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007, Craig s’en va, un nouveau chapitre va s’écrire.


Dans l’histoire de la saga de l’agent secret britannique le plus célèbre au monde depuis bientôt 60 ans, inspirée je le rappelle des romans d’espionnage de l’auteur anglais Ian Fleming (qui fut aussi journaliste et officier du renseignement naval militaire britannique), le chapitre Daniel Craig (dernier à droite sur la photo ci-dessus) va se refermer avec le dernier épisode tourné avec cet acteur dans le rôle de James Bond, agent 007, dans le film « No time to die » sorti tout récemment (j’y reviens d’ailleurs en fin d’article).

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En effet, après 15 ans passés à endosser ce célèbre costume, d’abord dans « Casino Royale »(2006), titré ainsi en référence au film de 1967 réalisé John Huston avec au casting David Niven, Ursula Andress, Woody Allen, Orson Welles, Péter Sellers, qui narre les aventures de James Bond retiré du monde dans son château, après « Quantum of Solace » (2008), « Skyfall » (2012), »Spectre » (2015), « No time to die » (2021) est donc le dernier film de la série 007 dans lequel l’acteur incarne le célèbre agent secret britannique. En effet il a décidé de remiser le costume au placard des souvenirs de tournages, de rendre la fameuse Aston Martin à son garage, pour passer à autre chose. Lorsqu’il fut nommé en 2006, si certains professionnels comme fans absolus de 007 étaient sceptiques quant à son aptitude pour succéder à Pierce Brosnan dans le rôle de James Bond, il a très vite convaincu tout le monde, relancé la série, par son jeu dynamique, lié à un flegme tout britannique, son physique surentrainé lui permettant de réaliser parfois des cascades. La franchise James Bond ne s’est jamais aussi bien porté depuis qu’il a repris le rôle. Donc autant dire que celui ou celle (car oui, il est possible que dans le prochain épisode, ce soit bel et bien une femme qui tienne le rôle tant envié !, ce qui serait une première dans l’histoire de la saga), qui lui succèdera, portera une lourde responsabilité. Car vous le savez, jusqu’ici, seuls six acteurs, tous britanniques, ont incarnés James Bond : Georges Lazenby (ci-dessous, dans « Au service secret de sa Majesté », 1969), Sean Connery, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et donc Daniel Craig.

 

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Personnellement, j’ai découvert James Bond sous les traits de Roger Moore (Le Saint, Amicalement vôtre) dans les années 80, à la télévision lors de diffusion des films ou au cinéma. J’avais donc pu observer es prestations dans « Vivre et laisser mourir » (1973) avec Jane Seymour, puis aux côtés de Christopher Lee, Maud Adams, Britt Ekland dans « L’Homme au pistolet d’or » (1974), Barbara Bach, Curd Jurgens, Richard Kiel « Requin » dans « L’espion qui m’aimait » (1977), Michael Lonsdale, Richard Kiel »Requin », Lois Chiles Goodhead dans « Moonraker » (1979), ou encore Grace Jones, Christopher Walken, Patrick MacNee (connu pour sa participation à la série télévisée « Chapeau melon et bottes de cuir ») dans l’épisode titré « Dangereusement vôtre » (1985), m’ont marqué. Dans « Rien que pour vos yeux », en 1981, il a pour partenaire une jeune comédienne, Carole Bouquet. J’avais aussi beaucoup aimé « Octopussy »,(1983) avec Louis Jourdan, Steven Berkoff, Vijay Armitraj (ex-tennisman de très haut niveau époque Mac Enroe-Borg). 

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Puis grâce à mon père j’ai découvert les premiers James Bond, ceux incarnés par Sean Connery (ci-dessus). Quel régal. Présence, flegme, détachement, jeu juste et des films, qui s’ils ont vieilli aujourd’hui, n’en conservent pas moins un charme évident. Outre celui cité en début d’article, je peux évoquer « Bons baisers de Russie » (1963), avec Robert Shaw (« Jaws,1975, Steven Spielberg), « Goldfinger »(1964) avec Gert Fröbe (Paris Brûle t-il », « Le salaire de la peur »…), Desmond Llewelyn alias « Q » (qui d’ailleurs sera de toute la saga jusqu’à « World is not enough » (1999), Harold Sakata, « Opération Tonnerre » avec Adolfo Celli, Claudine Auger (1965). Tous de très bonne facture. Plus tard il reviendra en 1983, dans « Jamais plus Jamais » (affiche ci-dessous), où il se confronte à Klaus Maria Brandauer et sa partenaire féminine Kim Basinger. Il affrontera Barbara Carrera. La musique du film sera signée de Michel Legrand.

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Puis vient la période incarnée par Timothy Dalton, avec des films sans grand intérêt. D’abord, en 1987, « The living daylight » (« Tuer n’est pas jouer »), puis deux ans après, en 1989, « Licence to kill », avec Carey Lowell, Robert Davi, ou encore le jeune Benicio Del Toro, et toujours Desmond Lewelyn, bien sûr, dans le rôle de « Q ». Dalton est trop limité dans son jeu, celui-ci se réduisant à des jeux de regards, de sourires entendus, bref là comédie n’avait que peu de place. Dur pour lui qui possède une formation d’art dramatique théâtral. Les deux épisodes ne seront pas des succès commerciaux escomptés.

 

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Ensuite c’est l’acteur Pierce Brosnan , vu notamment dans « Mrs. Doubtfire en 1993, avec Robin Williams et Sally Field, ou encore dans « The Ghostwriter »qui date de 2010, avec Eli Wallach, Ewan Mac Gregor, James Belushi, Kim Cattrall, qui va endosser le costume du célèbre agent secret. Avec lui et son style gravure de mode au sourire ultra-bright, coiffure toujours nickel, le sens de la comédie reviendra dans le jeu. Nous le verrons d’abord dans « Golden eye » (1995), où il fait face à Sean Bean. Ce film voit aussi pour la première fois apparaître « M » sous le traits de Judi Dench. Elle sera présente dans les deux films suivants World is not enough » (1999)et « Meurs un autre jour » (2002) .Enfin il faut savoir que c’est le premier James Bond tourné après la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide. Un très bon cru.

Les scènes de Pierce Brosnan face à Sophie Marceau dans « World is not enough » (« Le Monde ne suffit pas »), sorti en 1999, prouvent que ce duo (Sophie Marceau incarne la méchante Elektra King) fonctionne très bien. Son sens de la comédie, de la répartie, alliés à cet humour so british, cet air détaché qu’il donne à son personnage le rendent très sympathique aux yeux du public. Loin de l’image dure et froide des agents secrets. Ce film sera d’ailleurs un vrai gros succès international pour la franchise, avec Brosnan dans le costume de 007.

