Antibes 1961, Ray Charles débarque en France


Le festival de jazz d’Antibes-Juan-Les-Pins, créé en 1960, prenant ainsi la suite des festival de Nice (1948) et Cannes (1958), accueille pour sa première venue en Europe, celui dont la réputation et le talent sont déjà établis et reconnus outre-atlantique, à savoir « The Genius », Ray Charles en personne. 4 soirs durant, du 18 au 22 juillet 1961, le talentueux et fantasque musicien, pianiste-chanteur et auteur-compositeur-interprète, va régaler la foule venue le découvrir en live dans la pinède de Juan-Les-Pins. C’est ce morceau d’histoire musicale, capté sur bandes à l’époque, que l’éditeur Frémeaux & Associés, nous permet ici de redécouvrir.

Car oui, c’est un morceau d’histoire, un moment rare et privilégié que les chanceuses et chanceux qui y ont assisté(e(s) lors de chacun des 4 récitals donnés, que l’on redécouvre en parcourant ce coffret de 3 cd.

Ce qui frappe d’entrée, malgré la qualité sonore d’époque, certes retravaillée, mais qui n’a rien à voir avec le son d’aujourd’hui, oui malgré cela, ce qui saute aux oreilles, c’est le talent, la musicalité, la générosité incarnés par Ray Charles. Les musiciens qui l’accompagnent, l’entourent, sont tous excellents, ainsi que des choristes nommées les Raelettes, afin de rendre la prestation du « Genius » encore plus remarquable.

Sur le premier volet, on découvre un musicien qui honore un registre musical très varié en interprétant des compositeurs tels que Horace Silver (« Doodlin’ « ), James Moody (« The story »), Randolph Tombs (« One mint julep ») ou Sam Heard, auteur du fameux « let the good time roll ». Il interprète également 2 titres qu’il a lui -même écrit et deviendront des standards, « What’d I say » et « Hallelujah I love her so ». Figurent aussi des titres où il n’est qu’accompagnateur au piano, au service de Tommy Ridgley, Guitar Slim, sur des titres tels que « I’m gonna cross that river » ou « A letter to my girlfriend ». Be bop, swing, blues, tout est là, sans fioritures.

Le second volet nous permet d’écouter des titres tels que « in a little spanish town », « Sticks and Stones », ou le très beau « It should have been me » et « Early in the morning ». Le talent du bonhomme est là, éclatant, évident, qui enthousiasme le public qui découvre cet artiste. La restitution audio permet à l’auditeur de voyager, d’être emmener par le répertoire de Ray Charles. Les volets suivants, enregistrés les 21 et 22 juillet 1961, si les titres sont à peu de choses près les mêmes, exceptés « I wonder », »Hornful soul », Tell the truth », « Believe to my soul », on trouve aussi avec bonheur des bonus tels que le morceau du pianiste Joe Turner, « We baby blues » ou encore ceux où Ray Charles n’est présent qu’en accompagnateur au piano ou à l’orgue Hammond : « Trouble in mind », « Ain’t that love », « Just keep it up », « there he goes » tous composés par Lula Reed.

Au final, ce coffret de 4 cd est un petit bijou qu’il faut prendre le temps d’écouter, de découvrir, de savourer. The « Genius », après cette première apparition française et européenne, allait, dans les décennies qui suivent, faire de fréquents allers-retours entre sa terre natale américaine et le Vieux continent, la France en particulier. Je peux en témoigner pour l’avoir vu dans les années 90 au Palais des Congrès, où il était venu accompagné d’un big band. Un concert hélas tronqué par des soucis techniques non résolus, qui ont agacé le maestro, au point que celui-ci décida de racourcir sa prestation, au grand désarroi du public venu le voir. Mais le temps passé sur scène, il donna sa pleine mesure.

Ci-dessous, quelques extraits vidéos de sa venue à Antibes. Le reste est à découvrir sur disque. Régalez-vous!

Guillaume.

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Quand les légendes s’en mêlent…


Je commence à en prendre l’habitude mais quand je peux rassembler deux disques sortis à peu près en même temps et que j’arrive à trouver un sujet correspondant, je les rassemble pour ne faire qu’une chronique. Honnêtement, il y a tellement de sorties chaque semaine, que je passe à côté (volontairement ou pas) de certaines et quand je tiens vraiment à vous parler de certaines, comme ici, je filoute un peu… Ici, il s’agit de deux mythes du rap game, deux des lyricistes les plus doués de leur génération et de l’histoire du hip hop en général, à savoir Method Man et Ice Cube.

Pour le premier, le mc phare du Wu-Tang Clan, le collectif de Staten Island, il nous propose la suite directe de son “Meth lab”, sorti 3 ans auparavant et on peut dire qu’à 47 ans, Meth (vu récemment dans The deuce”) n’a rien perdu de sa verve et de son flow sur ce “Lithium”. Décomposée en 22 plages, cette 2ème saison du “Meth Lab” et tout de même entrecoupée de 7 interludes, ce qui fait tout de même un peu beaucoup selon moi, même si celles-ci sont faites avec beaucoup d’humour, il aurait pu en faire un peu moins, mais c’est à peu près la seule critique que je puisse faire sur ce sixième album solo.

Si sa faculté a rappé n’est plus à faire depuis longtemps, peut-il encore s’adapter au game actuel, peut-il encore nous faire du method et plaire à la jeune génération? Et bien je pense que ce disque est l’exemple parfait de ce qui fait la longévité de Meth, il offre majoritairement du boom bap dans la pure tradition New Yorkaise, mais arrive aussi à rimer sur des sonorités plus tendances comme sur “Grand prix” et même là, ça fonctionne!!!

Il faut dire qu’il dispose de pas mal d’aide sur “Lithium”, des guests, presque sur tous les tracks et là aussi, il parvient à mixer les époques. Des légendes comme son acolyte Redman, Snoop ou Raekwon viennent lui prêter main forte, sur des morceaux comme “Wild cats” ou “Eastside”, quand pour la nouvelle donne, il offre du temps derrière le mic à des jeunes comme Cardi Express ou Youngin’ sur “Back blockz”.

Le tout est une très bonne recette sortie du labo du plus doué des chimistes du hip hop pour ce qui pourrait (on ne le souhaite pas) être le dernier album solo de Method man…

Pour le second, je vais vous parler de l’éternel ex-N.W.A, à savoir Ice Cube! Acteur, président de la ligue de basket des retraités NBA, O’shea Jackson Sr ne chôme pas et il a malgré tout, trouvé le temps de nous pondre “Everythangs corrupt”, son dixième album studio. Alors, comment garder la rage après toutes ces années? Comment garder la flamme quand on est dans l’opulence et qu’on n’est plus “l’Amerikkka’s most wanted” depuis des lustres? C’est ce qui a fait de Cube ce qu’il est, c’est sa rage derrière le mic et sa plume bien sûr, alors comment? Et bien déjà, le contexte socio-politique Américain aide un peu, disons que le président actuel n’est pas vraiment du goût du rappeur de South Central et ça se fait sentir très rapidement dans le disque avec dès le premier morceau, un “Arrest the president” qui laisse peu de place au doute quant au vote d’Ice Cube et ça continue avec “Chase down the bully” juste après.

