Archives du blog

Cuarteto Lunares, Tango dans la peau.


Quand on pense à l’Argentine, le mot qui vient immédiatement derrière est Tango. Comme la Salsa à Cuba, ou la Samba au Brésil. Le Blues aux Etats-Unis.

Le tango, musique autant que danse, qui est un langage musical et corporel dans lequel tous les argentins se reconnaissent, puisque cela fait partie de leur culture, de leur histoire. L’Argentine, qui a vécu des heures sombres de dictature, de 1966 à 1973 puis de nouveau entre 1976 et 1983, ne s’est jamais départi de ce fondement-là. Le tango, c’est l’équivalent par moment du blues, et en ce temps-là une musique de résistance, un acte fort face à ce pouvoir qui étranglait l’Argentine. Mais c’est aussi une musique qui peut parfois être joyeuse, festive, accompagnant mariages, naissances, ou plus tristement, accompagner une cérémonie funéraire. Cuarteto Lunares, composé de 3 filles et d’un garçon (Aurélie Gallois, violon, orchestration ; Carmela Delgado, bandoneon ; Gersende Perini, violoncelle ; Lucas Eubel Frontini, contrebasse). Cet attelage instrumental novateur de par sa composition fonctionne très bien, laissant la place à chaque instrumentiste pour s’exprimer.  « A horas truncas » est un disque qui fait le lien entre le tango d’hier tel que révélé par Carlos Gardel, Astor Piazzolla, et des formes musicales telles que le Jazz, la musique classique et le candombe, qui bien qu’issu du Paraguay, trouve aussi sa place dans la culture argentine.

Tous les sentiments humains y sont représentés, mêlés, joués, avec talent et sans jamais tomber dans la facilité.

Un disque à découvrir pour les néophytes comme pour les amateurs du genre.

Guillaume.

En Mai, Cesaria Evora et Brass Band seront à l’honneur !


En ce mois de mai, le dicton nous invite à faire ce qu’il nous plaît!!!! Hé bien, puisque c’est comme ça, la médiathèque vous invite à venir savourer et partager 2 moments musicaux, qui bien que différents, offriront à vos oreilles curieuses de jolis promenades sonores et humaines. Alors de qui et de quoi s’agit-il?

Tout d’abord, le samedi 13 mai à 15H30, le duo composé de Sanda Musica (flûte traversière-chant) et Alma di Mundo (guitare acoustique-chant), viendra nous présenter un hommage à la chanteuse capverdienne Cesaria Evora, autrement nommée « la chanteuse aux pieds nus » (c’est ainsi qu’elle se produisait sur scène). Tout en sensibilité et en complicité, ce duo, qui s’est rencontré à l’automne 2016, fonctionne très bien. Si le Cap-Vert sera bien sûr au centre du répertoire, un petit détour par l’Afrique pas si lointaine vous sera proposé. De quoi passer un joli moment!

Le samedi 27 mai, toujours à 15H30, la médiathèque aura le plaisir d’accueillir le contrebassiste Hubert Dupont, qui pour une fois devrait délaisser son instrument favori, pour diriger son M’Brass Band. Mis en place depuis 2014, il était d’ailleurs venu le présenter lors de la fête de la musique cette année-là, en jouant sur le perron de la médiathèque (voir ci-dessous). Revenu en janvier 2016, avec un Brass Band qui avait évolué, il nous fait le plaisir d’à nouveau se produire chez nous. Composé de cuivres, de percussions notamment, il vous proposera une musique festive, joyeuse.

Du Cap-Vert au Brass Band, en passant par l’Afrique, le mois de mai s’annonce donc riche en couleurs musicales…. n’hésitez pas à venir nombreux / nombreuses, pour ce qui sera une bonne mise en bouche, avant la fête de la musique, le mercredi 21 juin,  pour laquelle la médiathèque vous prépare une programmation éclectique et de qualité (j’y reviendrais plus tard…).

Guillaume.

Hubert Dupont, Al Joulan, second volet… et plaisir intact!