Nous aurons droit en 2002 à un très spectaculaire « Meurs un autre jour »(Die another day »). Ce film vient célébrer les 40 ans d’existence de la série James Bond. Il sera truffé de références au premier de la série  » James Bond contre Dr. No ». Les scènes censées se passer à la frontière de la Corée, d’où il s’échappe en char, les scènes d’escrimes, la scène finale avec l’avion en feu qui se désintègre (curieusement l’épisode 9 de « Star Wars » possède ce même genre de scène), feront de ce film un des meilleurs de la saga. Le tout sur un rythme incroyable.

En 2006, Daniel Craig prendra le relais jusqu’à aujourd’hui, avec le succès que l’on sait. « No time To Die », réalisé par Cary Joji Fukunaga, qui clôt donc sa participation à la saga 007, nous montre Craig, retiré des affaires, passé du côté de la CIA, mais rappelé par le MI6, pour résoudre une affaire suite au vol d’arme bactériologique mortelle. On y retrouve aussi Léa Seydoux, témoin de la mort de sa mère, puis plus tard, confrontée à son tueur. On découvre Craig en père de famille, tourmenté, tiraillé, loin du personnage parfois froid, lisse qu’il pouvait incarner au début et qu’il s’est évertué à rendre plus humain au fil des films.

Les cascades, courses poursuites  sont réglées superbement. La séquence d’ouverture est époustouflante. Surtout ce film nous présente la personne (je garde le mystère, vous découvrirez son identité par vous-mêmes en allant voir le film) qui va succéder à Daniel Craig pour incarner 007, ce qui d’ailleurs amène des scènes assez cocaces. Le casting est brillant, avec Ralph Tiennes (M), Rami Malek (Safin), que l’on avait découvert sous les traits de Freddie Mercury dans « Bohemian Rhapsody », rôle pour lequel il fut oscarisé, Naomie Harris (Miss Moneypenny), Anna de Armas (Paloma), Lashana Lynch (Nomi), Ben Whishaw (Q). Les lieux de tournage sont encore une fois très variés, allant de l’Italie à Cuba en passant par le Japon, le Danemark. Voir ce dernier volet vaut le coup, assurément. 
Seul bémol, la musique de Hans Zimmer, et la chanson d’ouverture, qui ne restera pas dans les annales. A propos de musiques, si donc vous connaissez évidement le thème principal composé par John Barry, vous aurez sans doute noté ces dernières années que chaque film de la saga est accompagné d’une chanson-titre interprétée par un ou une artiste. Ainsi il eu récemment Adèle pour « Skyfall » en 2012, Sam Smith pour « Writing’s on the wall » tiré de la BO de « Spectre » en 2015, mais il y a eu également au générique de la saga des artistes telles que Shirley Bassey avec « Diamonds are forever » pour le film du même titre en 1971, Tina Turner en 1995, pour « Golden eye », le groupe A-HA en 1987 pour « Living Daylight », Duran Duran avec « A view to a kill » pour le film de 1985 « Dangereusement vôtre », et donc pour le tout récent « No time to die » c’est la chanteuse Billie Eilish qui s’y colle avec « No time to die ». 

Je vous laisse avec quelques bandes annonces des différents films de la saga 007. Cela rappellera sans doute des souvenirs à nombre d’entre vous.

Guillaume.

Ivry Gitlis laisse son violon orphelin.


Né à Haïfa en Israël en 1922, Ivry Gitlis a des origines parentales ukrainiennes. Ce qui, de fait, très tôt, va faire de lui, un citoyen du monde, et incarner ce que sera sa vie. Celle d’un home et d’un musicien, violoniste virtuose, qui ne cessera de courir les 5 continents, pour porter une parole d’apaisement, d’échanges entre les peuples, par la seule magie de la langue qu’il trimballe avec lui, la musique, mélange de tradition juive, d’origines slaves, de classique, mot qu’il déteste d’ailleurs, considérant qu’il n’existe que la musique, pas la musique dite classique, « ca c’est une affaire de marketing ! » dit-il. Ce géant de la musique du 20ème siècle est parti dans la nuit parisienne, le 24 décembre dernier. Ce mois de décembre a été fatal pour nombre d’artistes de renoms, auxquels il vient tristement s’ajouter. Revenons modestement sur son parcours.

A quatre ans seulement, le jeune Ivry reçoit un violon qu’il avait réclamé. Parents et entourages s’étant cotisés, le cadeau arrive, les premiers cours sont donnés et payés, et dès l’âge de 7 ans, il donne son premier concert. Repéré très jeune par Bronislaw Huberman, fondateur de l’orchestre de Palestine, ce dernier lui conseille alors de partir en Europe pour continuer sa formation. Le jeune Gitlis s’exécute et file pour la ville Lumière où il reçoit un enseignement au Conservatoire, avant de partit à Londres parfaire sa formation. A chaque fois ce sont des professeurs de haut vol qui lui tiennent lieu de guide musical. A Paris c’est notamment le compositeur-violoniste Georges Enesco qui se charge de lui. A Londres, il intègre une usine d’armement, puis après la guerre, entre au sein du fameux orchestre philharmonique de Londres. Ensuite, il part découvrir les Etats-Unis dans les années 50, puis grâce au plus grand imprésario de l’époque, devient le premier musicien israélien à jouer en URSS. Il marque les esprits par sa technique et par sa manière d’interpréter des concertos de grands compositeurs tels que Alban Berg, Igor Stravinsky (première photo ci-dessous) ou encore Béla Bartok (deuxième photo ci-dessous).

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Musicien génial, pédagogue infatigable, il parcourt le monde, partage son savoir, utilisant tous les moyens à sa dispositions, concerts bien entendu, cours, apparitions télévisées, pour communiquer autour du violon, de la musique classique. Dans les années 60, Ivry Gitlis décide de venir s’installer à Paris, ville qui sera son pied à terre entre ses différents séjours à l’étranger pour ses tournées et concerts de prestiges, car son talent est demandé partout dans le monde.

Il joue avec les plus grands orchestres du monde, popularisant ainsi des oeuvres du répertoire classique. Sa renommée entraine des compositeurs à écrire spécialement pour lui, ainsi Iannis Xenakis (photo ci-dessus) ou Bruno Maderna s’y attacheront- ils. C’est à cette même période, qu’il se lance dans la création d’un festival de musique, à Vence, en 1971, où son idée principale est de laisser la musique classique s’exprimer très librement; de manière moderne. En vrai curieux et défricheur et curieux de tout, il multiplie les expériences musicales, les rencontres, comme celle avec la talentueuse Martha Argerich (photo ci-dessous). Je vous disais que Gitlis était un homme de croisement des univers musicaux, la preuve en est sa rencontre avec les rockeurs Eric Clapton (deuxième photo ci-dessous), Keith Richards, Mitch Mitchell, Yoko Ono et John Lennon (excusez du peu !) au sein du groupe The Dirty Mac (troisième photo), dans le cadre du film « Rock and Roll Circus » consacré aux Rolling Stones, en 1968.

