com/Studio.Tattooinbeat/photos/pb.389441234512455.-2207520000.1507875108./1384469535009615/?type=3

Alors qu’en est-il de ce disque?

En ouverture, une ambiance hispano, dansante, sur laquelle viens se poser la voix et le flow  de Lord Esperanza et Shaby… cuivres, piano, voix, ça sent l’été, la plage, c’est entrainant. S’ensuit Dji Oto, Milouch & Chetif qui nous proposent un rap à 3 voix, sans faille. Des flûtes en arrière plan sonore, sur un beat bien maitrisé. Propre. Milouch, cette fois en solo, nous offre une « dernière cigarette ».

La suite, de « Kiddo »proposé par Jackman, jusqu’au final « Mental » est une  jolie promenade sonore et rythmique, à base d’électro, de rap de plus ou moins bon goût ( écoutez la différence entre Awaks et Tina Mweni), la funk très « club » de Madmonk avec le morceau « Purple Clouds ». Pour clore cette promenade sur la planète Tattoin, 2 morceaux ambiancés électro, légèrement planants… très agréables.

Ce disque éclectique marqué du sceau du talent et ouvrant à des horizons sonores inattendus est un joli petit écrin dans lequel des artistes talentueux et peu encore connus du grand public viennent s’exprimer.

A découvrir.

 

Guillaume.

 

 

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Chez les Marsalis, le jazz est une affaire de famille.


La musique est parfois une affaire de famille : Pour les mélomanes de musique classique, je nommerai Léopold et Wolfgang Amadeus Mozart, Johann Sébastian Bach et ses deux fils Carl Philipp Emmanuel et Johann Christian, Richard Strauss, Johann Strauss (père et fils), qui en sont de célèbres exemples.

Dans l’histoire du rock là aussi les exemples ne manquent pas : John et Julian Lennon, Ike and Tina Turner, Les Jackson Five, Eddie et Alex Van Halen (Van Halen), Michael et Rudolph Schenker (Scorpions, MSG), Steve et Mike Porcaro (Toto), Janet Jackson, Whitney Houston (nièce de Dionne Warwick). En chanson française, la lignée Gainsbourg-Birkin avec Charlotte, sa sœur Lou (également actrice et réalisatrice). Serge et Nicolas Reggiani, Jacques Higelin, sa fille Zia et son fils Arthur H. Louis Chédid et ses 4 enfants de la balle, Mathieu, Joseph, Anna et Emilie. Véronique Sanson et Christopher Stills (fils de Stephen Stills, du groupe Crosby Stills Nash ans Young).

Le Jazz n’échappe pas à cette « règle ». Il y a en effet des familles qui ont marqué ce genre musical de leur empreinte : le bluesman Muddy Waters et son fils Bill Boy Morganfield, le violoniste Didier Lockwood et son frère pianiste Francis, Michel Petrucciani et son frère guitariste Tony, la chanteuse-pianiste Nina Simone et sa fille également chanteuse Lisa, Maceo Parker (saxophiniste) et son rappeur de fils Corey, Boulou et Elios Ferré, la chanteuse Dee Dee Bridgewater et sa fille China Moses, et je pourrais ajouter Johnny et Shemekia Copeland (blues), Luther et Bernard Allison (blues), Jimmie et Stevie Ray Vaughan (blues), Edgar et Johnny Winter(rock, blues-rock)…. Vous le constatez,  les exemples sont nombreux !

La famille, et non pas la Famille (avec un grand F, cela renvoie à Famiglia, terme désignant les mafias italiennes et italo-américaines), donc la famille que je vais évoquer aujourd’hui est celle des Marsalis : Ellis Jr., le patriarche (83 ans, pianiste), Branford (57 ans, saxophoniste), Wynton (56 ans, trompette, cornet), Delfayo (52 ans, trombone, producteur), Jason (41 ans, batteur, percussionniste). 2 disques témoignent de l’amour pour jazz profondément ancré au sein de cette lignée. Il s’agit de « A jazz celebration »(2003) sorti sur le label… Marsalis Music fondé en 2002 par Branford Marsalis (on n’est jamais si bien servi que par soi-même), et « Music Redeems » (2010), qui relate un enregistrement en public lors d’une soirée dédiée au Ellis Marsalis Center for Music. L’occasion nous est ici donnée de suivre ces musiciens dans un voyage musical qui mêle tradition, jazz classique, et standards. Un petit bonheur à savourer. L’auditeur a parfois le sentiment d’entendre, d’écouter, au delà de la musique, un dialogue intergénérationnel qui serait codé dont seuls le quintet Marsalis possède la clé. Une façon de prolonger ce lien fort qui les unis, réunis. L’Histoire d’un pays, d’une musique, leur histoire personnelle et collective sur ce sol qui les a vus naître et grandir, devenir des figures emblématiques de la communauté noire américaine dont ils sont issus.



 

 

 

Vous le voyez, que ce soit par le biais de la musique en menant des projets, par l’investissement personnel ou collectif dans des institutions liées à l’éducation musicale, au développement de l’être humain, à l’histoire et la mémoire d’une musique, ou dans le cadre de leurs activités et carrières personnelles respectives, les membres de la famille Marsalis se montrent mobilisés, présents. Aussi quand parfois le temps leur est donné de se réunir pour jouer ensemble, cela donne de jolis moments de partage. L’auditeur s’en trouve privilégié, le sentiment prédominant d’assister à un conseil de famille en musique assez jubilatoire. Au de là de l’évidente connivence qui les relie, c’est le plaisir simple du jeu qui se manifeste. Pour avoir eu l’occasion d’assister à des concerts de Wynton Marsalis dans différentes formules (direction d’orchestre, quartet, quintet) à Marciac à plusieurs reprises ainsi qu’à certains donnés par son frère Branford, en formule quartet, j’ai pu mesurer combien ces valeurs de transmission, de plaisir, d’amour de la musique sont encrées en eux. Malheureusement donc, pour moi, pour nous, le clan Marsalis au complet n’est jamais venu en Europe se produire. L’histoire de Police refermée non sans quelques fracas, Sting engagea Wynton et Branford pour l’enregistrement du sublime album « Englishman in New York » (1987), premier album solo du bassiste blond après la séparation policière. Je fus témoin de leur présence au sein du quintet qui accompagna Sting lors du concert donné à Bercy en 1988. Un régal de voir ces jazzmen aux côtés de Sting.