En août 2016, dans le cadre de chroniques concernant des musiciens fontenaysiens, je vous faisait découvrir le contrebassiste Hubert Dupont, à l’occasion de la parution de l’album « Al Joulan, vol.1 ».

Ce premier volet annonçait forcément… une suite! quelques mois plus tard (l’album sort officiellement le 9 mai), c’est donc chose faite, avec « Al Joulan, vol.2« ! Entouré de la même équipe de musiciens talentueux (Youssef Hbeisch, Naissam Jalal, Ahmad Al Khatib, Zied Zouari, Matthieu Donarier), au sein du Golan Project (en hommage au plateau du Golan= Al Joulan, qui surplombe la Syrie, administré par Israël depuis 1967, et revendiqué par le Liban), Hubert Dupont nous offre une séance musicale qui se veut un pont entre les cultures, les traditions, les sons, entre jazz contemporain et musiques traditionnelles.

Comme le précédent volet, celui-ci a été enregistré en live, dans le cadre accueillant et chaleureux de Musiques au Comptoir, scène musicale bien connue depuis près de 15 ans, par les amateurs de musiques. Bien que l’album ici proposé ne comporte que seulement 4 morceaux, ce qui à titre personnel me frustre un peu, la durée des compositions rattrape cela (de 8 à 12 minutes!), laissant la place aux musiciens pour s’exprimer, développer un univers sonore et nous embarquer dans leur voyage musical dans les contrées du Moyen-Orient, du Liban, de cette culture arabe, de cet héritage qui a encore tant à nous enseigner. La complémentarité des musiciens ici réunis autour de Hubert Dupont est évidente et s’entend dès les premières notes. Un régal !

L’ambiance générale de ce second volet résonne comme une longue plainte pleine d’espoir pour un monde meilleur demain, mais fait également appel à la nostalgie, à la notion de mémoire, de partage, entre les cultures et les hommes, éléments qui sont centre de la démarche artistique de Hubert Dupont à travers tous ses différents groupes (voir son site : http://www.ultrabolic.com/)

Au final, un album superbe, subtil, qui fait du bien à l’âme… Que demander de plus?

A découvrir donc sans hésiter.

Guillaume.

Le Duo Art Vincent Peirani / Emile Parisien : Vivre la Belle époque


belle-epoque-585Je vous invite pour cette chronique à découvrir l’album de deux jazzmen : Vincent Peirani et Emile Parisien : Belle Epoque. L’un à l’accordéon, l’autre au saxophone soprano.

Cet album est constitué de reprises de différents jazzmen (Sydney Bechet, Duke Ellington…) ainsi que de compositions des deux musiciens.

Je n’ai jamais vu Emile Parisien sur scène, mais j’ai vu récemment Vincent Peirani en concert avec le Trio FOX, et cet homme, du haut de ces deux mètres (ou quelque chose s’en approchant), arrivant avec ses pieds nus, est totalement envoûté et envoûtant. Et le voyant ainsi je comprends mieux la poésie et la liberté de sa musique.

Leur duo est totalement bouleversant. Les mélodies sont d’une extrême sensibilité. C’est beau, tout simplement beau. Le morceau de Sydney Bechet « Egyptian Fantasy » est un véritable hommage aux racines du jazz, dans un esprit totalement contemporain et presque extatique. Les notes de cet album s’enchainent et virevoltent. Deux instruments, deux musiciens qui s’accordent dans leurs envolées, dans ces enchainements de notes en cascade. Mais aussi dans une harmonie pleine de finesse et de sensibilité.

Un moment de pur bonheur.

Carine

 

 

Gogo Penguin, trio en mode exploratoire !


Manchester. Ville célèbre du nord de l’Angleterre pour ses deux équipes de foot (City et United), pour être aussi le berceau du groupe Oasis des  frères Gallagher (Noel et Liam). Désormais, il faudra rattacher le trio jazz Gogo Penguin (Nick Blacka, contrebasse ; Rob Turner, batterie ; Chris Illingworth, piano) comme ambassadeurs reconnus de la cité mancunienne. Le trio ne possède pas encore une discographie très épaisse, mais nous le savons bien, ce n’est pas la quantité qui fait la qualité.