Vous l’aurez compris, le thème de l’album, c’est la foi perdue en un système qui ne fonctionne pas pour la communauté noire américaine et ce, bien avant que Cube ne fasse ses premières armes derrière le micro.

Alors, vous ne trouverez pas que ça sur le disque, il y a aussi des tracks comme “The new funkadelic” ou “Ain’t got no haters” en featuring avec Too $hort, une autre légende du rap Californien, c’est d’ailleurs la seule collaboration de prestige du disque à l’inverse de celui de Method Man. Ces morceaux là sonnent plus G-Funk, nous ressortent des boucles à la Parliament et ce n’est pas pour me déplaire personnellement, ça offre un peu de légèreté dans un disque globalement assez dur.

Mon véritable coup de coeur c’est “Streets shed tears” que j’ai trouvé vraiment magnigique, l’instru très soulful, le flow de Cube et le superbe refrain de Shameia Crawford, c’est une pépite, pas de doutes!

Alors en conclusion, on est d’accord ou pas? On a encore de la place pour ces mythes du hip hop? Ces gars ont encore le feu sacré et ce, avec trente ans de carrière et sans jamais s’être vendus musicalement, on en veut encore les gars, la retraite, c’est pas maintenant!!!

Laurent

Il était une fois… 1978!


L’un des faits marquant  de l’année , tant politiquement que sportivement, sera le déroulement de la coupe du monde de Football en Argentine, alors théâtre d’une dictature sanglante dirigée par le général Videla (également la première dont je regarde certains matches, même tard le soir). Au plan international,  les accords de paix signés à Camp David entre Egypte et Israël, avec les Etats-Unis comme témoin, via la présence du président Jimmy Carter, vaudront à Anouar El Sadate et Menahem Begin le prix Nobel de la Paix cette année-là. En Algérie, 5 entreprises pétrolières françaises sont nationalisées. Au Sénégal, Léopold Sedar Senghor est réélu président pour la 5ème fois. En afrique du Sud, le nouveau premier ministre, Pieter Willem Botha, provoque un évènement en signant la reconnaissance officielle des syndicats de travailleurs noirs. Au Mexique, à Mexico, des ruines de temples aztèques sont retrouvées. En Europe, c’est l’Italie qui retient l’attention. D’abord avec l’enlèvement puis l’assassinat par les Brigades Rouges du leader de la démocratie chrétienne Aldo Moro. En Août, le Pape Paul VI décède, il est remplacé par l’Evèque de Venise, devenu Jean-Paul 1er, qui décèdera 33 jours après. En Octobre, c’est alors l’archevèque de Cracovie, Karol Wojtila, qui lui succèdera, sous le nom de Jean-Paul II. Il règnera jusqu’en 2005, et sera canonisé en 2014. Outre les noms précités, d’autres personnalités, issues des arts et du sport disparaissent : Les chanteurs Claude François et Jacques Brel, le comédien Charles Boyer, le navigateur français Alain Colas, à bord de son immense bateau à 4 mats Manureva (son destin inspirera une chanson à Alain Chamfort : « Manureva« ), pris dans un cyclone lors de la première route du Rhum. En France, en janvier la loi « Informatique et liberté » est adopté par le parlement. En Février, le Parti UDF, est fondé par Jean Lecanuet. Le ministre Roubert Boulin, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet (le mystère demeure toujours 40 ans après sur les circonstances réelles de son décès).

Voilà pour le décor de l’année. Place à l’histoire inventée :

C’était en septembre. Un groupe de musique, nommé les Sultans du Swing, débarqua aux Etats-Unis, à Los Angeles. Bizarrement, malgré leur nom, ils étaient origines de Copacabana, quartier de Rio de Janeiro, célèbre pour sa plage. Le leader du groupe s’appelle Tommy Gun, en hommage à un groupe de rock anglais. Grand gaillard au visage taillé à la serpe, et chanteur à la voix rauque, Tommy avait convaincu ses camarades de le suivre dans ce grand pays, pour retrouver sa meilleure amie, une dénommée Eruption. Il n’avait qu’un vague souvenir de sa dernière adresse, en colocation avec une certaine Roxane, fille de policiers. Roxane et lui s’étaient laissé sur un quai de gare, 10 ans plus tôt. Si Tommy avait eu du mal à accepter cette rupture, Roxane, elle, était parvenue à l’oublier. Le vrai but de Tommy, à travers ses retrouvailles avec Eruption, est donc de renouer le lien avec Roxane. Los Angeles, est une ville multiple, où tout est possible.

Pour lui, les concerts donnés avec son groupe au « Hustler Casino », repère de la pègre locale et de tous les hommes d’affaires en mal de sensations fortes en tous genres, n’étaient qu’un moyen de se distraire, de faire rentrer la money pour alimenter le trajet qui le mènerait pensait-il, à Roxane. « I love America », c’est son leitmotiv. Il se persuade ainsi que cela l’aidera à retrouver la trace de sa bien-aimée, en s’adressant aux gens qu’ils croisent, route faisant. Un soir, après un concert, il s’installe seul au bar du « Hustler Casino », laissant ses acolytes à leurs occupations, certains aux machines à sous, d’autres aux tables de jeux. Lui préfère noyer sa solitude et ses tourments dans les vapeurs d’alcools qui ne manquent pas de se présenter à lui. Le mélange est de rigueur. Lui viennent alors en tête des chansons qu’il chantait avec Roxane, et sur lesquelles ils bougeaient leur corps : « Rivers of Babylon », « Rasputin », « YMCA », « You make me feel », ou encore « Hold the line » et « Da ya think I’m sexy »… parmi tant d’autres. Dans les hauts-parleurs situés juste au-dessus du bar, la voix de Robert Palmer, crooner anglais, résonne d’une chanson qui va bien avec l’ambiance feutrée du lieu.

Cette quête de Roxane, pour Tommy, c’est un peu comme une dernière danse, un combat contre ses démons, disputé désespérément contre sa solitude qui chaque jour qui passe le mène, bien encadré par la possibilité d’excès en tous genres et de consommations de produits maléfiques qui le détruisent, le consument intérieurement, vers une issue fatale. Une course avec le Diable. Dont chacun sait que personne ne la gagne jamais.

Au matin d’une journée qui s’annonce encore une fois très chaude dans cette ville de Californie, la chambre occupée par Tommy résonne d’un silence étrange. La fenêtre est entrouverte, le rideau dansant au gré du vent chaud qui s’engouffre dans la pièce. Soudain, le room-service frappe à la porte, amenant le petit-déjeuner que Tommy avait pris l’habitude de faire monter dans sa chambrée. Mais à l’annonce, aucune réponse.Une, deux fois. Rien, silence. Et pour cause. Tommy dormait, à même le sol, d’un sommeil définitif, provoqué sans doute par l’excès de tous les ingrédients dont il a chargé son corps depuis des années. Son corps a dit stop. Dans un dernier sursaut, puis il a lâché. La voix de Tommy ne résonnera plus sur la scène du « Hustler Casino », et Roxane ne saura jamais qu’il était parti à sa recherche.

