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Il était une fois … 1981!


1981 est une année charnière. En France d’abord, puisqu’au mois de mai, François Mitterrand sera élu président de la république. Son élection aura des conséquences importantes sur la vie des français en matière sociale, culturelle, économique. De la mise en place, l’année d’après, des 39 h, de la cinquième semaine de congés, en passant la loi de décentralisation, la mise en place de l’ISF, à l’abolition de la peine de mort, et au remboursement de l’IVG, sans oublier, la loi « Lang » sur le prix unique du livre, l’autorisation des radios locales privées, 1981 est un tournant. Ailleurs dans le monde, il faut retenir : en janvier, l’élection de Ronald Reagan qui succède à Jimmy Carter, comme président des Etats-Unis d’Amérique, ainsi que la libération des 52 otages américains retenus dans l’ambassade américaines à Téhéran. En février l’échec d’un coup d’état en Espagne. L’élection en mars du général Pinochet comme président du Chili, en avril le vol de la première navette spatiale américaine « Columbia » et en mai le décès après une longue grève de la faim de Bobby Sands, jeune opposant politique irlandais. L’assissinat du président égyptien Anour-el-Sadate, lors d’un défilé militaire, en octobre. La déclaration de l’état de siège en Pologne, par le général Jaruzelski, alors à la tête du pays.

Cette année-là, plusieurs personnalités disparaissent : Jean Nohain, animateur de radio et parolier, le chanteur-guitariste de rock américain Bill Haley, le boxeur Joe Louis ( qui avait combattu contre Marcel Cerdan), le chanteur jamaïquain Bob Marley, le réalisateur américain William Wyler ou encore le chef d’orchestre autrichien Karl Böhm, les réalisateurs français François Truffaut, René Clair, Abel Gance et Jean Eustache, le chanteur Georges Brassens.

Place à l’histoire inventée :

Printemps parisien. Je sors du cinéma, avec ma copine du moment, une brune au prénom de Bambou. Avec ses yeux étirés, je la surnomme parfois « Mademoiselle Chang ». Ce cinéma, situé sur les grands boulevards est un endroit magique, une salle énorme. Qui sert aussi pour des concerts, des comédies musicales. Mais là, c’est pour un film, que nous y étions. « Les Aventuriers de L’Arche Perdue », réalisé par Steven Spielberg, avec Harrison Ford (La Guerre des Etoiles….) en vedette. Le film  nous a beaucoup plu.
Décidant de nous promener vers Opéra, Bambou et moi sommes en mode confidences pour confidences. Complices. Un vertige de l’amour nous a envahi lorsque nous nous sommes rencontrés. Depuis, c’est une osmose aussi inexplicable que profonde qui nous lie. Lentement mais sûrement, nous déambulons vers la place de l’Opéra, puis nous orientons vers les quais, au niveau de la Concorde, en passant par la Madeleine.
La nuit tombante suit nos pas, comme un manteau doux sur nos épaules amoureuses. Dans l’air ce soir, flotte un parfum léger. Bambou ne se sépare jamais de son walkman (ça vous rappelle des souvenirs?) et de son petit casque. Arrivés en bas des Champs -Elysées, nous nous asseyons sur un banc. Ma chérie me dit alors : « Diego, te souviens-tu de ces chansons? « Start me up », « Every little thing she does is magic », « Waiting for a girl like you »?. Je souris en guise de réponse. Sans un mot, juste les yeux dans les yeux. Après ce doux moment musical, nous reprenons notre marche dans Paris et nos échanges.

C’est alors que Bambou me demande si je connais l’Irlande, le Connemara. Je lui réponds que non. Bambou évoque alors ce pays qu’elle adore.
Je lui connais une passion pour Rory Gallagher, U2, Oscar Wilde, George Bernard Shaw ou les comédiens Colin Farrell, Daniel Day-Lewis. A ses mots, je comprend alors que cela la décevrait profondément si je refusais de l’y accompagner. Face à sa détermination, et parce que je l’aime, je craque. Un sourire illumine son visage. Elle me dit alors que deux de ses amies, Kim et Barbara, qui sont allées là-bas en 1980, ont adorées. Leur compte-rendu de voyage l’a convaincu d’y aller dans un futur plus ou moins proche. A deux de préférence. Avec moi évidemment, même si pour le moment je résiste à cette idée.
La soirée avance, et nos corps marcheurs nous signalent que l’heure du ravitaillement est enfin venue. Nous trouvons une brasserie, nous y installons. Une serveuse aux yeux de Bettie Davies prend notre commande. Bambou et moi savourons ces instants, dans ce cadre chic, parfait pour roucouler ou accueillir des touristes du monde entier. Nous sommes heureux.

Décision est prise de s’en occuper dès demain, pour une possible virée dès l’été. A mon tour, je lui exprime des envies d’ailleurs, d’espaces. Elle le sait, je rêve des Etats-Unis, de m’y installer. Death Valley, Monument Valley, Grand Canyon, ces grands espaces me font rêver. C’est sans lié aussi aux westerns avec John Wayne, Gary Cooper ou James Stewart, que j’ai vu dans mon adolescence. Moi qui adore la nature à l’état pur, le silence. Comme le dit un chanteur français, je rêve d’être un homme libre. Un monde sans héros, sans chasseur d’or dans le coin. Juste le calme, les animaux sauvages, la sérénité.
Dans ce pays, grande ville ou bled paumé, la musique, omniprésente, est bonne. Jazz, blues, country, soul music, funk, rock, hard-rock sans omettre le rap bien sûr. De Louis Armstrong à Prince en passant par Robert Johnson, B.B. King, Johnny Cash, Gene Kelly, les comédies musicales, Aretha Franklin, Billie Holiday, Stevie Wonder, Harry Connick Jr. , Andserson Paak, Kendrick Lamar, Grover Washington, Van Halen, Aerosmith.
Pays de cinéma aussi, Hollywood, Orson Welles, Charlie Chaplin, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Clint Eastwood, Martin Scorsese, Robert De Niro. Bref j’en rêve.
Un pays où vivre son amour dans un endroit perdu au milieu des grands espaces doit être un plaisir total. Loin de tout. Ravitaillé par les corbeaux, comme on dirait en France. Voilà mon idéal de vie. Pour convaincre Bambou, la tâche sera rude, car elle a une âme de citadine.

Bambou et moi, outre donc l’Irlande, décidons de planifier un voyage américain pour 1982. Un pays où les gens sont sans filtres, disent tout haut ce qu’ils pensent, ressentent. Je murmure alors à son oreille : « So, dear, do you feel my love? »… Elle rougit, mais acquiesce. Les jours, les semaines, les mois qui suivent, au-delà de nos occupations professionnelles respectives, elle dans le marketing, moi dans la photo pour un magazine rock, nous réfléchissons à nous faire un avenir ailleurs, dans un autre bain culturel.

En murissant notre réflexion, la décision, commune, est précise, d’aller au pays de l’Oncle Sam, mais dans une contrée loin des grandes villes, grands centres touristiques que sont New-York, Los Angeles, Las Vegas, Chicago, San Francisco. Le sud, les bayous, les alentours de la Nouvelle-Orléans, nous attirent. Mais, après avoir encore retardé, approfondi notre décision, nous finissons par tomber d’accord pour le Colorado, ses grands espaces. Cheyenne Wells sera notre point de chute, notre lieu de vie, pas loin des déserts, pas très loin des montagnes non plus. En somme tout ce qu’il me faut, Bambou se rallie à mon envie profonde. Notre avenir se construira là.

Un basculement, que nous devrons annoncer à nos employeurs, familles, ami(e(s), chose qui s’avèrera parfois, faisant à l’étonnement, l’incompréhension, la colère parfois. Laisser une tranche de vie derrière nous. Ouvrir un nouveau chapitre de notre histoire à deux.

Pas simple mais nécessaire voire vital pour nous deux, tant la vie parisienne a fini par nous éreinter totalement, à nous « manger ». Encore 1 an à Paris, et nous traverserons l’Atlantique. Nous appellerons notre maison « Jessie » en hommage à une amie qui a disparue trop tôt.

« Vivement 1982! » se dirent-ils.

Guillaume.

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Il était une fois… 1980!


Cette année-là, j’ai 13 ans… En pleines « années collège » avec les cours multiples, le goût déclaré pour les langues étrangères (anglais, espagnol), le plaisir des sports collectifs, la camaraderie, les soirées-boums, les premiers flirts (peu car j’étais très timide), le film « Blues Brothers » avec le duo magique James Belushi-Dan Aykroyd, réalisé par John Landis. Mais aussi le hard-rock, les sacs US, les badges en tous genres. Le monde, la société, tant en France qu’ailleurs, subissaient des mouvements, des changements parfois importants. Il y eu aussi quelques événements sportifs notables.

En février, l’ancien ministre de l’éducation nationale, Joseph Fontanet, est assassiné. l’Institut du Monde Arabe est créé. En mars, la romancière Marguerite Yourcenar, écrivain, est la première femme à rentrer à l’Académie Française. Bernard Kouchner créé Médecins du Monde. Avril est marqué par la foule conséquente (50.000 personnes) qui accompagne Jean-Paul Sartre lors de ses obsèques. L’été est marqué par 2 événements : Le concert de Bob Marley au Bourget devant 50.000 personnes et le décès de Joe Dassin (fils de Jules Dassin, cinéaste). A la rentrée, en septembre, l’émission « Le tribunal des flagrants délires » démarre sur France Inter. A sa tête, Claude Villers, et une bande de joyeux drilles parmi lesquels l’humoriste Pierre Desproges et le comédien Luis Rego. En octobre, l’horreur frappe à Paris, la synagogue de la rue Copernic subit un attentat qui fera plusieurs victimes. En décembre l’humoriste Michel Colucci, alias Coluche, présente sa candidature à l’élection présidentielle de mai 1981. Il est très vite crédité de 12,5% d’intentions de vote. Il se retirera à 1 mois de l’échéance électorale. Au plan sportif, c’est la 22ème Olympiade d’été qui est le fait marquant. Se déroulant à Moscou, en pleine guerre froide entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis, l’édition est marquée par le boycott de plusieurs nations, sur fond d’invasion de l’Afghanistan par l’armée rouge, rendant cette olympiade peu intéressante. L’Allemagne de l’Ouest, la Norvège, la Corée du Sud, le Japon, le Canada, pays alliés des Etats-Unis, sont absents. De l’autre côté, ce sont 29 pays alliés de l’Union Soviétique, en majorité de cultures musulmanes, qui sont absents. Bernard Hinault devient champion du monde de cyclisme, sur un circuit autour de Sallanches, en Haute-Savoie.

Au rayon des morts célèbres cette année-là, on trouve Gaston Nencini (cycliste italien), Bon Scott (chanteur ACDC), Roland Barthes (écrivain, critique français), Jesse Owens (athlète noir américain, qui fut le premier à gagner 4 médailles d’or lors des JO de 1936, à Berlin, devant le régime hitlérien, mettant à bas son précept de supériorité de la race blanche). Romain Gary (écrivain), Jean-Paul Sartre (écrivain, philosophe), Pascal Jardin (écrivain), Alfred Hitchcock (cinéaste), Henri Miller (écrivain américain, mari de Marylin Monroe), Peter Sellers (acteur anglais), Patrick Depailler (F1), mais aussi Tex Avery (créateur de personnages tels que Daffy Duck, Bugs Bunny, Droopy), Bill Evans (pianiste de jazz), John Bonham (batteur du groupe Led Zeppelin), Steve Mac Queen (acteur américain), Raoul Walsh (cinéaste américain, réalisateur de westerns).