« Fanfares », paru en 2012, premier de leurs 3 albums déjà disponible chez les disquaires et sur les plateformes de streaming, est très court, en terme de morceaux à écouter, 7 au total. Si la formule ici présente est celle que l’on trouve depuis des lustres comme base initiale des orchestres de jazz, la surprise vient de ce que ce trio nous emmène aux limites du jazz et de la musique électronique, avec l’apppui de Joe Reiser.  Le résultat? un jazz frais, joyeux, mélodique, où la tradition côtoie avec bonheur la modernité du son électro.

Influencé par le jazz nordique, en particulier Esbjörn Svensson, à qui ils rendent hommage en introduction sur « Sevens sons of Bjorn », mais également par Brian Eno, Massive Attack ou les compositeurs classiques Claude Debussy et Dimitri Chostakovitch, le trio Gogo Penguin s’en donne à cœur joie et nous transmet, sans fioritures inutiles, l’envie de les suivre, de les accompagner dans leur univers. Les 6 autres morceaux qui composent cet album sont d’égale qualité. Inventifs, virtuoses, légers, et très maîtrisés bien sûr! Un régal!

Ce disque est un petit bijou musical, berçé de mélancolie, de rythmes épurés, de cette ambiance rappellant beaucoup le jazz nordique (Trygve Seim, Esbjorn Svensson donc, mais aussi Ketil Bjornstad, Tord Gustavsen ou Nils Petter Molvaer) qui ici n’a rien de froide, mais qui vous enveloppe, vous transporte!
Le 31 Mars prochain, salle Jacques Brel, comme dirait Jacques Higelin, « La nuit promet d’être belle », grâce à ce trio et à la présence de Hubert Dupont et ses musiciens en première partie! Ne ratez pas ce moment!!

Guillaume.

 

Treïma, duo en devenir…


Samedi 25 février dernier, le duo Treïma, composé de Leïla Serouge (qui a grandi à Fontenay) au chant, et de Mickaël à la guitare, est venu offrir, durant 45 minutes, à l’espace musique de la médiathèque, une jolie prestation toute en maitrise et simplicité, à travers un répertoire composé uniquement de standards du jazz, de la pop, du reggae, ou de la soul music.

Formé voilà un an et demi, ce duo très complémentaire a offert au public présent (petits et grands) les versions revisitées de chansons telles « Route 66 » de Nat King Cole, « Sitting on the dock of the bay » d’Otis Redding, « Talkin about a revolution » de Tracy Chapman, « The preacher Man » d’Aretha Franklin, « Suddenly I see » de KT Tunstall, « Royals » de Lorde, « Come » de Jain, « Beat it » de Michael Jackson, »These boots are made for Walkin » de Nancy Sinatra, « Redemption song » de Bob Marley. Le phrasé sans hésitation de Leïla Serouge, soutenu, secondé, accompagné par Mickaël à la guitare acoustique, donnèrent une couleur nouvelle à ces standards, et c’est très bien ainsi. Le petit bémol à mes yeux, c’est que le répertoire ne contient pas de reprise de standards… français! Jouant parfois dans les bars et restaurants, il est leur plus aisé de proposer une prestation strictement en anglais.

Treïma a d’autres projets pour les semaines et mois à venir, comme une formule à 5 (guitare-voix-basse-batterie-claviers). Le répertoire est en préparation. Excellente nouvelle!

Alors si vous apercevez un annonce de concert de ce jeune duo prometteur, allez-y les yeux fermés, vous passerez un joli moment!

Vous pouvez aussi les suivre sur leur page dédiée : https://www.facebook.com/treima.musique/

Guillaume.

 

 

https://www.facebook.com/treima.musique/

 

Coups de cœur 2016 !