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Outre ses divers interprétations et multiples concerts ou participations à des soirées de gala, Gitlis reste un musicien multi-cartes. C’est ainsi qu’on le retrouve parfois dans des films tel que « L’Histoire d’Adèle H. » de François Truffaut avec Isabelle Adjani, ou comme interprète de la musique du concerto pour violon composée par le génial Vladimir Cosma, pour le film « La septième Cible » (avec Lino Ventura), réalisé par Claude Pinoteau, à qui l’on doit des films comme « Le silencieux » (1973), « La gifle » (1974, avec Lino Ventura et la jeune Isabelle Adjani), « Le grand escogriffe » (1976, avec Yves Montand), « La Boum » (1980), « La Boum 2 » (1982, avec Sophie Marceau, Claude Brasseur, Brigitte Fossey), « L’étudiante » (1988, avec Vincent Lindon et Sophie Marceau) ou encore « Les palmes de Monsieur Schultz » (1997, avec Isabelle Huppert, Charles Berling, Philippe Noiret).

Mais revenons à Ivry Gitlis. Toujours dans le soucis de transmettre et de vulgariser la musique classique, ce génial musicien créé en 2008 une association, « inspiration(s) », justement destinée à vulgariser son apprentissage, auprès du plus grand nombre. Ayant toujours cette image de modèle et d’icône de l’instrument, Gitlis sera le sujet d’un documentaire réalisé pour Arte en 2009, intitulé « Ivry Gitlis, le violon sans frontières ». Titre qui résume parfaitement le parcours, la démarche, la vie de cet infatigable musicien. Ces dernières années, Gitlis, atteint par des soucis de santé, se faisait rare sur scène. Il s’est éteint la nuit de Noël 2020, laissant un catalogue d’interprétations d’oeuvres très riches, qui ravira les mélomanes comme celles et ceux qui le découvriraient seulement.

Je vous laisse avec quelques morceaux qu’il a interprété, et quelques duos superbes, à commencer par celui avec Barbara.

Guillaume.

Il était une fois … 1988 !



Cette année-là, en France est marquée par les candidatures successives en janvier et février, de Jacques Chirac, Raymond Barre à l’élection présidentielle, qui verra finalement la réélection en mai de François Mitterrand avec 54% des voix face à Jacques Chirac. C’est aussi une année où le Louvre fait peau neuve avec la pose de la désormais fameuse pyramide, signée de l’architecte japonais Peï. En mars, une première loi sur le financement des activités politiques verra le jour. Ce même mois, la représentante de l’ANC en France, Dulcie September est assassinée à Paris. En avril, les évènements se déplacent en Nouvelle-Calédonie où une prise d’otages à lieu à Ouvéa. Cela débouchera sur une vraie crise, l’intervention de l’armée et la morts de plusieurs indépendantistes et militaires. En mai, 3 journalises français otages au Liban de très longue durée sont libérés entre les deux tours de la présidentielle. Chirac revendiquera ce fait Plus tard dans l’année, en octobre, la culture est frappée de plein fouet avec l’attaque du cinéma Saint-Michel par des catholiques intégristes, lors de la projection du film « La dernière Tentation du Christ » de Martin Scorsese avec l’immense acteur Willem Dafoe (image ci-dessous), mais aussi Harvey Keitel et Barbara Hershey. L’affaire fera grand bruit. En décembre, le gouvernement créé le RMI (revenu minimum d’insertion), et le parlement adopte la loi sur la création d’un CSA (Conseil supérieur de l’Audiovisuel). A la rubrique nécrologique, la Grande Faucheuse a fait « bonne récolte », jugez plutôt : le syndicaliste brésilien Chico Mendès (assassiné sur ordre), l’acteur américain John Carradine, l’anglais Trevor Howard et l’allemand Gert Fröbe, la psychanaliste française Françoise Dolto (mère du chanteur Carlos), le constructeur automobile italien Enzo Ferrari, le chanteur anglais Andy Gibb (Bee Gees), la chanteuse allemande Nico, le chanteur québécois Félix Leclerc, l’artiste français Jean-Michel Basquiat, l’humoriste Pierre Desproges, les acteurs français Jean Le Poulain, Marcel Bozzuffi, Michel Auclair, Paul Mercey, et la comédienne Pauline Lafont, fille de Bernadette Lafont. Bref, une belle charrette !!!

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Place à l’histoire inventée.

Ce soir-là, la nuit est pluvieuse sur Paris. Les gouttes d’eau passent devant les lampadaires de la rue de Rivoli comme des moucherons. En grappe, mais furtivement, immédiatement chassées par les suivantes. 

Deux hommes, la soixantaine, vies bien remplies, se tiennent appuyés sous les arcades, attendant que la pluie cesse son office nocturne. Le premier s’appelle Enzo, en hommage à Ferrari. Son père, fan du cheval cabré, s’était juré que s’il avait un fils, il le prénommerait ainsi. Le second s’appelle Gert. Là aussi une histoire de transmission. Il tenait ce prénom en hommage au comédien allemand Gert Fröbe. Deux « hérédités » lourdes à porter, pour des raisons diamétralement opposées.
Les deux hommes ne se ressemblent pas, tant physiquement que dans l’allure vestimentaire. Enzo est un grand gaillard d’un mètre quatre- vingt-dix, de famille bourgeoise, à l’ossature épaisse d’un troisième ligne de rugby, au visage marqué de cicatrices et aux mains larges et fortes. Côté vêtement, il cultive le soigné italien, de la chaussure à la cravate. Gert est homme de taille moyenne, un mètre soixante-quinze, de corpulence moyenne. Seul atout, des yeux bleus à faire se pâmer ces dames. Côté sape, le gars la joue carrément francophile, honneur aux couturiers, gantiers, chapeliers dont il connaît les adresses parisiennes par coeur pour bien se fournir. Idem pour la chaussure. Sans se connaître, nos deux gaillards ont un point commun : le goût du beau, de la belle sape, de la belle chausse.
Alors que la pluie fait des claquettes sur la chaussée et les trottoirs, nos deux hommes, à l’abris, entament une discussion, à bâtons rompus. Très vite ils se racontent leur vies, échangent sur la société.  Enzo raconte sa rencontre avec sa femme Johanna, avocate trentenaire, qui lui a redonné l’espoir, la foi en la vie, en l’amour. De cette union avec celle qu’il surnomme affectueusement « ma sauveuse », il a eu deux enfants, Marylin et John, 11 et 7 ans. Deux enfants tombés du ciel pour Enzo, qui ont renforcé son amour pour sa femme, pour la vie et lui ont redonné confiance. Mais Johanna, très protectrice, ne cesse de lui répéter « Don’t worry, be happy », dès qu’elle perçoit un moment de doute chez son mari. Johanna dit souvent que « mon mec à moi, il est tout pour moi », une véritable déclaration d’amour envers Enzo qui est très heureux aujourd’hui, ses enfants grandissent bien, son couple fonctionne, et côté boulot, après de longues années passées dans l’édition, il s’apprête à passer la main en douceur. Sans regrets.