Place à l’histoire inventée.

Le Connemara, en été. Ses lacs, ses rivières, ses forêts. Sa ville principale, Galway. Une bande potes, Michael, Barbara, Stevie, Eddy, David, Kim et Cindy décident de partir à l’aventure, pendant 15 jours, en camping-cars loués, découvrir la beauté sauvage de cette région, mais également pour se régénérer. Ils ne vont pas être déçus. Entre les pubs, les troupeaux de moutons, les routes étroites, et les tourbières qui se dressent parfois dans les champs, ils vont avoir de quoi satisfaire leur curiosité. Tout comme d’apprécier l’hospitalité et la chaleur des irlandais(e(s). Ce club des 7, c’est pas le genre à faire la bronzette pendant des heures. Cela tombe bien, car la région ne s’y prête pas. Eux, qui aiment à se contenter de peu, vivre quasiment en autarcie, apprécient de s’isoler, au sein de la mère Nature. L’idée? Se recentrer. Se retrouver. Se tester aussi à l’état presque primitif. Ecrire une autre histoire, un nouveau chapitre de leurs vies personnelles, au coeur de ce partage collectif.

Oubliées les nuits de folies, les vertiges de l’amour, l’heure ici est aux doux rêves , aux nuits magiques dans ce décor paradisiaque. Au sein du groupe, deux personnalités se détachent : Eddy et Kim. Lui, pour son autorité, son sens de la cohésion de groupe. Il écrit souvent à sa belle en lui rappelant aussi souvent que possible qu’il est totalement « morgane d’elle ». Elle, pour sa ténacité, son sens de l’organisation. Son univers musical se résumait à Bruce Springsteen, « The Boss from New-Jersey ». Une troisième personne est importante dans ce groupe : Cindy, l’infirmière. A ses heures perdues véritable groupie d’un célèbre pianiste de jazz qui avait la particularité de jouer debout. Les quatre autres, Michael, amateur de musique soul, surnommé « Master Blaster », ne se sépare jamais de sa guitare et de son harmonica. Barbara, amatrice de comédies musicales américaines et femme amoureuse, aux yeux couleur menthe à l’eau, a laissé son conjoint à New-York. David, dandy anglais aux cheveux blonds, porté sur le cinéma et la pop anglaise, avaient toute leur place dans ce groupe. Stevie, fan d’ACDC, amateur de banana split et lecteur assidu de Tennessee Williams, lui, était l’amuseur et le cuisinier de la bande. Son rituel était d’ailleurs d’écouter au casque la chanson Hell’s Bells, quand il était aux « fourneaux ».

Pour mener à bien leur projet de voyage au plus près de cette nature irlandaise qu’ils découvraient, les joyeux drilles avaient donc loué 2 camping-cars aménagés. Mais ils s’en servaient uniquement pour la route. Le soir, ils établissent un camp de base, en pleins champs, dès que l’endroit où ils arrivent leur semble agréable, plantant leurs tentes et allumant un foyer pour la cuisine et la veillée où se mêlaient chansons, discussions en tous genres sur des sujets aussi variés que « qu’est ce que le besoin pour un être humain », « Tout le monde a besoin d’apprendre ».

Un soir, pour se changer les idées, la petite troupe décide de se rendre à Galway, ville importante non loin de leur camp de base. Ils atterrissent au « Dancer in the Dark’ s Bar ». Un grand bar-restaurant, avec une scène ouverte au musiciens amateurs qui souhaitent faire le boeuf. Le bar s’appelle ainsi car le patron, William O’Leary, solide gaillard au physique de 2ème ligne de rugby, adore Bruce Springsteen, qui a des origines irlandaises. Une aubaine pour Kim et Michael. Avec Stevie, Eddy, Barbara, David et Cindy, ils prennent place à une grande table. Autour d’eux l’ambiance est bon enfant, joyeuse, bien aidée par la consommation de quelques pintes de bières locales. Les chants se font de plus en plus présents. Surtout le fameux « Dirty Old Town« , mais également « Pay me my money down » ou encore « Old Dan Tucker« . Sur scène, quelques musiciens du coin, ou habitués à chauffer l’ambiance, prennent place. La salle se fait moins bruyante, d’un coup. Place à la musique, qui fait très vite remonter l’ambiance. Nos joyeux voyageurs sont ravis de partager ce moment festif. La prestation dure 45 minutes, à la fin desquelles, Kim et Michael s’approchent du bar, demandant à voir le patron, William O’ Leary. D’une voix timide et dans un anglais approximatif, Kim demande si Michael et elle peuvent monter sur scène pour chanter-jouer quelques chansons. Curieux de voir ce que ça va donner, le patron les laisse s’installer.

Timidement, micros réglés, ils entament une chanson française où il est question de « voyage », puis devant l’intérêt que semble manifester l’assistance, ils continuent en piochant dans le répertoire d’un groupe suédois bien connu, avec « Gimme gimme gimme », puis « the winner takes it all ». Rassurés par l’attention que leur porte le public présent, Kim et Michael, avec l’assentiment du patron, enchaînent leurs reprises, avec surtout « Video killed the radio stars » du groupe « Buggles« . Pour terminer leur petite tour de chant, les deux amis choisissent un morceau dansant, entraînant, dont le titre invite à se lever avant de partir. Le groupe auteur de ce morceau, un duo anglais, permettra à l’un de ses membres par la suite de se lancer dans une carrière internationale à succès pendant près de 30 ans, jusqu’à son décès le 25 décembre 2016 (vous avez trouvé?).

Après ce petit tour de chant et ce succès d’estime devant un public davantage habitué au gigs irlandais, Kim et Michael vont remercier le patron, William O’Leary, rejoignent leurs ami(e(s) attablé(e(s), et la petite troupe décide, une dernière bière avalée prestement, de rentrer au camp de base, en pleine nature.

Deux jours après cette soirée à la tournure inattendue, Michael reçoit un appel de William O’Leary. Celui-ci, charmé par le talent du duo, leur propose de revenir 2 soirs, avant qu’ils ne terminent leur périple irlandais. Etonnés mais heureux de la proposition qui leur est faite, Kim et Michael acceptent avec joie. D’autant que William O’Leary leur promet quelques subsides en contrepartie. « Ca serait possible mercredi et vendredi ? » demande William. « Parfait. Merci beaucoup! thank you so much! » répondent Kim et Michael en choeur . La nouvelle, annoncée au reste de la bande, rend l’atmosphère et la tournure du voyage des plus légères.

En attendant de profiter joyeusement de la scène les deux soirs convenus, Kim Michael et le reste de la bande, s’en vont se balader entre lacs et montagnes, roulant sur des routes sinueuses parfois encombrées de troupeaux de moutons, s’arrentent aux pieds de cascades d’eau superbes,ou marchent à travers les champs, seulement délimités par les fameux petits murs en pierres. Un détour par le lac Mask s’impose. Grand, majestueux, offrant des recoins et vues superbes, il est aussi un lieu de pêche prisée. Stevie, Barbara et Cindy décident de se poser en un endroit qu’ils jugent propice à la pêche, improvisent des cannes à pêche, et passent plus de 2h à attendre que ça morde. San succès!Le reste du groupe est à l’écart sur la berge, en pleine discussion.

Le mercredi soir, retour au « Dancer in the Dark’s Bar ». le public est plus nombreux que la fois précédente. La prestation se passe bien pour Kim et Michael, qui entonne « Dancing in the Dark », puis continuent avec « Johnny and Mary », mais aussi « comme un avion sans aile » ou « Je te promets », tubes du répertoire français. Ils finissent enfin par le bien nommé « The final countdown », un tube du moment. Le public est ravi. Les tournées de bières s’enchaînent. O’Leay, comme promis par téléphone, leur verse une somme qu’ils jugent très correcte. Ils le remercient. « Rendez-vous vendredi » dit O’Leary au jeune duo. « Yes, sure », répondent-ils. Vendredi, dernier concert et dernier soir en terre irlandaise, tout se déroulera au mieux. Même répertoire devant un public désormais conquis et dans une ambiance des plus festive et chaleureuse. Un final en apothéose pour la troupe! Le lendemain, retour à Dublin pour rendre les camping-cars et prendre l’avion.

Ces 15 jours auront été un rêve pour tout le groupe. L’an prochain, cap au nord, vers la Finlande, se promettent-ils!

Vivement 1981 donc!

Guillaume.

Il était une fois … 1979!


En Janvier, en France, René Monory, ministre des Finances, annonce la libéralisation générale des prix. Une loi est sur l’attribution aux partenaires sociaux de la gestion de l’indemnisation du chômage. Le mois suivant, des historiens s’associent et se mobilisent contre le négationniste Robert Faurisson (décédé en 2018), qui niait farouchement l’existence des chambres à gaz pendant la guerre 1939-1945. En avril, le magasine « Gai Pied » voit le jour. Juin voit la France céder le paquebot « France« , fleuron de la technologie navale de luxe, à un armateur norvégien. Il deviendra le « Norway ». Michel Sardou en fera une chanson « Le France« . Le 14 juillet, Jean-Miche Jarre réunit 1 million de spectateurs à la Concorde. En septembre, Jacques Chirac, maire de Paris, inaugure le Forum des Hallles. Robert Boulin, ministre du Travail, est retrouvé mort dans la forêt de Rambouillet (circonstances exactes non élucidées encore à ce jour!). En novembre, « Actuel », magazine culturel fondé par Jean-François Bizot, présente une nouvelle formule. Jacques Mesrine, ennemi public n°1 est assassiné par la police.

Au plan sportif, 1979 est une année marque par une première historique en alpinisme : L’ascension du K2, à plus de 8000 mètres d’altitude, dans l’Himalaya, sans bouteille d’oxygène, par Reinhold Messner. En athlétisme, l’anglais Sebastian Coe, devient recordman du monde du 800 mètres. L’italien Pietro Mennea en fera de même sur le 200 mètres. C’est aussi l’année qui voit naître le rallye Paris-Dakar, inventé et dirigé par Thierry Sabine. Le motard Cyril Neveu sur Yamaha et les frères Marreau sur Renault 4 en seront les premiers vainqueurs. En juillet Bernard Hinault remporte son deuxième Tour de France. En football, pendant que le RC Strasbourg devient champion de France, le FC Nantes et son capitaine emblématique Henri Michel (décédé en 2018), remportent la coupe de France face à l’équipe d’Auxerre, entraînée par Guy Roux.

Au cinéma, des films comme « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola avec Marlon Brando, « Manhattan« de Woddy Allen, mais aussi « Alien,le 8ème Passager« , avec Seagourney Weaver, « Série Noire » d’Alain Corneau, avec Patrick Dewaere, ou encore « Monthy Python, Life of Bryan », « Buffet Froid » de Bertrand Blier, avec Bernard Blier, Jean Carmet et Gérard Depardieu, « Les Bronzés », « Le Tambour », « Kramer contre Kramer », avec Dustin Hoffman et Merryl Streep, marqueront fortement cette année-là.