43280-o3rhudMon année musicale aura été celle de la sensibilité, de l’émotion pure, celle qui vous prend aux tripes, qui vous fait battre le cœur très fort, vous donne des frissons, des larmes aux yeux… J’ai découvert des voix splendides, des musiciens fascinants  comme Or Solomon dont j’ai pu apprécier le talent en concert au Comptoir à la Halle Roublot de Fontenay-sous-bois.

Telle est cette magie de la musique, car elle peut tout autant vous faire danser, hurler, mais aussi vous faire vibrer de l’intérieur. Elle est trop forte la musique…

Carine.

 

Je n’ai pas dérogé à la règle en 2016, mes habitudes musicales sont restées très orientées hip hop / soul et cette année a été un très bon cru à ce niveau la, difficile pour moi de ne choisir que cinq morceaux pour illustrer cette belle année.

Le revirement funk de Childish Gambino était indispensable et la relève hip hop avec Joey Badass et Hassan Monkey également, mais la véritable révélation 2016 pour moi, c’est Chance The Rapper, qui, à mon avis sera le prochain phénomène dès qu’il se décidera à sortir son album. Hip hop is not dead…

Laurent.

 

Comme Carine et Laurent, je vous propose ma sélection, mon dernier regard personnel sur l’année musicale 2016. Entre coups de cœur et découvertes, les artistes ou groupes que j’ai aimé, apprécié.

Ils ont pour nom Kacem Wapalek, rappeur à la plume ciselée, Electro Deluxe et sa funk-soul cuivrée, vus lors de l’édition 2016 des Aventuriers, Richard Bona et son jazz-world aux accents cubains, Ibrahim Maalouf et sa trompette aussi à l’aise en mode oriental que plus intimiste, la chanteuse de R’n’B Emeli Sandé, et pour clore la liste, Leyla Mc Calla, chanteuse folk américaine.

Guillaume.

 

L’année de mon côté a été contemplative avec le piano de Quentin Sirjacq, enjôlante avec les refrains de Benjamin Biolay, et surtout … très festive !

2016 nous montre que l’on peut danser sur tout : la folie groovy de « Shoes », la mélancolie planante de « Halcyon bird » ou un hymne à l’énergie comme « Final song ».

Elsa.

 

On n’est jamais mieux trahi que par les siens…


linxbrel.. Et ici, c’est le cas !  Mais de quoi je parle, demandez-vous ? Tout simplement du dernier album du chanteur de jazz belge David Linx, ici accompagné par le Brussels Jazz Orchestra, dans le cadre d’un hommage au grand Jacques Brel.

Louable initiative, me direz-vous, surtout venant d’un vocaliste reconnu, talentueux, qui plus est épaulé par un orchestre de jazz qui a déjà fait ses preuves. L’affiche s’annonçait belle, prometteuse! Oui mais voilà, dès le premier morceau, ca fait « Pschiiitt »… !!! « Quand on a que l’amour », qui devient un morceau à l’orchestration variétés digne des shows de Maritie et Gilbert Carpentier ou de Michel Drucker, dans lequel David Linx se perd en minauderies vocales, nous promet d’entrée une douleur vocale quant aux morceaux à suivre… Et ça ne rate pas! Dès « La chanson des vieux amants », le malaise continue de s’installer, se confirmant s’il en était encore besoin sur  « Vesoul-Amsterdam » ou deux chansons  en une. « Ces gens-là », « Mathilde » sont noyées dans des orchestrations où les cuivres couvrent tout, où la rythmique hésite entre le jazz, la bossa, les ambiances latinos à la Santana… Bref, on est loin des ambiances intimistes, recueillies, que nécessitent les chansons du grand Jacques. Même Linx, donc, se perd en vocalises, en scat, loin de garder l’essence même des textes, de respecter l’intensité d’origine.