Alors si un jour prochain, sur Paris ou en province à l’occasion d’un festival de jazz, vous apercevez le nom de Marsalis sur l’affiche (en l’occurrence Branford et Wynton, qui tournent très régulièrement en Europe), n’attendez plus, foncez les voir, car vous aurez l’assurance de passer une très très belle soirée avec des musiciens de haut vol et généreux dans l’âme.

Guillaume.

 

 

Wynton Marsalis, du jazz à la musique classique.


 A 57 ans, dont plus de 40 ans de carrière, Wynton Marsalis musicien multicartes issu d’une famille nombreuse dédiée à la musique jazz ( j’y reviendrai dans un prochain article), est avant tout connu dans le monde entier pour ses talents de trompettiste hors pair, de compositeur et chef d’orchestre de jazz.

En France, il est devenu une véritable référence, une icône, depuis son premier passage au Festival de Jazz de Marciac, dont il est devenu le parrain en 1991. S’y investissant depuis chaque année, il revient et travaille avec les écoles de jazz du coin, en plus des programmes qu’il présente avec un bonheur toujours égal au public qui vient le voir. Il a pour cela gagné le droit d’avoir une statue à son effigie au centre d’une cour d’école de Marciac. Tout un symbole! Homme très occupé, Il est par ailleurs directeur général et artistique de la grande institution américaine de musique qu’est le Jazz at Lincoln Center de New-York.

Mais c’est du compositeur de  musique classique que j’ai décidé de vous parler. Car c’est un aspect méconnu de sa carrière, comme c’est le cas pour le performer vocal Bobby Mac Ferrin. Les musiciens de jazz ont très souvent été influencé par la musique classique (tout comme la musique classique s’est parfois inspiré du jazz, mais nous en reparlerons), pour ensuite s’en inspiré dans la composition de leur œuvre. Les plus marquants sont Duke Ellington, Thelonious Monk, Oscar Peterson, Keith Jarrett, Miles Davis, Nina Simone, ou encore Leonard Bernstein et Chick Corea. Wynton Marsalis donc s’inscrit dans cette lignée.

Dès l’âge de 14 ans, il joue le concerto pour trompette de Haydn, accomagné par le New Orleans symphony orchestra. A 18 ans, bien lancé, le talenteux jeune homme rejoint Art Blakey et ses Jazz Messengers, au seuil des années 80. Il joue ensuite avec Sarah Vaughan, Dizzie Gillespie, Sonny Rollins. De jolis parrains et partenaires de musique. Mais Wynton Marsalis ne contente pas seulement d’être un musicien talentueux capable de s’adapter avec bonheur à différents styles musicaux comme, hormis le classique donc, la country-blues (voir album « Two men with the blues » avec Willie Nelson), le blues encore, avec Eric Clapton, sur le superbe « Wynton Marsalis and Eric Clapton plays the Blues ».

Passionné par les compositeurs de musique classique que sont Johann Sébastian Bach, Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn et quelques autres, il n’hésite alors pas à se lancer dans l’enregistrement d’œuvres classiques. L’alternance entre ses activités liées au jazz et à la musique classique est dès lors effective. En 1983, à 20 ans, il rentre en studio pour enregistrer les concertos pour trompette de Joseph Haydn, Johann Nepomuk Hummel, et Leopold Mozart. En 1997, signe ultime de la reconnaissance de son talent multiforme, Wynton Marsalis reçoit le prix Pullitzer de la musique pour son œuvre « Blood on the fields », un oratorio de jazz.

Si le musicien est très talentueux, Il accorde aussi une très grande importance à l’enseignement, la transmission, l’éducation de l’être humain par la musique. C’est pour cela qu’il mène de front plusieurs carrières, toutes liées à la musique, à l’Humain. : S’il a dirigé le Jazz Lincoln Center de New-York, il est également directeur en charge du Département Jazz de la Juillard School de New-York. Partout où il rend, Marsalis se fait passeur de savoir, transmetteur de mémoire, d’une histoire commune, celle de la musique, comme lien unique et universel entre les hommes. Un pèlerin qui ne baisse jamais les bras.

En tant que compositeur et / ou un interprète du répertoire classique, il a  établi un spectre très large, jugez plutôt : le fameux « Three Favorite concertos », avec le violoncelliste Yo-Yo Ma notamment, en 1984 ; le registre baroque et des compositeurs tels Henry Purcell, Georges Telemann, Johann Pachelbel, abordés lors d’enregistrements en 1984 et 1988 ou plus près de nous, en 2016 « The Abyssinian Mass » de Wolfgang Amadeus Mozart, enregistré avec la chorale Le Château. La musique de chambre et la musique symphonique ne sont pas en reste avec respectivement « Ghost Storry, ballet » qui date de 1998, ou « the Fiddler and dancin’ witch », pour orchestre à cordes, en 1999. Côté symphonique, il s’offre l’écriture d’une trilogie : « All rise, symphonie n01 », pour orchestre de jazz et chœur et orchestre symphonique ; « Blue Symphony, n°2 » et « Swing symphony, n°3 ».

Vous le constatez, Wynton Marsalis tisse avec patience et persévérance, une œuvre musicale immense, riche, variée, au sein de laquelle il se promène et donne à ses interlocuteurs comme à ses auditeurs un plaisir sans cesse renouvelé de le côtoyer comme de le voir évoluer, diriger ou juste se fondre dans un collectif pour mieux servir une musique.

Wynton Marsalis est pour moi l’un des grands noms du jazz des 40 dernières années et son œuvre n’est pas terminée… loin de là!

Guillaume.

 

 

Trust, la colère dans le sang.


Le duo Bernie / Nono est de retour! Pardon je veux dire le groupe Trust! Après une reformation voilà près de 2 ans suivie d’une tournée triomphale auprès d’un public impatient de retrouver ce groupe et son duo charismatique, accompagnés de comparses dont Bernie lui-même dit qu’ils sont enfin « les membres parfaits du groupe, chacun étant à sa réelle place » (cette remarque fera plaisir à n’en pas douter aux prédécesseurs passés au sein de ce groupe mythique). Ce groupe a toujours eu une histoire mouvementée. Sur la dernière décade, annoncé au HellFest en 2011, le groupe annule sa venue et se met en retrait de la scène pour une durée indéterminée.

Le retour sera pour 2016, année des 40 ans d’existence de Trust. Participant à l’affiche 2017 du festival précité, ils partageront l’affiche avec Aerosmith , Deep Purple entre autres. Un album live sobrement nommé « Live Hellfest 2017 » sera enregistré à l’occasion et sortira quelques temps plus tard. En 2018, forts de ce renouveau et épaulés par une nouvelle triplette de musiciens (David Jacob, basse ; Izo Diop, guitare ; Christian Dupuy, batterie), Nono et Bernie sortent « Dans le même sang« , enregistré en prise live, façon de garder l’énergie des concerts, le tout mixé par Mick Fraser, collaborateur d’Aerosmith ou ACDC. Un album plein de rage et d’énergie servie par l’écriture ciselée comme une lame de couteau de Bernie Bonvoisin.