Guillaume.

1 an en musique : 1986


Il y a des années pour lesquelles c’est plus facile que d’autres de faire son choix. C’est le cas pour cette année 1986 qui me plonge dans deux univers qui me parle énormément: Le hip hop et le cinéma!!!

Avant de parler du grand écran, je vais commencer par vous parler des morceaux Rap que j’ai choisi de mettre en avant pour 1986 avec en premier, l’un des groupes qui a changé la face de la culture hip hop, le trio le plus célèbre du Queens, Run DMC et leurs Adidas. Rev Run, étant le frère de Russell Simmons, le grand manitou de Def Jam, les 3 compères de Hollis avaient toutes les cartes en mains pour placer leurs célèbres chaussures sur la carte du rap New Yorkais et ils ont su transformer l’essai. Pas les seuls dans le domaine, on a aussi le génial Biz Markie et son “Make the music with your mouth”, ce gros fou de Harlem s’éclate sur le sample du formidable “Ike’s mood” d’Isaac Hayes, du génie!!! Le premier groupe “blanc” hip hop est là aussi, les Beastie Boys fusionnent à merveille le rap et le rock sur “No sleep til Brooklyn”. Et pour finir, le premier morceau estampillé “Gangsta rap” de l’histoire, “6 in the morning” d’Ice-T, que les plus jeunes connaissent sans doute plus pour son rôle dans New York Unité spéciale qu’en tant que rappeur et bien le premier à raconter les histoires de gangster de Los Angeles, avant NWA ou Snoop, c’est lui et ce morceau est le pionnier de cette tendance.

Bon, vous allez me dire qu’il n’y a que du rap? Non, non, rassurez-vous, je vous ai dit qu’on allait parler cinoche aussi, alors si je vous dit Top gun, vous me dites? Tom Cruise et sa moto, oui je sais, mais quelle était la musique qui rendait la scène si hot? Berlin et son “Take my breath away” et à l’époque, ça aurait été le summum du sensuel, si il n’y avait pas eu l’un des strip tease les plus chauds de l’histoire du cinéma de la part de Kim Basinger dans 9 semaines et demi, encore aujourd’hui, quand on parle strip tease, c’est la chanson de Joe Cocker qui vient à l’esprit, Mickey Rourke ne s’en est toujours pas remis!

Toujours dans le registre cinéma, mais dans un style plus funky, le parrain de la soul, James Brown, introduit Apollo Creed dans Rocky, bon ça ne lui portera pas bonheur, mais le show vaut le détour, sortez vos shorts US!!!

Et puisqu’on est dans la funk, pourquoi un peu de Cameo avec “Word up”? Et puis plus méconnu, mais les auditeurs de Fabe reconnaîtront sans doute le “I cant’ wait” des Nu Shooz, que la plume du 18ème avait samplé pour son “Mal partis” avec K-Reen et Koma sur le Cut Killer Show.

Enfin, deux morceaux frenchies, dont mon inavouable, qui n’en est pas vraiment un, “La chanson des restos” par Les Enfoirés originaux, bien moins commerciaux que ceux qui viennent gratter un peu de promo ces dernières années et puis l’un des pianos les plus reconnaissables de la chanson Française, le “Mistral gagnant” de Renaud, à écouter le paquet de Kleenex à la main.

Voilà c’est à peu près tout pour cette année 1986…

Laurent

La playlist

Tony Bennett-Diana Krall, duo royal.


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Aimant autant la délicieuse et talentueuse artiste canadienne Diana Krall (que j’ai découvert grâce à ma soeur il y a longtemps, en 1993, via l’album « Stepping out ».. Merci Sista’! ), que le vétéran crooner Tony Bennett (vu en juin 2017 à l’Olympia, soirée mémorable dont j’ai déjà parlé ici), je me suis réjouis lorsque j’ai su que ces deux artistes allaient unir leurs talents vocaux pour revisiter ensemble des standards du jazz écrits par l’un des plus grands compositeurs du 20 ème siècle, George Gershwin et dont les paroles furent écrites par sa femme, Ira Gershwin. Ainsi est né l’album « Love is here to stay » paru en 2018.

A côté des duos, figurent également des titres en solo de chacun des artistes. Il s’agit de « But not for me » pour la canadienne, et de « Who cares! » pour le vétéran crooner.

Aussi quand je me suis mis à l’écouter, j’ai eu le plaisir de découvrir leur complicité artistique et la complémentarité vocale qui les unie. Le titre qui ouvre l’album  » ‘S wonderful » cher à Louis Armstrong, en est la parfaite illustration. Mis en confiance par ce premier morceau, j’attendais la suite. Et je ne fus pas déçu. De « My one and only » à « They can’t take that away from me », en passant par « Love is here to stay » ou « Somebody loves me », ou encore « I’ve got a crush on you », le duo nous régale, tout en nuances vocales, en intentions bien placées, en connivence sans fard, pour servir avec précision et justesse des chansons sublimes.
La chanteuse-pianiste canadienne, capable d’aborder tous les registres musicaux, du jazz langoureux à la pop, ici nous régale de sa chaude et grave, aux côtés des envolées parfois lyriques du timbre clair de Tony Bennett. Au delà de ce récital en duo, il faut souligner la performance du trio de Bill Charlap (Bill Charlap au piano, Peter Washington à la basse, Kenny Washington aux baguettes), qui réalise une très belle prestation, sans fioritures. Que du plaisir pour les oreilles !

Au final, ce disque est un délicieux moment de musique, servi par deux immenses artistes.
Ne passez pas à côté! Rien de tel pour bien démarrer l’année 2019.

Guillaume.

Beat makers, des hommes derrière les hits vol.2


Bon, je vous préviens direct, pour cette suite de mon focus sur quelques uns des meilleurs producteurs du game, je me suis lâché, mais alors complètement, au niveau du nombre de morceaux sur chaque playlist. Pour la première partie, je m’étais contenté d’une dizaine de tracks par bonhomme et j’ai regretté, alors cette fois, j’ai lâché les chevaux et j’espère que vous kifferez autant que moi…

Swizz Beatz

Swizzzzzzzzyyyyyyyy!!! Ah le petit gimmick vocal qui fait plaisir en club hip hop, c’est automatique, on sait qu’un morceau produit par Swizz Beatz fera bouger les foules, le gars n’est pas le style a faire dans le mellow, non c’est de la grosse caisse à tout va et des rythmes qui secouent fort!!! Avant de devenir Monsieur Alicia Keys était déjà un des beatmakers les plus prolifiques depuis la fin des 90’s. L’histoire a commencé très tôt, quand ses deux tontons ont eu la bonne idée de fonder le label Ruff Ryders, Swizz a 16 ans à l’époque et est plus attiré par le DJeeing que par la prod. a proprement parlé jusqu’à ce qu’a ce qu’a l’âge de 23 ans, il vende sa première production à un certain DMX, le titre deviendra le fameux “Ruff Ryders anthem” avec ce clip où le “Dog” fait des burn à moto dans les rues de New York. La suite est pour l’histoire, Swizz produit la majeure partie des disques du label, des artistes comme Eve, The Lox et les autres se régalent et c’est la période dorée du double R. Il n’a pas bossé que pour eux évidemment, comme on dit “game recognize game” et du coup les meilleurs s’adressent à lui pour booster leurs disques. De Busta Rhymes à son bon pote Jay-Z, toutes les stars du hip hop y vont de leur morceau estampillé Swizz Beatz!!! Il a bien sûr bossé avec son épouse mais aussi Beyoncé ou même Whitney Houston, le petit gars du Bronx a fait du chemin et il est devenu tellement incontournable qu’on lui a même consacré une rue, pas mal non?