La seconde partie du disque (10 titres au total), démarre par un « Ne me quitte pas » poussif, ennuyeux, dénué d’émotion, de  sentiments… Dur dur!! S’en suivent « Le plat pays », « Bruxelles », « Isabelle » » avant le final avec « La valse à Mille Temps ». Une valse poussive, qui met du temps démarrer, soutenue, guidée, comme depuis le début par une orchestration grossière, ampoulée, sans imagination.

Quand on a, comme moi, grandi avec les chanson de Brel dans les oreilles, c’est vraiment difficile d’écouter ce qui se voulait être un hommage. RATE ! Malgré tout son talent vocal, David Linx n’est jamais rentré dans le costume du Grand Jacques ! N’est pas Brel qui veut !!!!

Guillaume.

Jazz et cinéma, mariage évident !


beatsquarecool_imageDepuis les années 30, le cinéma fait appel à la musique pour illustrer les histoires portées à l’écran. Et parmi les musiques utilisées, le Jazz tient une place de choix. C’est ce que nous montre le coffret « Beat, square & cool » publié en 2012. Y figurent 5 cd regroupant 8 musiques de films, ainsi qu’un livret illustré assez complet, mais tout en anglais! Le parti pris ici est de couvrir une courte période cinématographique (1953-1961) et d’exhumer, au côté de films comme « The Wild ones », « Les Tricheurs », des oeuvres tombées dans l’oubli ou méconnues du grand public. Et de reparler de réalisateurs tels que Robert Wise, Don Siegel, Martin Ritt ou Shirley Clarke.

Le coffret s’ouvre par la musique de « The Wild ones » (« L’équipée sauvage »), qui date de 1953, avec un Marlon Brando jeune et déjà star! Sur le même cd figure « Crime in the Streets », film datant de 1956, réalisé par Don Siegel, avec notamment le jeune comédien (qui deviendra par la suite un très grand réalisateur) John Cassavetes. Sur les cd suivants, on retrouve les musiques des films  « I want to live » (1958), œuvre du compositeur Johnny Mandel,  réalisé par Robert Wise, et « Les Tricheurs » de Marcel Carné, sorti la même année, qui réunit un casting musical de rêve : Nat King Cole, Chet Baker, Dizzy Gillespie ou Oscar Peterson!

« Paris Blues », de Martin Ritt (1961), qui met à l’affiche Paul Newamn, Sidney Poitier, Joanne Woodwoard, nous permet d’écouter Duke Ellington et Billy Strayhorn, deux pianistes-compositeurs de haut vol! « Les Souterrains » (1960), est l’adaptation d’un roman de Jack Kerouac paru en 1958, qui évoque l’histoire de 2 personnages qui fréquentent les clubs de jazz à San Francisco. André Prévin, chef d’orchestre, compositeur, en signe la musique.

La ballade entre cinéma et jazz se termine sur les films « Shadows » (1959) de John Cassavetes, avec Charlie Mingus aux manettes, et avec « The Connection » (1961) de Shirley Clarke, sur lequel Freddie Redd, pianiste de hard bop et compositeur, imprime sa touche musicale.

Au menu musical ici, donc, du piano, du swing, du hard bop, des orchestres, bref une variété d’univers, tout ce qui fait le charme de la musique, ici du Jazz.

Un régal pour les amoureux du jazz et du cinéma de cette période!

Guillaume.

Richard Bona, passeur d’héritage(s)


bonaheritageC’est lors du Festival Jazz de Paris 2016, dans le joli cadre du Parc Floral de Paris-Vincennes, que j’ai découvert le nouvel album « Heritage » de Richard Bona, bassiste-chanteur camerounais, citoyen du monde (comme il se définit), qu’il présentait entouré du quintet cubain Mandokan. Pendant 90 minutes, devant un public aussi large que ravi, il a décliné ses nouvelles compositions musicales, mélange savoureux de culture africaine, de salsa cubaine et de jazz européen. « Heritage » son huitième album depuis ses débuts en solo en 1999 (« Scenes from my life »), succède au très beau « Bonafied » paru en 2013.