Cette année-là des personnalités s’en vont, telles que la comédienne Jean Seberg, le romancier-écrivain-journaliste et auteur du fameux « chant des partisans » Joseph Kessel, le réalisateur américain Nicholas Ray (« La fureur de Vivre », avec James Dean ; « Johnny Guitar »avec Joan Crawford), l’acteur américain John Wayne, le composisteur de musique de film italien Nino Rota, l’acteur Paul Meurisse, les musiciens Sid Vicious (Sex Pistols), Ray Ventura.(avec qui débuta un certain Henri Salvador). Place à l’histoire inventée.

John a 20 ans en 1979. A la maison, l’éducation qui lui est appliqué ne lui convient pas. Trop stricte. Trop rigide. Lui rêve de liberté, d’espaces, d’indépendance. Il a un ami, Shane, qui compte s’engager dans la Navy. S’entendant comme larrons en foire depuis le temps qu’ils se connaissent, et désireux de ne pas se quitter, John décide alors de tout plaquer, famille, ami-e-s, habitudes, pour s’engager avec son ami, et servir son pays.

Très vite, passées les visites médicales requises et reçus les paquetages destinés à chacun, les voilà à bords de l’un des nombreux porte-avions de la 7ème flotte américaine, le « Supertramp ». Ils partent pour une mission de très longue durée, plusieurs mois au minimum. Leurs sentiments, à cet instant : se sentir enfin vivants, leurs destins partagés entre leurs mains, liés désormais à ceux des 800 autres marins qui vivent sur ce porte-avions. Jeunes matelots, John et Shane sont affectés à des tâches peu reluisantes : corvée de cuisine, nettoyage des chambres, des toilettes, bref, un bizutage en bonne et dû forme. Du « Hot Stuff  » pour démarrer leurs vies de matelots américains. Très vite les deux compères se lient d’amitié avec leurs camarades d’unité et ainsi oublient ce sentiment commun à tous les marins, appelé le « longway home »… loin de chez soi, solitude…. mais c’est leur choix, leur volonté! John et Shane laissent derrière eux ces années passées à écouter « ring my bell », « boogie wonderland », « gimme gimme gimme » et bien d’autres morceaux dont ils partageaient la qualité. Eux qui rêvaient de parcourir le monde, les voilà qui traversent les océans, « sailin’ over the oceans » diraient nos cousins américains.

Passées quelques semaines, leur dévouement ayant été repéré par leurs supérieurs, John et Shane se voient proposer, pour le premier d’être affecté à l’appontage-décollage des avions, l’autre au garage et à l’atelier de maintenance des engins embarqués. Les compères, fiers, les yeux grands ouverts, découvrent enfin le vrai monde pour lequel ils ont toujours rêvé d’embarquer, avec l’impression de marcher sur la Lune, alors qu’ils naviguent sur les flots, direction le grand sud pacifique, les eaux chaudes. Ils découvraient que la Navy est une famille, ce que répétaient à l’envi leurs camarades d’aventures : « Qu’est-ce que vous croyiez…. »We are Family »… haut et fort, comme pour se convaincre un peu plus chaque jour passe. Avec ses codes, ses usages, sa « mécanique » particulière. Et un sens de la hiérarchie évidemment, auquel il est interdit de se dérober.

Au bout de quelques semaines à bord, Shane, ancien danseur professionnel, homme violent ayant séjourné dans un pénitencier fédéral, s’est embarqué sur un coup de tête. Il commença à ressentir l’absence, le manque de présence, de contact, avec sa douce Sherryll, une belle brune aux yeux verts, grande et sportive comme lui.

C’est par ce biais qu’ils s’étaient d’ailleurs rencontrés. Il lui écrivait des lettres quotidiennes, remplies d’un peu de son amour parti voguer les mers, afin de ne pas rompre ce cordon qui les relie. « I wanna be your lover » lui répétait-il sans cesse, écrivant tous les projets qu’il avait envie de mener avec elle. Ses « I was made for lovin’ you » lancés comme des bouteilles à la mer, avec l’espoir que le message, toujours, sera bien reçu, perçu, et que là où elle l’attend désormais, Sherryll lui conserve tout son amour pour son retour.
Au début, Sherryll, depuis la terre ferme, prenait soin de répondre à chaque lettre de son chéri. Comme pour lui dire qu’elle ne l’oublie pas, qu’il est bien présent dans ses pensées au quotidien. Puis au fil des semaines, elle espace ses réponses, leur contenu devenant moins enflammé. Elle se lasse tout simplement de cette routine épistolaire. Tout comme son amour pour Shane s’étiole. Elle décide de ne pas attendre le retour à terre de Shane pour lui signifier la fin de leur idylle. Elle lui fait parvenir une ultime missive pour l’en avertir. Pour le danseur qu’a été Shane, c’est comme si le sol se dérobait là sous ses pieds… l’avalant vers un trou noir dont il ne ressortirait pas vivant. Un cauchemar. Désormais seul, il va devoir repenser sa vie, se reconstruire, maintenant que Sherryll n’en fait plus partie.

Garçon au caractère moins tourmenté et moins agressif que Shane, John parti sans femme laissée à quai, cultive une forme d’insouciance juvénile, tout en apprenant et scrutant avec application les rouages de son nouveau métier. Ca le passionne. Il avait trouvé sa voie. Son avenir, désormais, sera de faire carrière dans la marine américaine, en y poursuivant des études afin de devenir officier pour être affecté de nouveau sur un porte-avions ou mieux, sur un sous-marin. Bien qu’écrivant de temps en temps à sa famille qu’il avait quitté fâché, il n’en reçoit que peu de réponses. Loin des yeux… loin du coeur dit le proverbe!…Mais il s’en moque éperdument. Sa nouvelle vie, qu’il s’est choisi, lui offre des perspectives réjouissantes. Cela suffit à son bonheur.

Shane et John, bien qu’amis, voyaient leurs futurs s’écrire différemment. Les mois suivant, passés sur les flots, vers le sud, allaient confirmer cela. La bête blessée, endormie au fond de Shane allait hélas se réveiller. Quant à John, la vie ne serait qu’un grand soleil… « Vivement 1980 ».

Guillaume.

Il était une fois… 1978!


L’un des faits marquant  de l’année , tant politiquement que sportivement, sera le déroulement de la coupe du monde de Football en Argentine, alors théâtre d’une dictature sanglante dirigée par le général Videla (également la première dont je regarde certains matches, même tard le soir). Au plan international,  les accords de paix signés à Camp David entre Egypte et Israël, avec les Etats-Unis comme témoin, via la présence du président Jimmy Carter, vaudront à Anouar El Sadate et Menahem Begin le prix Nobel de la Paix cette année-là. En Algérie, 5 entreprises pétrolières françaises sont nationalisées. Au Sénégal, Léopold Sedar Senghor est réélu président pour la 5ème fois. En afrique du Sud, le nouveau premier ministre, Pieter Willem Botha, provoque un évènement en signant la reconnaissance officielle des syndicats de travailleurs noirs. Au Mexique, à Mexico, des ruines de temples aztèques sont retrouvées. En Europe, c’est l’Italie qui retient l’attention. D’abord avec l’enlèvement puis l’assassinat par les Brigades Rouges du leader de la démocratie chrétienne Aldo Moro. En Août, le Pape Paul VI décède, il est remplacé par l’Evèque de Venise, devenu Jean-Paul 1er, qui décèdera 33 jours après. En Octobre, c’est alors l’archevèque de Cracovie, Karol Wojtila, qui lui succèdera, sous le nom de Jean-Paul II. Il règnera jusqu’en 2005, et sera canonisé en 2014. Outre les noms précités, d’autres personnalités, issues des arts et du sport disparaissent : Les chanteurs Claude François et Jacques Brel, le comédien Charles Boyer, le navigateur français Alain Colas, à bord de son immense bateau à 4 mats Manureva (son destin inspirera une chanson à Alain Chamfort : « Manureva« ), pris dans un cyclone lors de la première route du Rhum. En France, en janvier la loi « Informatique et liberté » est adopté par le parlement. En Février, le Parti UDF, est fondé par Jean Lecanuet. Le ministre Roubert Boulin, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet (le mystère demeure toujours 40 ans après sur les circonstances réelles de son décès).

Voilà pour le décor de l’année. Place à l’histoire inventée :

C’était en septembre. Un groupe de musique, nommé les Sultans du Swing, débarqua aux Etats-Unis, à Los Angeles. Bizarrement, malgré leur nom, ils étaient origines de Copacabana, quartier de Rio de Janeiro, célèbre pour sa plage. Le leader du groupe s’appelle Tommy Gun, en hommage à un groupe de rock anglais. Grand gaillard au visage taillé à la serpe, et chanteur à la voix rauque, Tommy avait convaincu ses camarades de le suivre dans ce grand pays, pour retrouver sa meilleure amie, une dénommée Eruption. Il n’avait qu’un vague souvenir de sa dernière adresse, en colocation avec une certaine Roxane, fille de policiers. Roxane et lui s’étaient laissé sur un quai de gare, 10 ans plus tôt. Si Tommy avait eu du mal à accepter cette rupture, Roxane, elle, était parvenue à l’oublier. Le vrai but de Tommy, à travers ses retrouvailles avec Eruption, est donc de renouer le lien avec Roxane. Los Angeles, est une ville multiple, où tout est possible.

Pour lui, les concerts donnés avec son groupe au « Hustler Casino », repère de la pègre locale et de tous les hommes d’affaires en mal de sensations fortes en tous genres, n’étaient qu’un moyen de se distraire, de faire rentrer la money pour alimenter le trajet qui le mènerait pensait-il, à Roxane. « I love America », c’est son leitmotiv. Il se persuade ainsi que cela l’aidera à retrouver la trace de sa bien-aimée, en s’adressant aux gens qu’ils croisent, route faisant. Un soir, après un concert, il s’installe seul au bar du « Hustler Casino », laissant ses acolytes à leurs occupations, certains aux machines à sous, d’autres aux tables de jeux. Lui préfère noyer sa solitude et ses tourments dans les vapeurs d’alcools qui ne manquent pas de se présenter à lui. Le mélange est de rigueur. Lui viennent alors en tête des chansons qu’il chantait avec Roxane, et sur lesquelles ils bougeaient leur corps : « Rivers of Babylon », « Rasputin », « YMCA », « You make me feel », ou encore « Hold the line » et « Da ya think I’m sexy »… parmi tant d’autres. Dans les hauts-parleurs situés juste au-dessus du bar, la voix de Robert Palmer, crooner anglais, résonne d’une chanson qui va bien avec l’ambiance feutrée du lieu.

Cette quête de Roxane, pour Tommy, c’est un peu comme une dernière danse, un combat contre ses démons, disputé désespérément contre sa solitude qui chaque jour qui passe le mène, bien encadré par la possibilité d’excès en tous genres et de consommations de produits maléfiques qui le détruisent, le consument intérieurement, vers une issue fatale. Une course avec le Diable. Dont chacun sait que personne ne la gagne jamais.

Au matin d’une journée qui s’annonce encore une fois très chaude dans cette ville de Californie, la chambre occupée par Tommy résonne d’un silence étrange. La fenêtre est entrouverte, le rideau dansant au gré du vent chaud qui s’engouffre dans la pièce. Soudain, le room-service frappe à la porte, amenant le petit-déjeuner que Tommy avait pris l’habitude de faire monter dans sa chambrée. Mais à l’annonce, aucune réponse.Une, deux fois. Rien, silence. Et pour cause. Tommy dormait, à même le sol, d’un sommeil définitif, provoqué sans doute par l’excès de tous les ingrédients dont il a chargé son corps depuis des années. Son corps a dit stop. Dans un dernier sursaut, puis il a lâché. La voix de Tommy ne résonnera plus sur la scène du « Hustler Casino », et Roxane ne saura jamais qu’il était parti à sa recherche.