Le chanteur n’en oublie jamais et l’on ne s’en plaindra pas ici, qu’il est avant toute chose un homme et un citoyen qui porte un regard sur l’époque dans laquelle il vit, le monde qui l’entoure. A bientôt 62 ans (il les aura le 9 juillet prochain) il a toujours besoin de crier ses révoltes, de dénoncer ce monde qui parfois le dérange. Ayant une plume ciselée, il lui arrive de les écrire parfois, comme c’est le cas dans son dernier livre « La danse du Chagrin » sorti aux éditions Don Quichotte en mai dernier (le thème du livre est sur les migrants, les camps dans lesquels notamment sont enfermés femmes, enfants, au Liban et en Syrie). Sa plume est à la mesure de sa voix, toujours aussi forte et virulente, rugueuse, le bonhomme ruant sans sourciller dans les barricades établies, dans les codes en vigueur, contre la pensée unique et policée omniprésente en ce début de 21ème siècle. L’homme est en colère. Le chanteur le fait savoir.

Bernie Bonvoisin le reconnait lui-même, son « sac à colères » est toujours bien rempli. A 4 décennies de distance il écharpe toujours les politiques, les décideurs, les faiseurs de guerre. La voix, toujours aussi puissante, comme aux premiers lueurs du groupe à la fin des années 70’s. Les titres des morceaux sonnent comme des coups de poings : « Ni Dieu ni maître », « Démocrassie », « Le gouvernement comme il respire », « Dans le même sang », « F-Haine »…

A ses côtés, l’éternel « Nono », Norbert Krief, aiguise sa 6-cordes de son talent, épaulé par les 3 nouveaux venus cités plus hauts. Le tout donne un groupe très soudé, une vraie machine de guerre musicale. Le son de l’album, énorme, donne une idée de ce que cela rendra sur scène lors de la tournée des festivals d’été. Du lourd!!!

Oui Trust est bel et bien de retour, à priori pour un bon moment! Cela devrait ravir les amoureux fidèles du groupe depuis son origine. Celles et ceux qui auraient pris l’histoire en route trouveront là une très bonne cuvée délivrée par le quintet français.

Guillaume.

 

Les Moody Blues perdent leur voix…


« Nights in white satin« …. ce titre évoquera sans doute de jolis souvenirs à celles et ceux qui ont découvert ce titre des Moody Blues, groupe anglais de rock progressif, en 1967 sur l’album « Days of future passed ».  Son chanteur Ray Thomas (photo) est à son tour parti rejoindre les étoiles. Sale période. Membre fondateur et chanteur de ce groupe anglais, il joue également de la flûte, de l’harmonica, du hautbois ainsi que du saxophone. Eclectique donc. Le nom du groupe Moody Blues est un clin d’œil au titre du jazzman Duke Ellington « Mood Indigo ».

A côté de son rôle de leader  de groupe, Ray Thomas trouvera dans les années 70 le temps de concocter 2 albums solo, « From mighty oaks » (1975) et « Hopes wishes and dreams » (1976). Auteur-compositeur, il a écrit pas moins de 15 titres qui marquent la discographie du groupe de 1967 à 1999, comme : « The morning, another morning », « Twilight time », « Dr. Livingstone I presume », « Legend of a mind », « And the Tide rushes in »….. etc…. Néanmoins, son rôle d’abord très influent au sein du groupe et des compositions musicales va se détériorer petit à petit au point que à partir des années 80, il n’apparait plus sur les disques du groupe, même s’il en est toujours membre!

Aux origines, sur la période 1964-1966, le groupe anglais s’était cantonné à reprendre des standards du rythm and blues, du blues, tel que celui  » I don’t want to go on without you ». Bientôt l’incertitude du succès aux Etats-Unis et Europe, la fatigue accumulée des tournées, auront raisons de quelques membres du groupe, qui s’infligera une pause. A la reprise, en 1967 (Une excellent année! 🙂 ), le groupe décide de ne plus faire de reprises de Rythm and Blues, mais de jouer uniquement leurs propres compositions. Mike Pinder y introduit le Mellotron, nouvel instrument qui fera régulièrement son apparition dans la musique du groupe. Les musiciens décident alors de mélanger les influences de la musique classique et du rock, ce qui se remarque sur le titre « Nights in white satin ».
Par la suite, de 1967 à 1972, sept albums verront le jour! Chacun ayant une ambiance musicale particulière. La créativité du groupe est à son sommet. « On Threshold of a dream » (1969) et « Question of Balance » rencontreront notamment un grand succès. Après une seconde pause en 1974, le groupe en 1978 mais la potion magique qui animait la créativité musicale du groupe n’est plus là! N’enregistrant plus rien entre 1991 et 1998, un dernier album sera publié en 1999 « Strange times ».  Aujourd’hui le groupe continue de tourner un peu partout dans le monde.

Guillaume.

 

 

Walter Trout, le blues en bandoulière.


Walter Trout, à l’instar de Curtis Salgado, est un vétéran de la scène blues nord-américaine. Ce guitariste-chanteur-auteur a débuté dans les années 60 dans le New-Jersey ( terre chère à Bon Jovi et Bruce Springsteen), avant de s’envoler vers Los Angeles. Au début des années 70, il joue aux côtés  du bluesman John Lee Hooker, du pianiste-chanteur de blues Percy Mayfield et du chanteur-organiste de Soul music Deacon Jones.

Pour son nouvel album « We’re all in this together« , l’homme du New Jersey a fait appel à la crème des as de la 6-cordes. Jugez plutôt du Casting : John Mayall, vétéran du british blues (école par laquelle passèrent Jeff Beck, Mick Taylor, Mick Fleetwood, Peter Green, Eric Clapton….), Warren Haynes membre du Allman Brothers Band, mais aussi les solistes Joe Bonamassa, Robben Ford, Joe Louis Walker, Edgar Winter, frère cadet du regretté Johnny Winter, enfin le chanteur-harmoniciste de blues Charlie Musselwhite…! et un certain Jon Trout, qui n’est autre que le fils de Walter.