Gert, à l’écoute de ce récit plein d’enthousiasme d’Enzo, se montre admiratif sinon un brin jaloux. Car pour lui, rien ne va. Publiciste, marié depuis vingt-cinq ans à Tracy, une anglaise bon teint, à l’accent londonien et au caractère bien trempé, il est père d’une fille de vingt ans, Annabelle, partie faire ses études en Australie (autant dire qu’il ne la voit quasiment plus, sinon par skype…ou quand elle revient sur Paris voir.. ses ami.e.s). Mais son couple bat de l’aile depuis longtemps déjà, la communication ne passe plus trop, les silences sont de plus présents, lourds. Gert et Tracy font chambre à part depuis longtemps. « Desire » est un mot absent du vocabulaire du couple. Trop selon Gert, qui ne supporte pas ça et déclare autant qu’il le peut à Tracy « I don’t wanna go without you »…. comme une supplique à une non séparation qu’il sent poindre dans l’esprit de sa femme. Car de son côté, Tracy envisage de plus en plus son mari comme « just a friend of mind », sans lui avouer bien entendu, ce qui serait très dur à entendre pour Gert. Puis un jour, fatalement, Tracy en vient à annoncer la nouvelle à Gert. Sa décision, ultime, définitive, irrévocable. « Je pars Gert ». « Pour où ? répond-il interloqué… »..Devant tant d’incrédulité feinte ou réelle de celui qu’elle n’aime déjà plus depuis longtemps, elle garde un silence froid, regarde une dernière fois sa maison, ouvre la porte, prend sa valise et s’en va. Sans un mot. Gert est choqué. Estomaqué. Mais c’est la fin brutale d’une histoire de vingt-cinq avec Tracy.

Face à ce récit pour le moins sombre de son compagnon d’infortune nocturne, Enzo se dit qu’il ne peut pas le laisser repartir, une fois la pluie cessée, sans lui donner quelque avis ou conseil. Aussi, sans le prendre de haut, ni sombrer dans le patos, Enzo conseille à Gert de se montrer plus prévenant, de surprendre sa femme, de lui proposer des sorties inattendues ou des week-end romantiques, histoire de ressouder le couple, et surtout d’échanger, de dialoguer, pour essayer de comprendre ce qui ne va pas, ce qui ne va plus.

Voilà maintenant deux heures que les deux homme échangent, se confient l’un à l’autre. Une relation amicale est-elle née ce soir de pluie parisienne ? En tous cas, au moment où la pluie enfin cesse, les voilà plus complices que jamais, maintenant riant aux éclats de blagues échangées et de la circonstance qui les a réunis sur un bout de trottoir, un soir humide à Paris, rue de Rivoli. Malgré l’heure avancée de la nuit, Enzo et Gert décident de poursuivre la discussion, mais au chaud cette fois. Enzo n’habitant pas très loin, près de la Madeleine, propose à Gert de finir la soirée chez lui, devant un bon scotch, à refaire le monde. Gert accepte. Un roman d’amitié est né.

Guillaume.

Robert Hossein quitte la scène définitivement.


Bien que non issu de la bande du Conservatoire, promotion Jean-Paul Belmondo avec également  Guy Bedos, Pierre Vernier, Jean Rochefort, Michel Beaune, Françoise Fabian, Jean-Pierre Marielle, ou encore Claude Rich, Robert Hossein était de cette génération douée, qui souhaitait changer les codes, transformer la façon de  faire et jouer  au théâtre.  Il s’est envolé au Paradis des acteurs le 31 décembre 2020, à 93 ans. Cet acteur au regard sombre s’est fait connaître dans les années 60, dans la série « Angélique, Marquise des anges ». Il y jouait Joffrey de Peyrac aux côtés de Michèle Mercier (Angélique). Fils d’un compositeur azéri, André Hossein et d’une jeune comédienne, Anna Mincovschi, Robert Hossein va très très rapidement se tourner vers le théâtre, en intégrant le Cours Simon et en suivant les apprentissages de Tania Balachova. Il va connaître son premier succès dans la pièce « les voyous », à l’âge de 19 ans, en 1949.

Après quoi, il opte pour la mise en scène, d’abord au théâtre en adoptant des oeuvres de Frédéric Dard (« Docteur Jekyll et Mister Hyde »), de James Hadley Chase (« La chair de l’orchidée »), ou Francis Carco (« L’homme traqué »). Acteur, metteur en scène de théâtre, Robert Hossein sera aussi celui qui mettra en scène du théâtre à grand spectacle, avant d’insuffler la participation du public (une première en France). Il a ainsi monté « Le cuirassé Potemkine » en 1975 au Palais des Sports de Paris, lieu où il y donnera aussi « Notre-Dame de Paris » (1978). L’année suivante il met en scène son fameux « Danton et Robespierre « , écrit par Alain Decaux, au palais des Congrès de Paris. En 1980, c’est le fameux « Les Misérables » écrit par le grand Victor Hugo qui seront travaillés par cet infatigable homme de spectacle. Dans les années 80, il va continuer ses mises en scène gigantesques, en alternant spectacle de péplum (« Jules César », 1985), et ceux plus religieux, en lien avec sa croyance personnelle et des personnages importants tel que Jésus dans « Un homme nommé Jésus » (1983), et plus tard « Jésus était son nom » (1991). Il va également diriger des théâtres, à Reims d’abord, en 1970, où il inaugure une formule de mises en scènes très cinématographiques, grandioses, puis à Paris, de 2000 à 2008 où il prend la direction du célèbre Théâtre Marigny, scène sur laquelle Jean-Paul Belmondo avait fait son grand grand retour sur scène après 28 ans d’absence en 1987, dans « Keane », qui sera une véritable triomphe pour l’acteur.

A côté du théâtre auquel donc il a consacré beaucoup, Robert Hossein a été également un acteur à la carrière bien remplie. Il a débuté très tôt, en 1948, sous les ordres de deux grands noms de l’époque, Jean Delannoy (« les souvenirs ne sont à vendre ») et Sacha Guitry (« Le diable boiteux »). Puis c’est l’immense Jules Dassin (papa de Joe), qui l’enrôle dans « Du rififi chez les hommes » (1955). Le chemin est tracé. Dans les années 60, d’autres grands noms du cinéma se chargent d’aguerrir le comédien. En effet, Claude Autant-Lara (« Le meurtrier », 1963), Roger Vadim (« Le repos du guerrier, 1962 ; « Le vice et la vertu » avec Annie Girardot, 1963), Julien Duvivier (« Chair de poule », 1963), font tourner cet acteur qui semble voué à une carrière prometteuse.