Avec « Heritage » le bassiste nous offre une virée en rythmes chaloupés, du Cameroun à Cuba, accompagné de Mandokan Cubano, composé de Luisito et Roberto Quintero aux percussions, Rey Alejandre au trombone, Dennis Hernandez à la trompette et du pianiste Osmany Paredes. Alternant les ambiances très dansantes et celles plus intimistes avec un égal bonheur, à l’aise dans toutes les langues, il capte d’entrée l’auditeur, par l’authenticité qui se dégage de sa musique et la profondeur de son chant. Simplicité, justesse, minimalisme sont de mise, la voix en solo ou entourée de chœurs, cet album est un écrin de douceur, un pause salutaire dans ce monde qui tourne fou. A bientôt 50 ans (il les fêtera en octobre 2017), ce musicien au CV long comme le bras (collaborations avec les jazzmen Mike Stern, Pat Metheny, Joe Zawinul, entre autres, ou les artistes français Jacques Higelin, Lulu Gainsbourg, Gérald Toto), semble atteindre une certaine maturité dans sa musique. Ses années de voyages et d’observation à travers le monde, n’y sont sans doute pas étrangères.

Ah j’allais oublié un « petit » détail…. Richard Bona s’est attaché les services d’un « jeune » producteur de 83 ans, Mister Quincy Jones himself ! Un gage supplémentaire, s’il en fallait un, pour assurer que ce disque a été ciselé par des orfèvres.

Le mélange des cultures, des sons, des langues, est un bien précieux pour l’Homme. Richard Bona, héritier et porteur de la culture africaine, citoyen du monde, nous en offre ici un joli cocktail, rafraichissant. Passeur de mots, de langages, il transmet l’idée d’un héritage culturel HUMAIN à préserver. Pour notre plus grand bonheur.

Guillaume.

 

Billie Holiday, un dernier jazz à Paris


centjoursenun_imageBillie Holiday. Légende du jazz, à la vie plus que tourmentée (viol, femme battue, drogue, prison…), cette voix mythique du jazz s’est éteinte le 17 juillet 1959, reposant depuis dans un cimetière à l’écart de New-York, ville qui l’a vue triompher, et qui fut témoin de ses déboires, voire de ses addictions, de ses dérives nocturnes. L’artiste, devenue icône du jazz, fascine encore aujourd’hui, près de 50 ans après sa mort. Sa chanson « Strange fruit », évoquant le destin de ses frères de couleurs, dans l’Amérique raciste-ségrégationniste de la première moitié du 20ème siècle, finissant souvent se balançant au bout d’une corde, comme des « fruits étranges » tombant des arbres, fit d’elle une porte-voix antiraciste.

Outre le personnage mythique, la star adulée, c’est aussi l’enfant ballotée, la violence subie, morale et physique, les petits boulots, la chanteuse débutante, la femme en proie aux drogues, la séductrice, l’alcoolique, les déménagements, c’est toutes ces facettes que nous propose Philippe Broussard, journaliste, Prix Albret Londres en 1993,  dans son livre « Cent jours en un » (Editions Stock, 2013). De New-York, ville de triomphes et de chute finale, à sa dernière tournée européenne, à l’automne 1958, c’est le parcours chaotique Lady Day, artiste adulée et déchue. Un dernier baroud d’honneur, comme pour dire « Je suis la SEULE, l’UNIQUE ». Fierté humaine, orgueil artistique.

Contemporaine de Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan, Billie Holiday effectuera donc une dernière tournée, une dernière virée, comme chant du cygne d’une star sur le déclin, fatiguée par la vie, les hommes, les excès en tous genres, que dépeint l’auteur avec beaucoup de justesse. Les témoignages recueillis de personnes ayant  connu, côtoyé de près Lady Day, complètent ce portrait : les musiciens Mal Waldron (son pianiste pendant 20 ans), Art Simmons (pianiste du Mars Club), le restaurateur Leroy Haynes, ou les propriétaires de jazz-club Barbara Butler (Mars Club) et Ben Benjamin (Blue Note), qui ont accueilli Lady Day  à Paris.