Guillaume.

Il était une fois… 1977!


J’ai 10 ans (tiens c’est le titre d’une chanson ça non?) cette année-là.

Dans le domaine des arts, c’est un cru marqué par le décès de la première grande star du rock américain, le chanteur Elvis Presley, à seulement 42 ans. Henri-Georges Clouzot (70), Jacques Prévert (77), Maria Callas (54), ainsi que Charlie Chaplin (88 ) et René Goscinny (51), père de « Astérix », figurent au nombre des célébrités qui nous quittent. Au Festival de Cannes, c’est le comédien Michel Galabru qui reçoit un prix pour son rôle dans « Le Juge et l’Assassin » de Bertrand Tavernier. A Paris, le centre national d’arts et de culture Georges-Pompidou est inauguré en janvier. En mars, Jacques Chirac est élu maire de Paris. En littérature, Didier Decoin obtient le prix Goncourt pour son roman  » John l’enfer ». C’est aussi l’arrivée sur les écrans d’une saga interstellaire, signée Georges Lucas, dont la musique deviendra un « tube », composée par le génial John Williams : « Star Wars : Un nouvel espoir », premier épisode d’une trilogie qui comprendra « L’empire contre-attaque » et « Le retour du Jedi ». La suite de cette saga s’étalera sur 40 ans. Le dernier épisode en date étant « Les derniers Jedi » sorti en 2017. Sans oublier le film musical « Saturday Night Fever » avec John Travolta, sur fond de musique disco. En sport, plusieurs évènements sont à retenir :
C’est l’année du fameux match Liverpool-Saint-Etienne, dans l’antre de Anfield Road. La France découvre ce soir-là un joueur qui va éclabousser la rencontre de son talent : Kevin Keegan.Les victoires en finales des simples dames et messieurs de Françoise Durr et Guillermo Vilas à Roland-Garros. Le grand chelem du XV de France, avec les 15 mêmes joueurs (unique!), dans le tournoi des Nations. Le match nul (2-2) historique de l’équipe de France de football face à Brésil dans le mythique stade du Maracana de Rio. Dans la foulée de cet exploit, elle se qualifiera pour le Mundial’78 en Argentine, alors en pleine dictature militaire. Les 70 ans de la création de la célèbre écurie de formule 1 italienne Ferrari par Enzo Ferrari. Toujours en formule 1, une révolution technique arrive lors du grand prix de Silverstone, avec la première apparition des voitures Renault à moteur turbo. En cyclisme, Francesco Moser est champion du monde. En ski, le suédois Ingemar Stenmark remporte le classement général de la coupe du monde.

Place à l’histoire inventée.

L’ Angleterre, Solsburry Hill, au sud de Bath. Cette colline, qui fut théâtre jadis, dit la légende, de phénomènes mystiques mais surtout d’une bataille entre anglo-saxons et bretons, est devenu un lieu de pelerinage pour la petite Marie, 20 ans tout juste. Chaque année depuis 3 ans, au printemps, elle prend son billet d’Eurostar pour franchir la manche et se rendre à cet endroit découvert par hasard l’année précédente avec son amie Betty, de 2 ans son aînée, rencontrée lors d’un séjour linguistique précédent, surnommée « Black Betty » en raison de son goût prononcé pour les vêtements noirs. Celle-ci l’accueille chaque fois dans son appartement. Ensemble elles y refont le monde, avant d’aller rejoindre la fameuse colline. Mais cette fois-ci, Marie a le coeur coupé en 2. Elle a délaissé son petit ami pour des vacances en solitaire, et rejoindre Betty. Choix cornélien, qui la tourmente. Le jour de leur départ, Marie et Betty sont assaillies par un déluge humide, aussi décident-elles alors de se mettre à chanter, sous cette pluie battante balayée par un vent froid comme si de la glace cinglait l’air. Arrivées à destination, en haut de colline de Solsburry après un périple qui les a vu prendre le car puis marcher pendant 2 heures, elles se posent au sommet. Contemplant le paysage, savourant le silence qui y règne, observant la nature sauvage. Elles passent la journée à discuter, rire, se confier l’une à l’autre, sur leurs aspirations de vies futures.

Avant que la nuit ne les enveloppe, elles redescendent vers la vallée, et décident de se rendre à Dublin. Un long trajet les attend. Train, bateau. Le lendemain matin, harassées de fatigue mais heureuses, elles dégustent un breakfast dans un pub local. L’ambiance du lieu, chaleureuse, les réconforte. Mais la vue d’un public uniquement masculin fait s’interroger Marie : « Où sont les femmes? ». Betty rigole, et lui indique qu’à cette heure matinale, seuls les hommes fréquentent les pubs. Marie, loin de chez elle, même si elle adore son amie, ressent de la nostalgie, réalisant en cet instant, qu’elle a oublié de vivre selon son instinct, ses envies profondes. Désormais, rien ne sera plus pareil. Betty lui dit alors « Stay just the way you are »…. »Stay alive… follow your dreams…. go your own way ». Le petit déjeuner avalé, elles partent bras dessus-dessous visiter Dublin. Hier pauvre, cette ville est devenue une cité riche presque à l’égal de Londres. Un choc pour les 2 jeunes amies. « et si on allait vers le nord, à Belfast? », propose Marie à Betty. Cette dernière, étonnée un instant, fit oui de la tête. Direction l’Irlande du Nord. Belfast est tout l’inverse de Dublin.

Capitale de l’Irlande du nord, cité marquée par le passé conflictuel avec l’Angleterre, puis les relations tendues voire haineuses entre catholiques et protestants. Une cité ouvrière. Le lin, le tabac et les chantiers navals constituent les principales industries locales. C’est d’ailleurs dans ces chantiers navals que fut construit le majestueux et funeste « Titanic ». Là bas, les gens ont la mémoire de ceux qui sont morts pour la cause de l’indépendance, comme Bobby Sands, nationaliste irlandais, député de la chambre des Communes du Royaume-Uni, décédé à 27 ans seulement. Un monument leur est dédié : « To the heroes of our city, of our country ». Elles restèrent 2 jours dans cette ville chargée d’histoire, de mémoire et de tristesse. Déambulant dans les rues, Betty fredonne « sweet talkin woman » et « more than a woman  » aux oreilles de Marie.

Au bout de ces deux jours, Betty et Marie repartent vers l’Angleterre, vers Bath. Ravies de ce périple dont elles gardent de jolis souvenirs, elles passent une dernière soirée ensemble. Derniers rires, ultimes confidences et effusions amicales, une dernière séance devant  « Annie Hall » film de Woody Allen, dans un mélange de bières et cigarettes. Demain matin, Marie reprend le chemin vers la France, Paris, le métro « c’est trop » … soupire-t-elle, désappointée. Une ultime embrassade, puis en choeur elles se disent « Vivement l’année prochaine ».

Oui.. « Vivement 1978! »

 

Guillaume.

 

 

 

Il était une fois… 1976!



Année marquée par de nombreux évènements, politiques, culturels, sportifs. Janvier voit le Concorde réaliser son premier vol commercial de Paris à Rio de Janeiro. En février ont lieu les JO à Insbruck, en Autriche. Mars, l’Argentine entre dans la dictature, le pouvoir militaire est dirigé par le général Videla. Avril, Jean Gabin préside, pour sa dernière apparition publique, la première cérémonie des Césars. Mai voit l’apparition du FLNC en Corse, par le biais de la revendication d’une « nuit bleue » marquée de plusieurs attentats. Après une épopée européenne complètement folle, l’AS Saint-Etienne arrivera en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions (mère de la Ligue des Champions actuelle), contre l’ogre du Bayern de Munich de Franz BeckenbauerJuin est le théâtre, en Afrique du Sud, dans le quartier pauvre de Soweto, d’émeutes sanglantes qui feront plusieurs centaines de morts. Juillet, Simone Veil faire voter une loi antitabac qui réglemente la publicité de ce produit et l’obligation de la mention « abus dangereux » sur les paquets.

Au Canada,  les JO d’été de Montréal verront le sacre de la jeune gymnaste roumaine Nadia Comaneci, du sprinteur français Guy Drut au 110 m Haies, et le double sacre du cubain Alberto Juantorena, sur 400 et 800 m. Novembre marque l’élection de Jimmy Carter à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Il sera le principal artisan des premiers accords de paix, signés à Camp David entre Israël et L’Egypte.

Déjà mise en avant par René Dumont en 1974, les problèmes liés au climat vont s’accentuer. La canicule très importante (déjà!!) survenue cette année-là, marquera les esprits, certains s’en souviennent encore. Et ne sera que le début d’une série qui se poursuivra jusqu’en 2018, un peu partout dans le monde.

De nombreuses personnalités tels la romancière Agatha Christie, le dirigeant chinois Mao Tsé Toung, l’acteur Jean Gabin, figure légendaire du cinéma français, le philosophe allemand Martin Heidegger, le compositeur de musique classique Benjamin Britten ou André Malraux, écrivain, ancien ministre de la culture sous De Gaulle, auteur du fameux discours dédié à l’entrée de Jean Moulin au Panthéon, disparaissent.

Place maintenant à l’histoire inventée :

Une maison cossue, dans le sud de l’Angleterre. Perchée en haut d’une colline. Bordée d’une forêt domaniale où se promènent biches et faons, rennes… en toute quiétude. La demeure, imposante, de style colonial, abrite en son sein un homme nommé Ringo Willy Cat, la soixantaine fringante et le cheveux poivre et sel, dont la maison laisser à penser l’homme fortuné. Jadis marié à une certaine Gabrielle, qui dit-il, lui a « brulé son esprit ».

Il a dû être un bel homme plus jeune. Les années passant, il a cultivé cet aspect de sa personnalité. Dans le village avoisinant, les gens parlaient de lui comme d’un « sale bonhomme », avare, distant, prétentieux. Amateur de chasse en Afrique, qu’il visitait régulièrement pour satisfaire sa soif de trophées animaliers.

Dans une pièce, au rez-de-chaussée, figure des « trophés » de ses pérégrinations chasseresses : Une tête de buffle accrochée au mur, une corne de rhinocéros, et une peau de crocodile du Nil, ainsi que des oiseaux de Thaïlande, spécimens aussi sublimes que rares. Cet homme avait pour fille, Sylvia, qui travaillait dans une boutique du village proche, le « shop around the corner ». Elle vivait de romances éphémères. L’élu du moment s’appelle Martin. Lui faisait partie d’un cirque. Entre eux, l’histoire était douce, et les au-revoir au petit matin sur le ton d’un « Bye bye Cherry ».. suivi d’un « you know.. I love you ».

Ringo, homme de principes ayant la culture des histoires au long cours, ne voyait pas d’un bon œil la façon d’aimer de sa fille. Malgré lui, il s’y soumettait. La première entrevue avec Martin fut un peu fraîche entre les deux hommes. Le premier voulant clairement faire sentir que Martin n’était qu’un oiseau de passage dans le ciel de Sylvia, se montra pourtant jovial, avenant, à la surprise de sa fille. Martin, lui, tout à l’envie de faire bonne impression, se retrancha derrière une timidité malvenue. Au sortir de ce premier face à face, Martin dit à Sylvia, qu’il surnommait tendrement « Sunny » : « Your daddy is cool ». Sylvia en sourit, connaissant la nature profonde de son père.