Les 70’s, à peine marquées par son rôle dans « Le Casse » d’Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo et Omar Sharif, c’est les années 80 qui vont marquer son grand retour. En deux ans, de 1981 à 1982, il enchaine 3 films qui seront des succès publics : « Les Uns et les autres de Claude Lelouch », « Le professionnel » de Georges Lautner, où il retrouve ses amis Michel Beaune, Jean-Paul Belmondo, et « le Grand Pardon »(1982), d’Alexandre Arcady, avec Roger Hanin, Gérard Darmon, Richard Berry, Bernard Giraudeau, Jean-Louis Trintignant. Ajoutez à cela sa réalisation du film « Les Misérables » (1982), avec le trio d’acteurs Lino Ventura (Valjean)-Jean Carmet (Thénardier) et Michel Bouquet qui campe un commissaire Javert implacable et obstiné. Un grand film. En 1995, il retrouvera cette histoire, cette fois adaptée par Claude Lelouch. Entre temps il tournera dans des comédies plus ou moins réussies  comme « Lévy et Goliath »  de Gérard Oury en 1987, avec Richard Anconina, Michel Boujenah, Jean-Claude Brialy, ou « Liberté, Egalité, Choucroute » de Jean Yanne en 1984. En 1999, il joue dans le film quatre fois césarisé « Vénus Beauté (Institut) » de Toni Marshall, avec Nathalie Baye. Enfin plus près de nous, en 2009, il participe au film de Francis Huster « Un homme et son chien », premier film de Jean-Paul Belmondo après son AVC. La performance sera d’ailleurs saluée par la critique .

Robert Hossein a eu une carrière riche, en homme curieux qu’il était de toucher à tous les aspects de son métier. Nul doute que vous avez déjà vu cet acteur dans un film ou assisté à l’un de ses spectacles. 

A la médiathèque vous pourrez retrouver le film de son adaptation magistrale du roman de Victor Hugo « Les Misérables » avec une distribution royale que j’ai déjà évoqué plus haut, ainsi que la pièce théâtre « Crime et Châtiment » de Fédor Dostoïevski, qu’il avait adapté et mis en scène au théâtre Marigny, avec Francis Huster et Mélanie Thierry dans les rôles principaux.

Guillaume.

Bonne Année 2021 !


Après l’annus horribilis vécue par tous, toutes, partout sur la planète, et des fêtes de fin d’années passées dans des circonstances très spéciales, vous en conviendrez, il est temps d’espérer, la science aidant, que l’année qui s’ouvre sera au plus vite marquée par un retour à une vie quasi normale, et donc en ce qui nous concerne, à  mettre en oeuvre et à vous de pouvoir à nouveau profiter d’activités culturelles en médiathèque sans oublier celles que sont les cinémas pour voir nos films favoris, les théâtres pour aller assister à des représentations de qualités, s’enfermer dans les musées pour admirer de belles expositions , effectuer des visites de châteaux, retourner voir nos artistes ou groupes favoris en concerts ou festivals, et j’en oublie peut- être. Bref, comme aurait pu dire la marionnette de PPDA aux Guignols de l’info sur Canal Plus :
 » Vous pouvez reprendre une activité (culturelle) normale ». Oui, nous n’attendons que ça, revivre comme avant.

Car je ne vous apprendrai rien, la culture est une branche essentielle de la vie, un équilibre dont chacun(e(s) a besoin. Alors, soyons optimistes et croisons les doigts forts. 2021 doit être l’année du retour à la normale.

Bonne année à toutes et tous où que vous soyez dans le monde à nous lire.
Merci encore de votre fidélité à ce
blog musical, qui traite également de cinéma et ne manquera pas je l’espère, l’occasion de traiter d’autres supports, comme le livre notamment. 

Allez, hauts les coeurs!
Vive 2021!



La médiathèque.

Eddy Mitchell, de Belleville à Nashville.


Eddy Mitchell, né Claude Moine naît en pleine seconde guerre mondiale, en 1942 à Paris, grandit à Belleville, quartier qu’il honorera dans une chanson, « Nashville ou Belleville ». Sa mère travaille dans une banque, son père à la société des transports parisiens. Quelques années plus tard, il sera même garçon de courses au Crédit Lyonnais, dans une agence proche du Golf-Drouot, club qu’il fréquente alors régulièrement et y découvre nombre d’artistes américains. A l’âge de 11 onze ans, le jeune Claude découvre le rock’n’roll par le biais de Elvis Presley, la star de l’époque, mais aussi Bill Haley, qu’il découvre en concert à Paris en 1958. Un choc pour le jeune Claude Moine. Puis ce sera Chuck Berry, Gene Vincent, Eddy Cochran et Buddy Holly. Il évoquera d’ailleurs Eddy Cochran et Buddy Holly, morts tous les deux très jeunes dans des circonstances tragiques, dans une chanson, « J’avais deux amis ».

En 1961, lui l’amateur de rock, country, va créer le premier groupe de rock français : Les Chaussettes Noires, au sein duquel il va également côtoyer un saxophoniste du nom de Michel Gaucher. les deux hommes ne se quitteront plus, le saxophoniste, devenant même au fil das années, le directeur musical de… Eddy Mitchell. Eddy en référence à l’acteur-chanteur américain Eddie Constantine, et Moine devient Mitchell.

Adolescent, traînant souvent à Pigalle, à la Trinité, et donc au Golf-Drouot, cité plus haut. Il va y faire deux rencontres qui vont changer sa vie. Celles d’un certain Jean-Philippe Smet, devenu Johnny Hallyday, qui retient déjà la nuit jusqu’au petit matin, cette aube merveilleusement chantée par le 3ème larron, Jacques Dutronc, dans la fameuse chanson « Paris s’éveille » (texte de Jacques Lanzmann). L’homme au cigare et Ray-Ban étant même un temps pressenti comme guitariste dans le groupe d’ Eddy Mitchell. Bref, dès le milieu des 60’s, avant même l’arrivée de la vague Yéyé, ces trois amis ont scellé un pacte qui durera toute leur carrière. Mais revenons à Eddy Mitchell.

Personnellement, je l’ai découvert à l’âge de 14-15 ans, époque à laquelle il chantait des titres comme « Couleur menthe à l’eau » (c’est pour toi LowLow 🙂 ), un slow qui passait en boucle dans les surprises-party de l’époque, mais aussi  » La dernière séance » chanson qui évoque son amour pour le cinéma (l’émission, diffusée le mardi soir sur FR3-toute une époque-, était tournée notamment au cinéma Royal Palace de Romainville, classé depuis aux Monuments Historiques!), la fin des cinéma de quartiers. A l’époque son « Cimetière des éléphants » a connu également un grand succès. Eddy Mitchell, s’il a débuté à l’époque du rock’n’roll, s’est donc très vite tourné vers la country, le jazz, genre dans lequel sa voix souple fait merveille, raison pour la quelle il a toujours voulu avoir un grand orchestre avec lui. Une année, il avait d’ailleurs relevé le défi de se produire dans 3 ou 4 endroits de Paris, avec des formations différentes, allant donc de la formation rock au grand orchestre jazz, en passant par la country.

Précis, méticuleux, il a toujours aimé des arrangements très soignés signés de son complice Michel Gaucher. Fidèle en amitié comme avec ses musiciens, il a depuis très longtemps à ses cotés la même équipe, des cuivres à la guitare de Basile Leroux, qui à aussi accompagné beaucoup d’autres artistes français, du pianiste Jean-Yves D’angelo, et surtout celui qui lui écrit beaucoup de ses textes, Pierre Papadiamandis.