« Cent Jours en Un » nous embarque dans le sillage de cette femme emplie de douleurs, de cet artiste fragile, en proie aux doutes. L’auteur révèle son côté mentor auprès de jeunes talents rencontrés au hasard de la vie. Comme un prolongement de vie artistique, alors que son aura décline, que sa voix se perd. La peur sur scène, la voix qui va et revient, les colères, les caprices, la peur de l’abandon par les autres, peur de la solitude (liée à son enfance), sa générosité, son amour de l’humain (homme et-ou femme), ses rencontres avec le Paris des artistes ou de ceux qui, comme elles, y viennent (Duke Ellington, Miles Davis, Dizzy Gillespie), Philippe Broussard décrit cela avec justesse, respect, sans jamais prendre partie. C’est aussi un portrait du Paris , De Montmartre, à Saint-Germain, Pigalle, des bars louches, des dealers nocturnes, fournisseurs des jazzmen demandeurs. Une ambiance que le parolier Jacques Lanzmann mettra en mots, permettant à Jacques Dutronc, l’homme au cigare et ray-bans, de faire un tube avec « il est 5H.. Paris s’éveille ».

Oui ce livre est riche, bouleversant, drôle, triste, pathétique, rendant un bel hommage à l’une des plus grandes figures du jazz vocal du 20ème siècle.

A lire, sans hésiter.

Guillaume.

She puts a spell on me


 

ninaDepuis quelque temps, je voulais regarder le film dédié à Nina Simone qui a défrayé la chronique, suite au choix de l’actrice pour incarner la prêtresse de la Soul et du jazz. Cette actrice, c’est Zoe Saldana, Neytiri dans Avatar et si les critiques ont principalement portés sur sa « légitimité » à incarner une telle figure de l’activisme Afro-Américain, pour ma part c’est sa performance d’actrice que j’ai trouvé moyenne. Le film traite des dernières années sombres de la vie de la chanteuse : Alcoolisme, cancer du sein etc… Bref, pas les meilleurs moments, mais ça fait partie du personnage aussi.

Si le film n’est pas une réussite en soi, il donne quand même l’opportunité de découvrir ou redécouvrir le répertoire de l’une des plus belles voix du siècle dernier. C’est ce qui m’a donné envie de faire ce petit billet. Difficile de choisir quels morceaux mettre en avant, tant la discographie de Nina Simone est vaste (une cinquantaine d’albums) mais parmi les plusieurs documents disponibles à la médiathèque, vous pourrez retrouver quelques perles, telles que « Feeling good » « I put a spell on you » ou encore sa version de « Ne me quitte pas ». Je vous conseille vivement le DVD du Live au festival de Montreux qui est tout simplement magistral. En attendant voilà quelques mises en bouche…

Laurent

JazzaFont, une histoire d’amis.


Nomade_imageTroisième et dernière découverte estivale de musiciens-artistes fontenaysiens : JazzaFont.

JazzaFont, ou JAF pour les initié(e(s). Derrière ce patronyme à l’accent local, se cachent 6 musiciens, tous amis de longue date. Jean-Luc Fontaine (saxophones), Nicolas Durand (batterie), Bruno Tocco (congas, bongos), Christophe Rossignol (basse, contrebasse), Marc Fourmont (claviers), Pierre Lalanne (trompette), se sont retrouvés et unis autour de la passion commune pour le jazz, surtout s’il est de funk, de rock, de couleurs venues d’ailleurs.

Leur album « No made« , que l’on peut aussi comprendre comme « Nomade », en est la parfaite illustration. Sur les 8 titres présentés, hormis les 2 reprises, « Fever » de Otis Blackwell, et « Cantaloupe Island » de Herbie Hancock, ce sont Jean-Luc Fontaine et Nicolas Durand qui assure la composition-création des morceaux. Le sextet propose un jazz coloré, entrainant, tel l’introductif » Luca » ou le bluesy « Banana Blues ».