Pete Rock

Quand on parle pionniers, les noms qui reviennent souvent, c’est Run DMC, Public Enemy, A tribe called quest etc… mais pour moi, l’un de ceux qui a changé l’histoire du hip hop est trop souvent oublié et c’est pour ça que je me devais de le mentionner aujourd’hui, le number 1 soul brother, MONSIEUR Pete Rock!!!

Véritable touche à tout, Pete Rock est aussi à l’aise derrière le mic qu’avec des platines, il fût d’ailleurs le DJ de Marley Marl en radio (j’ai dit pionnier!!!), mais là où il s’illustre véritablement selon moi, c’est à la prod. Pete Rock, c’est un peu le parrain des samples Soul et Jazz dans le rap, des tracks légendaires comme le “How to roll a blunt” de Redman ou “Rather unique” de Az peuvent en témoigner. Il est aussi un des grands acteurs avec du plus grand disque hip hop de l’histoire, Illmatic de Nas où il sera l’un des nombreux producteurs du disque et un consultant de choix pour le jeune mc du Queens.

En tant que rappeur, son duo avec CL Smooth est inoubliable, ces deux là étaient pour moi un pendant de Gangstarr, dommage qu’ils se soient séparés si tôt, le rap ne s’en serait que mieux porté. Cela dit, les morceaux que je préfère de sa discographie en tant que mc sont en solo, “Tha game” en featuring avec Raekwon et Ghost du Wu-Tang et Prodigy de Mobb Deep et puis le “Tru master” avec Inspektah Deck et Kurupt de Dogg pound. Ces deux là sont inoubliables pour moi, du grand grand hip hop!!! Pete Rock a produit, jusqu’à aujourd’hui pour un nombre d’artistes hallucinants, même Akhenaton a eu droit a son petit remix de la légende pour “La face B”, la classe quand même!!! Parce Que oui, j’allais presque oublier, Pete Rock, c’est aussi un peu le roi du remix!!! Je vous en ai pas mis tant que ça dans la playlist, mais si vous fouillez un peu, vous devriez trouver quelques pépites!  Alors j’espère que le Soul brother continuera de produire encore longtemps, car même si il se fait plus rare, quand il s’y met, ça rigole pas, le “Holy Moly” de Talib Kweli peut en témoigner ou encore plus récemment la sublime collaboration entre Estelle et De La Soul sur le dernier disque de ces derniers, que du bonheur!!!

RZA

Est-il encore besoin de présenter RZA? L’architecte du Wu-Tang, celui sans qui, le son de Shaolin n’aurait jamais vu le jour… On ne sait jamais alors, si vous ne le connaissez pas, RZA aka Bobby Steele aka Prince Rakeem aka Bobby Digital (le mec a plus de surnoms que de cheveux sur la tête!) est celui qui a eu l’idée de lancer ses 9 potes de Staten Island dans l’aventure Wu-tang clan, quelle bonne idée il a eu de les sortir des “corners” et de les mettre dans une cabine d’enregistrement, c’est Method Man lui même qui raconte l’anecdote. Sans cette idée de génie, le fameux “Enter the Wu Tang (36th chambers)” n’aurait jamais existé. Ils ont cassé les codes ces gars de Shaolin, poussé les portes des radios pour jouer leur son si différent de ce qui se faisait auparavant. Le style de RZA est plein de dissonance, très empreint de Soul et d’influences asiatiques aussi, je vous rappelle qu’ils sont tous fans de films de Kung-fu.

RZA n’a pas fait que produire pour son propre groupe, une fois la popularité des siens accomplie, les artistes se sont vite rendu compte du talent de “The abbott” et pas que dans le milieu hip hop, des gens comme Björk, Texas ou encore Catherine Ringer (oui oui) ont eu le droit a des prods du génie du Wu Tang. Bien sûr les rappeurs les plus aguerris ont voulu aussi un petit bout du RZA et pas des moindre, de Jay-Z à Kendrick Lamar, les grands ne cachent pas leur plaisir à poser sur les instrus de Rakeem.

Pour finir, le bonhomme et non seulement un génial producteur, un mc très talentueux, mais il est aussi un acteur plutôt décent, vous pourrez le retrouver dans Ghost dog ou encore dans la géniale “Californication”, série avec David Duchovny. Il est aussi réalisateur pour “The man with the iron fist”, dont il est également l’acteur principal, ça le fait non?

Large Professor

“Large Professor’s my mentor and that’s how the story ends”… Ces mots de Nas dans le morceau de J.Cole “Let Nas down” pèsent tellement lourd dans l’histoire du rap, quand on sait ce que Nas représente, qu’il reconnaisse Large Professor comme celui qui a fait de lui ce qu’il est, est un témoignage de la grandeur du gars.

Au départ, c’est son pote Paul C, qui bosse beaucoup avec Eric B. & Rakim à l’époque, qui lui apprend les bases et lui mets le pied à l’étrier en le faisant croquer sur l’album d’Eric B. & Rakim. C’est à peu près à ce moment là, qu’il rencontre Nas et qu’il rentre dans le groupe Main source avec qui il ouvrira les portes au jeune mc du Queens, qu’on entendra pour la première fois sur le mythique “Live at the BBQ”.

Tous les grands de l’époque bossent avec lui, Big Daddy Kane, Kool G Rap ou encore A tribe called quest profitent des prods qu’il crée en allant fouiller dans les boutiques de vinyl, pour trouver les meilleurs samples. Il raconte d’ailleurs qu’à l’époque, les samples n’étaient pas encore réglementés par les droits d’auteurs et c’était une bataille permanentes dans les bacs des boutiques de son, il dit qu’il était très commun qu’il se retrouve au même endroit que Pete Rock ou Q-Tip, en train de fouiller dans les mêmes bacs. C’était l’occasion aussi de partager leurs expériences, à ce moment là, l’ambiance était plutôt bon enfant dans le hip hop et d’ailleurs, la plupart de ces gars ont bossé ensemble sur le légendaire “Illmatic” de Nas, dont je parlais plus haut. Large Professor est également un excellent mc, même si ce n’est pas sa qualité première, son album solo après sa séparation avec Main Source, s’est longtemps fait attendre et même si il n’a pas rencontré le succès commercial attendu, les puristes reconnaissent que “The LP” est un disque de qualité et les suivants feront de même.

Alors pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est le moment de la séance de rattrapage, Large est un incontournable de l’histoire du rap New Yorkais.