Celui que l’on appelle indifféremment Schmoll ou Mr. Eddy, est un passionné de BD, il en fera mention dans une superbe chanson » Le portrait de Norman Rockwell », dédié à ce grand dessinateur américain. Il parlera aussi des grands espaces américains « Rio Grande », « Route 66 », « Sur la route de Memphis ». C’est d’ailleurs son amour pour ce pays qui lui fera enregistrer nombre de ses albums là-bas, mais aussi à Londres et Paris. Durant cette période américaine, pendant laquelle il réalisera des albums à la sonorité country-rock, il sera parfois accompagné de l’harmoniciste américain Charlie Mc Coy, une véritable pointure. En 2006, il part à La Nouvelle-Orléans, enregistrer l’album « Jambalaya ». Pour ce disque, il fait appel à la légende Little Richard, au célèbre pianiste de jazz Dr. John, à Beverly Jo Scott, à l’harmoniciste français Jean-Jacques Milteau, et bien sûr à son fidèle ami, Johnny Hallyday, avec qui il chante sur « On veut des légendes ».

Ayant débuté en faisant surtout des adaptations de chansons de Gene Vincent, il ne cesse depuis, de chanter des artistes comme Ray Charles, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, mais aussi les Beatles « You’ve to hide your love away » devenue « Tu ferais mieux de l’oublier », et la liste est longue. Il a le goût également d’évoquer des artistes qu’il apprécie dans plusieurs chansons : « Otis » (Otis redding), « j’avais deux amis » (Buddy Holly et Eddie Cochran », « Mister J.B. » (James Brown), « La voix d’Elvis » (Elvis Presley).

il aime partager la scène et ses chansons avec des ami.e.s. Ainsi, Michel Sardou, Véronique Sanson, Axelle Red, mais aussi Maxime Le Forestier, et plus récemment, Alain Souchon et Laurent Voulzy, (qui lui ont composé le titres « L’esprit des grandes prairies ») ont eu l’occasion, rare, de chanter live en duo avec Mr.Eddy.

Si Johnny Hallyday etait reconnu, outre ses qualités vocales, pour avoir été une vraie bête de scène, Eddy Mitchell, dans un registre très différent, est capable de tenir jusqu’à 2h voire plus sur scène, en alternant les registres rock, crooner, country. Un éclectisme musical qui a fait son succès. Son registre vocal lui permettant également de belles envolées, certes moins spectaculaires que celles de Johnny Hallyday. Pour l’avoir vu à plusieurs reprises sur scène, à Bercy à 2 reprises ( te souviens-tu Florent ?), puis à l’Olympia ou au Palais des sports pour sa « dernière séance », j’ai à chaque fois pu vérifier ce que j’avance.

Mais revenons aux duos. Cette pratique initiée par les artistes anglo-saxons dans les 70’s, et régulièrement pratiquée, en France dans les années 70 également, il la reprend à son compte en 2017 pour signer un bel album, « La même Tribu » (2017). Eddy Mitchell y rassemble autour de lui, outre Hallyday et Dutronc, des artistes comme Renaud débarassé de Mister Renard, Julien Clerc l’homme qui aimait les femmes, Arno descendu du plat pays qui est le sien, Keren Ann ex muse de Benjamin Biolay, Ibrahim Maalouf et sa trompette multicolore, le soulman Charles Bradley, Sanseverino et sa guitare manouche, le « papa » d’ « Aline » Christophe, et donc sa fille Marylin Moine. Du beau linge.

Il le fera bien sûr avec ses compères Johnny Hallyday et Jacques Dutronc, ces dernières années lors des concerts, en 2014 puis en 2017, des « Vieilles Canailles« , sur le mode Rat-Pack du trio Franck Sinatra-Dean Martin, Sammy Davis Jr. Il a parfois rejoint sur scène son « frère », Johnny Hallyday, au Parc des Princes en 1993 notamment à l’occasion des 50 ans de son ami, pour chanter « Excuse-moi partenaire », puis plus tard, celui-ci lui rendra la pareil, au Zénith (j’y étais) pour un mémorable « Bon vieux temps du rock’n’roll ». Mais je ne peux pas oublier le fameux duo avec le regretté Serge Gainsbourg sur « Vieille Canaille ». Il a effectué sa dernière tournée en 2010, intitulée « Ma dernière séance ». Il terminait toujours ses concerts par le fameux « Pas de Boogie Woogie »…

Parallèlement à sa longue et riche carrière de chanteur, Eddy Mitchell a également foulé les planches des plateaux de cinéma, devant la caméra des plus grands, de Bertrand Tavernier à Claude Lellouch, en passant par Jean-Pierre Mocky, Etienne Chatilliez. « Attention une femme peut en cacher une autre », »La totale », « Ronde de Nuit », film dans lequel je l’avais découvert en tant que comédien, puis « Coup de torchon », « Le bonheur est dans le pré », « La totale », « A mort l’arbitre », « Les vieux fourneaux », « Salaud on t’aime », « Ville à vendre »… et j’en passe. Il a mélangé les genres, avec bonheur parfois et moins de réussite par ailleurs. Cette carrière au cinéma lui a permis de côtoyer des comédiens tels que Michel Serrault, Philippe Noiret, Roger Hanin, Gérard Lanvin, Miou-Miou, Thierry Lhermitte, Carole Laure, Stéphane Audran, Michel Boujenah, Jean-Pierre Marielle, Sandrine Bonnaire…là aussi la liste est longue.

Aujourd’hui, il se consacre surtout au théâtre, au cinéma, mais la chanson n’est jamais bien loin, un album toujours en gestation. Je vous laisse avec ce géant de la chanson française et quelques unes de ses plus belles chansons.

Guillaume.

Top films et B.O.F. 2019


Pour commencer cette année 2020, nous vous proposons d’abord une sélection des meilleurs films sortis en salles l’année dernière.

Parmi les critères parfaitement subjectifs retenus pour constituer ce Top 20 films de fiction : la qualité du film (évidemment !), le plaisir pris pendant la projection (ça ne va pas toujours de pair), la diversité des genres et des nationalités : de la France aux Etats-Unis en passant par la Corée du Sud.

Un cru 2019 où se dégagent des films à la croisée des genres (Parasite, Once upon a time… in Hollywood), à l’approche documentaire (Grâce à Dieu, Le Traître) et surtout engagés (Joker, Les Misérables, Bacurau), y compris sous l’angle de la comédie (Green book, Tel Aviv on fire).

Certains de ces films sont déjà disponibles en DVD à l’Espace Musique et cinéma de la Médiathèque (cliquez sur les titres soulignés pour vérifier leur disponibilité) et d’autres le seront prochainement.
Autre possibilité : la plateforme de ressources en ligne Eurêka, dont le catalogue de film est régulièrement enrichi de nouveautés. En savoir plus sur Eurêka.