Le résultat? une joyeuse réunion de laquelle se dégage un plaisir et une énergie évidente dans la manière qu’on chacun des intervenants,  par leur styles propres, de traiter, honorer, partager, leur vision de la musique blues, et l’héritage qu’ils en ont reçu. Personne, ici, ne souhaite se montrer plus démonstratif que le voisin, là n’est pas le sujet. Tout est dans la notion de partage, sous le regard et la gouverne de Walter Trout, qui a rassemblé ces joyeux drilles. Oui du début à la fin, pour moi qui aime le blues, autant celui qui se veut épuré, simple, acoustique, que celui qui sonne gras, qui respire la difficulté de vie dans les Etats du sud des Etats-Unis, de Nashville à Bâton Rouge, de Chicago à Memphis, de Clarksdale à La Nouvelle-Orléans, ce disque est un plaisir de bout en bout. Il permet de découvrir des styles de jeu différents de la part des musiciens présents et c’est fort agréable.

« We’re all in this together » peut avoir selon moi, plusieurs sens : « Nous sommes tous là ensemble (pour jouer du blues) »… ou bien « Nous jouons tous ensemble avec grand plaisir ». En tous cas, le mien fut réel à écouter ce disque. Une cuvée de blues à consommer sans modération!!

Mes morceaux favoris : « Ain’t goin’ back » (avec Sonny Landreth), « Mr. Davis » (avec Robben Ford), « Crash and burn » (avec Joe Louis Walker), « Blues for Jimmy T. » (avec John Mayall).

Guillaume.

 

Il était une fois… 1973!


Année qui voit la création de l’Europe à 9 pays dès le mois de janvier. Qui sera marquée par des réélections de présidents africains, au Sénégal (Léopold Cédar-Senghor) et au Gabon (Ali Bongo) avec des scores dignes de dictatures, par le coup d’état militaire au Chili en septembre avec l’arrivée au pouvoir du général Pinochet, et le suicide du président Salvador Allende. En octobre, Henry Kissinger, diplomate américain, reçoit le prix Nobel de la Paix en duo avec le nord-vietnamien Le Duc Tho, qui lui le refusera. En France, le mois de mai est le théâtre d’une manifestation pour revendiquer le droit à l’avortement et à la contraception pour les femmes. Juin voit le début de la grève chez Lipp, août 80.000 personnes déferler sur le plateau du Larzac pour protester contre l’extension du camp militaire, septembre est l’occasion de l’inauguration à Paris de la Tour Montparnasse, enfin en octobre, le parlement français (Sénat et Assemblée nationale) décide de la réduction à 5 ans du mandat présidentiel.

Cette année-là voit naître le journal « Libération » dont le premier numéro paraîtra le 18 avril 1973. Côté artistique, et d’abord au cinéma, si Brigitte Bardot annonce qu’elle arrête sa carrière de comédienne, il faut noter la sortie de films importants tels que : « Etat de siège » de Costa Gavras, « La grande bouffe » de Marco Ferreri, « L’emmerdeur », de Edouard Molinaro avec Lino Ventura et Jacques Brel, « Deux hommes dans la ville », de José Giovanni, avec Jean Gabin et Alain Delon. L’année 73 est année cruelle puisque nombre de personnalités des Arts disparaissent : le peintre Pablo Picasso, l’actrice italienne Anna Magnani, l’humoriste Fernand Raynaud, le violoncelliste et compositeur Pablo Casals, le réalisateur américain John Ford et le français Jean-Pierre Melville, sans oublier l’écrivain JRR Tolkien, père du « Hobbit » et de sa suite « Le Seigneur des Anneaux » paru en 1954-1955.

Maintenant, place à l’histoire inventée.

Soir d’automne. Installé dans mon salon, devant ma cheminée, sur les coups de 22H, le téléphone sonna. Au bout du fil (hé oui le Dieu Smartphone n’avait pas encore remplacé le téléphone en bakélite), Ringo, 40 printemps au compteur, un ami de longue date. Ses parents l’avaient nommé ainsi en hommage au batteur des Beatles. Il me dit qu’il avait un problème avec sa petite copine, Angie, 40 ans également, mère d’un enfant qui venait d’avoir 18 ans. Une anglaise très jolie.. Lui, originaire « made in » de Normandie, était fou amoureux d’elle. Il avait vraiment besoin de parler, de se confier. Leur couple traversait quelques turbulences depuis quelques temps. Alors plutôt que le téléphone, et malgré l’heure avancée de la soirée, je lui propose de venir dîner le soir-même. Un bon vin, un plat de pâtes et la nuit devant nous pour discuter. N’habitant pas très loin de chez moi, il était là moins de 15 minutes plus tard. Fils de parents divorcés, il a la maladie d’amour, le besoin viscéral d’aimer et d’être aimé. A 4o ans, il me dit qu’avec Angie, il a trouvé celle qu’il lui faut, pour la suite de sa vie. Qu’il envisage avec elle et pour elle le meilleur. Qu’Angie parfois, bien que réservée, lui confie qu’elle a rencontré avec lui l’homme de sa vie. Elle le surnomme « My love ».

Il souhaite lui faire découvrir la beauté de Venise en gondoles, mais aussi ses ruelles étroites, biscornues, ses immeubles aux façades délabrées qui parfois cachent de somptueux palais, sa place Saint-Marc, l’île de Murano, où parfois l’on croise les vieux mariés qui s’y promènent, nostalgiques de leur première venue. L’état de délabrement de cette cité lagunaire donne un sentiment de nostalgie d’un lointain passé glorieux. Il me fait part d’un projet : « Nous irons à Vérone, ville de Roméo et Juliette, nous aimer tranquillement, loin de la mélancolie parisienne ». Ringo et Angie coulent des jours heureux, sans monotonie, même si parfois le manque de money freine leurs envies.

Vers 5H du matin, la fatigue nous envahit d’un seul coup Ringo et moi, malgré le plat de pâtes et le vin qui nous tenaient compagnie. Comme un signal d’aller enfin  dormir. Je lui proposais alors de l’héberger afin qu’il dorme tranquillement. Mais avant de le laisser rejoindre Morphée, il me fallait me débarrasser d’un secret qu’Angie m’avait confié voilà quelques semaines, n’osant en parlé directement à Ringo : Elle m’avait indiqué, au cours d’une discussion un après-midi, qu’elle avait un message personnel à dire à Ringo, mais n’osait pas, de peur de le brusquer. De lui, elle voulait un enfant. Partagé entre la colère et la bonne surprise, Ringo eut du mal à réaliser. Il me dit alors, qu’au fond de lui, il le désirait depuis longtemps. Il n’en voudrait pas à Angie. Il l’aime trop.

La vie, leur vie, leur amour, allaient prendre un nouveau départ.

Guillaume.