No I.D.

Si vous avez un peu l’habitude de venir jeter un oeil à Sème la zic, vous avez peut-être vu que j’étais un gros fan de Common. Et bien sans No I.D., la carrière de la légende de Chicago n’aurait sans doute pas été ce qu’elle est aujourd’hui, car il est l’un des grands artisans du son de Common. Vous pourrez voir voir que les collaborations des deux potes apparaissent de nombreuses fois dans la playlist. Alors, je parle de Common, parce qu’ils marchent ensemble depuis le départ, au début des années 90, mais en réalité, c’est la majeure partie du rap de Chicago qui lui doit ses lettres de noblesse et notamment un certain Kanye West. Monsieur Kardashian le reconnaît ouvertement comme son mentor et le clame même dans plusieurs de ses morceaux. C’est No I.D. qui est aussi à l’origine de la rencontre de Kanye et Jay-Z.Vous imaginez le hip hop moderne sans la collaboration de ces deux monstres? Ca aurait été dommage non?

Bien sûr, No I.D. ne s’est pas contenté de produire pour ses confrères Chicagoans, avec un tel talent, ça aurait quand même été du gâchis! De nombreux artistes ont profité de ces prods, que ce soit dans le rap ou dans le R’n’B, Rihanna, Melanie Fiona ou encore Joy Denalane ont su exploiter le talent de No I.D. à des fins plus “vocales” et il en est ressorti des pépites comme “This time” ou “We all want love”. Pour ce qui est des rappeurs, Jay-Z bien sûr, mais aussi Rick Ross et Nas ont découpés les instrus du bonhomme.

Normalement, vous devriez vous régaler, personnellement, je trouve que No I.D. n’a pas la notoriété qu’il devrait avoir et c’est bien que les artistes pour qui il produit, le cite régulièrement, en ça, il me fait un peu penser à 9th Wonder dont je vous avais parlé dans la première partie du focus sur les Beatmakers.

Dr Dre

Je me suis gardé le plus gros morceau pour la fin!!! Le docteur le plus célèbre de l’histoire de la musique, LA LÉGENDE, ladies and gentlemans… Dr DRE!!!

Je vais pas vous refaire l’histoire, tout a déjà été dit sur Dre, c’est pour ça que je ne l’avais pas mis la première fois, mais je me suis dit: Quand même… comment je peux écrire sur les beatmakers, sans mentionner celui qui a produit une grosse partie des tracks qui m’ont fait tomber amoureux du hip hop. Au départ, quand j’ai commencé à écouter du rap, au début des 90’s, cette musique était un monstre à deux têtes, d’un côté RZA et son Wu-tang et de l’autre, la West Coast de Dr Dre, qui régnait sans partage sur le hip hop Californien et grossièrement sur toute la côte ouest en général. Alors, évidemment, la réalité était différente, il y avait des artistes comme Too Short, E-40 et d’autres qui n’était pas sous la coupe du docteur, mais bon avec mes oreilles de 12 ans, je faisais ce que je pouvais…

Cela dit, après avoir mis le gouvernement américain à l’écoute avec N.W.A, la carrière de Dre en tant que producteur a encore plus explosé quand il a signé chez Death Row, avec son futur meilleur ennemi, Suge Knight, c’est la période dorée des “The Chronic”, “Doggystyle” et autres “Dogg food”, quel bonheur pour mes oreilles, les sirènes distordues et les grosses basses inondaient mon walkman, je rêvais d’avoir une cadillac et de pouvoir la faire rouler sur 3 roues!!! En réalité, je dirais que sa rencontre avec Jimmy Iovine, grand ponte du rock a changé, à ce moment là, l’histoire de la musique. La suite, on la connaît, les conflits entre Dre et Suge, qui l’ont conduit à monter son propre label, “Aftermath records”, qui après des débuts un peu chaotiques avec “Dr Dre presents… The aftermath” ou “The firm”, finira par être le monstre qu’il est encore aujourd’hui, notamment grâce au tant attendu “Chronic 2001” qui relancera définitivement Dre. Le vrai 2ème tournant, c’est la rencontre avec Eminem, le rappeur blanc de Detroit, dont personne ne voulait! Et bien, le doc a su le soigner et en faire le “Rap God ”, le “Slim shady”!!! A ce jour, le succès de Dre n’est plus jamais retombé, un véritable sans faute avec des signatures comme Busta Rhymes, Eve ou Xzibit, puis 50 cent, The Game ou Kendrick Lamar et même encore plus récemment avec le génial Anderson .Paak, le Doc a le nez fin et se trompe rarement! Même chose pour ses décisions commerciales, le meilleur exemple étant bien sûr les fameux casques “Beats by Dre” et le rachat par Apple du produit en question, je suis d’ailleurs certain que nombre d’entre vous sont en train d’écouter les playlists avec ce fameux casque frappé du B conçu par le docteur du rap, allez avouez…

Laurent

James Brown, aux origines de la légende.


Sorti en 2018, le triple album « essential original albums » consacré à la légende de la soul-music, au « Godfather » himself, est un petit bijou qu’il faut vite vous mettre dans les oreilles ou offrir à celle(s) ou celui / ceux dont vous savez qu’ils sont fans du grand chanteur -showman-producteur qu’était James Brown.

Oui ce triple album est un objet musical indispensable pour découvrir les origines musicales, le début de carrière de l’une des plus grandes figures de la musique américaine, de l’une des icônes de la communauté noire américaine dans les années 60-70-80. Il restitue le parcours musical du « Godfather of Soul » dans les années 50-60’s à travers des titres émanant de 5 albums (voir références plus bas). Au delà d’être un chanteur fantastique, une véritable bête de scène, un producteur très pointilleux, James Brown était également un homme et citoyen engagé, soucieux des conditions de vie des membres de sa communauté, à une époque où les droits civiques étaient encore limités pour les noirs aux Etats-Unis. A l’instar d’un Cassius Clay-Mohamed Ali à la fin des 60’s refusant d’aller auVietnam faire la guerre car » ces gens là ne m’ont rien fait », James Brown deviendra une voix écoutée et respectée, une conscience, un guide que l’on consulte.

Le premier cd de ce triple album regroupe des titres enregistrés entre 1956 et 1958 sur le label Federal. On y retrouve ou découvre des morceaux langoureux, des titres influencés par le gospel tel que « That’s when I los t my heart ». Un James Brown qui sait aussi chanter des ballades, loin de celui que nous connaissons. Car il fallait en ces temps-là certes séduire un auditoire, mais surtout convaincre la majorité blanche, les bourgeois, que les chanteurs noirs dont Brown allait être la tête de proue, pouvaenit être de grands artistes.Sur ce premier disque, j’ai personnellement aimé des titres comme «  »I feel That old feeling coming », « Try me », « Good good lovin », « You got the power ».

