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Cabrel, le citoyen derrière le musicien.


Sorti de sa retraite discographique, le troubadour d’Astaffort, alias Francis Cabrel, est revenu en 2020, en pleine année pandémique et confinée, avec un album intitulé « A l’aube revenant« . Il y a longtemps que j’avais laissé de côté ce chanteur-compositeur-interprète, sans doute parce que lui même s’était un peu retiré du monde, à l’abri des regards, reclus dans son refus, entouré des siens. Mais comme pour les marins, l’appel du large a été le plus fort. Ici celui de retourner en studio, de rappeler sa vieille garde de complices de longue date, pour revenir à l’essentiel, écrire, composer, matière essentielle pour ce ciseleur de mots et de musiques, qui nous enchante depuis bientôt cinq décennies. Restait donc à voir ce que donnerait ce nouvel album, enregistré, je le disais plus haut avec sa bande habituelle, à savoir Denis Benarrosch (percussions), Laurent Vernerey (contrebasse), Michel Amsellem (piano), Claude Égéa (trompette), Gérard Bikialo (orgue hammond, piano), Michel Françoise (réalisation), et les trois voix féminines de Himiko Paganotti, Julia Sarr et Olyza Zanatti. Claude Sicre, membre des Fabulous Troubadors, chanteur occitan, a participé également à cet album.

Dans ce nouvel album, Francis Cabrel évoque des thèmes qui lui sont habituels, comme ceux de l’amour et l’écologie avec « jusqu’aux pôles « , mais année 2020 et contexte particulier oblige, il ne pouvait pas ne pas évoquer la crise sanitaire démarrée en février 2020. Il le fait à travers trois titres, « les beaux moments sont trop courts », « Peuple des Fontaines », qui évoque superbement l’absence du public, la fermeture des lieux de cultures et « parlons-nous », qui traite de l’isolement dû au Covid, isolement contre lequel il faut lutter en se parlant. Il traite de la relation père-fils très joliment dans  » Te ressembler », qui parle de son père mort trop jeune pour avoir vu son fils connaître une existence heureuse, après un choix hasardeux dû à la rencontre avec une guitare. En amoureux des mots, de la mangue française, il fait un détour par le moyen-âge pour rendre hommage aux troubadours, ces « rock-stars du Moyen Age  » comme il les nomme. Le tout sur fond d’orchestre à cordes. Il faut savoir que quatre des chansons de cet album sont inspirées de textes du Moyen-Age. Et parce que les mots sont sa nourriture quotidienne, son breuvage essentiel depuis plus de cinq décennies, il s’insurge avec une belle dérision mélangé de colère de la disparition des librairies pendant le premier confinement (heureusement depuis elles ont été déclarées « produits de première nécessité » par le gouvernement…ouf !). Après avoir adressé une tendre lettre à un Jacques qui vit en Corse entouré de ses chats ( il s’agit évidemment du dandy, de la vieille canaille, Jacques Dutronc himself), il termine sa nouvelle production en adressant deux lettres d’amour, les deux sans doute destinées à sa femme.

Vous allez me dire, « Bon ok mais la musique dans tout ça ? ». Hé bien, je dirai que si le bonhomme s’est assagi, très loin de « ma place dans le traffic » ou de « la corrida », cela reste de bonne facture mais franchement à en être autant ciselée, précise, je me crois revenu à « samedi soir sur la Terre », album empli de mélancolie, de tristesse, de nostalgie déjà. Ici ça ne décolle quasiment jamais, l’ambiance générale est à la proximité, l’intimité. Les mélodies sont toujours très ciselées, les arrangements aux petits oignons. La voix, certes quasi intacte parvient encore à surprendre, mais globalement, moi qui fut grand fan de Francis Cabrel, là j’avoue être déçu. Les compositions sont pourtant variée, riches, mais la magie n’a pas opéré en moi. Sans doute les adorateurs-trices du chanteur se régaleront-ils-elles.

Guillaume.

Eddy Mitchell a réuni sa grande tribu


Eddy Mitchell, après la tournée triomphale des « Vieilles Canailles » avec ses deux compères de la Trinité, Jacques Dutronc et Johnny Hallyday, a sorti un album, « La même tribu… Volume 1 » (donc il y aura une suite), réunissant autour de lui une tribu d’artistes venus d’horizons très divers et représentant des générations différentes : Johnny Hallyday, Julien Clerc, Alain Souchon, Christophe, Laurent Voulzy, Arno, Renaud, Pascal Obispo, Ibrahim Maalouf, Charles Bradley, Keren Ann, le duo féminin Brigitte, sa fille Maryline Moine, . L’objectif ? Donner l’occasion à ces artistes de reprendre en duo des chansons de Mr. Eddy.