Curtis Salgado est de retour!


A 64 ans, après des années de lutte contre un cancer du foie puis un cancer du poumon, qui l’ont tenu éloigné de la scène quelques temps, le chanteur-harmoniciste-pianiste Curtis Salgado est de retour avec un album, « Rough Cut » enregistré avec la complicité du guitariste Alan Hager. Au menu, du blues, du blues, du blues, comme le dirait si bien Michel Jonasz. Oui, fidèle à son amour pour cette musique, Salgado signe un joli disque, tout en pureté, sans fioritures inutiles. Une simplicité qui fait plaisir à écouter. Comme si la maladie avait réveillé en lui l’envie d’aller à l’essentiel, à la racine des choses, ici de la musique qu’il chérit tant et qu’il sert de son talent depuis de si nombreuses années. Curtis Salgado, personnage discret de la scène musicale internationale, mais très connu aux Etats-Unis, est à l’origine, après une rencontre avec John Belushi, de la création des personnages de  « The Blues Brothers« . C’est ainsi que le personnage de Cab Calloway dans le film se prénomme…. Curtis!

Mais revenons à « Rough Cut« . Dès les premières notes de guitare d’Alan Hager sur « I will not surrender », qui plonge l’auditeur dans l’ambiance moite et le décor maintes fois dépeint du Blues du Sud des Etats-Unis, Curtis Salgado nous fait comprendre qu’il ne veut pas rendre les armes si simplement ni quitter la rampe, la scène malgré les soucis de santé qui le tenaillent. Non rien de ça, bien au contraire! L’homme se bat, le chanteur nous montre ses ressources à travers un répertoire blues, boogie (il joue aussi bien du piano que de l’harmonica). Il a réuni, aux côtés d’Alan Hager, la chanteuse Larhonda Steele, le pianiste Jim Pugh, le bassiste Keith Brush, et des batteurs comme Russ Kleiner, Jim Bott. De quoi servir sereinement une musique ici marquée par sa simplicité, son aspect dépouillé, comme une volonté de retourner aux racines du genre telles que les avait posées Robert Johnson, Leroy Carr, Son House et Charley Patton. Du coup, c’est un régal! ca swingue, ça balance, c’est plein d’optimisme et le gaillard d’avant (Curtis Salgado) nous prouve si c’était encore nécessaire que c’est un grand vocaliste du blues.

Parmi les 13 morceaux de « Rough Cut« , outre les composition signées Hager et/ou Salgado, figurent des reprises de Mackinley Morganfield alias Muddy Waters (I can’t be Satisfied), Sonny Boy Williamson (To Young to die), Son House (Depot blues) et Big Bill Broonzy (I want you by my side).

J’ai adoré ce disque! Un vrai retour aux sources très réussi!

Guillaume.

Il était une fois… 1972!


En France, c’est une année marquée par l’apparition de quelques  décrets importants comme  celui autorisant le travail intérimaire, la contraception, ou l’obligation faite à tout salarié de s’affilier à un régime de retraite complémentaire. C’est aussi l’inauguration du Turbo Train (futur TGV). En juin, le musée du cinéma fondé par Henri Langlois, est inauguré au palais de Chaillot. A Colombey-les-2 Eglises, Georges Pompidou inaugure la Croix de Lorraine, monument en hommage au Général de Gaulle. Juillet est marqué par la démission du premier ministre Jacques Chaban-Delmas, remplacé par Pierre Messmer. En novembre, Bontems et Buffet, malgré la défense de leurs avocats dont Robert Badinter, sont condamnés à mort et exécutés (guillotine). Dans le monde, outre la réélection de Richard Nixon comme président des Etats-Unis d’Amérique, c’est avant tout la prise d’otages meurtrière (11 morts parmi les athlètes israéliens) lors des JO de Munich, qui retient l’attention. Le romancier-journaliste Dino Buzzati et l’académicien-romancier Henry de Montherlant disparaissent cette année-là. Les chanteurs Bobby Lapointe et Maurice Chevalier ne feront plus résonner leur voix, Pierre Lazareff (l’un des inventeurs du premier journal télévisé en 1949, avec Pierre Tchernia, Pierre Bellemare, Pierre Sabbagh), le comédien Pierre Brasseur disparaissent également.

De façon plus joyeuse, en sport, toujours en Allemagne, la sélection de la RFA, emmenée par son capitaine Franz Beckenbauer, remporte son premier grand trophée, lors du championnat d’Europe en Belgique. Au cinéma, c’est la sortie du Film « Le Parrain » de Francis Ford Coppola qui marque les esprits. Le casting est éblouissant : Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Robert Duvall, Talia Shire. Le début de la saga des Corleone.

En musique, si Deep Purple sort l’album « In rock » (avec la pochette figurant les visages des membres du groupe, en hommage au fameux Mont Rushmore-et ses têtes sculptées des 4 premiers  présidents américains), le groupe Pink Floyd joue pour la première fois « The Dark Side of the Moon » en concert. En France Jean Ferrat fait ses adieux à la scène, pendant que l’affiche annonçant le passage de Michel Polnareff à L’Olympia (on y voit l’artiste montrant ses fesses, chose impensable à l’époque), crée la polémique. Il sera condamné pour atteinte à la pudeur.

Maintenant, place à l’histoire.

C’était un lundi. Au soleil d’Italie. Sur la place Navone à Rome, la ville éternelle chargée d’histoires et d’Histoire. Le printemps était là, qui chantait. La saison de la renaissance, des amours qui se font, se rencontrent. ou peut-être se terminent, dans le silence. Avec ma compagne du moment, Clara, brune, pétillante, curieuse, marcheuse, nous vivions alors une belle histoire, la romance, mélange de tendresse et d’accrochages bénins, dont nous savons que ce n’est rien, au sein de cette ville sublime, romantique, mélange de passé et de modernité, où l’Histoire vous fait des clins d’œil à chaque coin de rue, quand elle ne vous invite pas à la visiter dans ses entrailles les plus fameuses (Colysée, le Vatican, la chapelle Sixtine….). Nous vivions cela comme si nous devions mourir demain, intensément, furieusement. Un burning love comme diraient les cousins américains.

Au cours de ces vacances romaines, de ce voyage au pays de Dante, Fellini, Verdi, Buzzati, Pavarotti, mais aussi Roberto Benigni, Ennio Morricone, Gian Maria Volonte, nous profitions de chaque instant, mangeant ici des spécialités romaines, dégustant ici des gelati, déambulant au gré des rues, nous arrêtant devant la fontaine de Trevi. Ensemble. Notre amour nous faisait passer le temps. Les journées semblaient courtes. Bien remplies de nos déambulations curieuses. En nous promenant, arrivant au pied du palais de marbre blanc surmonté de la statue de Victor Emmanuel 2 juché sur son destrier, nous croisâmes des militaires, pour la plupart des sergents qui riaient à gorges déployées de la blague d’un de leur camarade.