En vous souhaitant de bons visionnages et surtout une très bonne année 2020 !

01. Joker de Todd Phillips
Un « blockbuster d’auteur » sur la persécution et la folie du futur meilleur ennemi de Batman, magistralement interprété par un Joaquin Phoenix qui fait froid dans le dos.

02. Douleur et gloire de Pedro Almodóvar
Une autofiction bouleversante et magnifiquement écrite. Un nouveau coup de maître après Julieta du cinéaste espagnol, qui vient de remporter pas moins de 7 prix Goya.

03. Parasite de Joon-ho Bong
La Palme d’or du dernier Festival de Cannes, où s’entremêlent brillamment le drame, la comédie, l’horreur… le tout revisitant la lutte des classes.

04. Les Oiseaux de passage de Ciro Guerra & Cristina Gallego
Un film sur la naissance des cartels de la drogue en Colombie dans les années 1970, dont l’approche ethnologique tranche avec les films de gangsters habituels.

05. Bacurau de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles
Un village brésilien disparaît brutalement de la carte… Point de départ scénaristique mystérieux d’une dystopie aussi réjouissante sur la forme qu’inquiétante sur le fond.

06. Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma
Un film à la mise en scène épurée et d’une rare délicatesse sur la passion amoureuse naissante entre une peintre et son modèle.

07. Midsommar d’Ari Aster
Un film d’épouvante original, riche et parfaitement mis en lumière (d’autant que c’est le soleil de minuit l’été en Suède où se passe l’action !) par une B.O. aussi anxiogène que réussie.

08. Les Misérables de Ladj Ly
Un état des lieux coup de poing échappant subtilement au manichéisme. Grand prix du jury au Festival de Cannes, il défendra la France et ses quartiers (!) aux prochains Oscars.

09. L’Adieu à la nuit d’André Téchiné
Un film sur la radicalisation religieuse mettant en scène une fracture générationnelle et qui ne sombre jamais dans le pathos.

10. L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier
Un film intriguant de bout en bout (mais que préparent donc ces ados surdoués bizarres ?) où la musique électronique sombre de Zombie Zombie joue un rôle essentiel.

11. Grâce à Dieu de François Ozon
Un hommage à ceux qui ont le courage (et la foi oserait-on dire…) de briser le silence, et dont l’importance nous est rappelé par l’actualité de ce début d’année…

12. Once upon a time… in Hollywood de Quentin Tarantino
Un film tragi-comique sur le cinéma, l’un des plus touchants et nostalgiques (et des moins violents ! quoique…) de Tarantino.

13. Ad Astra de James Gray
Un autre film où Brad Pitt excelle ! Une aventure spatiale où le réalisateur américain préférés des critiques français (sinon pas loin) parvient à poursuivre son exploration des relations familiales.

14. La Favorite de Yórgos Lánthimos
Avec son habituel mélange de drôlerie et férocité, ici magnifié par Olivia Coleman (à qui les rôles de reines d’Angleterre réussissent bien), le sulfureux réalisateur grec revisite cette fois le film d’époque en costume.

15. Geen book : sur les routes du sud de Peter Farrelly
Un road movie drôle et émouvant inspiré d’une histoire vraie, du temps de l’Amérique ségrégationniste.

16. Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi
Un autre exemple de comédie insolite autour d’un sujet lourd, cette fois… le conflit israélo-palestinien, oui oui c’est possible !

17. Le Traître de Marco Bellocchio
Le portrait classieux et fascinant de Tommaso Buscetta, l’un des premiers repentis de la mafia sicilienne Cosa nostra.

18. Sibel de Çagla Zencirci & Guillaume Giovanetti
L’histoire envoûtante d’une jeune femme en quête d’émancipation… ne « parlant » que le langage sifflé des montagnes turques !

19. So long, my son de Wang Xiaoshuai
Une fresque familiale déchirante, magnifiquement écrite et filmée. 40 ans d’histoire de la Chine en 3h05 dont on ne peut ressortir indemne.

20. Rêves de jeunesse d’Alain Raoust
Une ode à l’utopie où l’on retrouve une certaine… Estelle Meyer, récemment vue en concert à la Médiathèque lors du dernier Festival Les Aventuriers !! Lire l’article Les Aventuriers 2019, Clap de fin!

Et pour finir :
2 films d’animation particulièrement sensibles et émouvants : J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin et Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec.
Sans oublier pour un public plus familial : Toy Story 4 de Josh Cooley, Le Roi Lion de Jon Favreau et la relecture de Dumbo par Tim Burton

– et 1 film documentaire pour les fans de foot mais pas que : Diego Maradona d’Asif Kapadia.

Autres films de 2019 à voir disponibles en DVD :
Les Crevettes pailletées de Cédric Le Gallo & Maxime Govare, Qui a tué lady Winsley ? d’Hiner Saleem, La Mule de et avec Clint Eastwood, Arctic de Joe Penna, Les Météorites de Romain Laguna, Border d’Ali Abbasi, Vice d’Adam McKay, Une intime conviction d’Antoine Raimbault, Styx de Wolfgang Fischer…

Et du coté des meilleures bandes originales de films 2019 :
Disponibles en CD : Midsommar de Bobby Krlic, L’Heure de la sortie de Zombie Zombie, Grâce à Dieu des frères Evgueni et Sacha Galperine, Green book de Kris Bowers, Brooklyn affairs de Daniel Pemberton, Les Hirondelles de Kaboul d’Alexis Rault, Yesterday interprétée par l’acteur du film Himesh Patel…

Et à écouter en streaming sur diMusic depuis Eurêka : Douleur et gloire d’Alberto Iglesias, Roubaix, une lumière de Grégoire Hetzel, Au nom de la terre de Thomas Dappelo, Papicha de Rob, Yves de Bertrand Burgalat… et de nombreuses autres !

Le meilleur du meilleur dans la playlist YouTube ci-dessous :

Julien

« The Voice » aurait eu 100 ans!


FrankSinatra_photo« The Voice »… Je sais, je sais, les plus jeunes penseront que je fais allusion au télé-crochet diffusé en France. Point du tout!

Je fais évidemment référence à Francis Albert Sinatra, alias Frank Sinatra, acteur-chanteur, dont la voix a cessé de résonner voilà 17 ans déjà, et qui aurait eu 100 ans le 12 décembre prochain.

Américain d’origine italo-sicilienne, Frank Sinatra va se faire connaître en tant que chanteur dans les années 40, au sein de l’orchestre de Tommy Dorsey, avec notamment « I’ll be seeing you ». Parallèlement, il va vite devenir un acteur dont la cote va vite grimper à Hollywood. Dans les années 50 et 60, il va tourner avec les plus grands réalisateurs de l’âge d’or d’Hollywood : Fred Zinneman, Otto Preminger, Vincente Minnelli, s’imposant dans des films comme « Tant qu’il y aura des hommes » (1953) ; « L’homme au bras d’or » (1955) ; « La blonde ou la rousse » (1957, avec Kim Novak et Rita Hayworth) « Comme un torrent » (1958) ; « L’ombre d’un géant » (1966). Après un passage à vide, en 1977, Martin Scorsese lui permettra de retrouver la cote auprès du public, en lui demandant d’interpréter la chanson « New-York, New-York », qui donnera son titre au film. Véritable séducteur, Ava Gardner, Marylin Monroe, Rita Hayworth, Mia Farrow, tomberont successivement sous le charme de l’acteur-chanteur italo-américain.