Un soir, les deux tourtereaux avaient décidé de sortir au village, d’aller dans le seul fish & chips local. En entrant, l’ambiance leur apparaît très étrange. Des tables fournies, où se jouaient des parties de backgammon, de poker, avec argent en jeu, d’autres avec des solitaires éclusant leur bière. Assis tranquillement dans cet endroit exigu et sentant fortement la cigarette, leur tête à tête avait été soudain troublé par une femme interpellant sèchement Paul. « Hey…Paul, who’s that lady with you..My man » lui dit-elle en regardant rageusement Sylvia. Blondie, ainsi se prénommait-elle, avait le regard noir et le cheveu blond peroxydé. Déchainée, Blondie avait poursuivi, s’en prenant cette fois à Sylvia qui ne demandait rien… : « If you wanna love somebedoy… live him now.. ’cause he’s MY man ». Paul et Sylvia sont surpris l’audace de Blondie. Paul s’interpose : « Blondie, please, stop this silly « love song »… I know you had me in the flesh, but now it’s over, my one and only love is for Sylvia ». Blondie, était considérée comme  la « Devil woman » du coin, caractère sauvage, fille sans peurs, aimant se faire respecter dans cet univers très masculin, quitte à n’avoir pas toujours des comportements très courtois.

Sylvia n’en revenait pas de ce qui venait d’arriver. Elle restait muette, interdite. Voyant que Paul ne céderait pas, Blondie rentra sa colère, puis s’en fut rejoindre une tablée où des amis de longue date lui dirent de s’asseoir volontiers. Reprenant ses esprits, Paul se retourna alors vers Sylvia, lui prit fortement la main comme pour la rassurer, lui faire sentir que tout allait bien, qu’il était AVEC elle, tout en s’excusant d’un timide « sorry for you living this…. ». Il décidèrent alors de quitter cet endroit à l’atmosphère tendue, rugueuse, pour retrouver l’ambiance douillette de la demeure de Ringo. Sur le chemin du retour, Sylvia ne pouvait s’empêcher de revenir sur l’incident avec Blondie. Mais Paul, plus amoureux que jamais, se montra plein de tendresse avec sa chérie. Elle seule comptait à ses yeux, elle seule le rendait heureux. Arrivés à la demeure paternelle, ils passèrent la nuit à s’aimer follement tout en écoutant une ribambelle de musiques différentes. « You know what sweetie? » dit Paul à sa douce… »The only thing I want is kissing you, you kissing me.. ». En fond sonore, Freddie Mercury et Queen jouent « Somebody to love ».

Les deux tourtereaux s’endorment, le bonheur plein la tête.

Guillaume.

Il était une fois… 1975!


Cette année-là, en France, comme ailleurs, divers évènements vont se produire, dans les domaines politiques, sociétaux, sportifs, culturel. C’est d’abord l’adoption définitive de la Loi Veil sur le droit des femmes à l’avortement ainsi que la loi votée qui autorise le divorce par consentement mutuel, qui marquent les esprits et vont changer beaucoup de choses dans la place des femmes au sein de la société. Dans le domaine de l’éducation, la création du collège unique (Loi Habby) va être très importante. Dans le domaine de l’audiovisuel, suite à la disparition de l’ORTF, 3 chaines de télévision voient le jour : TF1, Antenne 2 et FR3 (France Régions 3). Bernard Pivot présentera la première de son émission littéraire, « Apostrophes », qui durera jusqu’en 1990. A l’étranger, le dictateur espagnol Franco meurt. Le roi Juan Carlos engage son pays sur la voie de la monarchie parlementaire. Au Vietnam, la chute de Saigon, rebaptisée Hô-Chi-Minh, marque la fin d’une guerre qui aura durée 20 ans!. Dans le domaine du sport, le Bayern de Munich est sacré champion d’Europe de football (équivalent Ligue des Champions d’aujourd’hui). En cyclisme, Bernard Thévenet remportera le tour de France, devançant Eddy Merckx et Lucien Van Impe. Pour la première fois, l’arrivée se fait sur les Champs-Elysées. Côté musique, deux albums vont marquer les esprits : l’enregistrement d’un album live du groupe Deep Purple à Paris ainsi que celui de Véronique Sanson lors de ses concert à l’Olympia. De nombreuses personnalités du monde politique comme de la culture disparaissent cette année-là : Jacques Duclos (Parti Communiste Français) et Guy Mollet, ancien secrétaire général de la SFIO, et président du Conseil sous la IVème république ; Les comédiens Pierre Fresnay, Michel Simon, le chansonnier Pierre Dac, le peintre Jean Dubuffet, l’écrivain-historien Robert Aron, le compositeur russe Dimitri Chostakovitch, le réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, l’éditeur français Gaston Gallimard, la comédienne-chanteuse- meneuse de revue Joséphine Baker.

Maintenant, place à l’histoire inventée. Prêt(e(s)? Lisez!

C’était en septembre. Un été indien bienvenu, prolongeant la saison estivale habituelle. J’étais alors revenu de ce sud si cher au père de Mirza, un ami de la famille. De quoi garder le moral et le corps bronzé par longues heures passées alangui sur le sable brûlant. Je me remémorais alors la rencontre avec cette fille aux yeux clairs, une certaine Vanina. Un prénom venu du nord de l’Europe, du pays des tulipes. Elle résidait habituellement du côté de chez Swann. Avec ma belle, on s’était fait une promesse, se retrouver et partir… partir loin.. aussi loin qu’il nous serait possible. Quelques mois plus tard, l’hiver venu, nous avions décidé de nous embarquer à bord du « France« , ce majestueux paquebot, fleuron de la technologie et de l’industrie française de l’époque, surnommé le « petit frère » du « Normandie« , autre paquebot français. Nous nous sentions heureux de faire partie de ces voyageurs, qui allaient traverser l’atlantique jusqu’à l’autre bout du monde. Direction le grand sud, l’Argentine, Buenos-Aires. Dans la salle de cinéma, un film de Pasolini était projeté, « L’Evangile selon Saint-Mathieu »… Peu de spectateurs … ce pieux réalisateur transalpin ne rameutait pas les foules. A un autre niveau du Paquebot, dans un salon dédié aux soirées musicales, un excellent orchestre exécutait des œuvres de Dimitri Chostakovitch devant un pare-terre de spectateurs en tenues de soirées. Deux spectactrices de marque assistèrent à ce concert. l’actrice hollywoodienne Audrey Hepburn et la déjà princesse de Monaco, Grace Kelly.

Le premier soir, sur le bastingage, marchant serré l’un contre l’autre, Vanina et moi, observant le délicieux spectacle du ciel étoilé, avons rencontré un homme qui semblait un brin déprimé, la chevelure et la barbe hirsute, semblant légèrement alcoolisé. Nous hésitions à lui parler. Nous voyant, il s’est approché de nous et expliqua qu’il voyage en solitaire, comme un « chasseur », depuis la séparation d’avec sa compagne, avec qui il avait initialement prévu cette traversée aussi romantique que fabuleuse. Je m’appelle  « Bonsoir les jeunes.. je m’appelle..euh..(hésitant)…Christophe.. comme Colomb » nous asséna-t-il d’une voix rugueuse…avant d’enchainer… »Elle s’appelait Mélancolie » nous dit-il… les yeux embués de tristesse. Il nous avait également confié qu’il ne cessait de rêver d’elle chaque nuit. Originaire de la tribu des Acadiens, Christophe considérait d’ailleurs ce pays comme sa terre promise, un refuge où il désirait, du moins nous le l’assurait-il, finir sa vie.

Le trouvant passionnant, nous avions décidé de passer la soirée et une bonne partie de la nuit à écouter cet homme dévasté par un amour brisé, perdu.. « Mon cœur est malade »…se lamentait-il … »Oui… malade, vide ».. accentuait-il. Devant ce constat terrible, nous n’osions pas Vanina et moi afficher nos élans d’amoureux en pleine romance, nous enlacer, nous regarder langoureusement, de peur de vexer, de gêner cet homme sans amour. Nous offrions à ses yeux humides l’image de jeunes gens heureux à qui l’avenir et la vie souriaient. « What a difference a day makes » se mit-il à grommeler… je notais alors qu’il était amateur de jazz, de Dinah Washington.. »un homme de goût sous un aspect renfrogné me disais-je alors »… Mais nous constations qu’il nous signifiait être arrivé au bout de sa vie, qu’il n’y tenait plus… et que nous assistions peut-être sans le savoir, à ses ultimes soubresauts, redoutant qu’il pourrait très bien se foutre à l’eau sous nos yeux sans que nous n’y puissions rien faire. Cette simple perspective nous pétrifiait.
Alors que la nuit avait depuis longtemps posé son froid manteau sur nos épaules, Vanina et moi avons continués d’échanger, discuter, avec Christophe, surtout pour le convaincre de ne pas faire le grand saut, de ne pas s’en aller encore définitivement.. car la vie réserve bien des surprises… et qui sait si cet homme, que nous avions pris en protection et affection malgré nous, ne rencontrerait pas demain une femme à aimer, à qui dire les mots bleus, avant de mourir. Comme un dernier tour de manège sur la grande bleue.

Le pensant rassuré et réconforté par nos échanges de la nuit, nous avons pris congé de lui, le sommeil, très en retard, nous ayant rattrapé, nos corps ne demandant qu’à s’écrouler pour récupérer. Il nous a alors fait la promesse de nous retrouver le lendemain, même heure, même endroit, pour continuer la discussion. Le lendemain soir, à l’heure dite, un steward de bord vint nous avertir qu’il avait disparu.

La suite de notre traversée s’en trouva bouleversée, et notre arrivée à Buenos-Aires n’aurait pas le goût escompté. Christophe dit « le chasseur » serait dans nos esprits.

Guillaume.

Il était une fois … 1974!


 

Cette année-là, en France, dès janvier, Pierre Messmer est reconduit premier ministre de George Pompidou, qui décèdera le 2 avril. En mars, l’aéroport Charles-De-Gaulle est inauguré. Au cours de ce même mois a lieu le dernier voyage d’un train à vapeur. Le 19 mai, Valéry Giscard d’Estaing sera élu président de la République, Jacques Chirac nommé premier ministre. En juin, la majorité civile, jusque-là établie à 21 ans , est ramenée à 18 ans. En juillet, Françoise Giroud, journaliste-écrivain, entre au gouvernement et prend la tête du premier secrétariat d’Etat aux droits des femmes. En Août, Le plateau du Larzac voit débarquer 100.000 personnes, dans le cadre la suite de la contestation de l’élargissement du camp militaire basé à proximité. En décembre, une loi est votée autorisant l’accession  à la pilule pour les -18 ans, sans autorisation parentale, et remboursée par la sécurité sociale. De nombreux centres de planning familial vont ouvrir. Le 20 décembre, la loi présentée par Simone Veil sur l’interruption volontaire de grossesse est votée. Elle sera mise en application dès 1975. 1974 marque aussi la fin de L’ORTF. Place à 4 grands médias : TF1, Antenne 2, France 3, Radio France, et 3 sociétés de productions que seront TDF, la SFP, et L’INA.