Après Rome, nous décidâmes de poursuivre notre découverte de l’Italie par un séjour au Lac Majeur. L’Avventura se poursuivait magnifiquement dans ce décor sublime. Havre de paisibilité, de tranquillité, de calme. De l’eau, des fôrets autour. La nature dans toute son expression. Un bonheur simple. Près du Lac Majeur, le Regina Palace nous attendait. Majestueux. avec une vue imprenable sur l’extérieur. Cossu et chaleureux, l’endroit était propice aux amours, à la réflexion, au travail pour qui est écrivain, peintre, musicien, cinéaste. Sans doute certaines célébrités ont fréquenté cet endroit et dormi dans des draps de satin blanc, et se sont peut-être dis : « si on chantait? », bercé(e(s) par « Layla » ou « Papa Was a Rolling stone », ou encore « Rocket man » ou « les plaisirs démodés ».

Avec Clara, nous nous disions que peut-être les matins d’hiver, dans cet écrin magique, vaudraient sans le coup d’être vécus. Qui saura? comme le fredonnait une star des années 70. En tous cas, après avoir vu Rome, le Lac Majeur, Clara et moi pouvions imaginer que peut-être l’expression « Nous irons tous au Paradis » ne pouvait que s’accorder à ces lieux magiques. Uniques. Après avoir vu, découvert, savourer, toutes ces richesses, saveurs, et décors italiens, nous nous sommes dis que finalement Marianne était jolie, nous manquait. Nous sommes alors rentrés en France.

Vivement 1973 !

Guillaume.

 

 

 

 

 

 

 

Christian Scott, transmetteur de mémoires.


Souvenez-vous, j’avais déjà évoqué Christian Scott, le talentueux trompettiste américain après l’avoir vu en concert en mars dernier à Paris. Cette fois, l’homme étant assez prolixe, à la manière d’un Miles Davis par exemple, nous propose 2 cadeaux musicaux !!! le premier, « The emancipation procrastination » qu’il signe de son nom complet Christian Scott Atunde Adjuah (en hommage à ses ancêtres africains).

Le second, un album triple intitulé « The Centennial Trilogy », qui outre l’album précité, regroupe deux autres disques sortis en 2017, à savoir « Diaspora » et « RulerRebel ». De quoi se faire une belle idée du talent de ce musicien de 35 ans, grandi à la Nouvelle-Orléans, baigné des cultures africaines, de la soul, du blues, du hip-hop. Un mélange culturel et sonore dans lequel Christian Scott pioche avec un bonheur non dissimulé au gré de ses envies, de ses humeurs

« Centennial Trilogy » est un projet important pour Christian Scott. Une forme de revanche sur les clichés portés par les blancs à l’époque de l’esclavage au Etats-Unis : « fêter les 100 ans du premier enregistrement d’un album de jazz, que l’on doit à l’original dixieland jass band. Datant de 1917, le disque avait été fait par des blancs… pour se moquer du jazz noir ! Une sorte de satire de mauvais gout, inimaginable aujourd’hui. Cette trilogie serait donc une revanche, un rêve de gosse : « je voulais remettre dans la tête des gens que le jazz est une multitude de sons et d’influences et pas juste une blague ». Avec trois albums aux concepts musicaux différents, il remplit parfaitement cette mission : « Ruler Rebel » pour « qui tu écoutes », « Diaspora«  pour « qui parle à qui » et « The emancipation procrastination«  pour « ce que l’on raconte ».

Si le premier volet, « Ruler Rebel » fait la part belle aux racines africaines de la musique noire américaine moderne, le second, « Diaspora » se veut plus éclectique mettant en lumière les différentes diasporas qui ont composés le socle de la nation américaine et qui continuent aujourd’hui encore d’y contribuer. A travers ce disque, il marque son envie, sa nécessité viscérale d’étendre le jazz aux autres musiques, de ne pas l’enfermer dans une chapelle, de lui garder une fraicheur, une modernité accessible, mission qu’il confie à  ses jeunes acolytes, qu’il considère comme ses héritiers, de la transmettre. Le 3ème volet, « The Emancipation Procrastination« , contient une musique revendicative, pleine de sens politique, pour lui qui ne souhaite plus que les afro-américains restent passifs face à l’ordre des choses dans la société américaine. Il les invite à se lever, à se prendre en mains, ne pas rester résignés.

Dans les deux cas, donc, Christian Scott, entouré de ses comparses habituels, à savoir Elana Pinderhugues (flûte), Braxton Cook(saxophone alto), Stephen J.Galdney(saxophone ténor), Lauwrence Fields (piano, fender rhodes), Corey Fonville (batterie), Luques Curtis (basse), s’évertue à nous emmener dans son sillage sur les traces de la musique jazz, sur la terre de ses ancêtres, là où tout a vraiment démarré pour le Jazz, nous faire découvrir sa vision très large de la musique jazz, marquée par le talent de ce musicien aussi singulier que talentueux. Un homme-citoyen engagé, un musicien à forte personnalité, une démarche revendicative, qui plairaient à des figures telles Miles Davis, Sonny Rollins, Malcolm X, ou Martin Luther King.

En oubliant pas d’où il vient, ni les racines de sa musique, Christian Scott se fait ici gardien et transmetteur d’un mémoire historique, qu’il est,par les temps qui courent, utile de rappeler. Dans l’espoir qu’un jour l’Homme apprenne de ses erreurs et errements du passé pour mieux construire son avenir. En paix.

Deux disques à écouter de toute urgence pour comprendre qui est Christian Scott.

Guillaume.

Il était une fois… 1971!


Cette année est marquée, en France par plusieurs évènements dans des domaines très divers : La création du premier ministère chargé de la protection de la nature et de l’environnement, la publication du manifeste de 343 femmes issues du monde des Arts qui revendiquent publiquement avoir eu recours à l’avortement. François Mitterrand prend le contrôle du Parti Socialiste. Le chanteur et poète américain Jim Morrison, qui a quitté quelques mois plus tôt le groupe des Doors, est retrouvé mort chez lui, à Paris, à seulement 27 ans. Coco Chanel, Fernandel, Igor Stravinsky, Jean Vilar, Louis Armstrong et King Curtis, seront les autres personnalités importantes qui décèderont cette année-là. Pour protester contre l’extension du camp militaire, décidée par Michel Debré, ministre de la Défense, 6000 personnes occuperont le plateau du Larzac. A l’étranger, en Egypte, Nasser inaugure le barrage d’Assouan, sur le Nil. Le Quatar, les Emirat-arabes unis, Bahrein se verront accordés leur indépendance par le Royaume-Uni. Voilà pour le décor. Place à notre petite histoire inventée.