Le deuxième album qui figure ici nous offre des morceaux superbes tels que « Mashed Potatoes », « Three hearts in a triangle », « I don’t care », « In the wee wee hours », « Night Train » (enregistré en 1961), ou encore « Every beat of my heart ». Là encore, James Brown, donne toute sa mesure de vocaliste, aux registres étendus, emmenant avec lui des orchestrations superbes. Un régal. Moi qui ne connaissait pas cette période de cet artiste, je me suis régalé. Figurent également sur ce disque des titres appartenant à d’autres artistes de rhyhtm and blues de cette période, tels que « Doin’ everythin' », « Switch a roo » signées Henry Moore, « Bushy trail » de Clifford Scott, « Just a little bit of everything » de Herb Hardesty.

Dans la troisième partie, là aussi un enfilade de perles, rien que du bon, de la musique dont on se lasse pas…. le phénomène Brown frappe fort, et nous entraîne dans son sillage. Et ca régale encore et toujours… « Just you and me, darling », « Come over here », « Shout and Shimmy », « I’ve got to change », « Messin’ with the blues »… bref une succession de jolis morceaux.

Tous les titres présentés ici, de haute tenue, où figurent les Famous Flames, avec parfois également la présence de Bobby Byrd, sont issus des albums suivants : « Please Please Please » (1961) ; « Think » (1960) ; ( « Tour the U.S.A »(1962) ; « Night Train » et « The amazing James Brown »(1961). Ce coffret est un bijou, à posséder sur son étagère sans attendre. Ne le ratez pas!
James Brown était un grand artiste. Ce coffret nous le démontre encore une fois!

Guillaume.

Nos Samples Rendez-Vous #32 : Future et “The Selma Album”



L’un des gros gros bangers de 2017, le fameux “Mask off” de Future, alors c’est pas le titre où il faudra chercher des paroles profondes hein? Le refrain “Molly, percocet” autrement dit le mélange détonnant de l’ecstasy et d’un anti-douleur bien bien costaud, l’une des habitudes des jeunes Américains résume assez bien le morceau. Future y parle de son addiction aux substances illicites, mais aussi de son ascension au succès, le “Rags to riches” comme ils disent.
Bon, si les paroles ne sont pas le point fort, le flow de Future, lui, est costaud et par dessus tout, ce beat produit par Metro Boomin’ est tout simplement une tuerie!!! Le producteur à succès du Missouri a utilisé le sample d’une comédie musicale à propos de Martin Luther King Jr et de son passage à Selma, composée par Tommy Butler, ce “Prison song” est un mélange de Gospel et de Soul qui ne peut laisser indifférent.
Les chants repris dans la boucle me font frissonner et la flûte, ah la la cette flûte est désormais mythique, une tonne de rappeur ont repris l’instru pour poser dessus, notamment Joey Badass, Joyner Lucas ou Dave East, mais le plus dingue, c’est le remix officiel de Future, qui choisit de mettre Kendrick Lamar en featuring et là, je sais pas si c’est une erreur ou un coup de génie, parce que K.Dot brule le beat et efface clairement Future du morceau, alors, oui, c’était vendeur, mais personnellement, depuis, j’écoute uniquement le remix et principalement pour la perf’ de “Kung-fu Kenny”, alors je vous laisse juger…

Laurent

# La playlist de janvier 19 : acteurs et chanteurs


Ce mois-ci, dans la playlist de janvier, on vous invite à découvrir ou re-découvrir de nombreux artistes à la double casquette : certains acteurs sont aussi chanteurs, ont tenté l’expérience de monter sur scène, d’aller en studio pour enregistrer quelques titres.
Chanteurs, ils sont aussi acteurs et sont montés sur les planches ou sont apparus sur les écrans. Artiste complet, l’envie de s’exprimer par leur voix, leur corps, de différente manière.
Certains ont réussi à mener de front cette double carrière, mêlant souvent ces deux arts à l’écran, dans des comédies musicales par exemple.
D’autres se sont essayés à la chanson – un album, un tube. Bon, ils auront essayé. C’est bien acteur aussi…

Bonne écoute.

Carine

1991, Prince, roi de Rio.


Le 18 janvier 1991, Prince est un artiste comblé, au top de sa renommée et de son talent. Il donne cette année-là quelques concerts à Rio, dans le célèbre stade du Maracana (qui peut accueillir près de 200.000 personnes) lors du Festival Rock in Rio. 90 minutes de pure musique. 90 minutes d’énergie, où tout y passe : funk, soul, improvisation, et la part belle donnée aussi à ses choristes. Le public très nombreux donc, ne semble pourtant pas totalement en phase ce soir-là, à moins que ce ne soit l’inverse. A l’écoute de ce live in Rio, il apparaît en effet que Prince ne soit pas en grande forme ce soir-là. 

Un des éléments le plus surprenant de cette soirée, surtout quand on connaît la réputation du bonhomme à tout maîtriser, contrôler, vérifier, dans le moindre détail, est la qualité du son rendu sur cet enregistrement. Le son est brouillon, comme étouffé, la voix et les instruments se font lointains, ce qui amoindrit la performance scénique et musicale du Kid de Minneapolis et de son orchestre. Néanmoins, tout au long du disque, on se rend compte que Prince se bat contre les éléments, qu’il essaye de chauffer le public, mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment. Le répertoire est pourtant bourré de tubes :  » Kiss », « Horny Pony », « Purple Rain », « Take me with U », la reprise de « Nothing compares to you »… bref de quoi réjouir un auditoire sans problème. Le son, je l’ai dit, étant des plus mauvais, cela donne un live moyen, desservant la performance scénique du Kid de Minneapolis. C’est très agaçant! Je n’ai hélas jamais vu ce génie sur scène, aussi, dans l’absolu, je me disais que ce live, enregistré dans le cadre du plus grand festival de rock d’Amérique du Sud, me permettrait de rattraper ce manque. Hélas, 3 fois Hélas!!!

Reste que les fans inconditionnels y trouveront peut-être satisfaction (sans jeu de mot avec la fameuse chanson des Pierres qui Roulent 🙂 )… Pour ma part, vous l’aurez saisi, je suis frustré, déçu, et j’attends impatiemment la ressortie d’un autre live plus à la hauteur du personnage, du musicien fantastique qu’était Prince Roger Nelson.

Guillaume.

Et pendant ce temps-là, dans le hip hop underground…


Avec toutes ces sorties ces derniers temps, c’est difficile pour moi de choisir et de vous parler de tous les disques qui me plaisent en ce moment, du coup, je triche un peu, je vais raccourcir un peu mes speechs (souvent un peu long) et vous parler de deux disques un peu plus souterrains, que j’ai beaucoup aimé et qui ont pu se noyer dans la masse des grosses sorties.

D’abord une collaboration en trio avec trois artistes habituellement solo, qui unissent leurs talents pour “Fetti” et il s’agit ici d’Alchemist, un producteur/rappeur de génie dont je vous ai déjà parlé dans la chronique sur les beatmakers, du plus grand représentant du rap de l’indiana, le seul et unique Freddie Gibbs et enfin, tout droit sorti de la Nouvelle Orléans, celui qu’on appelle Curren$y.