C‘est également dans les années 50 que le RatPack (littéralement Gang de Rats) va voir le jour. Initialement l’idée de Humphrey Bogart, que fréquentait souvent Sinatra, ce dernier va rassembler autour de lui des compères Sammy Davis Jr, Dean Martin, Peter Lawford.  S’il est un acteur et chanteur reconnu, il est un homme autoritaire, directif, un chef de bande, capable d’être très généreux avec ses ami(es(s) comme de rentrer dans des colères noires. Sinatra, aux amitiés parfois douteuses (dont la Mafia et les Steamers (Syndicat américain des routiers) va  devenir un homme influent (il avait l’oreille de JFK). Il rendra de nombreux services au candidat Kennedy pour assurer son élection en 1963.

RatPack_image

Sa qualité vocale va lui offrir  bientôt toutes les opportunités : Il va fréquenter les plus grands jazzmen de cette période : Duke Ellington, Count Basie, Louis Armstrong, Oscar Peterson. Frank Sinatra, au timbre de velours, reste avant tout un vocaliste hors pair, aussi à l’aise lorsqu’il chante « Girl From Ipanema » de Antonio Carlos Jobim que lorsqu’il chante « Fly me to the Moon », « Come fly with me », « My lady is a tramp », entouré des big bands les plus célèbres (Duke Ellington, Count Basie), ou dans la version américaine de « Comme d’habitude » (Jacques Revaux ; Claude François) devenue « My way », chanson qui connait à ce jour plus de 3000 versions répertoriées !!!!… « Mack the knife », « New-York New-York », et son dernier titre enregistré en 1995 « The Best is yet to come », figurent aussi parmi ses plus grands succès. De la chanson d’amour au swing, du blues au jazz,  il posait sa voix avec une facilité déconcertante. Il sera le premier crooner reconnu et ouvrira la voie pour ceux qui aujourd’hui se réclament de lui : Harry Connick Jr, Michael Bublé, Peter Cincotti. Sa capacité à tout chanter autant que ce timbre immédiatement reconnaissable, lui vaudra le surnom de « The Voice ».

Dans les années 70 & 80, il a longuement séjourné au Ceasar’s Palace de Las Vegas, où tous les soirs, il se produisait avec ses partenaires Dean Martin, Sammy Davis Jr, Peter Lawford (acteur de second rang, beau-frère de JFK). Le public venait autant les entendre chanter que raconter des blagues sur scène. Les deux derniers étaient les souffre-douleur favoris de Frank Sinatra. Durant sa longue carrière musicale, outre ses complices du RatPack et les noms déjà cités, il a croisé, côtoyé les plus grandes chanteuses de jazz  ou de variétés telles que Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Peggy Lee, Judy Garland, Liza Minnelli, Barbara Streisand.

Après 60 ans de carrière (il s’est produit pour la dernière fois en 1995 à Los Angeles), et bien qu’ayant connu le succès au cinéma, c’est surtout son parcours musical, son chant, sa voix de crooner qui marqueront le public. Sinatra laisse derrière lui un héritage musical très important, qui aujourd’hui encore influence nombre de chanteurs, chanteuses.

« The Voice » parti rejoindre les étoiles en 1998, son œuvre et sa légende lui assurent l’éternité.

Guillaume.

Quincy Jones, producteur de légende(s).


QuincyJones_imageNé en 1933 à Chicago, alors sous la loi de Al Capone, Quincy Jones a démarré comme trompettiste et arrangeur auprès de Lionel Hampton (avant d’être celui de Tommy Dorsey, Sarah Vaughan, Count Basie, Ray Charles, Dinah Washington).

En 1956, il rejoint  le big band de Dizzy Gillespie, pour une tournée au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.

En 1957, il s’installe à Paris, étudie auprès de Nadia Boulanger, avant de rencontrer Eddy Barclay,  fan de jazz américain, fondateur-directeur du label Barclay. Reparti aux Etats-Unis, il intègrera le label Mercury,  travaillera avec Frank Sinatra, Barbara Streisand ou Tony Bennett.

Tout au long de déjà riche et longue carrière, il a côtoyé, produit, arrangé les musiques et chansons des grands noms de la musique du 20ème siècle.

Homme curieux, il sait dénicher les nouveaux talents. Ainsi en 1974, lors du tournage de « Wiz », il croise le jeune Michael Jackson, avec qui il enregistrera 3 albums entre 1977 et 1987 : « Off the Wall »,  « Thriller » et son tube mondial « Beat it », enfin « Bad ».

Plus récemment, de jeunes artistes ont eu droit aux conseils et bénéficié de la collaboration artistique du Maestro : les chanteuses de jazz Nikki Yanofsky, Andréa Motis (par ailleurs trompettiste comme Mister Jones), la française Zaz (pour qui il a écrit 3 morceaux sur l’album consacré à Paris, à paraître en novembre prochain).

Le monde du cinéma (comme de la télé, où il produira de nombreux show musicaux ou non), fera aussi appel à ses talents de compositeur-arrangeur : de Sidney Lumet « Prêteur sur Gages » (1964) à Lee Daniels pour « Le Majordome » (2013) sans oublier Norman Jewison « In the Heat of the Night » (1967), ni « La couleur Pourpre » de Steven Spielberg (1985), nombreux sont ceux qui ont bénéficié des talents de Quincy Jones.

Véritable légende vivante de la musique du 20ème siècle, témoin privilégié de l’évolution musicale, il reste une référence absolue, incontournable, un producteur très demandé.

Guillaume.

Judy Garland… over the times….


A l’instar de ses consoeurs Natalie Wood, Marylin Monroe, Rita Hayworth ou Cyd Charisse, Judy Garland a mené de front 2 carrières, qui parfois s’entremélaient : cinéma et chanson.

Révélée toute jeune (à 13 ans, elle est engagée par la MGM) cette jeune comédienne, va vite devenir une actrice qui compte, jouer dans de nombreux « musicals » aux côtés des stars de l’époque, et former un duo avec Mickey Rooney. A côté d’une carrière au cinéma qui marche bien, Judy Garland, chanteuse depuis ses 3 ans, enregistre de nombreux titres.

Outre le fameux Over the Rainbow, le coffret permet de (re) découvrir son talent vocal. Ainsi les titres You never walk alone, I got rythm, Stompin’ at the Savoy ou encore Embraceable you sont des pépites qui n’ont rien perdu. Bien que les enregistrements, la façon de chanter, comme les orchestrations, soient d’une autre époque, le charme auditif reste indéniable.

Guillaume.

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