Au menu, une jolie palette des classiques : « c’est un rocker », en duo avec son ami de toujours Johnny Hallyday, « On veut des légendes » avec Alain Souchon (chanté à l’origine par Mitchell et Hallyday sur l’album « Jambalaya »), « Sur le route de Memphis » en compagnie du revenant Renaud (la voix abîmée de ce dernier est difficile à écouter), « J’ai oublié de l’oublier » (reprise d’un duo qu’ils avaient déjà formé sur ce même titre dans les années 70’s) ave Julien Clerc, « Toujours un coin qui me rappelle » en version franco-anglaise(initialement prévue pour être chantée avec Tina Turner, remplacée talentueusement par Keren Ann qui vient poser son joli timbre de voix. Suit le bel hommage à Gainsbourg fait dans « Le Bar du Lutétia » autrefois fréquenté par le noctambule homme à tête de chou, ici en duo avec Jacques Dutronc. A noter la participation toute en finesse du trompettiste Ibrahim Maalouf sur « M’man », chanté en solo par Eddy Mitchell.

Sans oublier le sublime « Otis » en hommage à la musique noire américaine, porté la voix chaude et soul du regretté Charles Bradley, décédé l’an dernier. Ou encore « Un portrait de Norman Rockwell » (dessinateur américain que chérit Eddy Mitchell, voir la pochette de l’album « Mr Eddy » de 1996, avec la chanson qui ouvre l’album), ici chanté par le vétéran Christophe. Enfin, pour clore ce chapitre de la saga Mitchell-Moine, le vétéran chante « Et la voix d’Elvis » avec sa fille, Maryline Moine.

Dans l’ensemble, loin des disques du genre qui réservent souvent de mauvaises surprises et semblent décousus, « La même Tribu » enregistré aux Etats-Unis et en France (Studio Guillaume Tell) est un enchainement de belles surprises, d’orchestrations soignées comme toujours, servies par un casting de musiciens top niveau parmi lesquels les fidèles Basile Leroux, Leeland Sklar, Claude Salmieri, Jena-Yves D’Angelo, charles Mac Coy, Greg Szlap,, Michel Gaucher.

Un bel écrin. Qui donc, devrait être suivi d’un second chapitre. J’ai hâte!

A signaler que la pochette, qui rassemble tous les protagonistes de l’album, est l’œuvre du dessinateur français Ralph Meyer. ( https://www.facebook.com/ralph.meyer.79 ).

Guillaume.

3 Vieilles Canailles…. qui défient le temps!


Du haut de leur 222 ans (!) cumulés, ils se connaissent depuis la (sainte) Trinité…! Non je ne parle pas ici de la station balnéaire bien connue des amateurs de bateaux à voiles, mais de ce endroit parisien très prisé de la jeunesse dans les années 60 (oui ça fait un bail diront les plus anciens), où se rencontré Jacques Dutronc, Jean-Philippe Smet alias Johnny Hallyday et Claude Moine alias Eddy Mitchell.

Puis le trio s’est retrouvé au fameux Golf Drouot, véritable quartier général des rockeurs de l’époque. Début d’une solide et longue amitié même si les 3 artistes, qui évoluent alors dans des registres musicaux très différents (dandy crooner pour Dutronc, tandis qu’Eddy et Johnny, se cantonnent alors à chanter du rock, ou du moins des reprises de tires américains adaptés en français, pratique très courante à l’époque!).  3 carrières parallèles, avec chacune leur lot de succès et passage à vide. Si Dutronc n’est pas un grand voyageur et admirateur de l’Amérique, à l’inverse, Eddy Mitchell (pour ses grands espaces, ses dessinateurs BD, son cinéma, période 40-60, ses styles musicaux tels le jazz , la country) et Johnny Hallyday pour la vie tranquille, les studios d’enregistrements de qualité, et les références à Elvis, Chuck Berry et consorts, tous les 3 ne se sont jamais perdus de vue.

Outre la musique, les gaillards partagent le goût de la fête et du cinéma que ce soit en tant que spectateur averti, présentateur (Eddy et sa « dernière séance » depuis un cinéma qui depuis a été détruit!), ou acteur. En effet vous pouvez les retrouver dans « Le bonheur est dans le pré » de Chatilliez, « Coup de torchon »  de Tavernier, notamment pour Eddy Mitchell ; « Détective de Godard pour Johnny Hallyday ; « Van Gogh » de Pialat pour Jacques Dutronc).

Aussi quand, en 2014, est annoncée une série de concerts à Bercy-Arena intitulée « Les Vieilles Canailles » réunissant ce trio, entouré d’un orchestre de musiciens hors-pair, la surprise est totale, mais le résultat est là : Les concerts afficheront complets! Sur le mode du Rat Pack cher à Frank Sinatra-Dean Martin-Sammy Davis Jr. , ils vont interprétés en solo, duo, trio, les chansons des uns et des autres, entrecoupées de pause ou les vannes, plaisanteries (pas toujours du meilleur goût je l’avoue, pour y avoir assister en 2014). Mais ce qui frappe, à l’époque, outre la naturelle complicité de ces gaillards, c’est l’aisance vocale, particulièrement chez Johnny Hallyday, même si Dutronc et Mitchell ne furent pas en reste.

Alors, la recette (au propre comme au figuré, vu le prix des places, et ce que la nouvelle tournée 2017 a généré comme gains pour chacun des artistes) ayant tellement bien fonctionné, une quinzaine de dates a donc été programmé entre juin et juillet 2017.  Pour le grand plaisir des fans de ces 3 artistes!

Guillaume.

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