Si je suis clairement fan des deux premiers, Curren$y, est selon moi le maillon faible du trio. Pas qu’il ne soit pas talentueux, je l’avais par exemple beaucoup aimé dans le morceau avec Talib Kweli et Kendrick Lamar, où chacun parle de sa ville d’origine, “Push thru”, il est juste un cran en dessous de Freddie et Al, trop linéaire dans sa façon de rapper pour moi.Pour en revenir au disque, composé de neuf titres, il est très solide et assez varié dans sa production. Alchemist en a donné pour tout le monde, de la prod bien hardcore d’un “WillieLloyd” (où Gibbs est impérial), qu’il aurait pu réserver à un disque de Mobb Deep à un morceau plus cool comme “Bundy & Sincere” ou “The blow”, les trois compères se régalent et nous offre un petit plaisir pour les oreilles avec ce “Fetti”. Un disque assez court dans son nombre de plages, mais ça devient un format récurrent n’est-ce pas Kanye? en revanche, le produit est à la hauteur du trio de gala!

Quant au deuxième disque, “A Breukelen Story”, fruit de la combinaison de Masta Ace et Marco Polo c’est mon véritable coup de coeur de cette fin d’année, il représente tout ce que j’aime dans le hip hop, de grosses instrus, des choses à dire, bref du talent à revendre!!!

Ce disque est construit comme une histoire, comme souvent pour les skeuds de Masta, sauf que là,il n’est pas seul et les deux protagonistes ont donc choisis de raconter une histoire qu’ils connaissent mieux que personne, la leur.

L’arrivée de Marco Polo à Brooklyn, ville natale d’Ace, est racontée par des coups de fils à ses parents, dans les interludes qui viennent rythmer le disque et donner le cadre à cette “Breukelen story”.  D’ailleurs pourquoi Breukelen me direz-vous? Et bien, du temps de la colonisation Néerlandaise, les colons ont nommé la ville comme ça en hommage à la ville de Breukelen aux Pays-Bas. Voilà, pour le moment “Bouillon de culture”, revenons à notre histoire, celle de la rencontre entre les deux artistes. Tout commence avec “Nostalgia”, la première d’une longue liste de collaborations entre Polo et Ace jusqu’à cet album commun. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre et briller ensemble, les instrus Boom Bap de Marco Polo pour mettre en valeur les histoires rappées de Masta Ace, c’est juste un duo parfait!!!

Pour ce qui est de ce disque, franchement, c’est un de ceux que j’ai préféré cette année, du début à la fin, j’ai remué la tête, monté le son et bougé encore plus…

Dès “Kings”, le premier morceau du disque jusqu’au très touchant “Fight song”, où Ace parle de son combat contre la sclérose en plaque, il n’y a pas un raté et le climax, c’est sans doute ce “Breukelen Brooklyn”, véritable lettre d’amour à l’un des plus fameux quartier du hip hop. En plus de ça, vous aurez le droit à quelques feat de prestige, avec le bonheur de retrouver un Pharoahe Monch en grande forme ou Styles P, l’ex de The Lox.

Vous allez vous régaler, je vous le garantis!!! Alors, ensemble, abandonnons un peu l’autoroute du mainstream pour s’engager les chaotiques tranchées de l’underground avec ces deux disques.

Laurent

Impressions d’aventures festivalières 2018.


l’année 2019 démarre tout juste, mais il est encore temps de revenir sur la 14ème édition du Festival des Aventuriers qui s’est achevé s’est donc terminée le 20 décembre avec les prestations de Péroké et de Général Elektriks. Edition qui a encore une fois réservé son lot de surprises, de déceptions, et de coup(s) de coeur. C’est pourquoi j’avais envie de vous faire part de ce que j’ai ressenti en voyant / découvrant les groupes programmés.

Pour l’ouverture du festival, mercredi 12, dans une salle bondée, j’ai vécu une soirée mitigée, entre grosse déception et  belle surprise. La déception est venu de Dani Terreur, qui faisait son retour dans ce festival 2 ans après sa première prestation, à l’époque en duo. Là il étreinait une nouvelle formule, en solo, seulement accompagné de sa guitare et de quelques machines et claviers. Toujours démuni d’une voix suffisamment expressive, j’ai été déçu de voir cet artiste nous proposer une prestation brouillonne, les compositions n’avaient que peu de relief. La seconde partie de soirée me réservait une très belle surprise : L’Impératrice. Sextet emmené par une jolie chanteuse dont la voix avait hélas parfois du mal à se faire entendre au milieu de ses comparses musiciens, ce groupe a chauffé la salle par son répertoire dansant entre pop et disco, ambiance 80’s, grâce à des morceaux très structurés et exécutés sans failles. 1 heure de bonheur, de générosité, de plaisir de jouer partagé avec un public bien chaud. Ils se produiront pour 2 dates fin janvier 2019 à l’Olympia.

Le lendemain, changement d’ambiance. Au programme, 2 trios dans des registres très différents. Le premier, Elias Dris, du nom de son jeune leader guitariste-chanteur. Le menu musical proposé nous renvoyait à des icônes de la pop-folk culture américaine, telles que Bob Dylan, Neil Young, ou Willie Nelson. Elias Dris, qui terminait sa tournée par la date des Aventuriers, a livré une belle prestation toute en sobriété, justesse, avec phrasé anglais pour une fois agréable à écouter. Un joli moment de musique.
Après une petite pause, c’est le trio Delgres, composé d’un batteur, d’un joueur de soubassophone et d’un guitariste-chanteur, qui prit possession de la scène. Mélange de langue créole, de français, d’anglais, ce trio a délivré un set tout en énergie, emmené par un chanteur très charismatique et qui nous a offert des textes forts sur la nécessité de la Mémoire, sur la lutte des hommes à certains moments de l’Histoire (esclavage, colonisation). Une heure de communion avec un public en fusion, une ambiance dansante, chaleureuse à souhait, ce qui a même valu un rappel au groupe. Très jolie soirée avec 2 belles surprises.

Le Vendredi 14, retour au contraste. Tout d’abord un vrai coup de foudre personnel et collectif (le public présent ce soir-là est également tombé sous le charme) pour le collectif Astéréotypie, groupe composé de 4 musiciens ayant un handicap et de 3 chanteurs autistes qui se sont relayés au micro pour déclamer écrits par eux-mêmes. Un moment de vérité rare, de générosité pleine, sans aucun artifice. Une performance forte, sincère, généreuse. Pour moi LE moment fort de cette édition 2018!
Venant après cela, le trio de punk-rock Pogo Car Crash Control, malgré une débauche d’énergie évidente, a paru bien fade et sans âme!

Je ne vous parlerai pas de la soirée du 15 décembre, car après le concert d’Agathe Da Rama qui se tenait à la médiathèque l’après-midi, votre serviteur s’est reposé quelque peu de cette entame festivalière.

Des 3 dernières soirées, du 18 au 20 décembre, je passerai sur celles des 18 et 19 où ni Vox Low ni Zombie Zombie et encore moins Inüit et Concrete Knives ne m’ont scotché réellement! Mais le public présent ces soirées-là a semble-t-il bien reçu les répertoires proposés. Je retiendrais les prestations la dernière soirée avec le duo électro Péroké, dans une posture étrange de ne pas être face au public, avant de laisser General Elektriks clôturer en fanfare dans une ambiance funky une excellente édition 2018 des Aventuriers. Signe que cette édition a très bien marché, 3 soirées ont affichées complet (dont l’ouverture et la clôture), le festival accueillant au total près de 1500 spectateurs!