Dans le monde, ce qui retient l’attention ce sont l’expulsion d’URSS de l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, la fin de la dictature militaire au Portugal, l’Inde qui devient le 6ème pays détenteur de l’arme nucléaire, la fin de la dictature en Grèce et le rétablissement de la démocratie, l’adoption (en juillet 74!) par son assemblée de la langue française comme langue officielle du Québec. A noter les disparitions de personnalités telles que le jazzman Duke Ellington, le violoniste russe David Oïstrakh, ou du réalisateur italien Vittorio de Sica .

Mais place à notre désormais rituelle petite histoire inventée.

Waterloo au printemps. Dans cette ville tristement célèbre pour une déroute militaire mémorable de Napoléon, le temps est gris ce jour-là. J’ai 10 ans, timide. Adossé à un muret, entouré de camarades de mon âge dans une école anglaise, j’en suis le mal-aimé. Celui sur qui il est bon de se défouler. Certains garçons se verraient bien en mode Gigi L’amoroso, incarnation latine du british-lover-dandy, comme savaient si bien les incarner David Bowie ou Bryan Ferry. Trop jeune pour comprendre les grands et leurs tourments amoureux, les parades amoureuses, les « I honestly love you », ou « je t’aime je t’aime je t’aime », ou encore « On se retrouvera », comme répétés pour mieux convaincre la personne convoitée, je me tiens à l’écart de ce monde qui m’est pour l’heure étranger. Mais pas pour longtemps.

J’ai un ami, nommé William. il a 3 ans de plus que moi. Les tourments de l’amour lui trottent dans le cerveau. Il aime une fille. Anna, de 2 ans son ainée. Il a écrit une chanson pour elle. Il me dit qu’à la première occasion, il lui chantera, au téléphone, si il ne peut la voir. William est tombé amoureux sans le savoir d’une super nana. Belle, quelques tâches de rousseurs parcourant son visage, l’allure assurée d’une fille qui sait déjà plaire aux garçons, elle écoute du rock, bercée par les 33 tours que son père Freddie, la quarantaine déjà fatiguée d’un homme travaillant en usine qui fabrique des voitures (Austin Mini), passant ses soirées dans les pubs à boire des coups avec sa bande potes et jouant son argent aux courses de chevaux, lui a fait découvrir… Stones, Beatles, Elton John, Queen.. tous les classiques y passent! Il a une devise : pour lui la vie « it’s only rock’n’roll ». Affectueusement, Anna surnomme William « Billy ». Ses amies, connaissant son goût pour les garçons plus âgés qu’elle, se demandent en me voyant à ses côtés : « Qui c’est celui-là? ». Un soir qu’il est chez son père, le téléphone sonne. Sa mère, vivant à Bruxelles pour le travail, au bout du fil (expression désuète aujourd’hui au vu des cellulaires de notre quotidien). Elle n’a pas vu son fils depuis trop longtemps. Freddie prend alors le combiné et après quelques minutes d’une âpre discussion, une décision est prise. William quitte Waterloo pour la Venise du nord, sa mère, et sans doute une vie un peu meilleure. Il comprend alors qu’il ne reverra sans doute jamais Anna. Le téléphone pleure.

Le cœur déchiré, l’âme en peine, William s’en va, me laissant seul, et abandonnant son père à ses beuveries partagés, sa solitude plombée par le climat local.

Et moi, je me dis : « Vivement 1975! »

Guillaume.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il était une fois… 1973!


Année qui voit la création de l’Europe à 9 pays dès le mois de janvier. Qui sera marquée par des réélections de présidents africains, au Sénégal (Léopold Cédar-Senghor) et au Gabon (Ali Bongo) avec des scores dignes de dictatures, par le coup d’état militaire au Chili en septembre avec l’arrivée au pouvoir du général Pinochet, et le suicide du président Salvador Allende. En octobre, Henry Kissinger, diplomate américain, reçoit le prix Nobel de la Paix en duo avec le nord-vietnamien Le Duc Tho, qui lui le refusera. En France, le mois de mai est le théâtre d’une manifestation pour revendiquer le droit à l’avortement et à la contraception pour les femmes. Juin voit le début de la grève chez Lipp, août 80.000 personnes déferler sur le plateau du Larzac pour protester contre l’extension du camp militaire, septembre est l’occasion de l’inauguration à Paris de la Tour Montparnasse, enfin en octobre, le parlement français (Sénat et Assemblée nationale) décide de la réduction à 5 ans du mandat présidentiel.

Cette année-là voit naître le journal « Libération » dont le premier numéro paraîtra le 18 avril 1973. Côté artistique, et d’abord au cinéma, si Brigitte Bardot annonce qu’elle arrête sa carrière de comédienne, il faut noter la sortie de films importants tels que : « Etat de siège » de Costa Gavras, « La grande bouffe » de Marco Ferreri, « L’emmerdeur », de Edouard Molinaro avec Lino Ventura et Jacques Brel, « Deux hommes dans la ville », de José Giovanni, avec Jean Gabin et Alain Delon. L’année 73 est année cruelle puisque nombre de personnalités des Arts disparaissent : le peintre Pablo Picasso, l’actrice italienne Anna Magnani, l’humoriste Fernand Raynaud, le violoncelliste et compositeur Pablo Casals, le réalisateur américain John Ford et le français Jean-Pierre Melville, sans oublier l’écrivain JRR Tolkien, père du « Hobbit » et de sa suite « Le Seigneur des Anneaux » paru en 1954-1955.

Maintenant, place à l’histoire inventée.

Soir d’automne. Installé dans mon salon, devant ma cheminée, sur les coups de 22H, le téléphone sonna. Au bout du fil (hé oui le Dieu Smartphone n’avait pas encore remplacé le téléphone en bakélite), Ringo, 40 printemps au compteur, un ami de longue date. Ses parents l’avaient nommé ainsi en hommage au batteur des Beatles. Il me dit qu’il avait un problème avec sa petite copine, Angie, 40 ans également, mère d’un enfant qui venait d’avoir 18 ans. Une anglaise très jolie.. Lui, originaire « made in » de Normandie, était fou amoureux d’elle. Il avait vraiment besoin de parler, de se confier. Leur couple traversait quelques turbulences depuis quelques temps. Alors plutôt que le téléphone, et malgré l’heure avancée de la soirée, je lui propose de venir dîner le soir-même. Un bon vin, un plat de pâtes et la nuit devant nous pour discuter. N’habitant pas très loin de chez moi, il était là moins de 15 minutes plus tard. Fils de parents divorcés, il a la maladie d’amour, le besoin viscéral d’aimer et d’être aimé. A 4o ans, il me dit qu’avec Angie, il a trouvé celle qu’il lui faut, pour la suite de sa vie. Qu’il envisage avec elle et pour elle le meilleur. Qu’Angie parfois, bien que réservée, lui confie qu’elle a rencontré avec lui l’homme de sa vie. Elle le surnomme « My love ».

Il souhaite lui faire découvrir la beauté de Venise en gondoles, mais aussi ses ruelles étroites, biscornues, ses immeubles aux façades délabrées qui parfois cachent de somptueux palais, sa place Saint-Marc, l’île de Murano, où parfois l’on croise les vieux mariés qui s’y promènent, nostalgiques de leur première venue. L’état de délabrement de cette cité lagunaire donne un sentiment de nostalgie d’un lointain passé glorieux. Il me fait part d’un projet : « Nous irons à Vérone, ville de Roméo et Juliette, nous aimer tranquillement, loin de la mélancolie parisienne ». Ringo et Angie coulent des jours heureux, sans monotonie, même si parfois le manque de money freine leurs envies.

Vers 5H du matin, la fatigue nous envahit d’un seul coup Ringo et moi, malgré le plat de pâtes et le vin qui nous tenaient compagnie. Comme un signal d’aller enfin  dormir. Je lui proposais alors de l’héberger afin qu’il dorme tranquillement. Mais avant de le laisser rejoindre Morphée, il me fallait me débarrasser d’un secret qu’Angie m’avait confié voilà quelques semaines, n’osant en parlé directement à Ringo : Elle m’avait indiqué, au cours d’une discussion un après-midi, qu’elle avait un message personnel à dire à Ringo, mais n’osait pas, de peur de le brusquer. De lui, elle voulait un enfant. Partagé entre la colère et la bonne surprise, Ringo eut du mal à réaliser. Il me dit alors, qu’au fond de lui, il le désirait depuis longtemps. Il n’en voudrait pas à Angie. Il l’aime trop.

La vie, leur vie, leur amour, allaient prendre un nouveau départ.

Guillaume.

Il était une fois… 1972!


En France, c’est une année marquée par l’apparition de quelques  décrets importants comme  celui autorisant le travail intérimaire, la contraception, ou l’obligation faite à tout salarié de s’affilier à un régime de retraite complémentaire. C’est aussi l’inauguration du Turbo Train (futur TGV). En juin, le musée du cinéma fondé par Henri Langlois, est inauguré au palais de Chaillot. A Colombey-les-2 Eglises, Georges Pompidou inaugure la Croix de Lorraine, monument en hommage au Général de Gaulle. Juillet est marqué par la démission du premier ministre Jacques Chaban-Delmas, remplacé par Pierre Messmer. En novembre, Bontems et Buffet, malgré la défense de leurs avocats dont Robert Badinter, sont condamnés à mort et exécutés (guillotine). Dans le monde, outre la réélection de Richard Nixon comme président des Etats-Unis d’Amérique, c’est avant tout la prise d’otages meurtrière (11 morts parmi les athlètes israéliens) lors des JO de Munich, qui retient l’attention. Le romancier-journaliste Dino Buzzati et l’académicien-romancier Henry de Montherlant disparaissent cette année-là. Les chanteurs Bobby Lapointe et Maurice Chevalier ne feront plus résonner leur voix, Pierre Lazareff (l’un des inventeurs du premier journal télévisé en 1949, avec Pierre Tchernia, Pierre Bellemare, Pierre Sabbagh), le comédien Pierre Brasseur disparaissent également.

De façon plus joyeuse, en sport, toujours en Allemagne, la sélection de la RFA, emmenée par son capitaine Franz Beckenbauer, remporte son premier grand trophée, lors du championnat d’Europe en Belgique. Au cinéma, c’est la sortie du Film « Le Parrain » de Francis Ford Coppola qui marque les esprits. Le casting est éblouissant : Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Robert Duvall, Talia Shire. Le début de la saga des Corleone.

En musique, si Deep Purple sort l’album « In rock » (avec la pochette figurant les visages des membres du groupe, en hommage au fameux Mont Rushmore-et ses têtes sculptées des 4 premiers  présidents américains), le groupe Pink Floyd joue pour la première fois « The Dark Side of the Moon » en concert. En France Jean Ferrat fait ses adieux à la scène, pendant que l’affiche annonçant le passage de Michel Polnareff à L’Olympia (on y voit l’artiste montrant ses fesses, chose impensable à l’époque), crée la polémique. Il sera condamné pour atteinte à la pudeur.

Maintenant, place à l’histoire.