Toulouse. Avec ma compagne du moment, la jolie Sarah, d’origine britannique (oui j’ai un faible pour les ressortissantes du Royaume-Uni) nous avions décidé de partir nous éclater sur les belles plages du Sénégal. Bien sûr, des amis bien intentionnés nous avaient mis en garde sur la présence potentielle de gentlemen cambrioleurs, véritables Arsène Lupin. Mais nous on s’en foutait, nous voulions juste vivre notre belle histoire d’amour, comme Juliette et Roméo, mais sans la triste fin. Sarah et moi, nous nous aimions à perdre la raison, à n’en savoir que dire… totalement fusionnels!

Arrivés sur notre lieu de vacances, à Saint-Louis, nous décidâmes, bagages posés, d’aller nous promener dans les rues. Soudain, au détour d’une rue, des éclats de voix attirèrent notre attention. « What’s going on ? » s’exclama Sarah! Un jeune homme, que ses amis nomment « Tiny Dancer« , nous indiqua alors qu’à cet endroit c’était toujours la même chanson, qu’avec les années, non, non, rien n’a changé, malheureusement. La scène qui se déroulait sous nos yeux mettait aux prises des marchands de sommeil sans vergogne avec des locataires à qui ils réclamaient des impayés. De façon brutale. Face à des enfants et femmes. Bien sûr les hommes du quartier se mirent en travers. D’où les voix qui s’élevaient. Certaines jeunes femmes présentes, appelées aussi filles du vent, car disparaissant aussi vite qu’elles arrivaient sur un lieu, s’étaient mêlées à l’attroupement.

Pour nous sortir de cette scène brutale et difficile, Tiny Dancer s’improvisa guide pour nous et nous proposa de nous faire visiter sa ville, dans les moindres recoins. Il nous emmena dans un quartier, Brown Sugar Place, où se réunissaient, le soir venu, des musiciens mais pas uniquement. Voyant l’intérêt que les hommes portaient à Sarah, je n’oubliais pas rappeler par un « My wife » que nous étions en couple. Certains étaient percussionnistes, d’autres guitaristes, bassistes, ou simplement chanteurs. Nous passâmes un très joli moment durant lequel Sarah, qui aime danser et chanter, ne manqua pas de se joindre à eux. Devant tant d’audace, les musiciens et le peu de public présent furent d’abord étonnés, puis respectueux…. Voilà une « Strange kind of woman » se disaient-ils sans doute! Après avoir assisté (et participé) à cette scène entre musiciens, Tiny Dancer nous proposa gentiment  d’aller prendre un verre dans un bar à la réputation calme, le « Black Dog ».

L’endroit à l’ambiance ambiance cosy, est le lieu de retrouvailles de tous les expatriés qui vivent à Saint-Louis. S’y côtoient anglais, français, hollandais, allemands. Dans un coin du bar-restaurant, nous entendions un pianiste jouer les thèmes « Mercy Mercy Mercy me », « It’s too late », ou « Another day ». Un moment de quiétude bienvenu, une pause que nous voulions savourer, après ce que nous venions de vivre, Sarah et moi. Après ce moment de répit dans cet écrin occidental au coeur de la capitale sénégalaise, Sarah et moi rentrons à l’hôtel. Sur le chemin, nous assistâmes à un orage aussi bref qu’impressionnant. Une habitude pour les habitants de Saint-Louis et plus largement du Sénégal. Ils sont loin de décourager les locaux, habitué(e(s) aux caprices de la météo. Sarah dit de sa belle voix timbrée qu’ils et elles étaient de véritables « Riders on the storm ».

Saint-Louis, ses plages, sa population accueillante et chaleureuse, son ambiance colorée, chatoyante, parfois bruyante, pour Sarah comme pour moi, c’était un peu une marche vers le paradis, qu’hélas nous devions quitter, pour retrouver notre chère ville rose et son canal du Midi.

Vivement 1972!

Guillaume.

 

Il était une fois… 1970!


1970. Année charnière. Une nouvelle époque s’ouvre, suite aux différents mouvements sociétaux, musicaux, politiques, qui ont secoué la France et le Monde dans les années 60. L’année qui ouvre une nouvelle décennie est marquée par différents évènements qui concernent le monde du travail (le SMIC remplace désormais le SMIG), la politique (décès du Général de Gaulle en France, élection de Salvador Allende au Chili…), la science faisait faire des bonds en avant considérables à certains pays, comme le Japon et la Chine, avec le lancement de leur premier satellite. C’est aussi le retour sur terre, après de très grosses difficultés, de la mission Apollo 13 (qui inspirera à Ron Howard, en 1995, le film « Apollo 13 » avec Tom Hanks, Kevin Bacon, Bill Paxton, Ed Harris). En musique, Paul Mac Cartney annonce la séparation des Beatles. C’est également une année marquée par des disparitions de personnalités du monde de la culture : Elsa Triolet, Jean Giono, François Mauriac, Luis Mariano, Jimi Hendrix, John Dos Passos, Mishima. En sport, cette année est marquée par la victoire éclatante en finale de la coupe du monde au Mexique, de l’équipe du Brésil emmenée par le génial Pelé, face à l’Italie (photo ci-contre).

 

 

 

Mais revenons à notre désormais fameux rébus musical, perdu dans le dédale d’une histoire inventée. Prêt(e(s)? Lisez maintenant!

Je m’appelle John. J’habite en France depuis 10 ans. Je possède une maison, situé en bordure de l’océan atlantique. J’aime sa sauvagerie, ses gros rouleaux, la couleur changeante de l’eau, sa lumière particulière, qui ne sont pas sans me rappeler ma terre natale irlandaise. J’adore me promener le matin comme le soir, me laisser aller à regarder la mer. Dans mon coin de villégiature, non loin de La Tremblade, les activités sont très limitées, à part la pêche en rivière ou en bateau à moteur, les balades à vélo. C’est tout juste s’il y a un ou deux bals populaires l’été venu, hormis celui, rituel, du 14 juillet. Quand je suis là-bas, je suis entouré de mes livres, de souvenirs d’histoires personnelles, de voyages effectués, et je rêve… oui je rêve à.. L’Amérique… ce pays que je ne connais pas mais qui fascine tant.