« Deep heart » est une ballade empreinte de nostalgie, ou le piano, maitre de cérémonie, nous offre un moment que l’on pourrait imaginé tiré d’une nuit passée à ressasser des idées noires, un  blues triste, entrecoupé de quelques verres d’alcool pour noyer un chagrin d’amour. Changement d’ambiance avec le dansant « Funky day », qui fleure bon la soul des années 70, empreinte à James Brown et consorts.

« Fever », tube de Otis Blackwell, créé en 1956, depuis repris par les plus grands noms du jazz et de la soul (Peggy Lee, James Brown, Michael Bublé, Elvis Presley, Ray Charles, Sarah Vaughan….. ) est livré ici dans une version assez déroutante à mon goût, loin de  l’esprit entrainant, swinguant, initial. Décevant. Je passerai sur « No quiero saber », qui manque de saveur latino. Dommage. Pour clore leur « No made », les membres de JAF nous offrent une version pour le moins très arrangée, version rythmique reggae, du standard de Herbie Hancock, « Cantaloupe Island ».

Au final, 8 morceaux différents, aux couleurs variées, aux inspirations éclectiques, qui, si elles ne m’ont pas toutes convaincues, méritent sûrement le coup sur scène. Ce que j’irai vérifier dès que l’occasion se présentera.

JazzaFont, JAF si vous voulez, honore à leur manière une musique sans cesse en mouvement(s), le Jazz.

A découvrir.

Guillaume.

 

 

Miles… (still) ahead… !


MileAhead_imageDepuis des années, un film sur le trompettiste Miles Davis (1926-1991) était en gestation, mais encore fallait-il trouver un studio qui accepte de financer le projet mené par le comédien-réalisateur Don Cheadle. Une fois que ce fut fait, restait à trouver LA personne qui allait s’occuper de la musique de Miles Davis, pour le film. Un nom s’imposa très vite à Don Cheadle : Herbie Hancock. Le pianiste, qui fut un compagnon de route pendant de longues années de Miles Davis, s’occupa donc de la bande-son du film. Le film s’appellera « Miles Ahead« .. oui Miles Davis sera toujours devant.. les autres ! Un génie irremplaçable, un musicien hors norme, un révélateur de talents (Jaco Pastorius, John Scofield, Marcus Miller, Mike Stern, Bill Evans (le saxophoniste) et j’en oublie… Mais aussi une personnalité aussi mystérieuse qu’imprévisible et incontournable pour ce qui est du jazz des 60 dernières années !! La période choisie par Don Cheadle (réalisateur du film et rôle-titre) est celle de 1975 à 1981 qui précède le grand retour musical de Miles Davis sur scène et auprès du public.

Dès l’ouverture de cet album hommage,  l’auditeur entend la voix du maître trompettiste. S’en suit une revue des périodes musicales traversées ou innovées par Miles Davis, dans  de très belles versions. « Miles Ahead » bien sûr, qui ouvre l’album,  puis le subtil « So What », période bebop. Par la suite, sous la direction de Gil Evans, une pièce de de jazz expérimental, « Solea ». « Néfertiti », écrit par Wayne Shorter, fait la part belle à la trompette. Des compositions signées Miles Davis figurent bien entendu au menu musical de cet opus : outre le « So what » déjà évoqué, on trouve « Seven Steps to Heaven », « Frelon burn », « Duran », »Go ahead John, part 2″, « Black Satin », « Prelude » et « Back seat Betty ». Le pianiste Robert Glasper, grandi au son de Miles Davis y pose aussi sa patte musicale, sur « Junior’s Jam », « Franceessence », « What’s wrong with that », « Gone ».

Cette bande-son, à l’image du film, est une vraie réussite !

Bien sûr les connaisseurs éclairés du trompettiste ne découvriront sans doute pas grand-chose de nouveau, mais c’est une belle introduction au génial musicien, pour celles et ceux qui le découvriraient aujourd’hui.

Guillaume.