C’était un lundi. Au soleil d’Italie. Sur la place Navone à Rome, la ville éternelle chargée d’histoires et d’Histoire. Le printemps était là, qui chantait. La saison de la renaissance, des amours qui se font, se rencontrent. ou peut-être se terminent, dans le silence. Avec ma compagne du moment, Clara, brune, pétillante, curieuse, marcheuse, nous vivions alors une belle histoire, la romance, mélange de tendresse et d’accrochages bénins, dont nous savons que ce n’est rien, au sein de cette ville sublime, romantique, mélange de passé et de modernité, où l’Histoire vous fait des clins d’œil à chaque coin de rue, quand elle ne vous invite pas à la visiter dans ses entrailles les plus fameuses (Colysée, le Vatican, la chapelle Sixtine….). Nous vivions cela comme si nous devions mourir demain, intensément, furieusement. Un burning love comme diraient les cousins américains.

Au cours de ces vacances romaines, de ce voyage au pays de Dante, Fellini, Verdi, Buzzati, Pavarotti, mais aussi Roberto Benigni, Ennio Morricone, Gian Maria Volonte, nous profitions de chaque instant, mangeant ici des spécialités romaines, dégustant ici des gelati, déambulant au gré des rues, nous arrêtant devant la fontaine de Trevi. Ensemble. Notre amour nous faisait passer le temps. Les journées semblaient courtes. Bien remplies de nos déambulations curieuses. En nous promenant, arrivant au pied du palais de marbre blanc surmonté de la statue de Victor Emmanuel 2 juché sur son destrier, nous croisâmes des militaires, pour la plupart des sergents qui riaient à gorges déployées de la blague d’un de leur camarade.

Après Rome, nous décidâmes de poursuivre notre découverte de l’Italie par un séjour au Lac Majeur. L’Avventura se poursuivait magnifiquement dans ce décor sublime. Havre de paisibilité, de tranquillité, de calme. De l’eau, des fôrets autour. La nature dans toute son expression. Un bonheur simple. Près du Lac Majeur, le Regina Palace nous attendait. Majestueux. avec une vue imprenable sur l’extérieur. Cossu et chaleureux, l’endroit était propice aux amours, à la réflexion, au travail pour qui est écrivain, peintre, musicien, cinéaste. Sans doute certaines célébrités ont fréquenté cet endroit et dormi dans des draps de satin blanc, et se sont peut-être dis : « si on chantait? », bercé(e(s) par « Layla » ou « Papa Was a Rolling stone », ou encore « Rocket man » ou « les plaisirs démodés ».

Avec Clara, nous nous disions que peut-être les matins d’hiver, dans cet écrin magique, vaudraient sans le coup d’être vécus. Qui saura? comme le fredonnait une star des années 70. En tous cas, après avoir vu Rome, le Lac Majeur, Clara et moi pouvions imaginer que peut-être l’expression « Nous irons tous au Paradis » ne pouvait que s’accorder à ces lieux magiques. Uniques. Après avoir vu, découvert, savourer, toutes ces richesses, saveurs, et décors italiens, nous nous sommes dis que finalement Marianne était jolie, nous manquait. Nous sommes alors rentrés en France.

Vivement 1973 !

Guillaume.

 

 

 

 

 

 

 

Il était une fois… 1971!


Cette année est marquée, en France par plusieurs évènements dans des domaines très divers : La création du premier ministère chargé de la protection de la nature et de l’environnement, la publication du manifeste de 343 femmes issues du monde des Arts qui revendiquent publiquement avoir eu recours à l’avortement. François Mitterrand prend le contrôle du Parti Socialiste. Le chanteur et poète américain Jim Morrison, qui a quitté quelques mois plus tôt le groupe des Doors, est retrouvé mort chez lui, à Paris, à seulement 27 ans. Coco Chanel, Fernandel, Igor Stravinsky, Jean Vilar, Louis Armstrong et King Curtis, seront les autres personnalités importantes qui décèderont cette année-là. Pour protester contre l’extension du camp militaire, décidée par Michel Debré, ministre de la Défense, 6000 personnes occuperont le plateau du Larzac. A l’étranger, en Egypte, Nasser inaugure le barrage d’Assouan, sur le Nil. Le Quatar, les Emirat-arabes unis, Bahrein se verront accordés leur indépendance par le Royaume-Uni. Voilà pour le décor. Place à notre petite histoire inventée.

Toulouse. Avec ma compagne du moment, la jolie Sarah, d’origine britannique (oui j’ai un faible pour les ressortissantes du Royaume-Uni) nous avions décidé de partir nous éclater sur les belles plages du Sénégal. Bien sûr, des amis bien intentionnés nous avaient mis en garde sur la présence potentielle de gentlemen cambrioleurs, véritables Arsène Lupin. Mais nous on s’en foutait, nous voulions juste vivre notre belle histoire d’amour, comme Juliette et Roméo, mais sans la triste fin. Sarah et moi, nous nous aimions à perdre la raison, à n’en savoir que dire… totalement fusionnels!

Arrivés sur notre lieu de vacances, à Saint-Louis, nous décidâmes, bagages posés, d’aller nous promener dans les rues. Soudain, au détour d’une rue, des éclats de voix attirèrent notre attention. « What’s going on ? » s’exclama Sarah! Un jeune homme, que ses amis nomment « Tiny Dancer« , nous indiqua alors qu’à cet endroit c’était toujours la même chanson, qu’avec les années, non, non, rien n’a changé, malheureusement. La scène qui se déroulait sous nos yeux mettait aux prises des marchands de sommeil sans vergogne avec des locataires à qui ils réclamaient des impayés. De façon brutale. Face à des enfants et femmes. Bien sûr les hommes du quartier se mirent en travers. D’où les voix qui s’élevaient. Certaines jeunes femmes présentes, appelées aussi filles du vent, car disparaissant aussi vite qu’elles arrivaient sur un lieu, s’étaient mêlées à l’attroupement.

Pour nous sortir de cette scène brutale et difficile, Tiny Dancer s’improvisa guide pour nous et nous proposa de nous faire visiter sa ville, dans les moindres recoins. Il nous emmena dans un quartier, Brown Sugar Place, où se réunissaient, le soir venu, des musiciens mais pas uniquement. Voyant l’intérêt que les hommes portaient à Sarah, je n’oubliais pas rappeler par un « My wife » que nous étions en couple. Certains étaient percussionnistes, d’autres guitaristes, bassistes, ou simplement chanteurs. Nous passâmes un très joli moment durant lequel Sarah, qui aime danser et chanter, ne manqua pas de se joindre à eux. Devant tant d’audace, les musiciens et le peu de public présent furent d’abord étonnés, puis respectueux…. Voilà une « Strange kind of woman » se disaient-ils sans doute! Après avoir assisté (et participé) à cette scène entre musiciens, Tiny Dancer nous proposa gentiment  d’aller prendre un verre dans un bar à la réputation calme, le « Black Dog ».

L’endroit à l’ambiance ambiance cosy, est le lieu de retrouvailles de tous les expatriés qui vivent à Saint-Louis. S’y côtoient anglais, français, hollandais, allemands. Dans un coin du bar-restaurant, nous entendions un pianiste jouer les thèmes « Mercy Mercy Mercy me », « It’s too late », ou « Another day ». Un moment de quiétude bienvenu, une pause que nous voulions savourer, après ce que nous venions de vivre, Sarah et moi. Après ce moment de répit dans cet écrin occidental au coeur de la capitale sénégalaise, Sarah et moi rentrons à l’hôtel. Sur le chemin, nous assistâmes à un orage aussi bref qu’impressionnant. Une habitude pour les habitants de Saint-Louis et plus largement du Sénégal. Ils sont loin de décourager les locaux, habitué(e(s) aux caprices de la météo. Sarah dit de sa belle voix timbrée qu’ils et elles étaient de véritables « Riders on the storm ».

Saint-Louis, ses plages, sa population accueillante et chaleureuse, son ambiance colorée, chatoyante, parfois bruyante, pour Sarah comme pour moi, c’était un peu une marche vers le paradis, qu’hélas nous devions quitter, pour retrouver notre chère ville rose et son canal du Midi.

Vivement 1972!

Guillaume.

 

Il était une fois… 1970!


1970. Année charnière. Une nouvelle époque s’ouvre, suite aux différents mouvements sociétaux, musicaux, politiques, qui ont secoué la France et le Monde dans les années 60. L’année qui ouvre une nouvelle décennie est marquée par différents évènements qui concernent le monde du travail (le SMIC remplace désormais le SMIG), la politique (décès du Général de Gaulle en France, élection de Salvador Allende au Chili…), la science faisait faire des bonds en avant considérables à certains pays, comme le Japon et la Chine, avec le lancement de leur premier satellite. C’est aussi le retour sur terre, après de très grosses difficultés, de la mission Apollo 13 (qui inspirera à Ron Howard, en 1995, le film « Apollo 13 » avec Tom Hanks, Kevin Bacon, Bill Paxton, Ed Harris). En musique, Paul Mac Cartney annonce la séparation des Beatles. C’est également une année marquée par des disparitions de personnalités du monde de la culture : Elsa Triolet, Jean Giono, François Mauriac, Luis Mariano, Jimi Hendrix, John Dos Passos, Mishima. En sport, cette année est marquée par la victoire éclatante en finale de la coupe du monde au Mexique, de l’équipe du Brésil emmenée par le génial Pelé, face à l’Italie (photo ci-contre).

 

 

 

Mais revenons à notre désormais fameux rébus musical, perdu dans le dédale d’une histoire inventée. Prêt(e(s)? Lisez maintenant!

Je m’appelle John. J’habite en France depuis 10 ans. Je possède une maison, situé en bordure de l’océan atlantique. J’aime sa sauvagerie, ses gros rouleaux, la couleur changeante de l’eau, sa lumière particulière, qui ne sont pas sans me rappeler ma terre natale irlandaise. J’adore me promener le matin comme le soir, me laisser aller à regarder la mer. Dans mon coin de villégiature, non loin de La Tremblade, les activités sont très limitées, à part la pêche en rivière ou en bateau à moteur, les balades à vélo. C’est tout juste s’il y a un ou deux bals populaires l’été venu, hormis celui, rituel, du 14 juillet. Quand je suis là-bas, je suis entouré de mes livres, de souvenirs d’histoires personnelles, de voyages effectués, et je rêve… oui je rêve à.. L’Amérique… ce pays que je ne connais pas mais qui fascine tant.

C’est décidé, je vais y aller. Peut-être demain. Prendre le bateau. Tels les immigrants, venus principalement d’Europe, de la fin du 19ème et début du 20ème siècles derniers, qui contribuèrent à construire ce pays, à l’enrichir. Je fredonnerai alors « Immigrant song »…en leur mémoire. Avec ma femme, que je surnomme affectueusement « My lady d’Arbanville », nous passons des jours et des nuits à nous aimer, follement.

Arrivés sur place, dans cette ville grouillante et multicolore, multilingue qu’est la Nouvelle-Orléans, ville du blues, berceau de la soul music, où paraît-il il est possible de croiser des travellin’ band, héritiers des fanfares qui dans les années 20’s, défilaient dans les rues de Chicago, Bâton Rouge, Memphis. Aux Amériques, il paraît qu’on trouve des rivières ou l’eau est presque jaune, on les appelle les yellow river. Le grand canyon (voir photo), la death valley, où si on lève la tête il est possible d’apercevoir des condors passer, la mythique route 66, autant d’endroits que nous irons visiter, à n’en pas douter. …. Pendant le summertime, on ira entendre des chorales de Gospel. « Everything is beautiful » se dit-on avec ma femme en regardant tous ce paysages et ces endroits que nous visiterons.