Bravo à l’équipe qui a monté cette programmation. Vivement 2019!

Guillaume.

Avoue qu’Tu Kiffes toujours 20 ans après…


Mon année rap Français ne pouvait pas mieux se terminer!!! Le grand retour de l’un des collectif qui a le plus marqué ma jeunesse hip hop, peut être même celui qui m’a le plus marqué avec Mafia Trece, je parle bien sûr d’ATK.

Ils l’avaient promis à Fredy K, leur ami et partenaire de scène décédé en 2007, ils se retrouvent, reforment la troupe après vingt ans et nous pondent une pépite, “On fait comme on a dit” avec en tête de liste le morceau du même nom, véritable hommage à leur pote parti trop tôt, mis en image par un superbe clip en plan séquence, en noir et blanc, dans les rues de Paris, où Antilop SA, Axis, Test, Cyanure, DJ Tacteel et Freko déambulent, comme si ils n’avaient jamais quittés le devant de la scène hip hop Parisienne, j’en frissonne encore…

Moi j’ai été bercé par “Heptagone”, ce disque a pour moi, marqué toute une époque et si ATK n’a jamais connu le succès qu’il aurait dû avoir, pour beaucoup d’entre nous, ils restent l’un des groupes références du rap Français, alors quand j’ai vu qu’ils ressortaient quelque chose, j’ai fait trois tours dans mon casque!!!

Le risque dans ce cas, c’est toujours la déception, de se dire que c’était “mieux avant”, mais pour le coup, c’est loin d’être le cas, ce comeback est une vraie réussite, dès le premier track, j’ai capté que j’allais manger cet album!!! Alors, je parle de comeback, mais en réalité, les mc’s d’ATK ne sont jamais restés loin du rap et même si ils n’ont plus sorti d’albums studio depuis longtemps, chacun, suivant sa route est resté proche du mic et c’est sans doute ce qui fait que cet opus est si fort, ils y amènent tous leur plumes, leur styles si différents et pourtant si complémentaires.

ATK nous offre 17 titres avec des prods comme je les aime, vraiment adaptées aux thèmes de chaque plage, par exemple sur “Maisons closes”, une guitare mélancolique vient ponctuer les rimes tristes des cinq rappeurs, alors que sur le morceau d’après, “écoute écoute”, on retrouve une production beaucoup plus simple, qui va droit au but avec ces quelques notes répétitives qui laissent plus de place au texte qui lui, frappe fort!

Certains diront que ce disque est resté coincé dans une époque tant il est marqué du sceau du crew heptagonal, perso, je suis complètement fan et j’espère que les jeunes rappeurs vont s’inspirer de ce qui est proposé ici.Par exemple il suffit d’écouter Cyan sur “Infinitif” pour prendre une leçon de flow, il s’adapte à l’instru, accélère à 100 à l’heure quand il le faut, redescend en deux secondes et repart de plus belle, il n’a rien à envier à Talib Kweli la-dessus et dans ma bouche, croyez-moi c’est un sacré compliment!

Autre détail important pour moi: les refrains des morceaux! Vous allez dire, à force, que je suis en guerre contre l’autotune, mais mince!!! Vous voyez que c’est possible!!! On demande à personne d’être Luther Vandross, mais ici, vous voyez bien que les gars d’ATK le font et bien! La voix rocailleuse de Freko ou celle plus posée d’Antilop SA sont parfaites pour ce genre de choses. Sur “Jour J” par exemple, le Freko dingue introduit parfaitement le refrain du couplet en poussant un peu la chansonnette, j’adore ce passage.

Bon, après on va pas se mentir, c’est pas un disque qui respire la joie de vivre, des morceaux comme “Psychopate”, “Muses évaporées” ou la revisite géniale de “Petits bateaux” ne vous feront pas forcément démarrer 2019 avec la banane, mais bon le hip hop n’est-elle pas une musique d’époque? Et celle dans laquelle on vit aujourd’hui est loin d’être toute rose, donc je pense qu’on colle à merveille à l’actualité et que du coup, le moment semble idéalement pour nous offrir ce disque qui a tant de choses à dire.

Voilà, vous l’aurez compris, quand, j’ai été un peu déçu par les derniers opus des grands du rap comme Kery James, Youssoupha et Flynt, le retour du « crew qui prend du poids comme un gars obèse », lui m’a vraiment, mais alors vraiment fait kiffer!!! Merci pour le rap Français les gars!!!

Laurent

Les Soulections #17 : Joss Stone



La belle Anglaise aux pieds nues est donc la première artiste non Américaine et la première blanche de mes Soulections. A 31 ans, Joss Stone a déjà une belle carrière derrière elle avec huit albums, on peut dire que c’est une artiste confirmée et respectée.
Personnellement je l’ai découvert sur un duo avec Common, à savoir “Tell me what we’re gonna do now?” en cherchant dans la disco du mc de Chicago, mais en réalité Joss Stone n’en est pas à son coup d’essai, ce morceau étant en fait issu de son troisième album “Introducing Joss Stone”. Intrigué par cette vibe qu’elle dégage et sa superbe voix, je me dis qu’il faut que je creuse un peu et me rend compte que son premier disque “The soul sessions” est un disque de cover des standards de la Soul des années 60/70 avec par exemple des reprises d’Aretha Franklin ou des Isley brothers et j’en passe.
Stone se fait rapidement un nom en collaborant avec des grands noms de la musique US comme Lauryn Hill, Nas ou Raphael Saadiq, des productions de Questlove des Roots, bref, la nana sait s’entourer comme il faut…
Tout au long de sa discographie, vous retrouverez une soul positive, portée par un message d’amour et de bien être. A la voir déambuler pieds nus, avec ses tatouages et ses cheveux de toutes les couleurs, on pourrait la croire sortie tout droit de Woodstock, mais c’est bien dans les rues Anglaises, à Devon plus précisément que la jeune Joss grandit, dyslexique (un peu selon elle) et où son amour de la musique va se développer. A 16 ans, elle décide de quitter l’école pour se consacrer à la musique, prétextant sa dyslexie comme motif pour arrêter son cursus et écumer les télé crochets Anglais, elle part ensuite rapidement pour la grosse pomme pour auditionner sur les labels locaux. En choisissant du Otis Redding et du Aretha, elle ose et se fait remarquer par le label S-curve qui la signe instantanément, s’en suit donc les “Soul sessions” qui marche très bien et je pense que pour le label, c’était aussi une façon de s’assurer que ça prendrait bien et ça a été le cas.
Ensuite, ce sera un enchaînement de succès et de collaborations plus diverses les unes que les autres, de Damian Marley à Johnny Hallyday (oui oui!!!) la belle Anglaise a toujours su se renouveler tout en restant cette pépite Soul Jazzy hors des standards et du circuit commercial de la pop Anglaise.
Laurent