C’est décidé, je vais y aller. Peut-être demain. Prendre le bateau. Tels les immigrants, venus principalement d’Europe, de la fin du 19ème et début du 20ème siècles derniers, qui contribuèrent à construire ce pays, à l’enrichir. Je fredonnerai alors « Immigrant song »…en leur mémoire. Avec ma femme, que je surnomme affectueusement « My lady d’Arbanville », nous passons des jours et des nuits à nous aimer, follement.

Arrivés sur place, dans cette ville grouillante et multicolore, multilingue qu’est la Nouvelle-Orléans, ville du blues, berceau de la soul music, où paraît-il il est possible de croiser des travellin’ band, héritiers des fanfares qui dans les années 20’s, défilaient dans les rues de Chicago, Bâton Rouge, Memphis. Aux Amériques, il paraît qu’on trouve des rivières ou l’eau est presque jaune, on les appelle les yellow river. Le grand canyon (voir photo), la death valley, où si on lève la tête il est possible d’apercevoir des condors passer, la mythique route 66, autant d’endroits que nous irons visiter, à n’en pas douter. …. Pendant le summertime, on ira entendre des chorales de Gospel. « Everything is beautiful » se dit-on avec ma femme en regardant tous ce paysages et ces endroits que nous visiterons.

Nous emprunterons une Cadillac pour nous délecter de ces sublimes décors sur les « long and winding road » (routes venteuses) comme ils disent là-bas! La radio, passant de la musique… notamment « Wonder of you » du natif de Tupelo, Mississippi, « Let it be », des scarabées anglais, ou « the Love you save » de la fratrie Jackson. Sur la route 66, nous roulerons un peu au hasard, passant devant des décors dignes de « Paris-Texas ou « Bagdad Café », ses motels aux chambres pas toujours en très bon état clairsemés en bord de route, ses bars pour conducteurs des fameux Trucks, où la bière et les sandwiches sortaient des cuisines, comme des petits pains d’un four, ses cactus, contemplant sa nature sauvage et brut, son silence. Le voyage aux Amériques, pour ma femme et moi, s’avérera très agréable, intéressant, un véritable enchantement pour les yeux devant tant de grandeur, de démesure, comparé à ce que nous sommes habitués à voir en France.

Un voyage comme une dans une bulle, hors du temps, de notre temps. Des images pleins les yeux, des souvenirs à foison, et l’envie d’y revenir chevillée au corps. Il nous fût très dur alors de rentrer, après ce long, beau et joyeux périple. D’une même voix, nous nous sommes exclamés : « Vivement 1971« .

Guillaume.

 

 

La Canaille….collectif en rap majeur!


Non loin d’ici, à Montreuil, La Canaille, quatuor rap, a vu le jour en 2003, mené par le chanteur Marc Nammour, dont le parcours personnel est à lui seul une aventure. Il a grandi dans le Jura à Saint-Claude (ville célèbre pour ses fabriques de pipes), au milieu de ses parents et grands-parents ayant fui la guerre qui faisait rage au Liban, il va se mettre à écrire, se passionner pour Aimé Césaire.

Viendra donc la formation de La Canaille, avec à ses côtés Valentin Durup (guitares), Alexis Bossard (batterie, machines), Jérôme Boivin (basse, claviers, arrangements). Le groupe sera programmé au Printemps de Bourges en 2007 et obtiendra une nomination dans la catégorie « révélation hip-hop » du festival. « 11/08/73 » (en référence à la date de la première soirée hip-hop organisée par Kool Herc dans le Bronx) est donc le quatrième album de La Canaille, après « une goutte de miel dans un litre de plomb » (2009), « Par temps de rage » (2011), « La nausée » (2014).

Alors que dire de cet album?

Que pour moi c’est une belle surprise, bien ficelée, où la production musicale est très propre, et où l’équilibre textes/ musique est maitrisé. L’univers du groupe oscille entre le rock pour les instrumentations et le rap pour les textes. Un savant mélange, où la qualité est omniprésente, menée par le bon flow de Marc Nammour.

Parmi les titres qui m’ont beaucoup plu, figurent « Connecté » avec l’apparition du rappeur américain new-yorkais Mike Ladd, que certains ont pu voir à l’œuvre en 2016 lors d’une rap-jam au Comptoir à Fontenay, « 11/08/73 », « Sale boulot »… « République »… La violence de la société, le racisme au faciès, la découverte d’un pays terre d’accueil, de son histoire, autant de thèmes ici traités avec une plume de qualité et de perspicacité, sans jamais aucune violence gratuite dans le propos.

Assurément conquis par ce quatuor à suivre, La Canaille a devant lui des lendemains prometteurs. A découvrir.

Guillaume.

Gogo Penguin


Voilà donc le 4ème opus de ce trio originaire de Manchester! Autant vous dire tout de suite, après avoir découvert ce groupe en live à Fontenay en 2017 et sur disques au travers des 2 précédentes réalisations, j’étais impatient d’écouter leur nouvel album « A Hundrum Star« . Qu’on se le dise, Gogo Penguin, est bien de retour, avec toujours chevillé au corps cette envie de concocter une musique très aérée, quasi spatiale.

Les morceaux s’enchainent, sans relâche, une constante de construction musicale chez ce jeune trio. En découle ici, plus aboutie encore, une musique parfois déroutante, presque proche d’un répertoire de musique répétitive ou contemporaine, mais qui réussit à ne jamais perdre en route son auditeur. Le piano de Chris Illingworth sait se faire tantôt hypnotique, parfois lyrique, envoutant, laissant la rythmique basse-batterie de ses compères Nick Blacka et Rob Turner venir se greffer et prendre en charge la structure du morceau. L’autre constante est, mis à part « Prayer » qui ouvre l’album, de proposer à l’auditeur des morceaux moyennement ou assez longs (le plus long « Strid », dure 8’11!). Outre « Prayer », ce sont neuf plages musicales très réussies,  à savourer  jusqu’au terminal « Window », qui nous font voyager vers des univers musicaux très dépouillés, très épurés. L’alchimie, la potion magique qui animent ces 3 garçons, ne se démentent jamais. Le plaisir d’écoute est total, pour qui sait et veut se laisser porter.

La formule historique du trio en jazz (nombreux sont les exemples à citer, je ne le ferai pas ici….) prouve, encore une fois, par le talent de ces garçons, que c’est efficace, tout en offrant de multiples combinaisons sonores et rythmiques. Rien que du bonheur!

Une très belle réussite que j’ai déjà hâte de voir sur scène.

Guillaume.