Nous emprunterons une Cadillac pour nous délecter de ces sublimes décors sur les « long and winding road » (routes venteuses) comme ils disent là-bas! La radio, passant de la musique… notamment « Wonder of you » du natif de Tupelo, Mississippi, « Let it be », des scarabées anglais, ou « the Love you save » de la fratrie Jackson. Sur la route 66, nous roulerons un peu au hasard, passant devant des décors dignes de « Paris-Texas ou « Bagdad Café », ses motels aux chambres pas toujours en très bon état clairsemés en bord de route, ses bars pour conducteurs des fameux Trucks, où la bière et les sandwiches sortaient des cuisines, comme des petits pains d’un four, ses cactus, contemplant sa nature sauvage et brut, son silence. Le voyage aux Amériques, pour ma femme et moi, s’avérera très agréable, intéressant, un véritable enchantement pour les yeux devant tant de grandeur, de démesure, comparé à ce que nous sommes habitués à voir en France.

Un voyage comme une dans une bulle, hors du temps, de notre temps. Des images pleins les yeux, des souvenirs à foison, et l’envie d’y revenir chevillée au corps. Il nous fût très dur alors de rentrer, après ce long, beau et joyeux périple. D’une même voix, nous nous sommes exclamés : « Vivement 1971« .

Guillaume.

 

 

Il était une fois… 1969 !


Voilà donc le 3ème volet de mes rébus musicaux. Mais auparavant, un petit retour dans le rétroviseur sur cette année 1969 : Avant d’être marquée par nombre d’évènements musicaux, elle va surtout être le théâtre de quelques premières spectaculaires comme le premier vol du Boeing 747 aux Etats-Unis ou du Concorde à Toulouse, l’arrivée de la limitation de vitesse à 110km/h sur les autoroutes ainsi que la mise en place de la 4ème semaine de congés payés en France, la démission du Général de Gaulle, suite à un référendum, et l’arrivée à l’Elysée de Georges Pompidou. Aux Etats-Unis, Richard Nixon élu président en janvier, sera témoin, comme ses compatriotes et le monde entier fixé devant ses téléviseurs en pleine nuit du 21 juillet, de la retransmission en direct de la première mission de cosmonautes américains emmenés par Neil Armstrong, vers la Lune. Armstrong posera le premier le pied sur cette planète, et prononcera cette phrase restée célèbre « c’est un petit pas pour l’homme, mais un bon de géant pour l’Humanité ». L’aventure spatiale démarre là.

 

1969 est aussi marquée par un week-end musical historique aux Etats-Unis, qui s’est déroulé sur les collines de Woodstock… 3 jours de musiques non stop, plus de 500. 000 personnes venues de tout le pays. Bikers, hippies, adeptes du flower-power reconnaissables à leurs fleurs accrochées dans les cheveux ou à leur boutonnière, vont se réunir, partager, vivre l’un des plus grands festivals gratuits jamais organisé : Bob Dylan, Joe Cocker, Carlos Santana, Jimi Hendrix, Joan Baez, Richie Havens, Ravi Shankar, The Who, Canned Heat, Jefferson Airplaine, Ten Years After, Johnny Winter… bref un menu riche, une orgie musicale qui fera date!! Voilà pour le décor de cette année là.

Cette année-là, comme le chantait un fameux artiste (dont on célèbre ces jours-ci le 40ème anniversaire de sa disparition), moi qui suis né dans la rue… ou presque, je pris un décision radicale. Partir. Tout quiter. Tout laisser. Paris, ses Champs-Elysées, mes amis-amies, ma famille, que je ne voyais que trop peu, ma France que j’aime, surtout la jolie Candy, à qui, malgré sa tentative  désespérée de me retenir par un « Reste!!! », j’ai dit adieu via un « Babe I’m gonna leave you now » définitif, quelques jours plus tôt, en clôture d’une relation décevante. Mon idée? descendre vers le sud, traverser la méditerranée, pour découvrir des paysages dont j’ignorais jusqu’ alors l’existence, le Maroc en l’occurence. Ne me chargeant pas trop, juste d’un sac à dos avec juste ce qu’il faut de nécessaire pour affronter les chaleurs que j’allais rencontrer, me voilà parti pour un long voyage, à pied, d’abord, en bateau ensuite. Ma bonne étoile, me disais-je, devrait me seconder en cas de coup dur.

Un sirop Typhon avalé, mon sac sur le dos, je m’en allais donc à l’aventure. Je laissais derrière moi une maison vide .. de ma présence. Sur la route (pas celle de Memphis, enfin pas encore) de mes vacances, en descendant vers le sud (oui je sais cette évocation vous rappelle une chanson…  🙂 ), je fis la connaissance d’une jolie jeune femme, nommée Mary, qui se faisait appeler « Proud » Lady Mary, car elle était très fière de ses origines aristocratiques, qu’elle ne manquait jamais de souligner. Nous avions souvent de belles discussions, des fous rires aussi, et puis nous abordions également des sujets sérieux tels que le désir d’enfant. Elle ne manqua pas de me dire que si un jour elle devait en avoir un, elle souhaiterait que ce soit une fille… qu’elle appellerai Venus ou Eloise. Arrivés à destination pour prendre le bateau vers l’autre rive de la méditerranée, bien que ce ne fut pas prévu, elle décida de rester avec moi. A ma plus grande joie. Et dans son anglais charmant, elle me dit « I want you ». Je fus surpris par tant d’audace.

Ne sachant trop ce qui nous attendait, une fois arrivés au Maroc et ses terres arides gorgées d’un soleil qui brille, qui brûle, l’aventure pouvait alors vraiment démarrer. Lady Mary, jeune femme très optimiste par nature, égayait mes journées, me disant souvent « Once there is a way…. everything is possible »… en gros « t’en fait pas, il y a toujours une solution »… serait-elle donc ma fameuse bonne étoile ? La suite de notre périple me le dira. Notre volonté commune était de nous éloigner le plus tôt possible des grandes villes pour nous confronter à la nature sauvage, sèche, à ces décors sublimes et arides, à ces oasis qui parfois surgissent de nulle part, comme des cadeaux faits à l’homme après de longues marches sous la chaleur caniculaire du désert, parcouru à dos de chameau ou plus « confortablement », en voiture 4×4. Aussi et surtout pour rendre visite aux gens des villages, situés dans des contrées reculées de ce royaume d’Afrique du Nord. De Fez et sa médina antique autant que labyrinthique, au gorges du Dadès, endroit sublime qui marque l’entrée du désert. La porte vers l’inconnu. Vers la quête de soi. Un voyage initiatique.

Vivement 1970!

Guillaume.

 

Il était une fois… 1968 ! sous les pavés… la musique!


1968, pour beaucoup, est une année particulière, charnière, dans l’histoire du 20ème siècle. Pêle-mêle, elle signifie la libérations des mœurs, l’apparition de la pilule pour les femmes, l’arrivée des drogues dures comme le LSD ou plus douces comme la marijuana aux Etats-Unis, le mouvement Yé-Yé en France, des mouvements sociaux inédits (Mai 68 en France, occupations de facs, d’universités, barricades, usines occupées…), le retour au pouvoir de Mao en Chine, suscitant un véritable culte, des philosophes français célèbres qui se positionnent, tels que Jean-Paul Sartre  . C’est aussi une année violente avec le double assassinat, aux Etats-Unis, de deux figures que tout oppose, Martin Luther King, qui prône la non violence et l’égalité des droits entre blancs et noirs, de l’autre Kennedy, Robert, ministre de la Justice, candidat à l’élection américaine. Au Mexique, au cours des JO, deux athlètes noirs américains, Tommie Smith et John Carlos  vont se signaler par un geste aussi symbolique que fort, pendant l’hymne de leur pays, à l’issue du podium de leur course : Lever leur poings recouverts de gants noirs, en signe de solidarité avec la cause de Martin Luther King. Après ce préambule, certes un peu long je vous l’accorde, je vais donc vous emmener sur les chemins de mon second rébus musical (petit rappel de principe : Trouver les titres de chansons cachés dans l’histoire ci-dessous), qui concerne donc l’année 1968.

Moi de de Mai. Il est 5H du matin. Paris s’éveille. Attablées en terrasse d’un café situé non loin du Panthéon, 2 jolies filles savourent leurs petits crèmes et croissants, tout en observant le manège qui s’offre à leurs yeux curieux. Celui d’une ville qui sort de son silence. Les 2 jeunes filles, en mode touristes, se nomment Lady Madonna, surnommée Jude, en mémoire d’une chanson qu’elle a aimé, originaire de Londres, et Maritza, habitante de Moscou. Elles partagent irrésistiblement l’envie de changer le monde, de faire partie de cette révolution, qui, aux quatre coins de la planète, touche leur génération. Elles à qui leurs parents disaient sans cesse « Fais pas ci, fais pas ça », savent que désormais rien ne sera plus comme avant. Aux garçons, elles pourront dire librement « c’est toi que je veux », elles ont désormais le droit de penser pour et par elles-mêmes! « What? we can think for ourselves!!?? » s’étonnent-elles tout haut en discutant!

Oui ce monde change, accélère, à vitesse grand V! leur génération l’a compris, qui partout où elle le peut, se lève! finie l’époque des femmes à la maison, des jeunes filles coinçées dans des éducations et tenues étriquées.. place à la liberté de penser, d’agir, de dire, de revendiquer, de se vêtir, d’aimer.

La politique entre comme par effraction dans la préoccupation de la jeunesse. Lady Madonna-Jude et Maritza n’y échappent pas, emportées par ce tourbillon qu’elles découvrent. Une jeunesse étudiante prête à tout casser pour se faire entendre, reconnaître enfin, par un pouvoir qui traitera cela de « Chienlit »… cette jeunesse, qui donc s’est ouvert aux produits interdits, écoute Mrs Robinson qui chante « Rain and Tears », ou veut s’envoler vers l’eldorado américain, où le credo « Born to wild » fait des émules. A Paris, les murs sont désormais des terrains d’expression écrite ou même d’affichage sauvage.

Le mouvement est général : la société, sa jeunesse étudiante, ses ouvriers, certains de ses artistes (voir Cannes 68) se rejoignent dans le grand mouvement de ce chambardement général générationnel. Loin de ces préoccupations franco-françaises, Lady Madonna-Jude et Maritza n’en perdent pas de vue que Paris est aussi LA ville de l’Amour. Parfois, au gré de leur déambulation parisienne, elles observent une fille qui aime un garçon. Banale situation, penserez-vous, sauf qu’en 68, cela n’était pas nécessairement évident de l’étaler au grand jour ! Les jours passent, la tension grandit à Paris et en province. La colère s’est répandue.

Les 2 amies, dont le séjour parisien fut plein d’inattendues surprises, de découvertes, décident de s’offrir une dernière virée dans un endroit fameux de Paris, « Au bal des Lazes », cabaret dansant qui n’existe plus de nos jours. Une dernière danse pour se dire adieu. Au rayon des regrets, elles ont un en commun : Ne pas avoir rencontré « de street fightin’ man » à la française. Un mélange de révolutionnaire et de romantisme, en version française. Elles se séparent, un brin mélancoliques. Si Lady Madonna-Jude rentre à Londres, Maritza, s’envole.. back to USSR. Elles se sont promises de se retrouver l’année prochaine, qu’un chanteur-pianiste-compositeur, appelé « l’homme à tête de choux », surnommera plus tard du qualificatif « érotique ».

Vivement 1969 donc!

Guillaume.